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10
février 1936 : quelle aventure !
Père
Georges Finet
10 février
2006 : "Feu de Pentecôte"
Messe d'action de grâce et Jeu scénique
au sanctuaire du Foyer de Charité de Châteauneuf
de Galaure
11 juin 2006
: "Célébration avec les amis"
Messe d'action de grâce et Jeu scénique
au sanctuaire du Foyer de Charité de Châteauneuf
de Galaure
Entretien avec
le père Bernard Michon
Jean-Marie GUÉNOIS LA
CROIX du 10-11 juin 2006

Entretien
« Notre formation
vise à faire des témoins,
hommes et femmes, dans tous les milieux »
Père
Bernard MICHON
Père du Foyer de Charité
de Châteauneuf de Galaure
Responsable des
Foyers de Charité
Les Foyers de Charité
fêtent leurs 70 ans. Comment vont-ils ?
P. Bernard Michon : Il
y a eu une première étape de diffusion des Foyers,
large et rapide, en Europe, en Afrique, en Amérique Latine,
en Asie. On pourrait qualifier cette phase de « charismatique
», avec des « merveilles de Dieu » comme dans
les Actes des Apôtres. Tout se passait en relation directe
entre le P. Finet et Marthe, d'une part, et d'autre part un prêtre
venu à Châteauneuf pour une retraite et repartant
parler à son évêque de ce qu'il y avait vu
et entendu. Mais, après le décès de Marthe
Robin en 1981, puis celui du P. Finet en 1990, les Foyers ont
marqué le pas. Ils ont été reconnu officiellement
par le Conseil pontifical pour les laïcs en 1986, et, de
manière définitive, le 8 décembre 1999.
Nous vivons, depuis, une autre phase, plus « ecclésiale » : ce sont maintenant des évêques qui font appel à nous, souvent poussés par un besoin de formation. Et l'Eglise peut alors leur conseiller les Foyers et leurs retraites. Le trait commun est toujours l'accord avec l'évêque local ou la Conférence épiscopale. Les Foyers de charité donnent ainsi un témoignage qui dure avec les années et qui est unanime. Il n'y a pas trop de fausses notes, et les évêques sont attentifs à cette solidité et à cette continuité dans la formation fondamentale offerte à tous.
- A première vue,
on pense plutôt spiritualité avant formation à
propos des Foyers de Charité
- A la source des
Foyers, il y a un charisme. C'est Dieu qui répond à
un besoin de l'Eglise pour le monde d'aujourd'hui. Ici, à
travers Marthe Robin, le charisme est celui de la formation en
vue du témoignage. Rien de comparable, donc, avec une université
ou un institut où l'on peut trouver d'excellentes formations.
Notre formation vise à faire des témoins, hommes
et femmes, dans tous les milieux. Missionnaires, pas simplement
dans la vie interne de l'Eglise, mais dans les milieux les plus
éloignés de l'Eglise.
- Avec ce 70e anniversaire, quels sont vos défis internes ?
- Les vocations ! De vraies vocations dans tous les Foyers, en particulier ici à Châteauneuf dans les trois écoles. Notre vocation a des apparences simples et ordinaires : un membre de foyer accueille des retraitants, travaille, prie et s'offre pour que la retraite porte ses fruits. Mais cette vocation est en fait une vocation totale, très exigeante. Elle est communautaire et demande un don de soi du matin au soir, personnel et avec les autres en communauté, avec le prêtre qui oriente et relance l'ensemble du Foyer. C'est le grand défi, que nous partageons avec les évêques qui ont ce même souci pour les prêtres.
- Quels sont vos lieux
de satisfactions aujourd'hui ?
- Marthe et le P.
Finet restent bien présents. Et même si les années
passent,, chaque retraite reste une oeuvre de dieu, avec la joie
d'accueillir des retraitants et de les accompagner et encore plus
de les entendre, lorsqu'ils repartent en ayant tellement reçu.
Beaucoup disent : « Cette retraite va tellement au-delà
de ce que j'attendais ! » Satisfaction, aussi, de vivre
la dimension universelle de l'Eglise. Je pense à ce témoignage
d'un évêque en RD-Congo : « Le Foyer de
charité était jusqu'à présent une
communauté chrétienne parmi d'autres, il l'est encore,
mais avec les évènements douloureux qui se sont
déroulés ici en Ituri, le Foyer est devenu un coeur
pour toute la région » Ce sont exactement les
mots que le P. Finet employait. Ils pouvaient paraître immenses,
presque exagérés. Mais nous constatons la vérité
de ces paroles, qui se réalisent de plus en plus. Voilà
qui nous réjouit et nous tourne vers l'avenir.
-Etes-vous satisfait de
votre insertion dans l'Eglise de France ?
- Je me demande si la vraie mission des Foyers de Charité
est suffisamment perçue. Elle est évidente pour
tous les anciens retraitants, mais moins pour l'ensemble d'une
opinion commune, y compris de tel ou tel évêque.
La biographie que vient de publier le P. Bernard Peyrous, postulateur
de la cause de Marthe, sera à cet égard très
utile : elle aide bien à voir la vraie mission des Foyers.
- Marthe Robin ne reste-t-elle
pas une énigme pour beaucoup ?
- Cette « vie de Marthe » va aider les lecteurs
à voir que son itinéraire intérieur est d'une
fécondité immédiate particulièrement
visible dans les Foyers de charité, qui sont le coeur de
son coeur. Marthe Robin, c'est, dans l'Eglise, une grande union
à Dieu, une communion aux trois Personnes divines, un amour
fou de Jésus avec Marie. Ce contenu mystique passe à
travers les retraites, données par les Foyers. Du coup,
la mission des Foyers de Charité, c'est une priorité
donnée à l'évangélisation, sous la
forme d'un retour à l'essentiel : la Trinité, la
paternité de Dieu, l'Eglise comme famille, la place de
Marie, le rôle de l'Esprit Saint, la vie filiale (et pas
seulement fraternelle et sociale). J'ai vécu un grand moment
le jour où j'ai compris qu'en dépit des apparences
et des phénomènes extérieurs, Marthe vivait
chaque semaine, dans son union très particulière
à Jésus, le même contenu, le même noyau,
que l'enseignement et le témoignage donnés dans
toutes les retraites de tous les Foyers.
-Cet essentiel, comment
le résumeriez-vous ?
- C'est le Christ,du Jeudi saint au matin de Pentecôte,
c'est l'essentiel du Credo Le but est que « les fidèles
deviennent des apôtres », demandait Marthe. Chaque
retraite finit par une pentecôte.
-Beaucoup d'initiatives
et de nouvelles communautés trouvent une de leurs sources
chez Marthe Robin
- Je suis prêtre
du diocèse de Lyon : la première fois que j'ai parlé
des Foyers avec le cardinal Albert Decourtray - alors président
de la Conférence épiscopale -, il m'a dit : «
Je vois tout ce qui est en train de naître en France,
et quand on cherche un peu, on découvre Marthe Robin :
quelle femme ! » Marthe est d'abord cette femme, étonnante
pour notre époque, dans tout son itinéraire humain
et religieux. On comprend, en lisant sa biographie, comment le
Seigneur l'a réduite à l'essentiel pour qu'elle
soit accessible au monde entier. Marthe est d'Eglise, pour toute
l'Eglise. Elle n'a pas fondé une oeuvre : elle offre sa
vie à dieu pour contribuer à la régénération
du monde.
- Où en est sa cause
de béatification ?
- Il n'y a pas d'obstacles
majeurs, mais le dossier reste complexe. Rome a demandé
des compléments, notamment sur le plan médical,
la relation entre son état de malade et sa vie mystique.
- Cette béatification
vous apporterait-elle beaucoup ?
- Ce qui me frappe,
c'est la fama sanctitatis, la « réputation
de sainteté » de Marthe. En visitant les Foyers dans
le monde, partout j'entends les mêmes témoignages
en sa faveur. L'ampleur de sa réputation est étonnante.
- Vous êtes prêtre diocésain, ancien professeur d'Ecriture sainte au séminaire Saint-Irénée de Lyon. N'y a-t-il p as contradiction entre la rigueur de l'exégèse et le mystère de cette vie mystique ?
- Au contraire : j'ai trouvé dans l'Ecriture le vocabulaire le plus exact et le plus universel pour parler de l'union à Dieu que vivait Marthe et à laquelle tout baptisé est appelé. A condition de lire la Bible comme un tout, comme le fait la liturgie.
Recueilli par Jean-Marie Guénois.
La Croix - Religion et Spiritualité - Samedi, Dimanche 11 juin 2006