Numéro 200/201

Octobre 2000

 

Sommaire

"Une Nouvelle Pentecôte"
Elisabeth POUYAT

Témoignages JMJ
Au Forum International des Jeunes à Rome

"C'est la miséricorde que je désire et non les sacrifices"
Suivre Jésus avec Saint Matthieu
Père POHLEN

"La Mère de Jésus était là"
La présence discrète et efficace de Marie dans notre vie
Père CHIODAROLI


Au Foyer de Châteauneuf

Le Foyer du Luxembourg

Au Foyer de Charité de Nana au Pérou
Père Roger DUVAL

Au Foyer du Buisson Ardent, au Burkina Faso
Père Jacques LARBAT

Au Foyer de Muhito, en République Démocratique du Congo
Père Josaphat KPASINI

Le Foyer "Dents du Midi", en Suisse, fête ses 30 ans

Au Foyer de Combs-la-Ville : 10ème anniversaire


 


Emaux du Maître Autel - Montserrat - Espagne

La Mère de Jésus était là (Jn 2,1-10)

La présence discrète et efficace de Marie dans notre vie


Père Pierluigi CHIODAROLI
Foyer de Charié de La Salera,Val d'Aoste Italie

 


 

Daigne nous conduire, ô Père, à la compréhension du mystère de la présence de Marie dans notre vie. Apprends-nous à entrer dans ses silences et à imiter sa docilité à ta Parole. Donne-nous de la contempler afin de pouvoir découvrir le secret de son attention vigilante envers le prochain et celui de son souci constant que la joie ne vienne pas à nous manquer.

O Marie, agis envers nous, en mère empressée et en guide sûr ; redis-nous encore, malgré notre surdité spirituelle : "Faites tout ce qu'Il vous dira". Amen.

Le symbolisme de Cana

Le récit qui nous est proposé est celui d'un festin de noces, qui s'est prolongé peut-être plus que prévu, et le vin finit par manquer. Un incident banal, dû à une erreur de prévision ou encore à la situation financière de l'époux. Ce passage évangélique, comme tant d'autres, est symbolique, de nombreuses lectures sont possibles. Plus que le sens de l'événement, lu à l'intérieur du message théologique de Jean, nous voulons mettre en évidence l'attitude de Marie et l'écho qu'il trouve en notre vie.

Ce choix nous est dicté par le fait que nous avons la préoccupation d'accueillir le projet de Dieu sur nous et désirons nous remettre en cause pour un authentique choix de Dieu.

Toutefois, pour avoir une vision théologique d'ensemble, il me semble important de noter le rôle central de Jésus dans ce récit. C'est Lui qui tire d'embarras ses hôtes en changeant l'eau en vin, - en quantité considérable, - plus de 500 litres ­ mais surtout, Il annonce l'heure où l'Ancienne Alliance fera place à la Nouvelle, l'heure où sera offert le "vin nouveau", l'heure de la révélation de sa gloire. L'eau des ablutions rituelles (v. 6; voir Marc 7,3s) est peut-être un symbole de l'Ancienne Alliance, incapable de vraiment purifier l'homme ; le vin nouveau nous parle d'une Alliance nouvelle, définitive, seule efficace, scellée dans le sang du Christ. Le temps des signes reste ouvert, jusqu'à ce que ne vienne l'heure de Jésus, l'heure de la Passion durant laquelle est réalisé le changement et le renouvellement de toute chose.

Le regard attentif de Marie

Mais ici, nous voulons porter notre attention sur Marie afin de saisir cette attitude d'attention profonde et de sympathie qui jaillit de son cur transpercé et rempli du désir d'apporter la lumière, la joie. C'est dans ce passage, relaté par St Jean seulement, que se manifeste clairement la grande prévenance de Marie pour les hommes.

Ce qui frappe, c'est qu'en fait, personne ne demande rien, et que, probablement, personne ne s'est aperçu de rien. Cependant, elle a compris qu'il y a un problème, que cette fête de noces (il n'est pas hasardeux d'y voir le symbole de notre vie), va se terminer piteusement au milieu des explications embarrassées des époux. Marie a une manière à elle de se faire proche qui est d'une discrétion et d'une délicatesse surprenantes. Elle aurait pu s'approcher des époux, les prendre à part, et leur dire avec beaucoup de tact qu'un moment délicat se préparait : qu'ils ne se préoccupent pas ; elle ferait en sorte que tout s'arrange le mieux possible. Son geste est parfaitement gratuit, c'est le comportement de la maman qui agit délicatement, attentive aux besoins de la famille, et y pourvoyant en temps opportun. Comme est belle la phrase qui introduit le récit : "Il y eut un mariage et la Mère de Jésus y était". A quel titre s'y trouvait-elle, nous ne le savons même pas, mais elle s'y trouvait. Il suffit à Jean de nous faire savoir qu'elle y était présente, comme elle seule savait "être présente". Sa façon d'être présente dans les situations données est vraiment extraordinaire et unique : intuition et discrétion.

Cela nous remplit de joie et d'espérance quand nous pensons que sa présence est elle aussi dans notre vie, nous n'avons même pas besoin de lui présenter nos nécessités, elle y a déjà pourvu. Elle nous suggère aussi la manière juste d'être présent au quotidien, comment vivre les réalités concrètes de notre vocation d'invités au banquet de la vie, ou si nous préférons, aux noces de l'Epoux, où l'on court le risque de reléguer le personnage principal, Jésus, au rang des invités. Le regard attentif de Marie nous dit tout l'amour désintéressé et discret qu'il nous faut avoir, mais il nous renvoie aussi à Jésus.

C'est à Jésus qu'elle s'adresse

Parmi toutes les personnes présentes au banquet, Marie est la seule qui n'ait pas oublié que le personnage principal, c'est Jésus. A l'instant où elle s'aperçoit qu'il n'y a plus de vin, sa première pensée est pour le Seigneur. Attitude inverse de celle des apôtres dans la barque secouée par la tempête. Ils voient Jésus venir vers eux mais ils croient voir un fantôme, ils s'éreintent à ramer et se mettent à crier, au lieu de L'accueillir parmi eux. (Matth 14,29). Comme Jérusalem, sur laquelle se lamente Jésus, "ils n'ont pas reconnu le temps où ils ont été visités" (cf Luc 19,44). Ils savaient bien pourtant que Jésus était en train de prier sur la montagne et ne pouvait les avoir abandonnés ; un appel aurait suffi (en fait Jésus avait perçu leur fatigue comme un cri, tant et si bien qu'au moment même où Il priait, Il les voyait épuisés, ramant, luttant contre les flots agités).

C'est à Jésus qu'elle s'adresse, avec tant de douceur : "Ils n'ont plus de vin". Et là nous trouvons un exemple de sa foi inébranlable, malgré le refus apparent. Peut-être ce refus de Jésus vient-il de sa déception devant l'indifférence générale. Tous sont si préoccupés d'eux-mêmes et de se divertir, qu'ils ne voient pas venir la difficulté. "Que me veux-tu?" répond le Seigneur. Mais Dieu ne peut rester insensible à la prière désintéressée, celle qui jaillit de l'amour vrai, autrement dit, d'un amour comme le sien. Qui prie ainsi cherche ce qu'Il veut, et donc, demande ce qui est conforme à sa Volonté. Or l'amour de Marie est un amour à toute épreuve. C'est pourquoi Jésus intervient. Les paroles adressées aux serviteurs "Faites tout ce qu'Il vous dira" expriment une absolue tranquillité qui nous semble stupéfiante et nous montrent la mesure de grandeur de la foi de Marie. Elles sont aussi pour nous une invitation à faire de même.

Accomplir la Parole de Jésus dans notre vie quotidienne

Dans ta vie quotidienne, la première chose pour être présent est l'attention à la situation concrète, et immédiatement il te faut regarder Jésus comme le centre de la fête et non plus comme un simple invité. Il te faut aussi être prêt à te tourner vers Lui de cette façon :"Je suis ici pour faire tout ce que tu me diras de faire". Au fond, ces paroles nous les avons déjà rencontrées dans la vie de Simon Pierre : "Sur ta parole, je jetterai les filets", et sur les lèvres du centurion : "Dis seulement une parole". Mais nous avons aussi une plainte explicite de Jésus : "Pourquoi m'appelez-vous Seigneur et ne faites-vous pas ce que je vous dis?" (Luc 6,46).

Cependant Marie ne nous dit rien de différent de ce qu'elle-même a fait au début de son fiat : " Me voici, je suis la Servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta Parole". Nous comprenons alors en quel sens elle nous est donnée comme Mère, et pourquoi Jésus nous la propose comme modèle quand Il affirme : " Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole du Seigneur et la mettent en pratique", c'est-à-dire la "font". "Faire" la parole de Jésus, l'accomplir dans sa vie, signifie être en mesure de vivre en toute vérité et en toute conscience la fête de la vie sans courir le risque que vienne à manquer le vin de la joie.

Une anticipation du Royaume

Un dernier aspect me semble important à souligner : le "vin" que Jésus donne n'est pas encore le vin définitif, et Marie le sait, car le Seigneur Lui-même lui rappelle que son Heure n'est pas encore venue.

Vivre l'aujourd'hui de façon consciente, "être présent" en vérité avec une attention délicate lorsque le vin vient à manquer, sans perdre de vue Jésus, ne doit pas nous faire oublier que ce "vin", que Jésus ne nous refuse pas dans le quotidien, est seulement une avance, un avant-goût, une anticipation, encore qu'abondant, de ce vin nouveau qu'Il boira avec nous dans le Royaume des cieux, c'est-à-dire quand nous recevrons en partage avec Lui, totalement et sans voile, la vision de Dieu.

Que ce dernier rappel de ce que souvent nous tenons pour acquis puisse nous faire prendre au sérieux notre quotidien ­ ce que Marie continue de nous suggérer clairement ­ et nous fasse comprendre que c'est la condition sine qua non, pour ne pas "risquer de courir ou d'avoir couru en vain". Gal 2,2.

 

 

 

Témoignage

 

AU FORUM DES JEUNES, A ROME
12-15 août 2000

Avec Abraham, membre du Foyer de Gowripatnam en Inde, nous avons eu la joie d'être envoyés en "ambassadeurs" des Foyers au VIIème Forum International des Jeunes à Rome. Nous étions environ 350 venant du monde entier : deux délégués envoyés par la conférence épiscopale de chaque pays et deux délégués de chaque mouvement, association ou communauté de laïcs. Le Forum se déroulait du 12 au 15 août avec un programme de travail précis, suivi ensuite des JMJ.

 

Ces jours du Forum n'ont pas été chômés : temps d'enseignements, de partage, de prière. Peut-être poussée par notre petite sur Marthe, j'ai senti qu'il valait mieux écouter plutôt que parler. Je me suis rempli l'esprit et le cur des intentions et des témoignages partagés par tous ces jeunes. Les longues séances de travail sont devenues des temps de contemplation de la présence forte de Jésus dans toute l'Eglise, des temps d'action de grâce devant la foi de beaucoup de ces jeunes désirant suivre Jésus dans des situations de violences, de persécutions, de pauvreté, des temps aussi de prière pour que Jésus touche plus profondément encore nos curs.

J'ai été très touchée de la vigueur des enseignements reçus. La Croix nous a toujours été présentée comme le chemin pour suivre Jésus. Le Forum s'est ouvert par l'accueil de la Croix de l'Année Sainte qui sillonnait le monde depuis 1984. Un évêque nous a même dit ceci :"Quand Jésus vous dit "Venez à moi et je vous procurerai le repos", ne le croyez pas trop!" Mais la fermeté et la joie de nos pères dans l'Eglise ne pouvaient malgré tout que nous attirer. C'est pourquoi la longue célébration du chemin de croix vers le Colisée, en portant croix, palmes ou torches, fut un temps fort des JMJ pour allumer en nous le désir de se conformer à Jésus dans sa passion et dans sa mort, sur les pas de nos martyrs.

Le Cardinal Stafford, très présent au milieu de nous, a peu parlé. Mais sa manière d'écouter, sa vigilance à maintenir allumée la petite bougie qui brûlait près de l'icône de la Sainte Vierge, étaient très belles. Chaque fois qu'il a pris la parole, il nous a invités, par des questions profondes, à réfléchir et à intérioriser les paroles de Jésus, plutôt que de donner des réponses toutes faites aux interrogations ou incompréhensions de certains jeunes. Je pensais alors à Marthe

Oserais-je dire que je suis tombée amoureuse de l'Eglise ? Je crois que c'est bien cela. Cette Eglise qui, par ses prêtres, par leur parole, par les sacrements nous donne Jésus et nous permet de vivre si proche de Lui !

Le deuxième jour du Forum, nous avons eu la joie de recevoir le sacrement de la tendresse du Seigneur au cours d'une magnifique célébration pénitentielle. Le don de la miséricorde fut pour moi comme le passage de la Porte Sainte et j'ai pris conscience de la grâce particulière que le Seigneur voulait me faire en cette année du Jubilé, grâce de conversion et de rencontre renouvelée avec Jésus.

Enfin, la grâce du Forum fut aussi d'être accueillis spécialement par le Saint Père à Castelgandolfo, sa résidence d'été, pour participer à la messe dans une simplicité touchante. Nous avons eu aussi la chance d'entourer le Saint Père lors de la veillée à Tor Vergata et d'être très proches de lui pendant les autres rencontres. J'ai cueilli cette faveur pour recevoir pleinement ce qu'il avait à nous dire, non seulement par ses paroles mais aussi par ses regards et ses gestes. Il m'a semblé qu'il ne parlait pas à une foule mais à chacun personnellement. J'ai été très bouleversée d'entendre ses paroles d'encouragement à ceux qui étaient consacrés. J'ai mieux compris à quel point l'Eglise a besoin de nous, à quel point Jésus Lui-même veut avoir besoin de nous et qu'Il nous veut "saints et immaculés en sa présence dans l'amour" (Eph. 1).

C'est donc encouragée et fortifiée que je suis retournée au Foyer pour reprendre le travail ordinaire, dans la joie de répondre chaque jour davantage à la question de Jésus :"M'aimes-tu?"
Marie-Béatrice ­ membre du Foyer de Courset.