Numéro 191 - Février 1999

Sommaire

"Mon Père et votre Père, Mon Dieu et votre Dieu"
Père René WOLFRAM

Témoignage

Le Message de Jésus
Père FINET

Nouvelle évangélisation et renouveau des paroisses
Père Alain BANDELIER

Témoignages

De toutes nations :
Au Foyer de la Réunion :
Nouvelle évangélisation : l'expérience de notre paroisse

Au Foyer du "Buisson Ardent" au Burkina-Faso

 

Y a-t-il quelque chose, y a-t-il quelqu'un,
qui puisse me dire pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?
Où est-ce que je vais ? loin des enfants
Où est-ce que je vais ? loin de leur sourire
Y a-t-il une réponse sur leurs doux visages
qui me dise pourquoi je vis, pourquoi je meurs?
Descendant au ruisseau,
Descendant au bas de la pente,
Jusqu'à la ville où la vérité meurt.
Où est-ce que je vais ? loin des enfants, loin de leur sourire,
loin de mon coin chaud
loin de ma maison.
Où me conduit-on ?
Où arriverai-je à découvrir
pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?

Ainsi s'exprimait douloureusement dans "Hair", l'angoisse du monde... Car il est dans les ténèbres celui qui ne sait pas pourquoi il est né, pourquoi il vit et pourquoi il meurt.

Mais voici qu'au milieu des ténèbres, la Lumière a brillé. Saint Jean nous dit dans le prologue de son Evangile : "La Lumière a brillé dans les ténèbres ". Quelle est cette Lumière ? Cette Lumière s'appelle Jésus qui a dit : "Moi, je suis la Lumière venue éclairer tout homme en ce monde ".

Quelle est la Lumière apportée par Jésus ?

Nous sommes-nous posé quelquefois la question ? Jésus est-il venu sur terre, s'est-ll incarné, a-t-Il vécu parmi nous dans sa vie publique pour nous dire que Dieu existait ? Non! La grande lumière apportée par Jésus ne porte pas sur l'existence de Dieu, car les Juifs au milieu desquels Il a vécu croyaient tous en Dieu... Quand on voyage un peu dans les pays qui n'ont pas encore reçu le message de Jésus, en Chine, dans la vallée de l'Orénoque ou dans la Grande Forêt africaine, on est frappé d'une chose : I'âme humaine est naturellement religieuse. L'homme a toujours recherché Dieu avec ses moyens à lui. Depuis la venue de Jésus, nous sommes surnaturellement religieux. Nous avons une vérité révélée et cette vérité est merveilleuse. Jésus est venu nous dire - non pas l'existence de Dieu (on le savait) - mais la pensée et l'attitude de Dieu à notre égard.

Quelle est donc la pensée de Dieu à notre égard ?

Dans le fond de notre coeur, essayons de répondre à cette question : c'est la pensée d'un Père ! Jésus nous a dit que Dieu est Père et qu'Il est notre Père. Quelle est donc l'attitude de Dieu à notre égard ? celle d'un Père au coeur plein de tendresse et de miséricorde. Depuis le péché originel jusqu'à la venue de Jésus sur la terre, l'humanité avait perdu son père, car elle s'était coupée de l'origine de la Vie et de l'Amour. Par le péché, elle avait mis sa volonté en travers de celle de Dieu. Dans l'Ancien Testament, il n'est pas question du Père, il est question de Dieu, Yahvé, Elohim... Devenus des créatures en face du Créateur, on avait cessé d'être des enfants en face du Père. Et voici que Jésus, non seulement s'est incarné parmi nous, mais, sur la Croix, est devenu notre Rédempteur. Il a pris tous nos péchés, tous ces péchés qui nous coupaient du Père, Il les a expiés, et Il nous a rendu la vie divine. C'est par le baptême qu'on reçoit maintenant la vie divine qu'on recevrait à la naissance par voie de génération si l'homme n'avait pas péché. Non seulement Jésus nous a rendu la vie divine, mais Il nous a rendu le Père. Il nous a dit que Dieu était Père, son Père et notre Père. Voilà la grande lumière qui a brillé dans le monde et dont nous sommes les témoins. Quand le Concile Vatican II demande aux chrétiens d'être des " témoins par la Parole et par l'action ", quelle est notre parole? C'est la parole d'un enfant qui sait témoigner de son Père. Quelle est notre action ? c'est l'action d'un enfant qui a confiance en son Père.

Si Dieu est Père, notre Père, quelle sera notre réponse ?

o L'esprit filial

Et quelle est la caractéristique de l'esprit filial ? C'est la confiance de l'enfant en face de son père. Un fils qui n'a pas confiance en son père détruit sa famille. Un chrétien qui n'a pas confiance en son Père des cieux détruit la famille de Dieu sur terre, et c'est là qu'est le péché.

Faire confiance à quelqu'un, c'est risquer pour lui : un enfant qui fait confiance à son père se risque pour lui. Un chrétien qui ne sait risquer pour Dieu tombe dans une espèce d'athéisme pratique... Oui, c'est très exigeant pour nous de faire confiance.

La confiance doit être la caractéristique et l'attitude fondamentale du chrétien.

Ce n'est pas seulement l'esprit filial qui caractérise le chrétien, c'est aussi :

o l'esprit fraternel

Car, si nous sommes enfants de Dieu, tous ceux qui sont enfants de Dieu sont nos frères. Nous constituons une famille : la famille de Dieu sur terre...

Saint Jean l'a écrit : " Celui qui dit : j'aime Dieu, et qui hait son frère, est un menteur ", car l'esprit filial que nous avons dans notre cur ne se voit pas... c'est le secret du Saint-Esprit. Mais ce que l'on voit très bien, c'est notre attitude envers les autres. Suis-je serviable ? patient ? miséricordieux ? Le chrétien n'est pas jugé sur l'amour filial qui ne se voit pas, mais il est jugé sur ses actions et son esprit fraternel Et alors, on dira volontiers en regardant vivre des baptisés : " Voyez comme ils s'aiment ". C'est ce qu'on disait des premiers chrétiens et c'est à ce signe, dit Saint Jean, qu'on reconnaîtra que vous êtes disciples du Christ, "à l'amour que vous aurez les uns pour les autres ". Jésus l'a dit bien souvent dans l'Evangile :
" Je vous donne un commandement nouveau : Vous aimer les uns les autres ; comme Je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.
A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres ". Jean 13,34-35.

La grande lumière qui a brillé, c'est que Dieu est Père et notre Père. Nous sommes les enfants de Dieu et, par ce fait même, les frères de nos frères. Et cette lumière, c'est le Message de Jésus : L'Evangile.

Son Père est également notre Père

C'est par le baptême que nous entrons dans la famille de Dieu et la famille de Dieu sur terre, c'est l'Ég!ise.

" Voyez quel Amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons réellement " dit Saint Jean.

Le Père nous a aimés le premier. C'est Lui qui a toujours l'initiative de l'amour. Regardez avec Zachée, la Samaritaine, le paralytique de la piscine de Bethesda, l'enfant du centurion, avec Pierre après le reniement.

L'Amour du Père est patient, il est fidèle. Le Père de l'Enfant prodigue continue à aimer son enfant dans l'infidélité. Oui, Dieu m'aime tel que je suis, parce qu'il est bon... Parce que Dieu est Père, Il est toujours prêt à pardonner et c'est un droit, pour l'enfant, d'avoir la miséricorde du Père, le pardon qui est le parfait don de son amour.

Quelle est donc la vocation essentielle du chrétien ? C'est être enfant.
" Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux.".

La vie divine est un don réel

Jésus n'est pas venu apporter un idéal, mais Il est venu nous apporter la vie, et la vie en abondance. Notre christianisme est un don, le don de la vie divine.

Ah ! " si tu savais le don de Dieu ", dit Jésus à la Samaritaine. Un idéal, ce n'est pas du réel ; une idéologie, ce n'est pas du réel ; mais la vie divine est une réalité.

" Je suis venu vous donner la vie, et la vie en abondance " Jean 10,10.

Même dans le péché, nous restons marqués de ce don du Père... Comme c'est douloureux pour un père de voir que ses enfants ne vivent plus de cette vie qu'il leur a donnée. Tous les sacrements sont dans la ligne de la surabondance d'amour, et la Pénitence - Réconciliation, droit pour l'enfant d'avoir la miséricorde du Père, nous rend la vie divine que nous avions perdue par le péché.

Oui, nous avons deux vies :
- la vie physique reçue de nos parents ;
- la vie divine, supérieure à la première, reçue de Dieu au baptême qui, elle aussi, a ses puissances ou facultés : la Foi, l'Espérance, la Charité et les dons du Saint-Esprit, couronnant les vertus morales.

Un être complet est celui qui répond à la conception de Dieu sur lui, car chacun d'entre nous a été vu, dans le Père. Dieu nous a créés "pour nous récapituler tous dans le Verbe " (Eph. I), pour être, en Lui, pour Lui et avec Lui, fils et filles de Dieu.

Voilà, brièvement exposée, toute l'ampleur du Plan d'Amour du Père que Jésus-Lumière nous a révélé. Sachant que "son heure est venue", Jésus peut dire, au soir du Jeudi-Saint : " Père, glorifie-Moi, de la gloire que J'avais près de Toi, avant que le monde fût. J'ai manifesté Ton nom de Père à ceux que Tu m'as donnés. Ils ont reçu mon message... Père, garde-les dans l'Unité que j'ai avec Toi, afin que le monde croie que Tu M'as envoyé ".

Nouvelle évangélisation
et renouveau des paroisses

Père Alain BANDELIER, Foyer de Combs-la-Ville

 

Le Père Alain Bandelier a été curé de la paroisse de Combs-La-Ville jusqu'en septembre dernier. Cet article fait écho aux cellules paroisiales d'évangélisation qu'il y a implantées.

Quand on entend parler de nouvelle évangélisation, on pense spontanément à de nouvelles fondations ou à de nouvelles initiatives. Cela peut faire peur : certains craignent d'être mobilisés dans des engagements supplémentaires, d'autres imaginent que leurs engagements missionnaires actuels sont disqualifiés. Pourtant, quand il a commencé d'utiliser cette formule, Jean Paul II visait tout autre chose. Nouvelle par sa ferveur, ses méthodes, son langage (1), l'évangélisation n'est pas une mission confiée à quelques troupes d'élite, mais l'horizon de tout chrétien et de toute communauté chrétienne dans l'Église. En ce sens, ce n'est qu'une expression particulièrement heureuse et actuelle de la prise de conscience qui a été au cur du Concile Vatican II : La vocation chrétienne est par nature vocation à l'apostolat. Les laïcs tiennent de leur union avec le Christ le droit et le devoir d'être apôtres (2). Cette conviction, le père Finet l'avait faite sienne. Il ne cessait de la rappeler aux retraitants comme aux membres de Foyer : non seulement disciples, mais apôtres !

Quand on parle du Renouveau, du moins dans les milieux catholiques et occidentaux, on désigne les groupes de prière charismatiques et les communautés nouvelles qui en sont issues. On peut regretter cette limitation de sens. Ces groupes et ces communautés contribuent au renouveau de l'Église, de la prière, de l'évangélisation, c'est sûr. Mais ils n'en ont pas l'exclusivité, et d'ailleurs ils ne le prétendent pas. Avec d'autres réalités ecclésiales anciennes ou récentes, ils sont plutôt un sel et un levain, parfois même un raisin vert qui agace quelques dents. Ils rappellent à tout le Peuple de Dieu que si l'on doit s'appuyer sur le passé, on ne peut s'y enfermer. Ce renouvellement permanent est la vraie Tradition de l'Église, depuis deux millénaires. Il exclut la rupture des discontinuités aussi bien que la paresse des continuités seulement répétitives.

L'onction toujours nouvelle de l'Esprit Saint doit toucher les institutions les plus vénérables aussi bien que les mouvements qui sont apparus à une époque récente. Les plus allergiques aux remises en cause, les plus fermés à la nouveauté, ne sont pas toujours ceux que l'on pense ! Les paroisses sont directement concernées par ce nouveau souffle d'évangélisation.

Jusqu'à une date récente, j'ai exercé mon ministère dans un cadre paroissial. J'ai été longtemps aumônier de jeunes. Ensuite, pendant douze années, j'ai eu la responsabilité de deux paroisses successives, comme curé. J'ai pu éprouver les difficultés de ce ministère. J'en ai goûté aussi les joies et les grâces. La paroisse, c'est la proximité de l'Église, son ouverture à tous, son service quotidien de la Parole et des Sacrements. Contrairement à ce qu'annonçaient des articles soi-disant prophétiques il y a vingt ans, elle n'est pas près de disparaître. Mais elle a besoin d'un renouveau.


Nouvelle organisation
L'évolution la plus facile à décrire est celle qui touche l'organisation de nos paroisses. Leur structure et leur fonctionnement, qui semblaient immuables, sont en pleine transformation. Dans beaucoup d'endroits, il est difficile de faire exister, de rassembler et d'animer une communauté chrétienne locale. Tantôt c'est l'éparpillement des zones rurales, tantôt c'est la concentration urbaine, ici c'est le trop petit nombre des pratiquants, ailleurs on est débordé par le nombre. Un peu partout on essaie de mieux répondre aux attentes des hommes et aux motions de l'Esprit. Dans la ligne du XXI° Concile, on a vu se développer la responsabilité des laïcs, l'ouverture cuménique, le service de la société, le renouveau liturgique... Dans soixante-dix diocèses de France, on a mis en chantier une nouvelle définition des contours des paroisses, qui ne correspondent plus forcément à ceux des communes. On sent que ce n'est pas seulement un découpage géographique. C'est une vision communautaire et missionnaire. Il ne faut pas croire pour autant que ces réformes de structure entraîneront d'elles-mêmes un réveil de la foi. Elles peuvent faciliter l'évangélisation, elles ne peuvent pas la remplacer. Il ne faut pas confondre nouvelle paroisse et paroisse renouvelée.

Là où manquent les prêtres, le problème est celui de sauvegarder la mission spécifique et sacramentelle du pasteur, tout en confiant aux fidèles la responsabilité d'animer la paroisse. De ce point de vue l'expérience des catéchistes en Afrique et des communautés de base en Amérique latine pourraient aider l'Europe. Notre esprit occidental, trop juridique et même politique, nous fait poser les problèmes en termes d'administration et de pouvoir. Ici ou là, on a vu fleurir un cléricalisme laïc aussi écrasant et stérilisant que le cléricalisme qu'on a connu (et qu'on connaît encore), là où le curé est seul maître à bord. Il n'y aura de renouveau des paroisses que si grandit un esprit vraiment communautaire, à base d'humilité, de fraternité, de générosité.

Parmi les efforts qui visent à améliorer le fonctionnement des paroisses, il faudrait mentionner d'innombrables initiatives. On organise des temps et des lieux d'accueil, au presbytère ou à l'église, parfois aussi dans des lieux de passage, comme les centres commerciaux. On propose des temps de rencontre originaux : moins de réunions réservées aux habitués, et davantage de temps conviviaux ouverts à tous. On fait des propositions nouvelles, avec le souci de rejoindre des personnes qui découvrent ou redécouvrent la foi. On se soucie de la qualité des célébrations, de la communication, des relations internes et externes, etc.


Nouvelle orientation

Tout cela n'est pas inutile, mais ce n'est pas décisif. Toutes les améliorations que l'on voudra ou pourra imaginer ne suffiront pas à créer un nouvel élan. Je l'ai moi-même expérimenté. J'étais pleinement engagé dans ma mission pastorale. Mes paroissiens étaient des fidèles sympathiques et actifs. Mon ministère était passionnant, de l'enfant qui communie pour la première fois à la vieille dame de l'hospice qui communie pour la dernière fois, des jeunes qui vont se marier ou baptiser leur nouveau-né aux adultes qui partagent leurs soucis de famille, leurs responsabilités professionnelles, leurs combats dans la société. J'étais pourtant habité par une insatisfaction. Tout cela remplit mon cur et ma prière, et aussi mon agenda ! Mais où est-ce que cela va ? Qu'est-ce qu'on bâtit ? La question la plus grave était celle-ci : dans nos paroisses françaises, nous nous occupons surtout des pratiquants, qui sont moins de 5% de la population (les chiffres officiels sont largement au dessus de la réalité) ; nous nous occupons de loin en loin des non-pratiquants, lorsqu'ils viennent pour un mariage, un baptême, le catéchisme de l'enfant ou l'enterrement de la grand-mère ; mais les autres ?

J'étais dans cet état d'esprit lorsque j'ai eu sous les yeux un article consacré au système des cellules paroissiales d'évangélisation, tel qu'il était pratiqué dans la paroisse Sant Eustorgio de Milan, avec don Pigi, à la suite de la paroisse St Boniface de Miami. Je dois dire que cela a été pour moi une réponse lumineuse et un appel très fort. Je l'ai partagé avec la nouvelle paroisse qui m'était confiée, à Combs-la-Ville, en banlieue parisienne (en parallèle commençait le Foyer de Charité). Une conviction nous habitait désormais : nous sommes là pour ceux qui ne sont pas là. L'Église n'existe pas pour elle, mais pour le monde. Le peu de Jésus Christ que tu as reçu, ne le garde pas pour toi, partage-le. La mission est un problème de foi, elle est précisément la mesure de notre foi (3). La foi grandit quand on la partage. Cette vision des choses, neuve dans son expression, profondément traditionnelle dans son inspiration, pouvait traverser, éclairer et dynamiser toute la vie d'une paroisse.

Concrètement, il s'agissait de mettre chaque paroissien en situation d'évangéliste, où qu'il soit. Personne ne peut se reposer sur d'autres de l'évangélisation des gens de son entourage (en gardant le terme grec du Nouveau Testament, on dira l'oïkos) : sa famille, ses voisins, ses collègues de travail, ses amis, bref non pas tous ceux qu'il connaît, mais tous ceux avec qui il vit. La force de ce projet pastoral, c'est qu'il ne se réduit pas à une exhortation pieuse, comme on en fait beaucoup. Il propose une méthode et un appui.

La méthode, c'est un parcours missionnaire ainsi balisé : Annoncer Jésus Christ, c'est d'abord aimer, c'est-à-dire concrètement se faire le serviteur des personnes. Ensuite, le moment venu, il faudra répondre à une question et témoigner de Jésus, mon Sauveur et mon Seigneur. L'étape suivante consiste en quelque sorte à déblayer le terrain : accueillir les objections, accompagner une recherche, aider à mûrir une décision. Enfin le moment décisif est l'invitation à rejoindre la communauté chrétienne, à faire un pas vers le Christ et vers son Église, en rejoignant concrètement une cellule : cette dizaine de frères et surs qui ont accompagné dans la prière tout ce cheminement, depuis le début. Aussitôt la personne est appelée à son tour à évangéliser son oïkos et à recevoir un service dans la communauté.

L'appui, c'est la rencontre hebdomadaire de la cellule d'évangélisation. Le mot cellule veut souligner deux choses. Il ne s'agit pas d'un groupe ou d'un mouvement, comme il y en a tant ; c'est une cellule du corps, qui est la communauté locale ; à travers les cellules, c'est la paroisse qui se ramifie, c'est tout un courant de vie qui circule. D'autre part chaque cellule est appelée à grossir et à se multiplier ; la visée est d'accueillir sans cesse des nouveaux, non d'entretenir l'autosatisfaction d'un club de copains. Chaque rencontre est un temps fort de vie chrétienne, qui commence par la louange et se termine par l'intercession, avec comme nourriture centrale d'une part le partage (chacun est invité à témoigner de l'action du Seigneur dans sa vie et dans celle de son entourage), d'autre part la formation (le pasteur donne chaque quinzaine un enseignement de base, sous forme d'une cassette enregistrée et diffusée dans chaque cellule).


Une nouvelle inspiration

J'évoque avec un peu d'insistance cette expérience parce que je la connais et que j'en ai vu les fruits. Pour des chrétiens convaincus et déjà bien engagés dans la paroisse, c'était une découverte ; leurs propres enfants, parfois incroyants, pouvaient constater le changement. Pour des personnes aux marges de l'Église, c'était une porte d'entrée dans une foi vivante. Pour des gens étrangers à nos rendez-vous habituels, c'est-à-dire notre messe du dimanche et nos réunions du soir, c'était enfin un lieu possible. Malgré mon enthousiasme, je ne prétends pas que c'est la seule voie possible et féconde. En revanche il y a derrière tout cela une intuition qui, elle, me paraît fondamentale et incontournable, si l'on veut se mettre à l'heure de la nouvelle évangélisation : le point de départ, c'est le Christ. Dans l'histoire de l'Église, les renouveaux missionnaires ont été et seront toujours des renouveaux spirituels.

Dieu seul peut donner Dieu. Des siècles de chrétienté ont pu nous laisser croire que la foi allait de soi et qu'elle se transmettait d'elle-même. L'activisme moderne, celui des prêtres comme celui des militants, a pu donner l'impression que la mission se déploierait en même temps que se déploieraient nos efforts. Paul VI nous a pourtant avertis prophétiquement : Les techniques d'évangélisation sont bonnes, mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l'action discrète de l'Esprit. La préparation la plus raffinée de l'évangélisateur n'opère rien sans lui. Sans lui, les schémas psychologiques ou sociologiques les plus élaborés se révèlent vite dépourvus de valeur... Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d'un Dieu qu'ils connaissent et fréquentent comme s'ils voyaient l'invisible (3). Autrement dit l'évangélisation commence à genoux.

Je fais partie de cette génération à laquelle on a inculqué un schéma de pensée simpliste. Il y avait d'un côté la vie spirituelle, de l'autre l'engagement et le témoignage. On retombait sans cesse dans ce dualisme : action et contemplation, sacramentalisation et évangélisation, Église rassemblée et Église présente au monde. L'articulation de la passivité mystique et de l'activité apostolique est le secret le plus profond, le mystère même de l'Église. Si on la casse, on ne comprend plus rien. Il n'y a plus qu'à équilibrer au mieux (comme on dit si mal) une piété désincarnée et un engagement déchristianisé. On ne voit plus l'interaction et l'interpénétration des deux. La prière est l'âme de tout apostolat, la mission a pour finalité l'union à Dieu. C'est dans le Christ que tout s'unifie, car tout vient de Lui et tout tend vers Lui. Ex fide in fidem (5). Vatican II l'affirme à plusieurs reprises : la liturgie est la source et le sommet de la vie chrétienne comme de l'évangélisation (6).

Il ne faut donc pas s'étonner de voir combien les communautés les plus rayonnantes aujourd'hui sont aussi les plus priantes. On peut constater en particulier quelque chose d'assez inattendu : c'est la redécouverte et la remise en honneur, dans beaucoup d'endroits, de l'adoration du Saint Sacrement. Il ne s'agit pas d'une mode, encore moins d'une fuite, comme certains l'insinuent, pas non plus d'un goût quelque peu rétro pour des pratiques désuètes. Les adorateurs d'aujourd'hui sont des hommes et des femmes qui sont aux avant-postes de la compassion, de l'évangélisation, de la responsabilité. Ils ont entendu le message du Christ : je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde, et ils ont compris qu'ils devaient Lui répondre en étant avec Lui. Être présents à la présence, si nous voulons que cette présence habite ce monde, pour l'éclairer, le guérir, le transformer.

Un certain nombre de paroisses ont mis l'adoration eucharistique au cur de la vie paroissiale. Cela va de l'Heure sainte mensuelle, le premier vendredi du mois, ou hebdomadaire, à une journée complète, et même, ici ou là, l'adoration perpétuelle. Le but n'est pas d'encourager une dévotion privée (qui ne serait pas mauvaise de toute façon) mais de poser un acte public. C'est l'affirmation non verbale que Jésus Christ est le Centre de la paroisse, son vrai Pasteur, la Source de sa vie, le Secret de sa fécondité et de son rayonnement. La communauté chrétienne en reçoit une plus grande profondeur. La fraternité devient une communion spirituelle. Les divers services deviennent des ministères traversés par la grâce. La mission devient une manifestation d'Esprit et de puissance, comme à Corinthe au temps de St Paul (7), autrement dit l'évangélisation n'est pas autre chose que le rayonnement du Ressuscité.

 

 

(1) Jean Paul II à St Domingue, en 1992. Il a souvent repris cette expression depuis.
(2) Concile Vatican II, décret sur l'Apostolat, n° 2 et 4.
(3) Jean Paul II, la Mission du Rédempteur, 11.
(4) Paul VI, l'évangélisation dans le monde moderne, 75 et 76.
(5) Lettre aux Romains 1,17.
(6) Constitution sur l'Église 11 ; Constitution sur la Liturgie 10 ; Ministère et vie des prêtres 5.
(7) 1° lettre aux Corinthiens 2,4.

 

Témoignage

 

Auprès des enfants : l'éveil de la foi

Il y a cinq ans, lorsque j'ai démarré l'Eveil à la Foi sur notre secteur paroissial de Villeneuve Le Comte (regroupant 5 communes), je répondais à une attente ancienne, un véritable souci de notre prêtre qui désirait depuis longtemps proposer quelque chose aux jeunes enfants non catéchisés de la paroisse.

Je venais d'arrêter mon travail, certes passionnant, après cinq années et demi d'activité pédiatrique libérale à temps plus que complet, mais qui entravait trop notre vie de famille. Notre 3ème enfant venait d'arriver. Je découvrais alors la vie familiale, le service de ma famille, à 36 ans, en m'attelant en particulier à des tâches éducatives et domestiques pour lesquelles j'avais été jusque là toujours relayée par d'autres personnes, à cause de mes études assez longues, suivies d'une activité libérale prenante. Le service de ma famille m'a éveillée peu à peu à la nécessité d'un autre service : peut-on s'occuper exclusivement du bonheur des siens, quand on a tout reçu, depuis sa plus tendre enfance, de tous ceux et celles qui vous ont entouré ? Quelle place y avait-il dans ma vie pour le partage et la transmission de tout ce que j'avais justement reçu moi-même, gratuitement, des autres ?

Notre environnement m'offrait aussi des possibilités précieuses :
- Nous habitions à 15 kms du centre de formation diocésaine de Seine et Marne, le Prieuré St Martin (des Frères Missionnaires des Campagnes) à la Houssaie en Brie. Je décidai d'y suivre la formation pour l'Eveil à la Foi, en même temps que je commençais à réunir un petit groupe d'enfants à la maison.

- Proche également de chez nous, le monastère de la Fortelle, récemment implanté dans notre secteur, pour créer un pôle spirituel face à la culture de loisir apportée par Disney. J'y trouve depuis des années une source précieuse d'approfondissement spirituel et de prière.

- L'équipe de catéchèse, jeune, dont les membres sont généreux, attentifs les uns aux autres et solidaires, m'ont beaucoup aidée à supporter l'isolement des débuts, car j'étais seule à organiser les rencontres, sans cadre ni objectif précis.

- Enfin nous venions de vivre, en famille, trois belles années sur le plan spirituel, après une session Cana suivie de 3 années de Fraternité Cana (Réunions de prière et de fraternité en petits groupes).

Très vite, en matière d'Eveil à la Foi, des évidences apparaissent, et bien des questions. Je n'en rapporte que quelques unes.

L'éveil à la foi des petits enfants ne doit-il pas faire partie intégrante de la vie familiale, où, très simplement et quotidiennement, le petit enfant, qui vit en " osmose " avec ses parents, apprend d'eux à vivre sous le regard aimant de Dieu, et à Lui ouvrir son coeur ? L'objectif principal n'était-il pas alors d'atteindre les parents, de leur redonner confiance dans ce qu'ils peuvent apporter à leurs enfants sur le plan de la foi, si modeste et maladroit que cela leur paraisse.

Dans les faits, j'avais beaucoup de mal à faire passer ce message, il était plus simple de réunir les enfants que rencontrer et surtout réunir les parents. Beaucoup d'entre eux se sentaient impuissants, éloignés de l'Eglise ou indifférents, à l'avance découragés par quelque chose dont ils pressentaient l'importance mais qu'ils ne pouvaient assumer. Beaucoup aussi manquaient de temps. Je me suis alors souvenue de l'époque où je travaillais et où je n'avais ni la disponibilité psychologique ni le temps pour m'intéresser de près à la catéchèse de mes deux filles aînées. Heureusement, d'autres étaient là pour le faire.

A mon tour, il fallait prendre le relais de ces parents. Grâce à la formation que je suivais, j'ai pu cerner progressivement les priorités auxquelles il me semblait indispensable que les enfants s'éveillent, et les moyens à mettre en oeuvre, adaptés pour cela à la psychologie des enfants de 7 ans et moins. Cela m'a demandé une exigeante disponibilité psychologique et spirituelle. Ainsi, à partir de jeux, petits travaux manuels, contes, récits bibliques, menant tout naturellement à la prière, il m'a paru important :
- de faire découvrir Dieu comme une personne avec qui on a d'abord une relation aimante.

- faire découvrir Jésus présent auprès de chacun, et qui nous indique la voie à suivre pour découvrir le Dieu d'amour.

- faire pressentir l'Esprit Saint qui habite en chacun et accueillir son action en soi.

La manière d'être avec les enfants me semblait conditionner fortement la réception de ce que je voulais "faire passer", et il me paraissait nécessaire de garder le souci constant du respect de leur liberté de croire ou non. Je souhaitais plus faire appel à leur confiance qu'à leur docilité. Aussi il est tentant chez un jeune enfant qui a paru particulièrement confiant ou attentif à la présence de Dieu, de vouloir aussitôt obtenir de lui un comportement en conséquence. Tentant aussi de faire du forcing en essayant de motiver à tout prix un enfant déroutant. Il me paraît maintenant important de laisser à l'enfant du temps pour que tout ce qu'il aura vu ou entendu puisse cheminer librement dans son coeur, et qu'une attitude sincère puisse naître. Il me semble triste qu'un enfant se sente obligé de faire " comme si " il priait, " comme si " il croyait. Les progrès de la foi d'un enfant sont l'oeuvre de l'Esprit Saint en lui, ce qui suppose de sa part un accueil libre et confiant de cette action. Le respect de cette liberté conditionne grandement la reconnaissance de l'Esprit Saint qui l'habite et l'accueil de son action en lui.

J'ai renoncé définitivement à me sentir compétente, car je suis très souvent désarmée par un ou plusieurs enfants agités, provoquants ou indifférents, ou simplement par une remarque tout à fait pertinente.

Après 3 ans d'animation d'un groupe d'éveil à la foi, j'ai souhaité prendre un peu de repos car la naissance de notre 4e enfant était prévue à l'automne 96, année sabbatique qui s'est prolongée en 97-98 à cause de la maladie et la mort de ma mère, auprès de qui nous désirions avec mes frères et soeurs assurer une présence continue. C'était une sorte de mise à l'écart du monde, de retraite volontaire, où j'ai pris le temps de lire et prier plus, dans des circonstances familiales exceptionnelles. Mais il a été un peu douloureux de constater que tout ce qui avait été mis en place sur la paroisse en matière d'éveil à la foi ne semblait plus trouver d'écho en mon absence pendant ces 2 années.

Mais cette année, depuis la rentrée du catéchisme, deux mamans se sont portées volontaires pour accueillir chez elles un petit groupe d'enfants inscrits pour l'éveil à la foi dans leur village. Aussitôt nous avons pris contact pour nous soutenir mutuellement, essayer de préparer ensemble les rencontres, faire le point après, éviter de rester seules. Comme il n'y avait pas d'enfants inscrits sur mon village, je suis venue aider à l'animation de l'un des deux groupes.

Actuellement une question se pose clairement:grâce à l'implantation de Disney, la population a fortement augmenté dans deux de nos villages paroissiaux où des milliers de logement ont été construits en peu d'années, pour une population jeune, venue chercher du travail sur le site de Disney. Que pouvons-nous faire pour toucher les jeunes enfants de cette population et comment se préparer à les accueillir ?

Pascale F.

 

 

 


 

Dieu nous a faits
pour le bonheur

 

 

Père Georges Finet

Face à l'angoisse du monde :
... le Message de Jésus

Y a-t-il quelque chose, y a-t-il quelqu'un,
qui puisse me dire pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?
Où est-ce que je vais ? loin des enfants
Où est-ce que je vais ? loin de leur sourire
Y a-t-il une réponse sur leurs doux visages
qui me dise pourquoi je vis, pourquoi je meurs?
Descendant au ruisseau,
Descendant au bas de la pente,
Jusqu'à la ville où la vérité meurt.
Où est-ce que je vais ? loin des enfants, loin de leur sourire,
loin de mon coin chaud
loin de ma maison.
Où me conduit-on ?
Où arriverai-je à découvrir
pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?

Ainsi s'exprimait douloureusement dans "Hair", l'angoisse du monde... Car il est dans les ténèbres celui qui ne sait pas pourquoi il est né, pourquoi il vit et pourquoi il meurt.

Mais voici qu'au milieu des ténèbres, la Lumière a brillé. Saint Jean nous dit dans le prologue de son Evangile : " La Lumière a brillé dans les ténèbres ". Quelle est cette Lumière ? Cette Lumière s'appelle Jésus qui a dit : " Moi, je suis la Lumière venue éclairer tout homme en ce monde ".

Quelle est la Lumière apportée par Jésus ?

Nous sommes-nous posé quelquefois la question ? Jésus est-il venu sur terre, s'est-ll incarné, a-t-Il vécu parmi nous dans sa vie publique pour nous dire que Dieu existait ? Non! La grande lumière apportée par Jésus ne porte pas sur l'existence de Dieu, car les Juifs au milieu desquels Il a vécu croyaient tous en Dieu... Quand on voyage un peu dans les pays qui n'ont pas encore reçu le message de Jésus, en Chine, dans la vallée de l'Orénoque ou dans la Grande Forêt africaine, on est frappé d'une chose : I'âme humaine est naturellement religieuse. L'homme a toujours recherché Dieu avec ses moyens à lui. Depuis la venue de Jésus, nous sommes surnaturellement religieux. Nous avons une vérité révélée et cette vérité est merveilleuse. Jésus est venu nous dire - non pas l'existence de Dieu (on le savait) - mais la pensée et l'attitude de Dieu à notre égard.

Quelle est donc la pensée de Dieu à notre égard ?

Dans le fond de notre coeur, essayons de répondre à cette question : c'est la pensée d'un Père ! Jésus nous a dit que Dieu est Père et qu'Il est notre Père. Quelle est donc l'attitude de Dieu à notre égard ? celle d'un Père au coeur plein de tendresse et de miséricorde. Depuis le péché originel jusqu'à la venue de Jésus sur la terre, l'humanité avait perdu son père, car elle s'était coupée de l'origine de la Vie et de l'Amour. Par le péché, elle avait mis sa volonté en travers de celle de Dieu. Dans l'Ancien Testament, il n'est pas question du Père, il est question de Dieu, Yahvé, Elohim... Devenus des créatures en face du Créateur, on avait cessé d'être des enfants en face du Père. Et voici que Jésus, non seulement s'est incarné parmi nous, mais, sur la Croix, est devenu notre Rédempteur. Il a pris tous nos péchés, tous ces péchés qui nous coupaient du Père, Il les a expiés, et Il nous a rendu la vie divine. C'est par le baptême qu'on reçoit maintenant la vie divine qu'on recevrait à la naissance par voie de génération si l'homme n'avait pas péché. Non seulement Jésus nous a rendu la vie divine, mais Il nous a rendu le Père. Il nous a dit que Dieu était Père, son Père et notre Père. Voilà la grande lumière qui a brillé dans le monde et dont nous sommes les témoins. Quand le Concile Vatican II demande aux chrétiens d'être des " témoins par la Parole et par l'action ", quelle est notre parole? C'est la parole d'un enfant qui sait témoigner de son Père. Quelle est notre action ? c'est l'action d'un enfant qui a confiance en son Père.

Si Dieu est Père, notre Père, quelle sera notre réponse ?

- L'esprit filial

Et quelle est la caractéristique de l'esprit filial ? C'est la confiance de l'enfant en face de son père. Un fils qui n'a pas confiance en son père détruit sa famille. Un chrétien qui n'a pas confiance en son Père des cieux détruit la famille de Dieu sur terre, et c'est là qu'est le péché.

Faire confiance à quelqu'un, c'est risquer pour lui : un enfant qui fait confiance à son père se risque pour lui. Un chrétien qui ne sait risquer pour Dieu tombe dans une espèce d'athéisme pratique... Oui, c'est très exigeant pour nous de faire confiance.

La confiance doit être la caractéristique et l'attitude fondamentale du chrétien.

Ce n'est pas seulement l'esprit filial qui caractérise le chrétien, c'est aussi :

- l'esprit fraternel

Car, si nous sommes enfants de Dieu, tous ceux qui sont enfants de Dieu sont nos frères. Nous constituons une famille : la famille de Dieu sur terre...

Saint Jean l'a écrit : " Celui qui dit : j'aime Dieu, et qui hait son frère, est un menteur ", car l'esprit filial que nous avons dans notre cur ne se voit pas... c'est le secret du Saint-Esprit. Mais ce que l'on voit très bien, c'est notre attitude envers les autres. Suis-je serviable ? patient ? miséricordieux ? Le chrétien n'est pas jugé sur l'amour filial qui ne se voit pas, mais il est jugé sur ses actions et son esprit fraternel Et alors, on dira volontiers en regardant vivre des baptisés: " Voyez comme ils s'aiment ". C'est ce qu'on disait des premiers chrétiens et c'est à ce signe, dit Saint Jean, qu'on reconnaîtra que vous êtes disciples du Christ, "à l'amour que vous aurez les uns pour les autres ". Jésus l'a dit bien souvent dans l'Evangile :
" Je vous donne un commandement nouveau : Vous aimer les uns les autres ; comme Je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.
A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres ".
Jean 13,34-35.

La grande lumière qui a brillé, c'est que Dieu est Père et notre Père. Nous sommes les enfants de Dieu et, par ce fait même, les frères de nos frères. Et cette lumière, c'est le Message de Jésus : L'Evangile.

Son Père est également notre Père

C'est par le baptême que nous entrons dans la famille de Dieu et la famille de Dieu sur terre, c'est l'Ég!ise.

" Voyez quel Amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons réellement " dit Saint Jean.

Le Père nous a aimés le premier. C'est Lui qui a toujours l'initiative de l'amour. Regardez avec Zachée, la Samaritaine, le paralytique de la piscine de Bethesda, l'enfant du centurion, avec Pierre après le reniement.

L'Amour du Père est patient, il est fidèle. Le Père de l'Enfant prodigue continue à aimer son enfant dans l'infidélité. Oui, Dieu m'aime tel que je suis, parce qu'il est bon... Parce que Dieu est Père, Il est toujours prêt à pardonner et c'est un droit, pour l'enfant, d'avoir la miséricorde du Père, le pardon qui est le parfait don de son amour.

Quelle est donc la vocation essentielle du chrétien ? C'est être enfant.
" Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux."

La vie divine est un don réel

Jésus n'est pas venu apporter un idéal, mais Il est venu nous apporter la vie, et la vie en abondance. Notre christianisme est un don, le don de la vie divine.

Ah ! " si tu savais le don de Dieu ", dit Jésus à la Samaritaine. Un idéal, ce n'est pas du réel ; une idéologie, ce n'est pas du réel ; mais la vie divine est une réalité.

" Je suis venu vous donner la vie, et la vie en abondance " Jean 10,10.

Même dans le péché, nous restons marqués de ce don du Père... Comme c'est douloureux pour un père de voir que ses enfants ne vivent plus de cette vie qu'il leur a donnée. Tous les sacrements sont dans la ligne de la surabondance d'amour, et la Pénitence - Réconciliation, droit pour l'enfant d'avoir la miséricorde du Père, nous rend la vie divine que nous avions perdue par le péché.

Oui, nous avons deux vies :
- la vie physique reçue de nos parents ;
- la vie divine, supérieure à la première, reçue de Dieu au baptême qui, elle aussi, a ses puissances ou facultés : la Foi, l'Espérance, la Charité et les dons du Saint-Esprit, couronnant les vertus morales.

Un être complet est celui qui répond à la conception de Dieu sur lui, car chacun d'entre nous a été vu, dans le Père. Dieu nous a créés " pour nous récapituler tous dans le Verbe " (Eph. I), pour être, en Lui, pour Lui et avec Lui, fils et filles de Dieu.

Voilà, brièvement exposée, toute l'ampleur du Plan d'Amour du Père que Jésus-Lumière nous a révélé. Sachant que " son heure est venue", Jésus peut dire, au soir du Jeudi-Saint : " Père, glorifie-Moi, de la gloire que J'avais près de Toi, avant que le monde fût. J'ai manifesté Ton nom de Père à ceux que Tu m'as donnés. Ils ont reçu mon message... Père, garde-les dans l'Unité que j'ai avec Toi, afin que le monde croie que Tu M'as envoyé ".