Numéro 199

Juillet 2000

 

Sommaire

L'amour conjugal, un chemin de bonheur
Père François-Xavier COUDREAU

Rencontrer Dieu dans notre vie de couple
François et Marie MANAUD

La joie de l'amour, c'est la joie de l'échange
Père FINET

Au Foyer de la Flatière : Retraites pour couples, fiancés et mariés
Père Jacques RAVANEL

Témoignage : Dieu s'est révélé à nous

Au Foyer d'Ottrott en Alsace : préparation au mariage
Gisèle GAILLOT - Père René WOLFRAM

Au Foyer du Japon : les fiancés non-chrétiens en retraite
Père Alain QUENNOUËLLE

Au Foyer de Bucaramanga, en Colombie : Ménages : communauté de vie et d'amour
Père Rafaël DIAZ

Jubilé des mouvements et communautés nouvelles Drôme-Ardèche
Anne-Céline DENIS

J.M.J. 2000 : Partir avec les Foyers de Charité

Le Foyer de Charité du Luxembourg
Père LUCAS


 

L'amour conjugal,
un chemin de bonheur


Monseigneur François COUDREAU

 

Quand on parle de l'amour humain, on parle de cette réalité mystérieuse qui donne à la personne humaine son identité. L'homme n'est pas un animal supérieur ; il est un vivant "tout autre", il est habité. L'intelligence, la liberté et l'amour sont les trois aspects de cette dimension spirituelle de la nature humaine : l'esprit est en nous l'Image de Dieu.

Dès lors l'amour conjugal n'est qu'une facette de cet amour global. L'amour conjugal, c'et l'amour qui unit un homme et une femme pour donner naissance au couple humain. Fonder un couple, c'est laisser jaillir en nous l'énergie spirituelle, le dynamisme vital qui unissent un homme et une femme dans un acte créateur : le couple humain.

Le couple humain n'a pas son fondement d'abord dans le mariage. Le mariage est le support, nécessaire certes, de l'amour conjugal, mais le vrai fondement du couple humain, c'est l'amour. La famille est la cellule de base de la société parce qu'elle s'enracine dans cette réalité fondamentale et fondatrice : l'amour qui donne naissance au couple humain.

Il est donc très important pour des jeunes, au terme de l'adolescence et au seuil de l'âge adulte, de découvrir la nature, le sens et la portée, mais aussi le risque, la responsabilité, le défi de l'amour conjugal d'abord et aussi de l'engagement conjugal dans le mariage. Connaître, respecter et gérer cet amour et cet engagement est une condition nécessaire pour trouver le chemin du bonheur.

Comme pour tout être vivant, l'avènement du couple humain connaît trois étapes : la conception, la gestation, la naissance.
- la conception, c'et le surgissement de l'amour conjugal : il faut prendre du temps pour le "reconnaître" comme un enfant "conçu".
- la gestation, c'est la maturation de l'amour conjugal : il faut prendre du temps pour qu'il "prenne vie" comme un enfant "porté" dans le sein de sa mère.
- la naissance, c'est l'accueil de l'amour conjugal : il faut prendre du temps pour préparer un engagement "responsable", fruit d'un "discernement réfléchi" et d'un "choix libre".

Cette triple exigence exprime merveilleusement la différence radicale ("radix" en latin veut dire "racine") entre l'homme et l'animal : les animaux s'accouplent d'une manière instinctive et passagère, les humains fondent un couple d'une manière unique et définitive. "A vous deux, vous ne ferez qu'un ; ne séparez pas ce que Dieu a uni" a dit le Créateur. Tel est l'engagement solennel et décisif du mariage, de tout mariage : les deux époux "se consacrent" l'un à l'autre par et dans l'Amour. Pour qu'elle inaugure un chemin de bonheur, cette consécration qui a un caractère "sacré" impose le double respect d'une vocation et d'une mission :
- une vocation : l'amour conjugal célébré dans le mariage donne naissance à un être vivant qui a la même dignité que la personne humaine et donc les mêmes droits et les mêmes devoirs. C'est dans ce respect vigoureux et engagé de cette dignité que se trouve le secret du bonheur.
- une mission. L'amour conjugal célébré dans le mariage accepte de devenir témoin et acteur d'unité. L'union de la communauté conjugale devient ferment d'unité pour la communauté sociale, nationale, internationale : là aussi il y a un secret de bonheur.

Cette vocation et cette mission de l'amour conjugal s'exprime dans la célébration du mariage à travers trois signes, différents mais convergents :

- le signe SOCIAL et juridique : l'insertion du couple dans la société civile
c'est l'engagement PUBLIC à la mairie de la commune.

- le signe ECCLESIAL et religieux : l'acte de foi accueillant le don de Dieu
c'est le sacrement CATHOLIQUE dans la liturgie de l'Eglise.

- Le signe COMMUNIONNEL et charnel : la médiation de la sexualité.
c'est la communion AMOUREUSE dans l'union des corps.

Découvrons et approfondissons ces trois facettes de la célébration du MYSTÈRE de l'amour conjugal.

 

Le contrat social : un acte d'engagement

Le mariage est un engagement public dans un contrat avec la société civile. A la mairie, le mariage est célébré comme "institution sociale". Ce contrat donne à l'amour conjugal son support juridique et légal : les époux sont mariés selon la loi. Un enfant qui vient de naître est "déclaré" à la mairie : il a un état civil. Par le mariage civil le couple qui vient de naître reçoit son état civil. Mais il y a plus, cette démarche fondatrice du couple humain a un sens profond, un sens important pour le bonheur, elle implique une triple reconnaissance :

- La société reconnaît les époux comme couple; elle reconnaît ainsi que l'amour conjugal célébré dans le mariage est le premier chaînon de l'unité de la communauté des humains. L'homme et la femme sont différents, mais par le mariage ils ne font plus qu'un. Ainsi, unis par l'amour par et au-delà de leur différence, ils sont principe et source d'unité. Cette unité est un défi et une chance, surtout dans notre monde où la différence engendre la division, le conflit et l'exclusion. Ainsi la famille, cellule de base de la société, devient source d'harmonie et de paix et donc de bonheur.

- Par un contrat, les époux mariés reconnaissent que le couple et la famille ont besoin de société. Humbles et pauvres ils reconnaissent qu'ils comptent sur la société pour la sécurité et l'éducation, la santé et la communication. Ils reconnaissent qu'ils sont bénéficiaires du service public que leur assure la société qui les prend en charge.

- Enfin les époux s'engagent à prendre leur part de la vie commune. S'ils ont besoin des autres, les autres ont besoin d'eux. Ils seront servis mais ils seront aussi serviteurs.

De ce triple point de vue, le mariage n'est pas "facultatif". Les jeunes qui disent : "notre amour ne regarde que nous" sont dans l'erreur. Privatiser l'amour conjugal est dangereux. Si la communion amoureuse doit être respectée dans son intimité, elle doit reconnaître l'importance, la vocation et la mission de l'institution matrimoniale. La cohabitation vécue aujourd'hui dans le mépris du mariage est une dérive grave. L'amour conjugal vécu comme un "égoïsme à deux" est un amour en danger de mort. "Nul ne peut se vanter de se passer des autres" dit le poète. L'ouverture du couple et de la famille sur la société et leur engagement dans la société sont une condition pour que l'amour conjugal soit "chemin de bonheur". Si l'on se replie sur soi, l'amour est étouffé.

 

Le sacrement ecclésial : un acte de Foi.

Si le mariage est une institution célébrée dans un engagement public, il est aussi un sacrement célébré dans la liturgie catholique. De ce point de vue, il est la rencontre et l'accueil du Don de Dieu : quel est ce don ?

- C'est d'abord un déploiement du sacrement de Baptême reçu et vécu par les deux époux. Le prêtre, certes, est le témoin du mariage et il participe activement au nom de l'Eglise à la célébration du sacrement de mariage; mais ce sont les deux époux baptisés qui sont les "ministres" du sacrement de mariage. Le sacrement de mariage n'a de sens et ne peut être célébré qu'en raison, à cause du baptême des deux époux. Dans leur engagement, célébré comme un sacrement, ce sont leurs deux baptêmes qui baptisent leur couple. Dans et par ce baptême, le couple accueille la présence de l'amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Désormais le Dieu-Trinité sera présent dans leur couple : l'amour divin va féconder l'amour humain : quelle merveille et quel mystère !

Mais une telle découverte a une exigence : le sacrement de mariage, pour avoir toute sa fécondité, suppose que la vie baptismale des deux époux soit vigoureuse. C'est pourquoi, pour se préparer au sacrement de leur mariage, les deux futurs époux doivent renouveler, vitaliser, dynamiser leur vie baptismale pour que le don de Dieu soit reçu dans la plénitude de la grâce sacramentelle.

- C'est aussi entrer plus avant dans le mystère de l'alliance. Dieu est alliance : en Lui, le Père, le Fils et l'Esprit Saint ne font qu'UN. C'est l'Amour vécu par les Trois Personnes divines qui les rassemblent dans l'unité. Le Christ est Alliance : en Lui la nature divine et la nature humaine se rejoignent dans l'unité de sa Personne. Dans le sacrement de mariage, l'alliance des deux époux actualise l'alliance de la Trinité et l'alliance de l'Incarnation, le Dieu-Amour et le Christ Homme-Dieu deviennent source et modèle de l'alliance que les époux contractent en se donnant l'un à l'autre pour ne plus faire qu'un.
Dans ce mystère de l'alliance célébré dans le sacrement de mariage, les époux reçoivent un double don : la source et chemin de l'amour.

L'amour humain a sa source en Dieu. Un fleuve se tarie s'il n'est pas relié à sa source. Ainsi dans le sacrement de mariage, l'amour humain se relie à sa source. Comme le fleuve par l'eau des neiges "éternelles", par le sacrement de mariage, l'amour humain se ressource, se purifie, se vitalise : quelle grâce !

Le chemin de l'amour est difficile. En célébrant le sacrement de mariage, les époux reconnaissent que Jésus est le chemin de l'Amour. Ils s'engagent à vivre de la vie du Christ par l'écoute de la Parole, la prière et les sacrements. Jésus les guidera, les soutiendra sur le chemin de l'amour.

- Enfin, ainsi perçu, le sacrement de mariage est célébré, non pas à l'église mais "en Eglise", dans la liturgie de l'Eglise. Le couple ainsi baptisé et relié à sa source devient cellule du Corps mystique du Christ, membre de l'Eglise. La famille issue de ce sacrement devient une "petite Eglise". Par le sacrement de mariage, toute la vie conjugale et familiale est sanctifiée et devient sanctifiante. Si tout mariage est sacré, le mariage célébré "en Eglise", dans et par le sacrement, devient appel à la sainteté, chemin de sainteté. Les enfants qui naîtront sont déjà conçus et enfantés dans la grâce du sacrement de mariage. La famille issue du sacrement de mariage est "fondatrice d'Eglise".

 

La communion conjugale : un acte d'amour

Inséré dans la société, célébré en Eglise, voici que le couple naît aussi de la communion amoureuse. C'est dans l'accomplissement de l'acte conjugal que le dynamisme de l'amour conjugal trouve un aboutissement qui sera un commencement. Tout commence avec la communion amoureuse. C'est la troisième facette de l'engagement conjugal.
Je n'ai pas à faire de conférence sur la communion amoureuse. C'est l'accomplissement d'une sexualité harmonieuse entre le partenaire masculin et le partenaire féminin. On devient mari et femme devant monsieur le maire, on devient époux et épouse dans la communion amoureuse. L'homme et la femme fondent une unité nouvelle. Dans leur différence, il y a une unité : l'unité du couple. C'est le premier chaînon de l'unité du monde. C'est pourquoi la communion amoureuse est sacrée. C'est l'acte le plus responsable, fondateur de l'unité du monde. Je suis triste de voir que le roman, la chanson et le film en ont fait uniquement le plaisir de l'orgasme, pour jouir. Ce plaisir est bon, mais ce qui se passe a une toute autre valeur. Il nous appartient, à nous chrétiens, de rendre le respect dû à l'acte conjugal. On l'a banalisé avec des expressions triviales. Il ne s'agit pas de condamner, ceux qui font cela ne le savent pas, mais pourquoi ne leur a-t-on pas dit ? Si vous êtes maman un jour avec un papa, vous direz à vos enfants non pas ce qui est permis ou défendu, mais d'abord et surtout que ce qui est sacré est source de bonheur. La sexualité humaine est sacrée, elle nous est donnée pour fonder un couple et une famille. Le mariage est un acte qui relie, unit et soude, qui mobilise toutes les richesses affectives et émotionnelles. Le monde a besoin de couples humains honnêtes et vrais. Ce n'est pas l'Eglise qui invente les lois du mariage, elles sont inscrites dans la nature humaine pour le bonheur de l'homme. Nous avons donc à respecter ce mystère de l'amour.

L'Eglise ne dit rien de nouveau sur le mariage, elle rappelle la dignité de la personne humaine en qui Dieu a déposé son Image. Dieu a créé l'amour qui unit l'homme et la femme. Il n'a pas créé l'homme et, à côté, la femme. Cette unité c'est le mystère de l'amour. C'est une vraie mission, chrétienne parce que d'abord c'est une mission humaine. Comme chrétien, j'assure et j'assume cette mission humaine. Etre chrétien, c'est rejoindre tous les hommes de bon vouloir pour avec eux sauver l'homme, sauver l'humanité. La première mission pour sauver l'humanité, c'est de sauver l'amour.

 

 



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La joie de l'amour,
c'est la joie de l'échange

Père FINET

 

Aujourd'hui, vous venez réaliser un grand dessein d'Amour éternel et humain : vos deux routes se conjoignent pour ne faire plus qu'une. Ecoutons saint Marc qui nous le rappelle :" L'homme s'attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu'un. ainsi ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un".(Marc, 10). Vous découvrirez sur cette route les richesses du sacrement de mariage dont vous devenez les ministres : l'épouse transmettant la grâce divine à son époux, et l'époux à son épouse, dans toutes leurs marques d'affection humaine, dans une communion totale d'âme, d'esprit, de cur et de corps, vous livrant ainsi ce que vous avez de plus personnel : votre intimité. Cheminant ensemble sur cette Route vivante et vraie, vous garderez selon l'enseignement de Saint Paul aux Hébreux, "votre regard attentivement fixé sur Celui qui guide notre foi et la conduit à sa perfection : Jésus" (Hébr. 12,2). Vous vivrez de son enseignement : grand mystère qui nous apprend que Dieu est Amour.

Ecoutons encore Saint Paul : "Je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres... S'il me manque l'amour, tout le reste ne me servira de rien". (1 Cor, 12), et, développant toutes les qualités de l'amour, beau programme pour votre vie dans le mariage, il conclue : "L'amour ne passera jamais". Seul, il a valeur d'éternité.

Comment vivre toutes ses richesses de l'Amour dans votre foyer ? Qu'à l'exemple de la Sainte Famille, vous pénétriez dans le secret de l'intimité divine : connaissance et amour. Jésus nous répète souvent :"Je connais mon Père, et mon Père me connaît". Et Il ajoute : "J'aime mon Père et mon Père m'aime" (Jean 10,15).

Approfondissons ces Paroles. Jésus n'a jamais dit :"J'observe mon Père et mon Père m'observe" ! Lorsque nous observons, nous sommes portés à juger, et, comme conséquence, à condamner. Mais lorsqu'on connaît, on naît à l'autre, c'est à dire à ses joies et à ses peines pour les porter avec lui, les sub-porter. Ainsi l'époux connaît sa femme et sa femme le connaît, s'entr'aidant ainsi mutuellement, en progressant l'un et l'autre sur la belle route de l'amour conjugal. C'est également vrai dans les rapports entre les parents et les enfants. S'ils observent leurs enfants, ils risquent de les condamner :"Cet enfant est un paresseux" penseront-ils, "rien à faire !". Si, par contre, ils le connaissent, ils vont naître à sa paresse, la supporter avec lui, et l'aideront à s'en dégager. Ainsi serons-nous avec Jésus les sauveurs les uns des autres. Cette connaissance est exigeante : pour se connaître, il faut se faire connaître, c'est à dire sortir de soi-même, livrer son intimité d'âme, d'esprit et de cur, dans le signe sensible qui caractérise le mariage : celle du corps.

Ainsi cette connaissance débouche sur l'amour qui devra s'exprimer dans le dévouement et aura comme fruit: le bonheur. Vous chercherez dans votre foyer à être heureux, car notre lot n'est pas la souffrance, mais le bonheur. Si la souffrance était un bien, elle serait dans le ciel. Mais, me direz-vous : et la croix ? Certes, Jésus a pris la croix comme moyen d'expiation pour nos péchés, et Saint Paul nous le répète dans son enseignement : "Epoux, aimez votre épouse, comme le Christ a aimé l'Eglise et se sacrifia pour Elle, pour qu'Elle soit pure, immaculée, sans tâche et sans rides". (St Paul aux Eph., 4). A l'exemple de Jésus, vous devez donc vous sacrifier l'un pour l'autre et unir déjà dans l'Offertoire de cette Messe votre offrande à celle de Jésus. Vous allez maintenant échanger votre promesse de mariage et pénétrer dans la découverte des dimensions d'un vrai foyer chrétien : l'esprit de famille, soutenus par l'Esprit Saint qui, dans la famille divine et éternelle, est la Joie de Dieu, fruit de l'Amour échangé entre le Père et le Fils. La joie de l'amour c'est la joie de l'échange . Entre parents et enfants, vous aimerez échanger votre amour et goûter son fruit : la joie.

Toutefois, méditons l'enseignement de Jésus aux Noces de Cana où, par son miracle d'amour, le meilleur vin a été servi aux convives, en dernier. Il est normal que vous pensiez aujourd'hui découvrir cette plénitude de joie. Et, cependant, vous aurez tout au long de votre vie, comme Jésus s'est sacrifié pour son Eglise, à vous sacrifier l'un pour l'autre, vous aidant mutuellement à vaincre ces petits égoïsmes inhérents à notre nature humaine. Ainsi, progressivement, vous découvrirez de nouvelles dimensions de votre amour : la joie en sera le fruit, d'autant que vos curs s'élargiront, votre amour s'épanouira au contact de vos enfants, de vos petits enfants, voire même de vos arrière petits enfants.

Lorsqu'après un long cheminement, soutenus sur cette route de l'amour par notre Mère, la Sainte Vierge, vous arriverez au soir de votre vie, vous goûterez comme à Cana, en dernier lieu, le meilleur vin de l'amour qui s'épanouira éternellement au Banquet divin.

Extrait d'une homélie d'une messe de mariage




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Témoignage

 

Rencontrer Dieu dans notre vie de couple

 

A l'occasion de la réunion des Parents d'élèves., François et Marie MANAUD, 2 enfants, responsables de la Communauté "l'Arbre de Vie", témoignent de leur conversion et de leur vie de famille. Tout en résumant ici leur intervention, nous avons essayé de conserver le style oral de leur témoignage.

 

Rencontrer Dieu dans notre vie de couple.
Avant de nous engager à fonder une famille, nous menions une vie désordonnée ; nous avions été baptisés dès la naissance ; la foi dans laquelle nous avions grandi dans nos familles respectives n'avait pas résisté à la fin de l'adolescence et à la découverte du monde .
Marie était jeune infirmière, j'étais en train de terminer mes études de médecine ; "copains" modernes, nous avions envie de réussir notre vie ensemble mais j'étais inquiet de mes propres faiblesses.
Nous avions bien un projet de vie commune mais nous ne savions pas trop sur quoi l'appuyer et le construire. Je sentais bien que notre petit amour ne tiendrait peut-être pas longtemps la route. Alors j'ai eu un raisonnement un peu simpliste : je mords dans la vie et je ne suis pas heureux, peut-être devrais-je retourner aux valeurs religieuses de mon enfance ? A l'époque je ne croyais pas du tout en la Résurrection de Jésus-Christ. J'étais quasiment médecin, et cela me paraissait impossible. Si je m'intéressais au message de celui qui ne pouvait être qu'un prophète il me paraissait impossible à vivre. Maintenant avec du recul, je crois que j'ai vécu à ma manière la parabole de l'enfant prodigue. Ces retrouvailles avec Dieu ont été peineuses car je n'avais que le langage du catéchisme de mon enfance. Maintenant jeune adulte, il y avait une rupture entre ce langage et les questions existentielles d'adulte qui se posaient à moi
Nous avons fait tous les deux Marie et moi - une rencontre avec Jésus-Christ lors d'un pèlerinage marial, le 31 juillet 1981 ; vous voyez c'est une date qui nous a marqués. Marie avait accepté de m'accompagner avec réticence. La recherche de Dieu n'était pas sa "tasse de thé". Elle avait quand même pris le chapelet de sa première communion pour essayer de rentrer dans l'esprit du pèlerinage. Et là, chacun d'une façon différente nous avons fait une rencontre : sous un mode peut-être un peu sensible, j'ai découvert que Dieu m'aimait ; j'allais voir la Vierge Marie, et j'ai rencontré Jésus. C'était comme si une lumière envahissait mes ténèbres. Ne vous imaginez pas un éclair fulgurant, comme sur le Sinaï ou comme pour Paul de Tarse sur son chemin de Damas ; c'était une prise de conscience vive, comme si Jésus Christ en personne me disait : "Je t'ai toujours aimé." Cette expérience m'a donné la conviction qu'Il était vivant. Longtemps plus tard, j'ai lu dans le Catéchisme pour adultes de l'Église de France : "La foi, c'est une illumination intérieure". Je découvrais que Dieu existait, qu'Il était Amour, et qu'Il m'avait toujours aimé : Il venait donner un sens, un poids à ma vie si je l'accueillais.


Un temps de vraies fiançailles
Marie a fait une expérience beaucoup plus simple, presque banale. Elle voyait qu'il m'était arrivé quelque chose et elle s'est dit : "Pourquoi pas ?" Pourquoi ne pas essayer de prier comme le propose la Vierge Marie ?..Et cela a " marché " !! petit à petit, grâce à la prière, elle voyait sa vie changer.
Nous nous sommes retrouvés tous les deux ayant redécouvert le Seigneur chacun à notre façon. Nous avons laissé la Vierge Marie continuer son action.
Et notre vie, peu à peu, s'est transformée. Pour répondre à l'irruption de cet Amour dans notre existence nous avons décidé de vivre en frère et sur jusqu'à notre mariage. Éloigner les corps pour mieux rapprocher les curs, pour mieux enraciner notre petit amour sur l'Amour du Seigneur et l'enraciner dans la Vérité. Nous nous sommes demandés pourquoi le Seigneur nous avait fait comprendre que nous devions vivre ce temps de vraies fiançailles. Plus tard, quand nous sommes partis à Bangui, nous avons compris pourquoi. En effet nous avions une proposition à faire de la part du Seigneur, elle n'était pas d'ordre légaliste mais partant de notre expérience vécue et de notre témoignage : nous étions passés par un chemin que nous pouvions proposer à nos frères et surs centre-africains qui vivaient une réalité vraiment différente. Il y avait besoin de ce temps d'apprentissage à la continence et à la maîtrise de soi, de ce temps d'éloignement des corps pour guérir les curs et découvrir, notamment, la dimension du dialogue dans le couple.
Nous avons découvert aussi que la prière avait une importance dans notre vie conjugale, que la vie sacramentelle était une grâce à ne pas laisser de côté. Et, nous nous sommes mariés neuf mois plus tard, le temps d'une maternité, 9 mois après notre conversion.


Au service de la pastorale familiale
Plus tard nous avons suivi une retraite à Châteauneuf de Galaure. Il nous fallait enraciner notre rencontre avec le Seigneur dans une intelligence de la foi. Et le Père Finet était un expert en la matière. Par la suite nous avons été amenés à proposer nos services au dispensaire du Foyer de Charité de Bangui. Auparavant nous avions découvert au cours d'un séjour en Algérie combien il était passionnant de se mettre au service d'une population totalement démunie. Et nous voulions aussi partager cette joie que nous avions d'être mariés, de savoir notre couple appuyé sur le Seigneur. En regardant autour de nous, nous avions vu que beaucoup de couples passaient à côté de cette joie, à côté de ce bonheur que le Seigneur propose. Et donc nous avions le désir d'entrer dans la pastorale de la famille, du mariage. Voilà comment nous avons atterri en 1985 au Foyer de Charité de Bangui où nous avons vécu 3 ans.
Le matin, nous avions une activité humanitaire, nous nous occupions des enfants dénutris. Et l'après-midi, au début, nous rencontrions des couples, des personnes pour prendre le pouls de la culture africaine et ne pas nous tromper dans notre façon de porter témoignage. Quelques mois plus tard, nous avons organisé des sessions "Mariage et Prière" : des temps forts à l'écoute de la Parole de Dieu, uniquement la Parole de Dieu pour expliquer le projet d'amour que le Seigneur a sur le couple, la famille, le mariage. Ces enseignements sont accompagnés de témoignages (le notre au départ) et " immergés " dans la prière pour permettre à l'Esprit Saint de convaincre les curs. La plupart des personnes qui venaient étaient des chrétiens, des baptisés, mais, malgré leur engagement d'Église, beaucoup n'avaient pas demandé le sacrement de mariage parce qu'ils en avaient peur. Notre mission qui avait été définie avec le Père du Foyer, et plus tard par l'Évêque, consistait à faire la " promotion " du mariage, de " proclamer " et de démontrer qu'il n'est pas une épreuve, une "corde au cou et une chaîne aux pieds", mais qu'il est une alliance où le Seigneur s'engage avec le couple ; et si on reste fidèle à cette alliance, on peut, au-delà des épreuves inéluctables dans toute vie conjugale, vivre le bonheur que le Seigneur veut pour nous : devenir témoins de son amour.
Et nous avons commencé ce projet bien laborieusement. Pendant 2 ans, cela n'a pas marché. On nous disait : "Vous êtes trop exigeants". Mais nous, dans la fougue de notre jeunesse, nous étions persuadés que la Parole de Dieu ne revient pas sans avoir porté du fruit. Comme nous prêchions la Vérité et l'Amour, cela devait marcher.


Un nouvel engagement
Après ces débuts difficiles, dans la foi, nous nous sommes engagés dans le diocèse à temps plein dans la Pastorale familiale, notamment à travers le petit groupe de prière que nous avions lancé. Ce petit groupe est devenu la communauté "l'Arbre de Vie"
Le Seigneur ne nous a pas abandonnés. Depuis 1988 nous vivons de la Providence, et nous voyons le Seigneur à l'uvre. Nous ne sommes pas des théologiens, nous sommes des témoins. Témoins que le Seigneur est vraiment vivant, présent, agissant. Parce qu'Il n'impose rien, le Seigneur se propose Lui-même ; Il se propose de transformer nos vies, de leur donner du poids, gratuitement. Il suffit de Lui laisser la place, de tirer le verrou de la porte de notre cur. Et à partir de ce moment, le Seigneur peut agir.
Ces sessions "Mariage et prière" ont pris peu à peu de l'ampleur. Nous avons eu des rassemblements de 3500 personnes. Ils venaient informés par le " tam-tam africain ", ils savaient que l'enseignement donné était juste, qu'il faisait grandir l'homme et la femme, leur permettant d'être heureux et de sortir d'une impasse. Dans cet apostolat nous avons eu conscience de bénéficier de tout le travail missionnaire qui avait été fait auparavant. Nous continuons à être les témoins de l'amour de Dieu. Le Seigneur est à l'uvre dans ces sessions, Il transforme des situations impossibles, des situations perdues. Il a ressuscité un cadavre pourri depuis 3 ou 4 jours qui s'appelait Lazare, il est capable de guérir toutes les vies gangrenées par les querelles, disputes, silences, incompréhensions, les trahisons.
En 1997, nous avons quitté la R.C.A. ; en effet il y avait une guerre civile, et après un an et demi, le Seigneur nous a fait comprendre clairement qu'il était mieux pour nos enfants de rentrer. Nous avons compris que nous devions poursuivre notre apostolat, que le Seigneur nous demandait de développer aussi les racines en France : nous nous appelons "l'Arbre de Vie".
Ici nous continuons à travailler dans le domaine de la pastorale familiale. La forme des sessions change, mais le fond reste identique. L'Évangile est une Bonne Nouvelle. Elle peut s'actualiser dans notre vie personnelle, dans notre vie conjugale et familiale. Quand on s'appuie sur le Seigneur, il est possible de Le voir à l'uvre et de reconnaître que notre vie prend du sens.


L'année jubilaire : un temps de grâce
Alors, pour conclure, laissez-moi vous poser une question : Quel est le sens de notre vie ? quel est le poids de notre existence ? De quoi notre vie est-elle remplie ? Est-ce vraiment le Seigneur qui est le ballast de notre bateau, de notre existence ? Est-ce lui qui nous permet de tenir la route ? N'avons-nous pas à découvrir la proximité du Seigneur, si nous ne l'avons déjà fait ? Nous sommes dans une année jubilaire, je suis persuadé qu'elle est une année de grâces. Je vois trop de merveilles autour de moi pour dire le contraire. Il y a des grâces disponibles pour ceux qui ouvrent leur cur pour les recueillir. Et Châteauneuf est un lieu de grâces : j'en ai fait l'expérience dans ma vie personnelle. Pourquoi ne pas profiter de cette année, de ce lieu pour laisser une chance au Seigneur d'entrer davantage dans notre vie, de recentrer notre vie sur Lui ? Alors nous verrons bien des situations se transformer.

François et Marie MANAUD