Numéro 193 - Juillet 1999

Sommaire

La Famille et la Miséricorde
Père Jacques NOURISSAT

Le Message de Jésus
Père FINET

"Ecoute et prête-moi l'oreille"
Daniel FACÉRIAS

Témoignages

J.M.J. 2000 à Rome

De toutes nations :

Au Foyer de Mbalmayo, au Cameroun
Au Foyer de Courset
Au Foyer Notre Dame des Ondes

Au Foyer de Bex en Suisse :
A Dieu au Père Renirkens

Le Message de Jésus

Père Finet

 

Le message de Jésus est très simple et peut nous aider à vivre bien. Il touche des problèmes de la vie de tous les jours. Ce n'est pas de la grande théologie, ce sont des problèmes extrêmement vivants. Vous trouverez dans l'Évangile des réponses à votre vie de tous les jours, qui nous touchent profondément. Dans la catéchèse, il faut toujours enseigner les points qui touchent la vie de tous les jours, qui nous aident à vivre bien.

Ce message de Jésus est extrêmement synthétique. La très grande vérité qui n'était pas connue avant Jésus, c'est que Dieu est Amour: Père, Fils et Saint Esprit. Parce qu'il est Amour, Il est Trois. Mais il ne faut pas comparer la Famille éternelle de Dieu à la famille humaine, car le Saint Esprit n'est pas une mère. Ce serait une erreur ! Non ! le Saint Esprit est un lien d'Amour entre le Père et le Fils, et le Fils et le Père. Dans une famille, la mère est un lien d'amour entre le père et ses enfants, les enfants entre eux et le père.

La vocation de la femme, c'est d'être une médiatrice d'Amour. C'est une vocation merveilleuse. Si elle n'est pas médiatrice, elle sera séductrice, elle déviera totalement. Si on nous enlève dans l'Eglise la Femme qui est la Sainte Vierge, - l'homme ne peut pas se passer de femme - on nous donnera le culte de la séductrice, c'est-à-dire le culte des stars. C'est le cas de notre monde aujourd'hui. La Médiatrice, par excellence, c'est la Sainte Vierge, liée au Saint Esprit dans la Famille éternelle. Elle est la Médiatrice entre le Père et nous tous, et, en même temps, entre tous les enfants du Père. Elle nous unit dans la grande famille divine qui s'appelle l'Église.

Nous sommes enfants du Père par un don extraordinaire : le don de la vie divine. Notre christianisme n'est pas d'abord un idéal, c'est d'abord un DON, le don de la vie divine. On doit être convaincu qu'on est réellement fils de Dieu puisque, par ce don, on est engendré par notre Père à la vie divine.

Nous sommes faits pour le bonheur

Je vous donne maintenant quelques conséquences de ce Message de Jésus, que je pourrais appeler le plan de Dieu. Toutes les vérités de notre existence de tous les jours découlent de ces trois grandes vérités. Je pourrais vous poser cette question :

Pourquoi Dieu nous a-t-il créés et pourquoi Dieu veut-il nous conserver ?
Pour faire de nous ses enfants.

Et les parents chrétiens participent à cette grande volonté de Dieu. Quelle est leur mission ? Quand ils considèrent leurs enfants, les parents se rappellent qu'ils sont davantage les enfants de Dieu que les leurs. Les parents donnent naissance à des enfants destinés à être des fils et des filles de Dieu.
Par le sacrement de mariage, les parents chrétiens se rappellent que ces enfants, par le don même de la grâce infusée en eux par le baptême, sont davantage les enfants du Père que les leurs, sont assimilés au Christ Jésus, et deviennent ainsi les tabernacles vivants du Saint Esprit. Mission magnifique pour les parents chré-tiens qui savent bien que, par le sacrement de mariage, ils collaborent à l'extension de l'Eglise dans le monde tout entier. C'est tellement beau cela, qu'ils sentent bien qu'ils sont véritablement un peuple acquis par la Rédemption du Christ, une race élue, comme le rappelle Saint Pierre dans sa Première Epître. C'est pour cela que c'est un moment particulièrement émouvant pour une maman, lorsqu'elle donne un baiser sur le front de ce petit enfant, encore tout lustré par l'eau du baptême.

Et les joies de cette famille sur terre sont faites de communion d'âme, d'esprit et de cur entre les membres de la famille. Cette communion porte son véritable fruit : le bonheur. Dieu nous a ainsi placés sur la terre dans cette famille qui s'appelle l'Église, pour que nous vivions entre nous des relations qui sont celles qui unissent les personnes divines entre elles. Quelles sont donc ces relations ? Jésus nous le répète tout au long de l'Évangile : " Je connais mon Père, et mon Père me connaît ". Et encore : " J'aime mon Père, et mon Père m'aime".

Connaissance - Amour : le fruit de cet Amour, c'est le dévouement, car l'Amour se donne. Donc : Connaissance - Amour - Dévouement. Et le fruit de cette Connaissance, de cet Amour et de ce Dévouement, c'est le Bonheur. Donc voilà les quatre termes que je trouve dans la Famille Eternelle au Ciel, la Sainte Trinité : Connaissance - Amour - Dévouement - Bonheur. Jésus va se dévouer pour faire sur la terre l'uvre du Père. Le Saint Esprit va se dévouer, pour prolonger dans chacun de nos curs l'uvre du Père et du Fils. Nous sommes faits pour le Bonheur.


Ecoute
et prête moi l'oreille!

(Livre des Nombres 23,18)

Daniel Facérias

 

Oreille interne oreille externe

Nous pourrions dire avec humour "Au commencement était l'oreille", tant cet organe est spirituellement vital. Toute l'Ecriture Sainte nous rappelle sans cesse à l'écoute, à l'oreille :"Ecoute Israël... Prête-moi ton oreille...Qui a des oreilles entende etc.." soulignant l'importance de l'écoute et de l'entendement- En effet, l'oreille est un sas, un pavillon entre l'intérieur de l'être et l'extérieur et, sur un plan spirituel, un lien entre le cur et le divin.

L'oreille se compose de 2 parties extrêmement solidaires, une interne et l'autre externe. Ainsi, j'écoute la Parole pour l'entendre intérieurement. (le verbe entendre vient du latin intendere : tendre vers, orienter son attention, comprendre). Notre cur se nourrit de ce que l'oreille lui distille. Comme l'abeille qui apporte le pollen l'oreille externe va nourrir l'oreille interne pour que le cur produise du miel.

L'oreille, comme lieu de la Parole, est le fondement de l'obéissance. (Obéir vient du latin audire : saisir par l'oreille). Obéir c'est entendre, donc recevoir la Parole et la laisser résonner en nous... dans le silence... c'est orienter notre attention.

Le monde moderne, dans son brouhaha de machines de toutes sortes et de musiques de plus en plus virtuelles, rend sourd, il se hérisse, comme une herse de château-fort, comme pour empêcher le silence, comme pour filtrer le murmure et le chuchotement. Il rend l'écoute et l'entendement de la Parole quasiment impossibles. Il tue en nous la capacité musicale, la capacité de résonner le Verbe, la capacité même d'aimer

Une forme d'aliénation de l'oreille se fait jour, parallèlement à une dés-obéissance (dans le sens plénier du terme) qui se généralise. Par le bruit amplifié du monde et par la consommation excessive de musique, j'aliène mon oreille et je m'aliène moi-même. Je ne laisse plus le silence m'épouser et me parler, je ne laisse plus le désir intérieur émerger, je ne vis plus qu'à l'extrémité exacerbée de mes sens extérieurs, je ne vis plus que dans l'urgence du stress et de l'oubli de moi-même. Je ne sais plus goûter, je ne sais plus aimer car je vis dans cet écho illusoire d'une parole virtuelle qui masque le Réel et qui me voile la face. (Cette parole virtuelle se décline sous toutes les formes sonores : bruit musique, cris etc)

De la désobéissance à l'idolâtrie.

L'idolâtrie des adolescents provient de l'oreille. Ils prêtent leur oreille, donc leur attention, à une parole qui n'est pas la Parole. Ceci est très significatif. Le prologue de Saint Jean nous indique le Sens du Logos, du Verbe qui crée toute vie, ce Logos nous pétrit, nous modèle intérieurement. Plus loin, le Seigneur Lui- même dit : " Si vous demeurez dans ma parole ... vous connaîtrez la vérité"... Jn 8, 31. Ce mot d'ordre nous invite à ne pas nous écarter du Silence intérieur, car dans ce Silence nous sommes nous-mêmes, nous sommes dans l'unité et la ressemblance. Dans ce silence-là l'il de notre cur peut s'ouvrir pour contempler, adorer "en esprit et en vérité".

Inconsciemment, l'écoute de la parole musicale moderne désoriente et le Désir de Dieu se projette dans le désir dérisoire du chanteur ou du musicien que l'on se met à adorer, à vénérer. Le processus est inversé : le Silence me conduit vers l'Icône, la musique abusivement consommée me conduit vers l'idole.

Ainsi la Parole reçue, dans le silence du cur, joue pour nous des symphonies et des chansons, et nous comble des dons de l'Esprit Saint et en particulier de la Force et de la Paix. Ainsi le Hard Rock ou la Techno, reçus dans le brouhaha de mon cur, me remplissent de violence et de haine.

La Capax Dei comme capacité d'être musicien

Comme les anges les hommes ont en eux, ontologiquement, la capacité d'être musicien. Sans cette capacité là, l'homme ne pourrait pas recevoir l'extraordinaire Beauté du Verbe. Il faut laisser son âme vibrer comme une harpe pour que s'éveille en nous la capacité de Dieu, la capacité d'aimer.

Quel que soit le lieu géographique, les hommes naturellement chantent et chantent juste. C'est le conditionnement extérieur et social qui les dépossède de cette qualité native.
A l'état naturel l'homme chante de manière modale, c'est-à-dire autour de 5 notes principales sur un rythme ternaire qui est le rythme cardiaque. L'évolution des sociétés et des civilisations a sophistiqué le rapport à la musique. Jusqu'à ces dernières années chacun exerçait encore ses capacités de chanteur ou de musicien. Aujourd'hui, nous sommes devenus massivement spectateurs et, pire encore, consommateurs de musique. Nous avons éteint en nous cette lumière, nous avons enfoui ce talent.

De manière naturelle, la musique vient de notre silence intérieur, comme une résonnance à et de la Parole reçue ou entendue, ce que nous symbolisons à chaque liturgie en nous associant à la voix des anges pour le Sanctus. Notre Liturgie en dit plus que toutes les études que nous pourrions mener sur le sujet. Nous sommes appelés à chanter d'une seule voix. Nous sommes appelés à être musiciens: "C'est par Lui (le Verbe) que les Anges célèbrent ta Grandeur, que les esprits bienheureux adorent ta Gloire... A leur hymne de louange laisse-nous joindre nos voix pour chanter et proclamer ..."(Préface commune II).
Il y a dans cette Louange-là quelque chose de l'Absolu qui nous traverse.

Cette triple proclamation "Saint, Saint, Saint" nous indique le rythme de la musique angélique, ce que les anciens, appelaient la musique des Sphères. Du Silence à la Parole, de la Parole à la Louange, voilà la fonction de l'oreille, voilà ce que nous devons être.

Lorsque l'on se coupe de cette attitude-là, la musique n'est plus qu'un phénomène extérieur et sensible et, de fait, fugitif. L'éclat de Béatitude que je reçois pendant la liturgie se transforme dans les "grand-messes" de la techno en consommation de drogues et en jouissances éphémères. La Béatitude me stabilise et me calme, la frénésie de la "rave party" me détruit et m'angoisse. Et pour me désangoisser, je consomme encore et encore, de manière répétitive, pour renouveler sans cesse la sensation...

Dans un tel contexte la grande difficulté pour l'adolescent, c'est le Silence. Il lui apparaît comme le vertigineux et angoissant alors que tout est dans le Silence... Pour reprendre Saint Bernard qui retraçait le chemin à parcourir pour passer de la dissemblance à la Ressemblance de Dieu, il paraît essentiel d'indiquer le chemin qui va du bruit au Silence afin de passer de la multiplicité à l'Unité, du zapping à I'lcône.

Les musiques nouvelles nées de l'informatique représentent un danger extrêmement sérieux pour ceux qui les consomment malheureusement avec innocence. Ces musiques tuent le silence et la capacité d'aimer, elles nous projettent à la périphérie de nous-même, à l'extrême dérèglement de nos sens, à la frontière même de l'infra-humain. Ces musiques donnent lieu à des rassemblements particuliers appelés "rave-parties" où se retrouvent des dizaines de milliers de jeunes, sous influence.
Ce sont de véritables liturgies à rebours où l'on vole en éclat (on s'éclate). Que reste-il au fond du cur au petit matin quand tout est consommé? Le désespoir, l'angoisse, l'acédie...

Les ravages de la musique virtuelle

Nous sommes loin du plain chant modal et du chant grégorien. La production musicale actuelle a ceci de remarquable qu'elle devient de plus en plus déshumanisée. Par l'apport de la technologie informatique, elle ne naît plus du silence du cur mais de la dextérité informatique. Elle ne procède plus de la Résonnance mais du raisonnement.

Deux phénomènes sont à souligner :
la manipulation du temps et la virtualité du son.

La manipulation du temps

Dans la musique le temps se matérialise par le rythme. Le chant grégorien contient ce rythme ternaire dont nous parlions et il n'est qu'à observer le chantre d'une abbaye pour se rendre compte du mouvement subtil qu'il donne à l'antiphonaire. Ce rythme est propre à toute propagation du son et nous pourrions le représenter par une courbe sinusoïdale régulière et harmonieuse. Ainsi le "bruit" ou plutôt le murmure de la nature illustre parfaitement cette loi.

A partir de la musique tonale, le rythme va se modifier et le temps va faire l'objet de constructions et de variations bien connues des mélomanes. Dans la musique moderne le temps non seulement est manipulé, mais il est matérialisé. Par exemple, si l'on prend une mesure à quatre temps à un tempo de 120 à la noire, la musique techno va matérialiser chaque temps par le son du pied de la grosse caisse électronique et plus encore, elle va diviser le temps jusqu'à 4 coups de grosse caisse par temps : au lieu de compter 1 x 4 elle compte 4 x 4. C'est ce qui provoque ce stress particulier à l'écoute. Le cur humain bat aux alentours de 60 à la noire. Un tempo à 120 reste en concordance mais dès que la matérialisation du temps est effective notre rythme cardiaque se déphase et s'accélère sous l'effet de la pulsation des fréquences graves. (Nous parlions de 120 à la noire, aujourd'hui ce que l'on appelle le "hard core" va à plus de 300 ! Humainement on ne peut pas jouer d'un quelconque instrument à cette rapidité là.)

Il y a là quelque chose d'intrinsèquement pervers et destructeur. La musique techno est la polarité inverse du chant grégorien qui naît du silence et retourne au silence. La musique techno naît du bruit et fusionne dans le bruit. La répétitivité du temps matérialisé a quelque chose d'hypnotique et d'obsédant. Le rythme joue non seulement sur l'abdomen, sur les glandes surrénales par la vibration physique, mais par l'oreille interne, il influe sur l'être lui-même. Il déséquilibre l'intériorité, Il est une violation du silence du cur. Là, nous touchons à quelque chose de fondamental. La tradition de l'Ecriture, la transmission de la Parole s'est toujours faite de bouche à oreille: par l'entendement. Le Christ n'a pas enseigné autrement. L'époque du Christ connaissait le silence, l'oreille était agile et apte à saisir toutes les nuances, elle captait le bruissement des ailes, la chenille qui froisse la feuille du mûrier... Rien de ce contexte ne subsiste. L'environnement urbain nous englue dans un son permanent, lorsque ce n'est pas le marteau piqueur c'est la techno que nous retrouvons dans les toilettes d'un lieu public ou chez le coiffeur ... Le silence est évacué, le silence est rempli par un son unique, reflet caricatural d'une pensée unique.

L'oreille externe ne peut plus donner à entendre, elle ne peut plus nourrir l'oreille interne. Quels efforts devons-nous faire pour nous soustraire à cette tyrannie? Quels sacrifices doit-on faire pour retrouver le silence, pour que nos oreilles se reposent, pour qu'elles puissent redevenir ce qu'elles sont et non pas des juke-boxes uniformisés?

En manipulant le rythme, on manipule l'être parce que le rythme naturel de notre marche, de notre souffle répond à une loi particulière. Si on la modifie, je perds l'équilibre : je suis désorienté, je n'entends plus. Comment pourrais-je obéir à une quelconque voix de Dieu?

La virtualité du son

Par ailleurs, ce qui renforce le caractère destructeur de ce phénomène, est la virtualité du son. Comment peut-on parler de son virtuel ? il s'agit d'un son qui n'existe que de manière informatique

Dans l'orchestre classique ou dans la musique traditionnelle africaine, par exemple, les instruments acoustiques sont placés de manière particulière afin que leur implantation dans l'espace nous permette d'entendre avec nuances chaque type de lutherie. La musique numérique, n'utilisant que des sons de synthèse, manipule le Réel. C'est-à-dire qu'elle peut créer des sons et des résonnances qui n'existent pas. Elle va artificiellement recréer l'orchestre ou la section de tambour du Burundi. Elle va recréer la réverbération, l'écho etc...
Ce que nous entendons n'existe pas réellement, c'est un produit informatique. Aucun instrument n'est joué, aucun musicien n'est présent avec son âme et son cur. Le musicien joue avec tout ce qu'il est : ses qualités, ses amours, ses blessures, toute son humanité. L'ordinateur n'a rien à dire, rien à exprimer. Il répète mécaniquement des paramètres qui, mis bout à bout, deviennent une musique, deviennent une hypnose.

Lorsque nous sommes dans notre voiture et que nous écoutons un de ces morceaux techno, le son virtuel qui le compose est en complet décalage avec notre environnement naturel. Le pied de la grosse caisse démesurément important nous martèle le temps, au point que si nous nous laissions influencer, nous pourrions perdre le contrôle de notre véhicule. Nous perdrions notre orientation

L'oreille n'y reconnaît pas les siens. La musique traditionnelle, la musique naturelle est une musique à caractère spirituel. Elle est authentique, c'est-à-dire qu'elle provient de notre cur. Elle reflète quelque chose du ciel comme l'exprime admirablement le Saint Père dans sa Lettre aux artistes. La musique technologique est mentale, elle procède du calcul et du raisonnement froid, elle est un produit de marché. Nous passons de la Résonnance à la "raisonnance". Il y a là une dictature impitoyable, une atteinte portée à la liberté de la personne, à son intégrité, un obstacle qui est dressé sur le chemin du Salut.

Il ne faut pas être surpris par le constat de la violence et de la désobéissance. Lorsque l'oreille est "violée" et rendue sourde par toutes les agressions sonores et musicales qui sont distillées à haute dose, comment peut-elle retrouver le silence nécessaire à l'équilibre de l'être, essentiel à l'ouverture vers l'autre, sine qua non à l'accueil de Dieu?

(Sans entrer dans de fastidieux détails techniques, l'aliénation de l'oreille par l'utilisation des baladeurs et des casques est un des facteurs de déséquilibre et de désordre intérieurs les plus importants. On limite la puissance sonore du baladeur à 80 décibels alors qu'à 80 décibels la médecine du Travail impose le port de casque de protection pour les oreilles!)

Eloge du silence

Ne laissons pas nos enfants jouer avec la musique. Apprenons-leur le silence, apprenons-leur le murmure des torrents, le bruissement des arbres, le gémissement des fleurs, apprenons-leur le chant du coeur, le chant des anges, donnons-leur le goût des sons de flûtes, des sons de cordes qui vibrent, des sons de bois qui craquent ; donnons-leur le goût de la peau du tambour, la caresse du oud. A partir de là se construira l'oreille, et la Résonnance entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur s'établira. De cette Résonnance monte la Louange du Sanctus. De cette Résonnance naît l'Amour en nous et tout autour de nous.

 

Témoignages

"Je te cherche Dieu"...

Quand je pense à la musique de mon enfance, j'entends les grandes uvres que papa écoutait au retour de l'école en corrigeant les cahiers de ses élèves dans la salle de séjour. La Moldau, la Symphonie du Nouveau Monde, Peer Gynt, Petrouchka ont rythmé mes devoirs du soir. Papa était musicien dans l'âme, il cherchait toujours à mieux comprendre les compositeurs et leurs uvres.

A 10 ans on m'a proposé de jouer de la clarinette pour entrer dans l'harmonie du village. J'aurais préféré le saxophone mais on manquait de clarinettes... L'harmonie du village était une plongée dans le monde des adultes, un lieu qui m'a donné le goût de vivre la musique avec d'autres dans un échange fraternel. Le répertoire était suffisamment varié pour m'attirer : nous jouions du jazz, de la musique classique, des musiques de films. Mais quand la troupe a changé de casquettes pour accompagner un groupe de majorettes, je les ai quittés vers 16 ans

En effet, je commençai à me tourner vers d'autres horizons. Mes frères aînés m'avaient fait connaître le rock. Ils formaient un groupe et avaient besoin d'une voix et, entre 15 et 18 ans j'ai été embauchée pour imiter les chanteurs de rock des groupes que nous admirions : Téléphone, Rolling Stones...

Enfin à 20 ans, je suis en mesure de m'acheter l'instrument de mes rêves : un saxophone alto ; pendant 8 ans il sera le compagnon de mes passions : le blues, le jazz. Avec lui j'explorerai le monde de la sensibilité, de la séduction, à la recherche d'une beauté exotique. Que de personnes blessées rencontrées. Je jouais la musique, le cur vide ou révolté, assoiffée de vaine gloire.

Après bien des épreuves et des échecs, je croise un groupe de jeunes chrétiens. Tout doucement je me rapproche d'eux...

Un jour, au cours d'une Eucharistie, je vis un retournement, une conversion. C'est un chant qui m'a bouleversé :"Je te cherche Dieu..." Alors j'ai tout vendu : les saxophones et les partitions, j'ai jeté cassettes et disques. Je voulais tout arrêter. Dans ce moment de grande remise en cause, quelqu'un m'a offert une clarinette. Seigneur, j'ai compris alors "que Tu m'appelais à remettre ce don à ton service"...

Avec cette fraternité de jeunes chrétiens, "Joie de Bethléem", je me suis mise à animer pour d'autres jeunes des fêtes pour Dieu avec des danses d'Israël. Ces danses qui mettent en mouvement les rythmes en nous et les libèrent pour la Louange.

J'ai pris conscience que ma façon de jouer du saxophone me repliait sur moi-même, et je découvrais là la joie de me "déplier" pour Dieu grâce à la musique, et d'être un instrument de cette libération pour les autres.

Aujourd'hui mon cheminement me permet de comprendre les adolescents dont j'ai la charge. Je sais combien la musique peut toucher le cur d'un jeune, et combien il peut être un moyen d'expression. Quand, cahin-caha, nous préparons des Eucharisties, ils découvrent la joie d'un service et la place qu'ils peuvent tenir dans l'Eglise pour mettre de la Vie dans la liturgie.

En action de grâce pour ce Don que Tu me fais, Père, je voudrais redire comme dans une prière eucharistique :" Nos chants n'ajoutent rien à ce que Tu es, mais ils nous rapprochent de Toi". Amen, Alleluia !

Cécile

Gospel,
Chanter Dieu

 

A l'occasion de la fête missionnaire à Châteauneuf, les classes primaires et des parents ont témoigné de leur foi à travers un Gospel. Gospel composé par le Foyer de Roquefort les Pins et donné là-bas, le vendredi précédent par les élèves de l'Ecole.

Un père d'élève de Châteauneuf nous donne son témoignage.

Il y a quelques mois, il m'a été demandé de prendre part au spectacle du gospel. Cela m'a coûté il est vrai ; en effet j'aime chanter mais il a fallu que je prenne du temps sur ma vie bien organisée.

J'ai participé malgré tout et d'autres parents ont répondu à l'appel.
Et puis comme le Seigneur fait bien les choses, Il nous a donné son Esprit. Oui, l'Esprit de Dieu nous a secondés dans l'apprentissage du chant, du rythme ou ... de l'anglais. Nous étions rassemblés en son Nom, Il était au milieu de nous. Nous avons pris plaisir à construire ce spectacle ensemble. Nous aurions pu en rester là car la construction prenait forme et l'ambiance des répétitions était plutôt gaie.

Et puis les enfants du primaire se sont joints à nous, avec tout le travail qu'ils avaient déjà accompli, avec toute la patience et la persévérance obstinée des maîtresses et de quelques mamans.

Alors j'ai compris que ce message, qu'il nous fallait transmettre aux spectateurs, s'adressait tout d'abord à moi.

J'ai senti à travers les recherches, les passions, les déboires et les joies de ma vie d'homme pécheur, le formidable amour de mon Sauveur, qui, une fois les lumières de ce monde évanouies, reste le seul feu capable d'embraser le cur de l'homme.

Jésus, j'ai souvent du mal à orienter ma vie, à garder du temps pour l'essentiel. J'ai bien besoin d'un chef d'orchestre. C'est pourquoi, au milieu de mes fausses notes et de mes difficultés à aimer, je Te demande :
"Viens, Jésus, règnes en moi".


Jean-Michel