Numéro 202

Décembre 2000

 

Sommaire

Comment entrer dans la liturgie
Père Alain PLANET, du diocèse de Valence

La Prière eucharistique
Père Georges FINET

Comment adorer le Christ-Eucharistie ?
Père Clément RIDARD

Témoignages :
L'adoration eucharistique, au Foyer d'Antsirabé, à Madagascar
Un coeur à coeur avec Jésus, au Foyer de Kakiszany, en Pologne

De toutes nations :
Au Foyer de Sutton, au Canada
Au Foyer de Branguier, en Provence
Du Foyer de La Léchère au Foyer de Tarentaise
Le Foyer de Baye fête ses 40 ans !
Le Foyer de Roquefort-les-Pins fête ses 50 ans !


 

Comment adorer

le Christ-Eucharistie ?


Père Clément Ridard
Foyer de Charité de Tressaint

 

Pourquoi vivre ainsi ce temps d'adoration ?

Le déroulement de la Messe a besoin d'un autre temps pour pouvoir prendre conscience de ce que Jésus a voulu réaliser dans ce Très Saint Sacrement de l'Autel : le don de Lui-même à la multitude des hommes.

Le Père Laurentin témoigne : "C'est dans la célébration de la Messe dont elle est le prolongement que s'enracine l'Adoration du Saint Sacrement. La Messe met l'accent sur le repas sacrificiel du Christ; l'Adoration, elle, sur la Présence. L'action de grâce culmine dans l'Adoration."

Et Jean-Paul II :" Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l'Adoration et dans la contemplation pleine de Foi."

 

1er temps : Renouveler notre Foi en la Présence Eucharistique de Jésus

"Il est là" disait constamment le Curé d'Ars, en pointant du doigt le Tabernacle. Jésus a voulu demeurer parmi nous comme nourriture pour notre Foi, puisqu'Il s'est servi du pain pour en faire son Corps. Il vient répondre à la faim la plus profonde de l'homme : celle d'un amour vrai et durable.

Vrai : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime" .

Durable : "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour".

Prendre conscience de sa Présence : "Ceci est mon Corps, Ceci est le calice de mon Sang" et nous en émerveiller. Savoir reprendre ainsi le récit de l'institution de l'Eucharistie, tel celui de St Paul (1 Co 11). Accueillir les paroles de Jésus en Jean 6 : "Je suis le pain vivant descendu du Ciel."

- Renouveler ma foi en sa Présence
- L'adorer
- Le reconnaître comme le Seigneur de ma vie
- Lui rendre grâce d'avoir voulu "rester" parmi nous.

 

2ème temps : Nous rappeler qu'Il est là avant tout pour les malades

C'est pour les malades que l'on garde ainsi l'Eucharistie après la Messe afin de leur permettre "le viatique" (Sainte provision que l'on donne à celui qui va faire le "passage").

L'exposition du Saint Sacrement va dans les deux sens : Il s'expose à mon regard et à ma prière d'une part, mais Il m'invite à m'exposer moi-même à son regard et à ses rayons d'autre part. Je puis lui exposer mes pauvretés intérieures, mes maladies de l'âme, mes infirmités spirituelles et physiques.

"De toute votre inquiétude déchargez-vous sur Lui car Il a soin de vous." (1 P 57)

"Voilà son Corps en ce moment devant nous, non pas ses vêtements mais son Corps Approchons-nous donc avec foi, chacun avec ses maladies." (St Jean Chrysostome).

Dans les moments de tentation, de découragement et de retour en arrière, nous devons bien nous rappeler que la manne (préfiguration de l'Eucharistie) a été donnée à nos aînés dans leur marche difficile au désert, nourriture absolument indispensable pour pourvoir parvenir au terme de leur chemin. (Exode 16)

Jésus, vrai pain de libération, est venu pour que nous ayons le vrai repos et la vie en abondance

 

3ème temps : Et là, que fait Jésus ?

Il est Corps livré et Sang versé pour moi et pour la multitude. Il continue son mystère pascal de mort et de résurrection. C'est-à-dire d'offrande de tout lui-même à son Père pour le salut du monde. (Lui rendre grâce ! O combien !)

Là nous sommes au cur du Mystère de la folie d'Amour de Dieu pour nous : Il nous aime "passionnément"au point de nous donner Sa Vie. Jésus a un amour fou du Père : "Ma nourriture, c'est de faire la Volonté du Père et de mener son uvre à bonne fin. "(Jn 434). Il a un amour fou de ses frères : "Le Christ est mort pour nous." (Rom 56-8)

Le contempler, Lui, dans sa Passion: "La Croix est le plus savant livre qu'on peut lire. Ceux qui ne le connaissent pas sont des ignorants, quand bien même ils connaîtraient tous les autres. Il n'y a de véritables savants que ceux qui l'aiment, le consultent et l'approfondissent." (Curé d'Ars)

Sa mort pour ma vie !

Avec lui, à Gethsémani, je puis m'offrir moi aussi : "Je vous exhorte à offrir vos personnes en hostie vivante : c'est là le culte spirituel " (Rom 121)

"Abandonnée à Dieu, j'abandonne tout à Lui pour que son règne arrive, que sa volonté soit faite, pour qu'Il sauve les pécheurs pour qu'Il touche les coeurs les plus endurcis, les âmes les plus rebelles à sa grâce, pour qu'Il fasse éclater son amour partout".
(Marthe ­ 14 Novembre 1930).
Ce peut être aussi le moment de demander la grâce de l'acceptation de telle ou telle difficulté de notre vie : "Père, non pas ce que je veux mais ce que Tu veux." (Marc 14)

 

4ème temps : M'offrir, moi aussi, pour de nombreuses intentions

Avec Jésus, le Grand Prêtre qui intercède pour tous, rendre présents tous nos frères, par notre prière à leurs intentions. Conscients d'être sauvés, devenons sauveurs de nos frères. A la manière de Marie à Cana, faisons connaître au Seigneur leurs besoins et mettons-le face à son Amour pour eux.

- Prier avec ceux qui, spontanément, montent en notre coeur.
- Prier pour ceux avec qui nous sommes dans la difficulté.
- Prier pour ceux avec qui nous sommes liés (famille, amis, voisins, collègues).
- Prier pour ceux qui semblent loin du Seigneur.
- Prier pour ceux qui sont les blessés de la vie, les isolés, les désespérés, les écrasés. Prier pour ce monde qui tue.
- Devenons ainsi des intercesseurs, demandons à Dieu d'agir dans des situations douloureuses qui semblent exiger son intervention.

Le mot "intercession" signifie plus que la prière : "c'est "faire un pas" au cur d'une situation difficile, en étendant les bras et sur Dieu et sur nos frères, en vue de les unir. (Exemple : Job, acculé au désespoir, s'écrie à un certain moment : "Où donc est celui qui prendra place entre mon Juge et moi . Qui posera sa main sur son épaule et sur la mienne ?" (Job 9)

Voilà l'acte d'intercession. Non point quelqu'un qui, de loin ou momentanément, essaie de rapprocher les parties opposées, mais quelqu'un qui se place au cur de la situation et qui étend ses bras à droite et à gauche, en vue d'unir. Cette image, nous la trouvons réalisée dans le Christ, notre véritable intercesseur (Heb 725), à la fois Fils de Dieu et Fils de l'Homme.

 

5ème temps et en conclusion : Rendre grâce pour le don de la Foi et pour tous les autres dons que ma foi me fait découvrir

Voir comment mettre cette grâce en action dans ma vie et comment en témoigner. Dans l'extraordinaire silence de l'Eucharistie, Jésus peut me répondre :
"Tu vois ce que j'ai fait de ton pain à la Messe : Je m'y suis rendu présent. Voudrais-tu aussi que, par toi, Je sois présent là ou tu vis, où tu travailles, où tu te détends et où tu te donnes? Sois ma Présence au cur de ce monde.

"L'heure sainte avec l'Eucharistie doit nous conduire à l'heure sainte avec les pauvres." (Mère Teresa).



 

La prière eucharistique

Père Finet

Prenons la Première Prière eucharistique pour souligner deux ou trois points, en conclusion.

La joie de l'amour c'est la joie de l'échange et c'est bien au coeur de l'échange qu'a lieu la messe. Nous avons tout reçu de Dieu, mais dans le coeur de la messe, nous faisons tout remonter jusque sur l'autel sublime, en face de Dieu.

Nous commençons par montrer notre reconnaissance : "Nous Te rendons grâces pour ton immense gloire". Cette louange est tout de même limitée aux dimensions de notre pauvre coeur d'homme. C'est bien minuscule, en face de la plénitude du don de Dieu.

Alors, nous faisons une sorte de mobilisation générale. Et, par la Préface, nous appelons les Anges, les Archanges, de manière à remonter à l'autel de Dieu par le chant du Sanctus : " Les cieux et la terre sont remplis de Ta gloire ". C'est beau, mais ce n'est encore qu'un chant limité de créature. Il manque encore quelque chose dans cet échange entre nous et Dieu.

Alors, nous avons l'audace de nous adresser à Jésus Lui-même, le Souverain Prêtre. Et nous entrons dans la prière eucharistique. Et Ià, un point très important : elle est au pluriel. Car c'est la prière du sacerdoce des laïcs et du sacerdoce des prêtres réunis.

N'oubliez pas de jouer votre rôle en vous unissant à cette prière. Je vous en donne quelques phrases :

" Père infiniment bon, Toi vers qui montent nos louanges, nous Te supplions, par Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur, d'accepter et de bénir ces offrandes saintes ".

Le but du sacrifice est d'être agréé par Dieu.

Et plus loin :
" Souviens-Toi, Seigneur, de tes serviteurs et de tes servantes, et de tous ceux qui sont ici réunis, dont Tu connais la foi et l'attachement".
Nous sommes réunis par le lien de la foi, c'est-à-dire par l'Esprit Saint. Et l'attachement : ce n'est pas parce qu'on est assis sur des bancs qu'on est réuni. C'est beaucoup plus profond : cette réunité des chrétiens, c'est le Corps mystique du Christ.

" Nous T'offrons pour eux et ils T'offrent pour eux-mêmes et tous les leurs ".

Comme cette offrande est élargie. Ne soyons pas étriqués : pensons à tous les autres, tous ceux avec qui nous sommes réunis ici... Et cela va loin, les autres. Que de fois, dans cette prière, je pense à tous les Foyers du monde entier et à tous les leurs. Ne diminuez pas votre rôle spirituel de laïcs pour offrir le sacrifice.

... " ce sacrifice de louange, pour leur propre rédemption et pour le salut qu'ils espèrent".

Il faut que ce soit une immense mobilisation : toute l'Église, avec l'Église glorieuse du Ciel, avec les âmes souffrantes du Purgatoire. C'est toute l'Église qui va s'offrir dans chacune de nos messes.

Regardons d'abord du côté du Ciel :
" Dans la communion de toute l'Église, nous voulons nommer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus-Christ ".

Marie est debout au pied de la Croix lorsque Jésus meurt, et que le centurion blesse son côté. Il en sort de l'eau et du sang. Et c'est Marie qui en fait l'offrande. Elle est la première des laïcs qui a fait l'offrande, qui a exercé son sacerdoce spirituel. Vous, les baptisés, vous les confirmés, vous êtes de l'ordre du laïcat, c'est-à-dire vous êtes de l'ordre de la Sainte Vierge qui a offert ainsi le corps, l'eau et le sang de son Fils, au pied de la Croix.

" Voici l'offrande que nous présentons devant Toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière".

La famille de Dieu, c'est l'Église. Saint Paul, dans la Première Epître aux Ephésiens, chap. lll, nous a dit que nous étions la famille de Dieu au ciel et sur la terre.

... " dans Ta bienveillance, accepte-la ".

Toujours l'acceptation...

Est-ce que vous sentez combien cela élargit le coeur de la messe et qu'on ne reste pas étriqué à ses petites affaires à soi.

La prière ensuite est au singulier. C'est la prière du prêtre dans son sacerdoce ministériel...

" La veille de sa Passion, il prit du pain dans ses mains très saintes et, les yeux levés au ciel, vers Toi, Dieu, son Père tout-puissant, en te rendant grâce, II le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : " Prenez, et mangez-en tous, car ceci est mon Corps". De même, à la fin du repas, Il prit dans ses mains ce calice incomparable ; et, Te rendant grâce à nouveau, Il le bénit, et le donna à ses disciples, en disant : " Prenez, et buvez-en tous, car ceci est le calice de mon Sang, le Sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés".

Avez-vous remarqué une phrase qui m'impressionne tous les jours. Le prêtre pourrait dire : " Prenez et mangez en tous, car ceci est le Corps du Christ, le Sang du Christ ". Non, il va beaucoup plus loin: " Prenez et mangez en tous, car ceci est mon Corps ; prenez et buvez en tous, car ceci est mon Sang". Le sacerdoce des prêtres est tellement uni au sacerdoce du Souverain prêtre, Jésus, que dans l'offrande de Jésus, le prêtre se donne à manger lui-même. Autrement dit, le prêtre est l'homme de tous, pour tous. Dans cette offrande, il donne son sacerdoce ministériel pour tous. Ma vie est dévorée, mangée par tous, sans aucune restriction. C'est ce que nous dit le Pape Jean-Paul II, le Jeudi-Saint, dans la Lettre aux prêtres.

Vous comprenez pourquoi l'Église, dès les premiers temps, inspirée par le Saint-Esprit, a bien vite demandé le célibat des prêtres. Le prêtre n'est pas fait pour un foyer, des enfants, mais pour tous. Prions pour nos prêtres au moment où il y a encore tant et tant de défections. Que de drames nous avons encore maintenant. L'homme en lui est l'homme de Dieu : il est pour tous.

La prière reprend ensuite au pluriel. Je me permets d'insister sur la troisième prière :
" Nous t'en supplions, Dieu tout-puissant : qu'elle soit portée par ton Ange en présence de Ta gloire, sur ton autel céleste ".

Mais qui est l'Ange à la messe ? C'est un peu mystérieux. Le Père de La Taille, à Rome, nous enseignait que l'Ange de la messe, c'est Jésus Lui--même. D'ailleurs, quand nous portons la communion à un malade, il y est fait allusion dans la première oraison.

... " Afin qu'en recevant ici, par notre communion à l'autel, le Corps et le Sang de ton Fils, nous soyons comblés de ta grâce et de tes bénédictions ".

Dieu, dans sa bonté, redescend jusqu'à nous et nous donne la plénitude de sa joie qui est l'Esprit Saint, l'amour échangé du Père et du Fils. Dieu nous rejoint ainsi, nous tous, qui communions à l'Autel. Comme nous comprenons mieux l'Eucharistie. Et vous sentez où nous aboutissons : nous sommes passés par Lui, avec Lui et en Lui, et nous nous remontons ainsi " en présence de Ta gloire, sur ton Autel céleste" : le Corps de Jésus qui intercède sans cesse et auquel nous sommes unis

... "par Lui, avec Lui, et en Lui"

cet Autel qui intercède et présente ses plaies glorieuses à son Père pour chacun d'entre nous.
Et nous comprenons alors que, remontant ainsi par Jésus, avec Jésus et en Jésus, l'Ange, notre envoyé au Père, nous puissions dire avec Lui :

" Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel".

Ce n'est qu'en Jésus que nous pouvons dire à Dieu : " Père, mon Père et notre Père ". Il me semble que là, nous arrivons au point culminant de la messe : en face du Père, unis a l'autel sublime, le Corps de Jésus, qui présente ses glorieuses marques de Rédemption et qui intercède sans cesse comme théothyte à la face du Père. Comme c'est beau de penser cela et de sentir ainsi cette remontée jusqu'au coeur du Père.

Et terminons par cette prière, qui se trouve tout de suite après la Consécration :
" C'est pourquoi, nous aussi, tes serviteurs et ton peuple saint avec nous, faisant mémoire de la Passion bienheureuse de ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur ".

Combien nous aimons nous rappeler la phrase de la mère de Don Bosco, maman Marguerite, à son fils :
" Rappelle-toi mon fils, que commencer à dire la messe c'est commencer à souffrir ".

Dans chaque messe nous symbolisons la Passion de Jésus, Nous communions au Christ glorieux qui est dans le Ciel, mais qui est tout entier sous les espèces du Pain et du Vin. Nous communions au Christ ressuscité mais nous gardons toujours le signe sensible : la séparation du pain et du vin. Ce signe sensible évoque notre union à la Passion du Christ. " La route de la foi, dit Saint Paul, passe toujours par la Croix " parce que nous sommes unis à Jésus. C'est pour cela qu'être engagé dans le sacerdoce, être engagé dans la vie chrétienne, être engagé dans l'offrande en union avec le Christ Jésus, c'est s'engager dans la souffrance. La Sainte Vierge a dit à Bernadette : " Je ne te promets pas d'être heureuse sur la terre ". Notre vocation est une vocation de crucifié. Si nous ne comprenons pas cela, nous sommes scandalisés devant beaucoup de choses.

Plus loin, nous disons : " Que la paix du Seigneur soit avec vous ", mais pas n'importe quelle paix : c'est la paix divine. Si nous communions vraiment à la Résur-rection du Christ, nous devenons forts contre le péché.

Ensuite, nous communions à sa glorieuse Ascension. Nous sommes emportés en Ascension jusque sur I'Autel du Christ, en présence du Père.

Mais, comme après l'Ascension, j'ai envie de vous dire : " Ne restez pas à regarder là-haut. Allez vite rejoindre vos frères ". Parce que, comme le dit Saint Paul, " vous qui avez communié au Corps et au Sang de Jésus, ce n'est plus vous qui vivez, c'est le Christ qui vit en vous". Allez donc vous faire manger par vos frères! que ce soit au milieu des usines, des champs, des villes ou des pays sous-développés. Le chrétien doit être un homme mangé. Et comment ? par votre charité fraternelle, votre dévouement à toute épreuve. " Sans cesse à chacun et à tous, dans un don total à Dieu ". C'est la vocation des Foyers de Charité : nous faire manger par tous, que ce soit en Afrique, en Amérique, en Asie, en Océanie ou en Europe : nous devons nous faire manger par nos frères. Jésus a voulu cela comme au temps des premiers chrétiens... Mais encore faut-il être appétissants !

Et de même que les eaux du Nil qui fécondent l'Egypte prennent un peu chaque année les miasmes de l'Egypte, nous sommes bien exposés, nous aussi, à prendre les miasmes de nos frères à force de vivre au milieu de tous ces (pauvres) frères pécheurs. On finit par être un peu contaminés... Si bien que nous sommes invités à regarder, toujours en communion avec nos frères, jusqu'à l'autel sublime. Nous sommes appelés au moins chaque dimanche à le faire.

Et là, comme nous sommes marqués du poison qui contamine nos frères, nous commençons par demander notre pardon (au pluriel) pour nous et pour nos frères. Nous les remontons avec nous par le "Gloria", le " Sanctus " et le " Per Ipsum ". Et, de messe en messe, nous remontons toute l'humanité jusqu'à Dieu et nous redescendons la Grâce et l'Amour de Dieu jusqu'à l'humanité.


 

 

Témoignage

 

L'adoration eucharistique

Témoignage de Georgette,
membre du Foyer d'Antsirabe à Madagascar

- Comment avez-vous connu le Foyer de Madagascar ?

Pendant les grandes vacances de 92, j'ai suivi un cours de langue étrangère en ville. En revenant vers 16 H 30 ­ 45, je voyais toujours des enfants qui jouaient devant le portail d'une petite maison, au bord de la route nationale. Après une semaine, j'étais devenue très curieuse, et, un jour, j'ai demandé à l'une des petites filles d'entre eux pourquoi ils jouaient toujours ici à la même heure ? Et, en plus, au bord d'une route où il ya beaucoup de risque d'accident de voiture ? Elle m'a répondu qu'ils attendaient l'heure de la prière. Quelle prière ? J'ai insisté. "L'adoration", disait-elle, sans arriver à m'expliquer, mais elle m'a invitée à venir : "Comme cela vous pourrez connaître", disait-elle.

- C'est donc Jésus-Hostie qui vous a attirée ?

Oui, je crois, et par la bouche d'une toute petite fille qui L'adore chaque soir. C'est grâce à cette simple invitation que Jésus m'a fait découvrir ce que signifie l'adoration, et sa présence dans l'Eucharistie. Il m'a attirée, et je L'ai aimé. Quand je n'avais pas le temps d'y aller, cela me manquait beaucoup.

- Comment se passe cette adoration ? Qui vient ?

C'est de 17 h à 18 h. Elle commence par un chant magnifique des enfants, de quelques jeunes, de parents et de la famille du Foyer de Charité. Le père Bernard expose le Saint Sacrement, puis il lit l'Evangile du jour, suivi d'une prière ou d'une petite homélie qui nous conduit au silence total. Un quart d'heure avant de terminer, chacun prononce sa prière d'intercession. Puis, après la bénédiction du Saint Sacrement, nous disons ensemble l'Angelus. Le chant final est un réveil pour les tous petits qui dorment sur les genoux de leurs aînés.

- Y a-t-il des vocations qui sont nées de cette adoration ?

Oui, c'est Jésus qui nous appelle. Ce cur à cur avec Lui dans le silence nous oriente à répondre, à choisir ses appels, là où Il veut que nous vivions en sa présence. C'est ainsi que de nombreuses jeunes filles parmi les premières adoratrices se sont senties appeler à devenir des mères de famille, elles sont mariées chrétiennement, et demeurent ferventes et pratiquantes jusqu'à maintenant. Deux jeunes filles ont répondu à la vie religieuse, une appelée comme membre de Foyer, un jeune garçon à la vie sacerdotale (il est en première année de philosophie). Les autres filles et garçons en attente de leur appel travaillent à la capitale, et poursuivent fidèlement leur vie chrétienne. Ils nous disent que c'est seulement le fait de recevoir Jésus Eucharistie chaque Dimanche qui est leur force pendant la semaine où les conditions de travail sont difficiles.

- Quel est le lien avec les retraitants ?

A chaque retraite, les enfants qui viennent sont informés un ou deux jours avant qu'à 15h ils ont leur propre adoration avec un ou deux membres du Foyer pendant que le Père prêche la Parole de Dieu aux retraitants. Les enfants prient de bon cur pour eux.

- Et sur leurs familles ?

Comme tous les enfants jeunes, leurs parents, leurs frères et surs, en un mot toute leur famille est toujours présente dans leurs curs. Ils les portent dans leur prière pure et simple. C'est ainsi que des parents sont évangélisés par la prière de leurs enfants, par leur geste inattendu, par l'ouverture des jeunes, leur façon toute simple de s'exprimer, l'obéissance, les petits volontaires au travail domestique

- Cela rejoint l'homélie de Jean-Paul II à Tor Vergata sur l'importance de l'Eucharistie

"Telle est la merveilleuse vérité, chers amis le Verbe, qui s'est fait chair il y a deux mille ans, est présent aujourd'hui dans l'Eucharistie L'Eucharistie est le sacrement de la présence du Christ qui se donne à nous parce qu'Il nous aime. Il aime chacun de nous de façon personnelle et unique dans la vie concrète de chaque jour En rentrant dans vos pays, mettez l'Eucharistie au centre de votre vie personnelle et communautaire : aimez-la, adorez-la, célébrez-la, surtout le Dimanche, jour du Seigneur
Puissiez-vous avoir toujours, dans chaque communauté, un prêtre qui célèbre l'Eucharistie !
Que de la participation à l'Eucharistie, en particulier, jaillisse une nouvelle floraison de vocations Que fleurissent parmi vous de nombreuses et saintes vocations au sacerdoce Que l'Eucharistie façonne votre vie, la vie des familles que vous formerez ! Qu'elle oriente tous vos choix de vie !"

- Chers Foyers, chères familles, chers amis : Le Foyer de Madagascar vous invite à prier avec eux pour ces jeunes enfants, ces parents adorateurs, adoratrices qui ont vécu des épreuves, qui passent actuellement par des épreuves, qu'elles soient sociales, économiques, politiquse dans nos pays.
"Vivre la foi c'est difficile, mais avec l'aide de la grâce c'est possible". Jean-Paul II.
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