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Sommaire
1978-1998 : 20 ans d'épiscopat de Mgr MARCHAND
De toutes nations:
Haïti : Le Père Michel Lachance est "plus"
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Père Louis Portella , Foyer du Congo
A la source de la conception chrétienne du Temps
Depuis déjà quelques années, le Pape Jean-Paul II ne cesse, à plusieurs reprises et en toutes occasions, d'inviter la communauté chrétienne et même l'ensemble de l'Humanité à un sursaut de conscience, devant l'imminence de notre entrée dans le troisième Millénaire. Le terme de Jubilé, employé pour évoquer l'ensemble des célébrations, suggère une démarche de conversion fondée sur la redécouverte des valeurs cardinales de la Révélation. En effet, dans l'Ancienne Alliance, selon les dispositions du Lévitique (Lev. 25, 8-17), au bout de 49 ans, après " sept semaines d'années, sept fois sept ans ", la 50ème année (année du Jubilé), les esclaves étaient libérés, les biens expropriés pour une raison ou une autre étaient restitués: " Vous rentrerez chacun dans votre patrimoine " (v. 13)etc... C'était en fait une forme de conversion collective, une manière de corriger cette tendance quasi naturelle de toute société à se structurer dans l'injustice.
A travers une telle démarche, comment ne pas se rendre compte de la perception que les Fils d'Israël avaient de leur propre histoire et, partant, du temps ? De fait, ils se sentaient engagés dans une trajectoire qui avait son point de départ dans l'Acte Créateur, qui avait connu une grande cassure avec le " péché d'Adam ", mais qui a bénéficié d'une reprise, d'une relance avec l'appel d'Abraham et surtout avec l'exode, la pâque, c'est à dire le passage de la terre de l'esclavage à la terre de liberté. Cette trajectoire était portée par un projet : le projet de Dieu dans le monde. Plus tard, Jésus Lui-même, l'Envoyé du Père, saura bien l'expliciter, dans son dialogue avec Nicodème : " Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle (...), pour que le monde soit sauvé par Lui " (Jn 3,16-17). Et l'apôtre Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, en fera une présentation synthétique magistrale : " C'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ ". (Ep. 1,4-5).
Les Pères de l'Eglise, quant à eux, vont employer le terme audacieux de " divinisation " pour caractériser ce projet divin.
Bref, le temps, pour un Fils d'Israël, comme pour un disciple de Jésus le Christ, est un enchaînement d'événements, de circonstances, de situations orienté vers la réalisation du vouloir divin. Et c'est en fonction de cette perspective que les différents moments de l'histoire sont évalués, comme l'ont su bien le faire les prophètes.
I La banalisation du temps
1) Un oubli
La conception linéaire du temps, caractéristique de la civilisation, est bien un héritage de la Révélation biblique. Le monde grec auquel se sont adressés les prédicateurs de l'Evangile était plutôt imbibé d'une conception marquée par l'idée d'un " cosmos " où tout est ordonné dans un ensemble statique : la nouveauté n'y a pas sa place, et tout événement relève de l'ordre de la Nécessité.
L'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ a permis à ces peuples du Bassin Méditerranéen de comprendre le monde comme une réalité en devenir, marchant vers son développement ultime. C'est cette nouvelle conception du temps qui a fait naître en partie en eux le dynamisme qu'on leur reconnaît, et qui se manifeste aujourd'hui par un développement économique et technique vertigineux.
Malheureusement, l'exploitation orgueilleuse de la création, avec le primat accordé aux impératifs matériels, a amené l'Occident, progressivement, comme sur une pente glissante, à perdre de vue la perspective fondamentale de la vocation divine de l'homme et de sa mission de ramener toute la création au Christ et par Lui à Dieu.
2) Le temps unidimensionnel
Ainsi donc, la polarisation quasi obsessionnelle de l'attention des populations vers tout ce qui a trait à l'efficacité et à l'aisance matérielle, a induit un rapport au temps exclusivement utilitaire. Le temps se conçoit désormais comme totalement relatif et soumis aux impératifs économiques. Le rythme du jour et de la nuit, et surtout le rythme hebdomadaire avec comme sommet le Dimanche, ont perdu de leur pertinence dans l'organisation de la vie. Leur intérêt réside plutôt dans l'utilité qu'ils offrent pour atteindre des objectifs pratiques : le repos de la force de travail, la maintenance des outils de production, etc... C'est comme si on ne s'intéressait qu'à une seule dimension du temps.
Ce tableau court peut-être le risque d'être excessif et même caricatural, certes. Mais, à mon humble avis, c'est une tendance qui ira en s'accentuant. Il est vrai, aujourd'hui, la réduction de plus en plus importante du temps de travail hebdomadaire tend à faire évoluer la société vers une " civilisation du loisir ". Mais dans le fonds, est-ce une nouvelle chance pour la reconnaissance et l'accueil de la transcendance " christique " au creux même du temps de l'homme ? C'est ce qu'il faudrait souhaiter, mais ce n'est pas évident.
II La perception africaine du temps
Je voudrais ici esquisser rapidement la manière dont l'Afrique traditionnelle vit le rapport au temps. Il est vrai qu'aujourd'hui, elle se trouve embarquée dans le tourbillon trépidant du monde moderne, et dans une évolution plutôt extravertie, du fait que les leviers des orientations économiques qui l'engagent se situent en dehors d'elle-même. Cependant, elle reste encore marquée par ce qu'un anthropologue a appelé " les significations majeures ", c'est-à-dire sa vision du monde et ses valeurs profondes.
Or, en Afrique, l'homme est considéré comme un centre où se noue une véritable constellation de plusieurs relations :
- Relation à Dieu qui demeure la clé de voûte de tout le système, mais qui est assez lointain pour laisser l'homme en prise avec les autres relations plus immédiates.
- Relation à l'espace qui appartient à la famille, au clan, de génération en génération, et qui est habité, gardé et contrôlé par des êtres spirituels avec lesquels il faut aussi compter.
- Relation aux ancêtres, déjà morts certes, mais toujours actifs dans leur rôle tutélaire de garants ultimes de la sécurité et de la cohésion du clan.
- Relation aux autres membres du clan et, de manière particulière, au chef de famille, considéré comme le médiateur et dépositaire des forces spirituelles veillant sur le clan.
Tout l'idéal de l'homme africain consiste à vivre dans une harmonie, une communion équilibrée et constante, avec les différents pôles de ces relations. A la fin de sa vie, il rejoindra le village des ancêtres, dans une situation qui dépendra de la qualité des relations qu'il aura eues sur terre. Il pourra même accéder au rang d'ancêtre vénéré, s'il a été, par sa droiture, sa générosité, son sens des responsabilités, un facteur déterminant de cette harmonie tant recherchée.
Bref, c'est un être communautaire, avec un sens de la famille très marqué.
Ainsi, pour lui, le temps n'a de l'importance que par rapport à cette harmonie sociale et spirituelle à atteindre par-dessus tout. Il prend le temps et les moyens matériels qu'il faut, sans parcimonie, et même sans compter, pour manifester et favoriser cette harmonie : c'est sans prix. On peut penser à la " palabre ", aux célébrations des mariages, des funérailles, etc...
Nous n'avons pas ici une conception linéaire du temps où l'histoire avance vers la réalisation finale et définitive du projet divin, comme l'affirme la révélation chrétienne, projet qui intègre le devenir et de l'homme et de toute la création. Tout est relativisé par rapport à cette harmonie familiale à vivre maintenant.
Dans cette perspective, un des défis majeurs de l'Afrique actuelle consistera d'une part dans l'accueil en profondeur de l'Evangile avec sa dynamique eschatologique, et, d'autre part, dans un dialogue des cultures plus lucide et des relations économiques plus équilibrées avec la civilisation occidentale.
III Le Dimanche comme rappel du sens du temps.
1) Le sens du Dimanche
C'est le lendemain du sabbat, le premier jour de la semaine (Mt 28,1) que les femmes, puis les apôtres, ont eu l'expérience, pour la première fois, de la résurrection du Christ. Et c'est devenu une " tradition ininterrompue et universelle " (Lettre apostolique de Jean-Paul II " Le Jour du Seigneur ", p. 19) de célébrer le mystère de la Résurrection du Seigneur chaque premier jour de la semaine (Ac. 20,7) appelé justement " jour du Seigneur ". " Seigneur " est le titre attribué à Jésus ressuscité, comme le déclare Pierre à la Pentecôte: " Dieu l'a fait Seigneur et Christ " (Ac. 2,36).
En entrant dans le monde, le Christ est venu inaugurer une nouvelle séquence du temps: " Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d'une femme " (Ga 4,4). Et puisque tout a été créé en Lui, par Lui et pour Lui (Col 1,17), c'est en Lui que tout sera récapitulé (Ep 1,10). Il est donc la clé de notre histoire ; grâce à la lumière qu'Il est, cette histoire des hommes et de toute la création est éclairée et constamment réorientée selon sa trajectoire originelle. Comme le rappelle le Pape, son existence terrestre, qui a culminé à sa mort-résurrection, " constitue véritablement le centre du temps " (" Le Jour du Seigneur " n° 74). Et c'est donc à propos que nous pourrions reprendre les belles acclamations que la liturgie de la Veillée Pascale propose au moment de la préparation du Cierge Pascal :
" Le Christ, hier et aujourd'hui, commencement et fin de toutes choses, alpha et omega ; à Lui le temps et l'éternité, à Lui la gloire et la puissance, pour les siècles sans fin. Amen.".
2) Le Dimanche dans la civilisation occidentale
Ainsi l'invitation du Pape à reconnaître et à redonner toute son importance au Dimanche comme jour par excellence de la célébration de la Résurrection du Seigneur revêt un caractère particulièrement urgent, dans cette civilisation technicienne où le temps a tendance à perdre ses dimensions symbolique, spirituelle et sociale pour être pris en compte selon la seule dimension utilitaire.
Vivre le Dimanche comme un jour privilégié de rencontre avec le Seigneur ressuscité, dans l'Eucharistie qui actualise sa présence, c'est accueillir, au creux même de l'histoire, Celui qui en est le centre et qui la mène jusqu'à son plein accomplissement ; c'est s'ouvrir à l'inattendu de l'amour divin, au sein même de tout ce qui est programmé; c'est accepter que la réussite économique ne soit pas le tout de l'homme, mais trouve sa raison d'être dans la promotion de la communion entre les hommes, communion d'amour, de justice et de paix ; c'est, enfin, pour la civilisation occidentale, renouer avec son héritage le plus précieux.
3) Le Dimanche dans la civilisation africaine
La civilisation africaine, quant à elle, dans sa rencontre avec le Christ, devra consentir aussi à des conversions et des dépassements.
Célébrer le Dimanche comme jour du Seigneur ressuscité, c'est, pour elle, accepter que l'aventure humaine ne se réduise plus à la seule recherche de l'harmonie sociale et spirituelle entre les êtres vivants et morts d'une même famille, mais qu'elle consiste d'abord dans l'accueil d'un don inouï : la communion Trinitaire dans laquelle l'homme est introduit ;
c'est s'ouvrir à l'éclatement de toutes les frontières et de toutes les barrières entre groupes sociaux dans la mise en oeuvre de la communion fraternelle universelle ;
c'est recevoir la mission de participer, grâce au travail, clé du développement économique, à la libération de toute la création et à son entrée dans la gloire des enfants de Dieu. (Rm 8,19-20).
c'est accueillir comme nouvel ancêtre primordial, comme " proto-ancêtre ", le Christ à la rencontre de qui l'homme et tout l'Univers sont en marche ; cela induit un nouveau rapport au temps et donc une autre manière de le gérer ; cela fait vivre aussi un nouveau type de relation avec tous les autres êtres.
Conclusion
" Engendré avant le temps, Il entre dans le cours du temps ". Cette affirmation lapidaire mais dense de la 2ème Préface de Noël situe bien l'enjeu de la Lettre Apostolique de Jean-Paul II sur le Dimanche.
Il s'agit, en effet, de faire reconnaître la Seigneurie du Christ sur toute la création, et de faire retrouver à l'Humanité le sens d'une marche, qui a connu et qui connaîtra encore des ralentissements et des impasses, mais dont l'aboutissement est garanti et assuré : Christ reviendra dans la gloire et " Il remettra la royauté à Dieu son Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance ". (1 Co 15,24).
A nous de manifester, dans notre prière, comme dans notre vie et notre travail, cette attente active si caractéristique des premiers chrétiens, et si bien exprimée par ce cri qui leur était familier :
"
Amen ! Maranatha ! Viens, Seigneur Jésus " (Ap. 22,20).
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Le Dimanche : un jour pas comme les autres
Au Burkina toutes les familles ne sont pas chrétiennes. En effet, à côté des chrétiens, on rencontre des Burkinabés musulmans ou de religion animiste. Ces différences font que le Dimanche n'a pas le même sens pour tous.
Pour les familles chrétiennes, le dimanche est un grand jour : jour de la Résurrection du Seigneur. Chacune a le souci d'une participation active à la célébration de l'Eucharistie : les uns sont à la chorale, les autres sont papa ou maman catéchiste, lecteur, ou participant au service d'ordre (ils veillent à ce que les enfants ne fassent pas de bruit, ouvrent et ferment les portes de l'église, font la quête). Les enfants qui ne comprennent pas bien le sens du dimanche savent que ce n'est pas un jour comme les autres ; ce jour-là on n'est pas habillé comme pour aller au marché, et on se tient comme il faut car l'assemblée du dimanche n'est pas le marché.
Les messes sont longues : nous prenons le temps d'exprimer la joie par les chants et les danses ; malgré cela tous, du plus grand au plus petit, se retrouvent sur le chemin de l'église. La joie du dimanche se prolonge après la messe : les adultes, voisins et amis, se retrouvent autour d'une calebasse, et les enfants reprennent leurs jeux.
Catherine
L'homme cherche instinctivement son bonheur. Il n'est pas fait pour la souffrance et la tristesse. L'homme est fait pour la joie, l'homme est fait pour le bonheur.
Nous n'avons pas à défendre aux hommes de chercher à être heureux sur la terre. Non ! Notre lot n'est pas la souffrance ! On ne s'habitue jamais à la souffrance, et la religion ne glorifie pas la souffrance ! Non! Et l'Église la combat chaque fois qu'elle la rencontre. Oui ! Elle crée des hôpitaux pour soulager les malades, Oui ! Elle la combat sous tous ses aspects. Si la souffrance était un bien, elle serait au ciel. Or, la souffrance n'est pas au ciel, donc, elle n'est pas un bien. Nous sommes faits pour le bonheur du ciel.
Mais vous pourriez me dire : " Et la croix, et la pénitence ? "
La croix est un moyen, non un but, et nous ne devons pas la prêcher comme finalité, comme but. C'est le moyen que Jésus a pris pour nous sauver. C'est un moyen nécessaire, mais ce n'est pas notre finalité. Notre finalité de chrétiens c'est l'amour, et le fruit de l'amour c'est la joie et c'est le bonheur dont la joie est le signe. Il n'en reste pas moins vrai que, pour réparer le péché, qui est une cause de souffrance et de mort, Jésus, par amour, est entré dans la souffrance et dans la mort par la croix.
Nous-mêmes, qui avons à unir notre réparation du péché à celle de Jésus, nous devons également entrer dans la souffrance et dans la mort. C'est pour cela qu'il faut, nous aussi, porter notre croix, non pas comme le but de notre vie, mais comme le moyen d'être unis par l'amour à Jésus Rédempteur sur la croix, de manière à ce que nous débouchions sur la vie, sur l'amour, sur le bonheur. Nous serons alors dans le Plan de Dieu.
Pour quel bonheur sommes-nous faits ?
Nous ne sommes pas faits pour n'importe quel bonheur. Nous sommes faits pour un bonheur très déterminé. Les hommes, souvent, cherchent leur bonheur là où il n'est pas et ils ne rencontrent qu'amertume et souffrance.
Si nous recherchons notre bonheur dans les biens de consommation et de production, nous ne trouverons pas beaucoup de joie et nous serons dans la souffrance ! C'est le drame d'aujourd'hui.
Du coeur d'une partie de notre jeunesse, on a enlevé Dieu. On leur propose un bonheur matérialiste de production, de consommation des biens de la terre !
Or, le bonheur est dans l'amour, le bonheur est un fruit de l'amour ; voilà ce qu'il ne faut jamais oublier.
Le plaisir n'est pas le bonheur, il est un fruit de l'instinct, il est égoïste ; mais le bonheur, au contraire, est un fruit de l'amour car, aimer, c'est cesser de s'appartenir pour se donner à l'autre.
Le plaisir peut devenir une valeur d'amour, quand il est au service du devoir, par exemple le plaisir de boire et de manger. Le plaisir qui nous aide à accomplir notre devoir n'est pas défendu. Si nous l'acceptons, c'est bien, c'est dans le Plan de Dieu. C'est pour cela qu'il n'est pas défendu de chercher à manger des choses qui nous font plaisir. Où est le péché de gourmandise ? Il n'est pas dans le plaisir de boire et de manger, c'est le plaisir pour le plaisir. Sans autre but que de jouir.
De même, le plaisir sexuel est au service de l'amour. Mais si je le cherche en lui-même, c'est un péché d'impureté.
Vous le savez bien ! Le bonheur est dans l'amour. Mais l'homme se trompe souvent sur l'amour, alors, il rencontre la déception et non la plénitude de satisfaction qu'il recherche.
Nous sommes faits pour le bonheur même de Dieu ! Créés à l'image et à la ressemblance de Dieu Infini, nous portons en nos coeurs des besoins indéfinis. Et Seul l'infini peut combler l'indéfini. Donc, nous sommes faits pour le bonheur même de Dieu.
(Extraits
1978)