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Sommaire
Option
préférentielle pour les pauvres et Nouvelle Evangélisation
Père Jacques BEAUDRY
Témoignage
Qui
est mon prochain ?
Père Georges FINET
Année du Père,
Jubilé, et nos frères musulmans
Père Jacques LEVRAT
Journée Missionnaire 1999 à Châteauneuf
De toutes nations :
Au Foyer de Libreville au Gabon
Au Foyer de Namugongo en Ouganda
Au Foyer de Rochefort-du-Gard
Si nous vivions davantage la joie du partage...
"Qu'il n'y ait pas de pauvre chez toi
" (Dt 15, 4).
Beau projet qui devait mobiliser Israël au moins chaque
sept ans, puis, après l'exil à Babylone, au moins
chaque cinquante ans pour remettre le pays à l'heure de
Dieu qui libère l'homme de ce qui l'oblige à vivre
en deçà de sa dignité. C'était le
sens de l'année sabbatique et du jubilé. Récemment
on a célébré l'année de " l'élimination
de la pauvreté " sur notre planète...
Beau projet ! Mais Dieu lui-même constate : "Certes
les pauvres ne disparaîtront point de ce pays ; aussi Je
te donne ce commandement : tu dois ouvrir ta main à ton
frère, à celui qui est humilié et pauvre
dans ton pays " (Dt 15, 11). Jésus parle de même
: " Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous "
(Jn 12, 8). Non pas qu'il souhaite ou cautionne cette situation,
mais il en fait le douloureux constat, comme nous le faisons
encore aujourd'hui...
C'est dire que l'exigence de Jésus sur la montagne : "
Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait
" (Mt 6, 45), et celle du cénacle : " Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés " (Jn 13,
34), tout cela est bien réel. Mais Dieu veut passer par
l'homme pour sauver l'homme, et il n'a pas toujours à son
service des gens comme Moïse qui lui donnent l'occasion de
manifester sa grande bonté à travers eux. Ainsi
nous avons toujours des pauvres sur terre à cause de la
faiblesse de notre amour et de notre foi. Autrement il y aurait
belle lurette que la misère aurait disparu sur terre,
au fur et à mesure que nous aurions vécu davantage
la béatitude de la pauvreté, la joie du partage.
Dieu a fait les premiers pas pour éliminer la misère
Car Dieu a tout fait pour nous inciter à éliminer la misère humaine. Le Père a livré son propre Fils pour nous tous, si bien qu'après cela, comment ne nous accorderait-il pas toute autre faveur (cf. Rm 8, 32).
Le Fils, lui, - saint
Paul le dit aux corinthiens, - " de riche s'est fait pauvre
pour vous afin de vous enrichir par sa pauvreté "
(2 Co 8, 9), de nous enrichir de tout ce qu'il a semblé
perdre en le partageant avec nous : sa condition divine qu'il
nous a donné de participer (cf. 2 Pi 1, 4); il s'est fait
homme pour nous faire enfant de Dieu. " Il ne retint pas
jalousement le rang qui l'égalait à Dieu "
(Phil 2, 6). A la pauvreté de son incarnation, il
a ajouté cette pauvreté que connaissent les deux
tiers de l'humanité : il est né pauvre dans une
crèche, il a vécu pauvrement en n'ayant pas même
une pierre pour reposer sa tête, et il est mort pauvre,
cloué sur une croix comme un esclave. Sans cesse l'Évangile
nous le montre prêchant le partage des richesses que Dieu
a mises dans le monde pour le bien de tous et de chacun, et dont
il nous a constitués gérants (cf. Mt 6, 24; 13,
22.44-46; Mc 10, 25; 12, 41-44; Lc 6, 20-21.24-25.30.38; 12, 15-21.33-34;
16, 19-31; 19, 1-10).
Surtout Jésus s'est identifié au pauvre au
point de dire : " Ce que vous avez fait à l'un de
ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi
que vous l'avez fait " (Mt 25, 40). Si bien que chacun de
nos actes pour ou contre celui qui est dans le besoin est un acte
pour ou contre le Christ, un acte qui ouvre ou ferme pour nous
la porte du ciel (Mt 25, 34-36.41.46).
Quant à l'Esprit Saint, qu'on invoque comme "
Père des pauvres ", c'est Lui qui " verse en
nous l'amour " (Rm 5,5) " qui s'épanche en cette
vraie science et ce tact affiné qui vous donneront de discerner
le meilleur " (Phil 1, 9b-10a), ce meilleur dont fait partie
le détachement de l'argent au profit des pauvres. En témoigne
tragiquement le sort réservé à Ananie et
sa femme, Saphire, pour avoir menti à l'Esprit Saint par
amour de l'argent (cf. Ac 5, 3). Au contraire, on voit l'Esprit
Saint rendre féconde miraculeusement la Vierge Marie, elle
qui se déclare " la pauvre servante " du Seigneur
et qui est toute à la joie de lui dire " oui "
(cf. Lc 1, 38).
D'ailleurs le Christ pauvre est à la fois celui qui nous
montre la pauvreté du Père (" Qui me voit,
voit le Père " [Jn 14, 9]) et celui sur qui repose
l'Esprit Saint pour l'envoyer " porter la Bonne Nouvelle
aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux
aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux
opprimés " (Lc 4, 18).
L'option pour les pauvres, une constante dans l'histoire de l'Eglise
Pressée par la Charité du Père, du Fils et de l'Esprit
envers les pauvres, l'Église s'est toujours sentie responsable
d'améliorer le sort des pauvres et de travailler à
l'élimination de la misère humaine.
En témoignent clairement toutes les uvres de miséricorde
temporelle qu'elle n'a cessé de réaliser au
cours des siècles, en conformité avec l'exigence
de Jésus pour entrer dans la vie éternelle ; partager
son pain avec l'affamé, rafraîchir l'homme altéré,
héberger les pauvres et les sans abri, vêtir les
déguenillés, s'occuper des malades, renvoyer libres
les opprimés, visiter les prisonniers et ensevelir les
morts (cf. Is 58, 7; Jb 22, 6-7; Si 7, 35; Mt 25, 35-36). De là
sont nés les hôpitaux, ces hôtels-Dieu où
les chrétiens accueillaient à la fois Jésus
dans les pauvres et les pauvres au nom de Jésus. Ici, il
est bon de nous souvenir de deux choses : " La paire de sandales
que tu as en trop appartient à celui qui n'a rien à
se mettre aux pieds " (St Jean Chrysostome) et " Il
faut satisfaire d'abord les exigences de la justice, de peur que
l'on n'offre comme don de la charité ce qui est déjà
dû en justice " (AA 8).
À cela s'ajoutent diverses formes de miséricorde
spirituelle : instruire les ignorants, conseiller ceux qui
sont dans l'erreur, consoler ceux qui sont dans la peine, conforter
les hésitants, supporter avec patience ceux qui ont mauvais
caractères, pardonner les offenses et prier pour les vivants
et pour les morts (cf. CEC # 2447).
C'est dire que la priorité pastorale accordée
aux pauvres par l'Église a été une constante
pendant les 2000 années écoulées depuis la
naissance du Pauvre par excellence.
Le fer de lance de la Nouvelle Evangélisation
Si, aujourd'hui, l'Église
fait de l'option préférentielle non exclusive
pour les pauvres le fer de lance de la Nouvelle Évangélisation,
c'est que cette option, en plus de redonner concrètement
une nouvelle chaleur pour annoncer l'Évangile, est elle-même
l'annonce la plus visible et concrète que Dieu est Amour
et qu'il nous demande de nous aimer les uns les autres comme il
nous a aimés.
Mais ce n'est pas à proprement parler une nouveau langage
de l'Église, ni un nouveau moyen pour elle d'annoncer l'Évangile,
car elle n'a cessé d'employer ce langage et ce moyen depuis
ses débuts. Saint Paul disait déjà, en organisant
une collecte au profit des chrétiens pauvres de Jérusalem
: " Il ne s'agit point de vous réduire à la
gène; ce qu'il faut, c'est l'égalité "
(2 Co 8, 13).
Mais dans la conjoncture actuelle où la misère des
pauvres s'étale largement dans les divers média,
le monde entier est en train d'apprendre à se juger
lui-même comme au jugement dernier avec les critères
de l'Évangile, face à son attitude vis-à-vis
des pauvres.
Les révolutions pour la liberté et l'inégalité : au securs des pauvres ?
Les révolutions mettent
de l'avant trois grands buts à atteindre pour que les peuples
vivent heureux : Liberté, Égalité, Fraternité.
Le premier objectif, la liberté, mal comprise, a dégénéré
en libéralisme économique et, de là, en capitalisme.
Ainsi au nom de la liberté, on a écrasé
l'égalité et la juste répartition des
richesses.
Pour rétablir l'égalité est née le
communisme qui a détruit la liberté au nom
de l'égalité.
Actuellement le communisme a fait long feu et le phénomène
de la " mondialisation " risque de faire reparaître
le spectre du capitalisme sauvage, de rétablir la loi du
plus fort. Le rôle de l'Église est de donner priorité
à la fraternité, à la vraie fraternité,
non pas celle qui est construite sur la condition sociale et qui
relancera tôt ou tard la lutte des classes, mais celle qui
a comme base l'unité de la race humaine créée
par Dieu, notre Père céleste, dont la Toute-Puissance
est sans cesse au service de son essence même : l'Amour.
Davantage encore, la fraternité prêchée par
l'Église a pour fondation, d'une part, l'incarnation
du Fils de Dieu qui vient se faire le frère de tous et
qui nous rassemble tous comme membres de son Corps; et , d'autre
part, le salut offert par le sang de Jésus sur la croix,
qui, en plus de nous libérer de tout ce qui nous empêche
d'aimer, nous fait devenir enfants de Dieu en Jésus-Christ.
La vraie révolution : vivre une authentique fraternité
Au nom de la liberté,
on a écrasé l'égalité ; au nom de
l'égalité, on a tué la liberté ; il
est temps, à l'aube de l'an 2000, de donner priorité
à la fraternité
des hommes et des femmes que Dieu a créés à
son image et qu'il appelle tous à devenir des frères
et des soeurs en devenant ses enfants. Cette fraternité
ne peut exister réellement sans reconnaître l'égalité
de tous ni sans respecter la liberté de chacun...
Mais le grand danger, c'est de parler de fraternité
en en excluant certains au nom de leur situation sociale.
L'Église chante la fraternité de tous en Jésus
sans exclure personne. Et, si elle prône une " option
préférentielle pour les pauvres ", ce n'est
pas pour mépriser les riches, mais pour les appeler à
vivre comme des frères, en travaillant au partage équitable
des richesses. En vérité, comme le dit le P. Carré,
" seuls d'authentiques enfants de Dieu peuvent répondre
à ces deux grand appels de l'humanité " aujourd'hui:
l'unité et la fraternité (A.-M. Carré,
Notre Père qui es aux cieux, p. 12).
Seule l'invasion pacifique de l'Evangile peut construire la "civilisation de l'amour"
Cette année 1999 sera décisive pour orienter les curs vers cette " civilisation de l'amour ". L'an 2000 verra-t-il la remise de la dette des nations pauvres selon l'esprit de l'antique jubilé ? Allons-nous vraiment vers l'élimination de la misère humaine " dans un monde où les 20% les plus riches s'accaparent plus de 80% du revenu mondial et où les 20% les plus pauvres se partagent moins de 2% de ce revenu " ? (Mgr A.-M. Léonard, Père, que ton règne arrive, p. 135). C'est pourquoi notre charité et notre sens de la justice doivent redoubler d'ardeur, se faire plus inventifs. Ainsi, " de nos jours, la charité doit se faire aussi politique, car le problème de la pauvreté est surtout structurel, c'est-à-dire lié aux mécanismes de notre société ". Elle doit lutter contre l'idolâtrie de " l'économie de profit au détriment de la personne humaine ". Elle doit s'efforcer d'assainir les média au sujet de " la contraception, la stérilisation, l'euthanasie et l'avortement ". Elle doit viser à ce que le travail ne soit plus " l'apanage d'un petit nombre de privilégiés ". Elle doit surtout inviter chacun à développer la " générosité " qui, au lieu de voir chez tous les autres des concurrents à éliminer ou à absorber, discerne en eux les partenaires souhaitables d'une économie de solidarité " (Toutes ces citations de ce paragraphe sont tirées du livre de Mgr A.-M. Léonard, Père, que ton règne arrive, pp. 127-133).
Foyers de Charité
: rayonner l'Evangile en paroles et en actes
Notre travail
comme Foyer de Charité, c'est de prêcher l'Évangile
en paroles et en actes, de rayonner l'amour en donnant Sa Lumière
et Sa Charité. L'Amour, c'et la Bonne Novelle ; la Lumière,
c'estle message de Jésus transmis par la prédication
: la Charité, c'est "l'amour en action", le témoignage
de l'amour à travers la vie des membres du Foyer. Ainsi
chacun des retraitants, et par lui bien d'autres, pourra comprendre
le désir du Coeur de Dieu et travailler concrètement
à le réaliser :"Qu'il n'y ait plus de pauvre
chez toi !"
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Nous sommes dépositaires d'un don extraordinaire : la Lumière du Christ dans nos coeurs. Pensons bien que nous avons une responsabilité très grande : nous avons à être des témoins par la parole et par l'action. Le Concile nous l'a dit sur tous les tons.
Lorsque je donne à l'autre ce qu'il est en droit d'attendre de moi, chrétien, je "fabrique" mon prochain. Le chrétien doit toujours être en fabrication de son prochain : rendre proche de lui, et par lui du Christ, celui qui approche de lui. Mais quand cet autre, c'est mon ennemi ? Jésus nous dit : "Aimez vos ennemis". Ah, combien c'est important de penser que lorsque vous allez quitter la retraite, vous partez tous pour fabriquer votre prochain. Quel mystère d'Amour et quelle obligation extraordinaire de déverser dans le coeur des autres ce que nous autres nous avons reçu, afin de les aider à trouver la Lumière. Nous devons donc toujours "fabriquer" notre prochain. Cela n'est pas toujours bien facile. Ne pas décevoir ! Car il ne faut pas manquer les rendez-vous de Dieu ! Dieu approche de nous celui-ci ou celle-là ; qu'est-ce que je dois lui donner ? Qu'est-ce que je peux lui donner ? Je dois toujours être en fabrication de mon prochain. Si les chrétiens comprenaient cela, que d'âmes découvriraient Jésus. Elles n'entendent jamais parler de Lui parce que les chrétiens ne fabriquent pas leur prochain.
Quand nous récitons
notre : "Je confesse à Dieu ", nous disons :
"J'ai péché par action et par omission".
Qu'est-ce qu'un péché par omission ? Ce que les
autres attendent de moi et que je ne leur donne pas. C'est pour
cela que Jésus a donné beaucoup de conseils sur
ce point-là, notamment dans l'Evangile de Saint Luc.
Le bon Samaritain
Cette question a été posée à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Et vous savez qu'à ce moment-là Jésus a répondu par la parabole du Bon Samaritain, Luc, ch. X, 29 à 37.
C'est extrêmement important
de méditer la qualité de cette parabole.
"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho
et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé
et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à
demi-mort. Un prêtre, par hasard, descendait par ce chemin
; il le vit, prit l'autre côté de la route et passa.
Pareillement, un Lévite, survenant en ce lieu, le vit,
prit l'autre côté de la route et passa.
Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut touché de compassion. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le conduisit à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôtelier en disant : Aie soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, c'est moi qui le paierai lors de mon retour. Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? ".
Il répondit : "Celui-là qui a pratiqué la miséricorde à son égard". Et Jésus lui dit: "Va, et toi aussi, fais de même".
Comprenez bien le sens de cette parabole. D'abord, vous situez bien l'endroit : cette route qui descend de Jérusalem à Jéricho, qui traverse le fameux désert de Juda, pendant 12 kilomètres, pour arriver à Jéricho. C'est là que se situe, dans ce lieu très désertique, cette parabole et c'est là que cet homme est attaqué par les brigands. En premier lieu arrive un prêtre, très Ancien Testament, qui ne s'arrête pas. Qu'a-t-il dû se dire ? "Oh, si je m'arrête, quel sera l'inconvénient pour moi?" Qu'aurait-il dû se dire ? "Si je ne m'arrête pas, quel sera l'inconvénient pour ce pauvre blessé que je ne soignerai pas? ". Il a regardé par rapport à lui et non par rapport au blessé. C'est très éclairant : il ne faut pas regarder les choses par rapport à nous, mais par rapport à l'autre. Vous voyez donc son attitude.
Par contre, tout de suite
après, arrive un Lévite. C'est un séminariste,
très Ancien Testament et qui, également, le vit
et passa en se disant : "Oh, si je m'arrête, je risque
bien d'arriver en retard au séminaire" ou quelque
chose comme ça... Et il passe.
Arrive enfin un Samaritain. Notez bien la situation : les Samaritains
sont les ennemis héréditaires des Juifs. Jésus
met en face l'un de l'autre deux hommes qui sont ennemis héréditaires.
Le Samaritain fut touché de compassion et s'arrêta.
Jésus répond
à la question : "Qui
est mon prochain ?"
Comptons un peu sur
nos doigts ce qu'il a fait :
1 - Il s'approche ;
2 - Il bande ses plaies ;
3 - Il verse de l'huile et du vin-;
4- Il le charge sur sa propre monture ;
5 - Il le conduit à l'hôtellerie ;
6- Il prend soin de lui ;
7 - Le lendemain, il tire deux deniers et les donne à l'hôtelier
;
8 - En disant : " Prends soin de lui",
9 - "Tout ce que tu auras dépensé en plus,
c'est moi qui le paierai lors de mon retour".
Il fait neuf choses. Voilà
la réponse de Jésus. Il va jusqu'au bout de la charité.
Ce n'est pas toujours facile. Non seulement il va jusqu'au bout
de la charité, mais cela dépasse les limites. Car
ce qu'il y a de caractéristique dans cette parabole, c'est
qu'il n'y a pas de limites : Tout ce que tu auras dépensé
(je ne te donne pas de limites), c'est moi qui le paierai lors
de mon retour.
Souvent notre charité va simplement aux 5/9°, voire
aux 6/9° ; mais quant à aller aux 9/9° c'est-à-dire
totalement, c'est extrêmement difficile, c'est très
exigeant. Celui qui a donné sa Vie et son Sang pour nous
peut nous donner cette leçon d'exigence. Cela va jusqu'au
bout de la charité chrétienne. C'est très
exigeant! Et c'est facile à enseigner, mais pas toujours
facile à pratiquer.
Le mauvais riche
Jésus nous a donné encore une seconde parabole dans Saint Luc, toujours pour la même raison : il nous apprend qui est notre prochain. C'est au contraire celui qui n'a pas pratiqué la charité. C'est la fameuse parabole du mauvais riche et de Lazare, Luc, chap. XVI. Que nous dit Jésus : v. 19 à 31 :
"Il y avait un homme riche qui s'habillait de pourpre et de lin fin et qui, chaque jour, faisait brillante chère. Et un pauvre, du nom de Lazare, gisait près de son portail tout couvert d'ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche... Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. Or, le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le royaume d'Abraham. Le riche aussi mourut et on l'enterra.
Dans le séjour des
morts, en proie aux tourments, il leva les yeux et vit de loin
Abraham et Lazare en son sein. Alors, il s'écria : "Père
Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans
l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue,
car je suis à la torture dans ces flammes". "Mon
enfant, répondit Abraham, souviens-toi que tu as reçu
tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux : maintenant
donc, il trouve ici consolation ; et toi, tu es à la torture.
Ce n'est pas tout : entre vous et nous a été fixé
un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d'ici
chez vous ne le puissent et qu'on ne traverse pas non plus de
là-bas chez nous".
Le riche répliqua : "Je te prie donc, père,
d'envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j'ai cinq
frères ; qu'il leur fasse la leçon de peur qu'ils
ne viennent eux aussi, dans ce lieu de tourments". Et Abraham
de répondre : "Ils ont Moïse et les prophètes
; qu'ils les écoutent".
"Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu'un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront".
Mais Abraham lui dit : "Du moment qu'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus".
La parabole nous montre que le mauvais riche a été en enfer. Pourquoi est-il condamné ? Ayant des richesses, il menait bon train, il faisait bonne chère. Cela ne semble pas lui être reproché. Est-ce plutôt parce qu'il a refusé d'aider Lazare, car Lazare est à sa porte, pauvre, couvert d'ulcères, n'ayant pas de quoi manger, pas même de quoi se soigner ? Cela ne semble pas lui être reproché. C'est beaucoup plus grave que cela. Pourquoi le mauvais riche est-il allé en enfer ? C'est parce qu'en ayant la richesse entre les mains, il n'a même pas pris conscience de la présence de Lazare à sa porte, il ne s'est pas rendu compte que la richesse était pour lui une fonction et une fonction très importante. Cela demande une conscience très grande de toutes les misères que la richesse doit soulager. C'est pour cela que Jésus a été si sévère dans l'Évangile, en disant que les riches entreraient plus difficilement au Ciel que le chameau par le trou d'une aiguille. Ces paroles sont terribles.
Le riche, possédé par les richesses
Encore faudrait-il bien comprendre ce qu'est le riche dans le style de l'Evangile. Est-ce celui qui a des richesses ? Non. C'est celui qui est possédé par ses richesses. C'est autre chose ! Possédé par ses richesses, esclave de ses richesses. C'est très important à retenir. C'est tellement grave que nous avons toute une encyclique de Léon Xlll sur ce sujet : "Rerum novarum". Il nous dit qu'il faut qu'il y ait des gens qui aient la richesse entre les mains, seulement qu'ils aient le souci, la responsabilité de faire fructifier ces richesses. Après nous avoir dit cela, il ajoute une chose très importante: c'est que la richesse n'est jamais un privilège. Ne parlons pas du privilège de la richesse, c'est une grave erreur. La richesse n'est pas un privilège, elle est une fonction. Ah, n'oubliez pas cela. Cela a été développé aussi dans "Quadragesimo Anno", c'est à dire quand on a fêté les 40 ans de Rerum Novarum.
Donc, la richesse est une fonction. Que doit-on faire de la richesse? Celui qui a entre les mains la richesse doit l'utiliser pour ses plus proches : sa femme, ses enfants. C'est normal. Le problème qui se pose n'est pas celui-ci, c'est celui du superflu. Que doit-il faire du superflu ? Il doit penser que le superflu c'est une fonction. Donc il doit l'utiliser pour entreprendre des oeuvres sociales, pour construire des hôpitaux, des bibliothèques, pour aider les plus pauvres, pour soutenir les pays sous-développés, pour des constructions, que sais-je encore...
Je crois que cela pose des cas de conscience extrêmement importants, car on doit user des biens de la terre pour ne jouir que de Dieu seul. On ne doit pas chercher à user de Dieu pour jouir pour soi des biens de la terre. Donc, on doit garder cet esprit de pauvreté qui est une liberté par rapport aux biens de la terre, qui fait que l'on s'en sert et que si on ne les a pas, on garde quand même la liberté intérieure. Mais si Jésus a parlé de la pauvreté et l'a même béatifiée, il n'a pas pour autant béatifié la misère. Il y a des gens qui sont dans l'extrême misère : c'est un très grand mal. Ceux qui sont dans la misère risquent d'être aigris par elle ; cela demande beaucoup de miséricorde pour eux.
Rappelons-nous l'histoire de la piscine de Bethesda et de cet infirme qui était là depuis 38 ans. Quelle grande misère ! On lui passait sur le corps quand l'eau bouillonnait. Depuis 38 ans, il ne pouvait pas sauter dans l'eau le premier et il n'était jamais guéri. Vous savez avec quelle miséricorde Jésus est allé le trouver, sans même que cet homme sache que Jésus était Jésus : "Veux-tu guérir?" Et Jésus lui dit : "Prends ton grabat et marche". Il faut beaucoup de miséricorde pour ceux qui sont dans la grande misère.
Il n'en reste pas moins vrai
que la misère est la condamnation de ceux qui ont la richesse.
Quand on reste riche en face d'une misère qui reste misère,
on n'a pas de charité fraternelle. On ne pourra pas entrer
au Ciel, pas plus que le chameau ne peut passer par le trou d'une
aiguille. Il n'y a que ce qui est de charité et d'amour
qui peut aller au Ciel.
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Témoignage |
Du bouddhisme à Jésus
En août 1995 au cours d'une retraite au Foyer de Châteauneuf, j'ai reconnu en Jésus Christ celui que mon cur espérait en silence. Aujourd'hui avec un peu de recul, je me demande qu'est ce qui m'a préparé à cette rencontre décisive. Mes parents sont bouddhistes et mon enfance a été baignée dans cette religion. J'en ai conservé un bon souvenir. Avant ma rencontre avec le Seigneur, cette foi bouddhiste que j'avais étant enfant était moribonde néanmoins je crois qu'elle a contribué, elle aussi, à ce que j'accueillis favorablement la foi chrétienne .
Quand j'étais enfant au Viêt-nam, ma mère me racontait de nombreuses histoires sur le Bouddha et sur les moines bouddhistes. J'aimais ces courts récits où la bonté était mise en valeur. Il y en a un dont je me souviens encore assez bien : une femme pour se venger d'un certain affront que des moines lui ont fait, invite ceux-ci à manger chez elle. Elle leur offrit à leur insu des plats contenant un peu de viande. Ils en mangèrent sans s'en apercevoir. Or un moine bouddhiste doit s'abstenir de toute viande. Si bien qu'après avoir quitté ce monde cette femme devait subir un certain nombre de châtiments. Or elle avait un fils qui était moine dans un monastère lointain. Un jour il vit en rêve sa mère en proie à de nombreux supplices. Il pouvait permettre à sa mère de gagner le paradis à condition de prendre sa place dans ce lieu de tourments. Et c'est ce qu'il fit. Sa sainteté vint à bout de toutes les tortures que devait subir sa mère. Ce récit exprime avec force et simplicité le mystère de la compassion active qui est pour moi le joyau du bouddhisme. Ce message a marqué profondément mon cur d'enfant : je l'appréciais, Je le trouvais très beau.
Bien des années plus tard, en France, au Foyer de Châteauneuf, le vendredi de la retraite fondamentale, lorsque j'entendis pour la première fois le drame de la Passion du Christ au moment du chemin de croix, mon cur est comme transpercé. Je fus bouleversé par ce Christ qui dans sa chair accepta sans récriminer le supplice de la croix en vue de sauver une multitude. C'est le visage du Christ vulnérable, du Christ souffrant, du Christ aimant à en mourir l'humanité blessée, qui a touché mon coeur. Et ce dernier dans un grand élan amoureux, s'ouvrit pour L'accueillir, ce Christ méprisé, rejeté, et blessé. Dès lors dans cet élan spontané de mon cur, comment ne pourrai-je pas voir un lien étroit entre le récit de l'offrande du moine et celui de la Passion de Jésus Christ ?
Le bouddhisme m'a inculqué en douceur le sens du bien et de la compassion. Aujourd'hui j'ai reconnu dans la foi chrétienne la présence de ces valeurs qui trouvent en Jésus Christ leur plénitude.
Thai Thanh Hung (Luc-Marie)