Numéro 203

Février 2001

 

SOMMAIRE

- 20ème anniversaire du décès de Marthe Robin

"Des signes par milliers"
Père Guy GELIN, Foyer de Rochefort-du-Gard

Témoignages :
Quelle révolution dans ma vie de païen
"Il est vivant"
"Un chemin de réconciliation
"Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font"

Au Foyer du Ghana : Le pardon, à la racine de la vie
A Combs-la-Ville, des journées jubilaires
Poursuivre cette expérience d'Eglise
Au Foyer de Roquefort-les-Pins
Au Foyer de Madagascar
Au lendemain du Jubilé ­ Foyer de Ronciglione,Italie

Dans les tempêtes de nos vies, Jésus est présent
Père FINET

Mère de Miséricorde : espérer contre toute espérance
Foyer de Tressaint

Au Foyer de Bangui, en Centre-Afrique
Au Foyer de Charité de Tressaint
Au Foyer de Charité d'Haïti
Réunion des Foyers des Grands Lacs, au Rwanda
Réunion des Foyers d'Asie à Vellore, en Inde


 

6 Février 1981 ­ 6 Février 2001

20ème anniversaire du retour à Dieu de Marthe Robin


Dans le recueillement et l'allégresse, très nombreux furent les amis de Marthe venus prier avec sa famille et les membres des Foyers.
Dès l'ouverture de la célébration, Monseigneur Marchand, évêque de Valence, qui présidait la cérémonie, entouré de trente et un prêtres, nous donna le sens de cette démarche.

Nous nous retrouvons pour rendre grâce pour le don de Marthe à l'Eglise, pour sa vie donnée et jamais reprise, pour rendre grâce pour les Foyers, signes de la fécondité spirituelle et ecclésiale de Marthe.
Nous sommes aussi réunis à cause de la vérité et de l'authenticité de la vie de Marthe.

Dans l'Evangile de ce jour (Mc 7,1-13), Jésus nous invite à être vrais. Il reprend les mots d'Isaïe pour fustiger tout ce qui n'est pas authentique : "ce peuple m'honore des lèvres mais son cur est loin de moi". Il traite ses contradicteurs d'hypocrites. Il les accuse d'annuler la Parole de Dieu par les traditions qu'ils transmettent. Leur tradition s'est sclérosée et a pris la place de la vivante et toujours nouvelle Parole de Dieu.
J'aime voir dans la simplicité de la vie de Marthe et dans sa foi vivante un exemple d'authenticité. La vérité de sa vie est le fruit de sa rencontre passionnée avec son Seigneur. Marthe est une vivante qui sait voir l'essentiel et qui en vit. Sa vie unifiée dans le Christ dégage une vérité qui émerveille. Marthe manifeste la nouveauté de la rencontre vraie du Seigneur à travers ce qu'elle est et ce qu'elle fait.

Monseigneur Marchand nous invite, alors, à contempler quelques aspects de la vie de Marthe, révélateurs de son authenticité.

Plutôt que de se replier sur son handicap, elle le transfigure en se donnant au Seigneur. Elle en fait une offrande qu'elle joint à la Passion du Christ. Je me souviens des paroles de grands handicapés :"Nous avons besoin de Marthe, car elle nous aide à assumer notre handicap". Parlant d'une personne handicapée sur laquelle on faisait quelques réserves, elle s'écrie : "Il est lui, l'élu, le choisi, le rédempteur".

Plutôt que de rester immobile, alors qu'elle ne pouvait pas bouger de son lit, elle fonde à travers le monde, des communautés nouvelles, des Foyers de Charité. Les Foyers se répandent dans les continents. Leur rayonnement est un signe de la fécondité spirituelle de Marthe. C'est la limpidité d'une vie en pleine conformité avec ce qu'elle croit, qui porte de tels fruits.

Plutôt que de rester dans une routine de pratique pieuse, elle se met dans les mains de son Seigneur. Elle se donne et s'abandonne à Lui :

"En ce jour, je me remets à vous sans réserve et sans retour. Ô le Bien-aimé de mon âme : c'est vous seul que je veux et pour votre amour, je renonce à tout".

Plutôt que de rester inactive, elle prend sa place de laïc auprès de son curé le Père Faure, en fondant une école à Châteauneuf. C'était une entreprise périlleuse et difficile dans le contexte de l'époque et nous savons que ce fut le début des écoles de Châteauneuf et des Foyers.

Plutôt que de se recroqueviller, elle vit un amour débordant :

"Ma mission est de Le (Jésus) faire aimer, en débordant d'amour".

Plutôt que de se prendre pour quelqu'un, elle sait sa petitesse et elle sait que cette petitesse lui vaut toute la miséricorde de Dieu. Dans une prière, elle dit au Seigneur :

"Je vous prie d'accepter toute mon offrande et je suis heureuse et confiante. Hélas ! c'est bien peu, je le sais, mais je n'ai rien de plus, j'aime mon extrême bassesse parce qu'elle me vaut toute votre miséricorde et toutes vos paternelles sollicitudes".

Plutôt que de se plaindre, elle fait quelque chose de grand de ses souffrances. Elle les offre pour les autres. elle "remercie le Bon Dieu de tout ce qu'Il lui donne" et après avoir écrit "tout m'angoisse et tout m'accable", elle ajoute :
"Fiat, En voilà trop sur ce pauvre moi. Mieux vaut, il me semble m'arrêter davantage sur tout ce que Dieu fait en mon âme et pour mon âme à chaque instant".
La clarté de la vérité sur le Seigneur qu'elle aime transparaît ici.

Plutôt que de se révolter sur sa souffrance, elle en fait un acte d'amour:

"J'expérimente combien il est doux d'aimer, même dans la souffrance, et je dirais même surtout dans la souffrance : car la souffrance est l'école incomparable du véritable amour. Elle est le vivant langage de l'amour et la grande éducatrice du genre humain La souffrance vraie s'édifie non dans les délices humaines de la vie présente, mais dans le dépouillement et le renoncement de soi sur la Croix Monter, c'est tout dépasser et se dépasser sans cesse. c'est tout donner, tout sacrifier pour Dieu par amour".
Marthe ne fait pas que le dire, elle le vit jour après jour.

Plutôt que de se complaire dans son état, elle le transforme en joie pascale :

"Alleluia je peux enfin l'aimer de tout mon cur. L'aimer sans mesure. Lui, mon Seigneur et mon Dieu, réellement présent et vivant en moi. Je n'ai plus peur maintenant de toutes ses grâces d'Amour, de toutes ses multiples tendresses. Je nage dans l'Action de grâce et dans l'Amour des vrais enfants de Dieu".

A cette époque, elle fait sa Profession dans le Tiers-Ordre de Saint François.

Marthe aime l'Eglise et c'est en elle qu'elle trouve le critère de sa vie. Marthe se comporte, en effet, comme une véritable fille de l'Eglise. Son amour de l'Eglise est grand. Son désir de tout faire avec l'Eglise se manifeste à plusieurs reprises. De nombreux évêques en ont témoigné. sa prière pour le Pape et les Evêques en est un signe. A une période difficile pour l'avenir des Foyers et leur statut, elle s'en remet à l'Eglise avec lucidité. Marthe, authentique fille de l'Eglise, nous rappelle ainsi ce que doit être notre amour de l'Eglise. Marthe annonce le renouveau de l'Eglise qui se réalisera par le Concile. elle parle d'une nouvelle Pentecôte de l'Eglise. C'est ce que nous vivons aujourd'hui.

Marthe a un jugement spirituel sûr. On ne trouve pas de déviations sentimentales en elle. C'est ainsi que son intimité filiale avec Marie qu'elle appelle Maman chérie lui fait rejoindre la théologie mariale de Vatican II. Sa prière l'exprime bien :
"O Mère bien aimée, vous qui connaissez si bien les voies de la sainteté et de l'Amour, apprenez-nous à élever souvent notre esprit et notre cur vers la Trinité, à fixer sur Elle notre respectueuse et affectueuse attention".

Vivre en disciples du Christ, c'est faire coïncider sa foi, sa charité et son espérance avec la vie de tous les jours. C'est donc savoir mettre en harmonie le dire et le faire. C'est trouver ou retrouver l'essentiel et le vivre en vérité. puissions-nous aujourd'hui, à la suite de notre sur Marthe, devenir d'authentiques témoins de l'Amour de Dieu dans la transparence de nos vies. Puissent les Foyers être d'authentiques lieux de vie chrétienne et missionnaires, rayonnants la vérité de l'Amour.

Extraits de l'Homélie de Mgr Marchand



Dans les tempêtes de nos vies,

Jésus est présent.

 

 

Père FINET

 

"Et aussitôt, Il obligea les disciples à remonter dans la barque et à Le devancer de l'autre côté, pendant qu'Il renverrait les foules. Et quand Il les eut renvoyées, Il gravit la montage, à l'écart, pour prier. Le soir venu, Il était là, seul. La barque, elle, se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, car le vent était contraire". Matth.14, 22-33

Comprenez ce que les apôtres, de vieux pêcheurs du lac, ont pu penser :"Mais voyons, tu es fou de nous envoyer sur ce lac en tempête". Le vent, en effet, descendant du Grand Hermon par la Vallée du Jourdain arrive comme dans un tuyau de trompette sur les eaux du lac qu'il bouscule et pousse contre les rochers du côté de l'est et qui reviennent ensuite avec furie sur les rives occidentales couvrant les petites terrasses de Magdala, de Tibériade et de toutes les villes de la Côte. Il est donc tout à fait dangereux de naviguer par mauvais temps. Et voilà que Jésus les oblige à remonter dans la barque... Il ne sait pas ce que c'est, lui, le fils du charpentier... Et cependant, tout en maugréant, ils obéissent... Dans son Evangile, Saint Marc nous donne sur cet épisode des détails complémentaires... Après avoir ramé plusieurs heures, ils n'ont avancé que de 5 kilomètres sur les 10 ou 12 qu'ils ont à franchir. Ils font du "sur place". Impossible de mettre la voile, car le vent est trop violent. Ils sont obligés de faire de la rame au milieu de la tempête.

Et pendant qu'ils s'épuisent ainsi, ils ont l'impression que Jésus les a bien laissés tomber...

Tous, nous pouvons avoir dans nos vies des moments semblables où Jésus nous demande d'avancer au milieu de la tempête, la tempête de la vie. C'est la même leçon que nous recevons tous si nous avons confiance en Jésus.

Du haut de la montagne où Il est en prière, Jésus voit les apôtres s'éreinter à ramer. Jésus prie pour eux. Et cependant Jésus n'intervient pas. A quel moment intervient-il? D'après le texte, entre 3 heures et 6 heures du matin. Il les a donc laissés au moins pendant 5 heures batailler au milieu des vagues, sans pouvoir ni reculer, ni avancer. A quel moment, Jésus intervient-Il ? A l'heure qu'Il juge la plus convenable pour leur âme. Il y a des moments où nous sommes dans la tempête, dans l'aridité, dans le cafard... Jésus nous laisse-t-Il tomber ? Au milieu de nos difficultés, Jésus nous voit et Jésus ne nous abandonne pas.

A quel moment viendra-t-Il ? A l'heure qu'Il jugera la meilleure, et sachez que l'Esprit-Saint intervient dans nos vies au moment où on s'y attend le moins, mais à l'heure la plus propice d'après la vision de Dieu sur nous. Et dans cette vision, "l'heure de Dieu n'est jamais l'heure de nos impatiences, mais celle de la grâce" (St François de Sales). Le chrétien est celui qui ne voit jamais où il met son deuxième pas, il faut le savoir... et le vivre.

C'est Moi, n'ayez pas peur !

"Alors, à la 4ème veille de la nuit, Jésus alla vers eux en marchant sur la mer. Quand ils virent qu'Il marchait sur la mer, les disciples furent tout troublés : c'est un fantôme, disaient-ils. Et pris de peur, ils se mirent à crier. Mais tout de suite, Jésus leur adressa ces mots" (écoutez-les bien parce qu'Il dit ces mot à chacun d'entre nous!) :"Rassurez-vous ! C'est Moi ! N'ayez pas peur!". Notez bien ces trois mots-là ! Quand on pense que Jésus nous a promis d'être toujours à côté de son apôtre, de son baptisé...

Sur quoi, Pierre Lui répondit :"Seigneur, si c'est bien Toi, donne-moi l'ordre de venir à Toi sur les eaux!". Pierre a été exaucé instantanément :"Viens !" dit Jésus. Et Pierre descendant de la barque se met à marcher sur les eaux en venant vers Jésus. (Les eaux en tempête!...). Mais voyant la violence du vent, il prit peur et commença à couler. Alors il s'écria: "Seigneur ! Sauve-moi !" Aussitôt Jésus tendit la main... et le saisit en lui disant: "Homme de peu de foi! Pourquoi as-tu douté ?" Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors, ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent à ses pieds en disant :"Vraiment! Tu es le Fils de Dieu!" Ils ont dû avoir une de ces "frousses" dans la barque!... Vous voyez à peu près, pendant que Pierre coulait, et que la barque tanguait et qu'il n'y avait plus personne... Vous remarquez que Jésus vient vers eux en marchant sur les eaux, les eaux en fureur. Jésus vient, et ils ne Le reconnaissent pas. Et au lieu d'être éclairés, ils sont déconcertés... Le Seigneur vient avec nous, et nous ne Le reconnaissons pas bien souvent. Et nous avons peur et nous crions: c'est un fantôme! Nous le disons presque à la lettre cela... La venue de Jésus dans notre vie, c'est souvent quelque chose de très déconcertant ! Exemple : un accident de santé ! On finit par dire :"Mais, Seigneur, vous n'y pensez pas!" Quand on s'est épuisé à crier, on se met peu à peu à écouter; le Seigneur a brusquement arrêté mon activité, devenue peut-être de l'activisme, que sais-je ? Rappelez-vous Ignace de Loyola et sa jambe brisée au siège de Pampelune. Dieu vient toujours à nous dans nos vies par la voie de l'obéissance.

Quelle est la réponse de Jésus quand Ilarrive vers ses apôtres qui crient et qui ont peur ? Sa réponse est merveilleuse :"Rassurez-vous, c'est Moi, n'ayez pas peur!" Jésus le dit 14 fois à ses apôtres dans l'Evangile. Voyez-vous, Jésus ne fait jamais peur; la peur vient de Satan. La peur est entrée dans le monde avec le péché. Quand Adam et Eve eurent péché, ils eurent peur, et se cachèrent. Et quand Dieu les rejoint à la brise, Il leur dit, avec son ton paternel:"Tu as donc mangé, mon petit!" Il faut lire le récit pour saisir le ton paternel de Dieu...
Admirons la délicatesse du Coeur de Jésus:"N'ayez pas peur, c'est Moi qui suis présent dans cet... accident, c'est Moi qui suis là dans cette humiliation, dans cette difficulté. Je suis avec vous. N'ayez pas peur, c'est Moi"! Mais alors, Pierre réagit tout de suite :"Seigneur, si c'est bien toi !" Regardez la phrase:"Donne-moi l'ordre de venir à Toi sur les eaux !" Et Jésus lui répond instantanément :"Viens!"

Remarquons une chose : Pierre fait à Jésus une demande inouïe, une demande impossible : l'eau est en tempête, et il demande à Jésus de marcher sur une mer démontée. Voyez-vous, à chacun d'entre nous, Jésus nous dit :"Viens!" Car si Dieu, je vous l'ai dit, est le Dieu qui vient, nous, nous devons être l'enfant qui vient. Nous devons aller au Père si le Père vient vers nous. Vous ne devez pas rester dans vos prières en face du Dieu qui est, mais également en face du Dieu qui vient, et qui vient dans toutes les circonstances de votre vie, de toutes sortes de manières.

Vous voyez ce qu'il fait pour venir, même au milieu des circonstances les plus difficiles, même en pleine tempête, au milieu de notre vie, Dieu vient ! A ce Dieu-qui-vient, il faut comme Pierre demander d'aller à Lui. Et Jésus répond :"Viens!" Parce que Jésus a pour chacun d'entre nous un amour de préférence : c'est l'amour du Père qui passe par le Coeur de Jésus. Cet appel est le fondement de notre confiance.

Quand le Seigneur nous a donné une vocation, nous ne devons rien craindre dans notre vocation... qui nous vient de Dieu ! Quand je dis vocation, je ne prends pas cela au point de vue religieux seulement : vocation au mariage, vocation au célibat. Nous sommes tous, dans une vocation, les appelés du Père par Jésus et l'Esprit-Saint. Il nous dit :"Viens!" Autrement dit, nous ne devons rien craindre, nous devons être capables de marcher sur les eaux ! Pourquoi cela ? Parce que Dieu est le maître de l'impossible ! Ne l'oublions jamais.

C'est par l'obstacle que je dois aller vers Dieu.

"Seigneur ! commandez-moi de venir à Vous sur l'eau!" Pourquoi ne faisons-nous pas de temps en temps cette prière au Seigneur ? Nous regardons beaucoup trop l'obstacle, la difficulté et nous la grossissons. Nous la regardons trop et nous l'exaspérons. Qu'est-ce que dit Pierre ? "Je ne vous demande pas d'ordonner aux flots de se taire, mais ordonnez-moi de venir à Vous sur les flots agités!" Il me semble que moi, je n'aurais pas dit comme cela : "Seigneur, commence par apaiser la tempête, et puis, quand tout sera bien calme, fais-moi venir vers Toi sur les eaux!"

Pierre a demandé de venir à Lui sur les eaux agitées, telle est la réponse à un problème de vie spirituelle : au fond, l'obstacle doit devenir pour moi le moyen. C'est par l'obstacle que je dois aller vers Dieu. Et l'obstacle peut venir de nos tendances, de nos tentations, peut venir de notre caractère, de nos passions, peut venir des circonstances , de notre travail, il peut venir de tout ! Autrement dit : c'est par la difficulté et par l'épreuve que je vais à Dieu. Il ne faut pas aller à Dieu en disant :"Seigneur, enlève vite cet obstacle, et puis après j'irai vers Toi!" Non, c'est une erreur terrible au point de vue spirituel. La leçon est extrêmement importante pour notre vie spirituelle.

Que fait Pierre ? Il pose le pied sur cette eau. Donc, l'obstacle devient pour Pierre le moyen pour aller au Seigneur. Nos défauts, nos péchés, nos collaborateurs impossibles... Tout ceci, ce sont des moyens pour aller à Dieu dans nos vies. Pendant combien de temps, combien de mètres, Pierre a-t-Il marché sur les eaux? L'Evangile ne le dit pas. Eh bien ! qu'est-ce que vous allez me concéder ? 500 ? Non, cela vous paraît trop. Est-ce que vous accordez 50 ? Mettons 50 mètres...Eh bien, représentons-nous Pierre allant vers Jésus sur les eaux en tempêtes, 50 mètres.

Vous qui êtes des parents, et qui avez des enfants qui savent dessiner, demandez à votre petit garçon et votre petite fille de 11 et 12 ans de vous faire ce dessin : Pierre marchant sur les eaux, allant vers Jésus. Et regardez bien les yeux de Pierre, d 'après votre enfant. Où Pierre regarde-t-il en s'avançant vers Jésus ? Aucun enfant ne s'y trompera : il regarde Jésus.

Or, savez-vous ce qui est arrivé ? Je ne sais pas pour quelle raison Pierre a pris peur, il a regardé les vagues, il a regardé le vent; savez-vous ce qu'il a fait : il a regardé ses pieds et il a coulé ! Alors conclusion : en vie spirituelle, on ne doit jamais regarder ses pieds! Voilà! C'est de la haute mystique ! Autrement dit, on ne doit pas se replier sur soi, mais on doit toujours avancer le regard sur Dieu, sur la Sainte Vierge, sur Jésus, le regard sur Dieu qui vient tout le temps à nous : notre Père, notre Père !

Mais dès qu'on se replie sur soi, on coule. Se replier sur soi, c'est de l'enfer commencé, car l'enfer ce sera le repliement éternel sur soi, sans autre regard que soi, soi, et toujours soi. C'est infernal ! Et le fruit du repliement sur soi, c'est le dégoût, le cafard, la tristesse. Que de gens sont des cafardeux aujourd'hui, et dégoûtés et tristes, parce qu'ils se replient sur eux et qu'ils s'analysent tout le temps. Alors le contraire, c'est de marcher en regardant vers Jésus, autrement dit : c'est la confiance. C'est la caractéristique de l'enfant vis-à-vis de son Père : c'est la confiance ! "Nous avons l'audace de nous approcher de Dieu avec confiance" (Eph. 3).

C'est le grand message de Jésus, message qu'Il nous a apporté, que nous avions perdu depuis Adam, depuis le péché originel, à savoir que Dieu est Père, et notre Père, un Père qui n'a qu'un désir, c'est de rejoindre son enfant. Alors, vous comprenez votre attitude de chrétien : confiance, confiance, confiance !



 

 

 

Des signes par milliers


Père Guy GELIN
Foyer de Rochefort-du-Gard

"La miséricorde du Seigneur, à jamais je la chanterai". C'était là le titre de la retraite charismatique de novembre 2000 prêchée à Rochefort-du-Gard.

Cette proclamation nous est familière. Tant et tant de fois, n'avons-nous pas goûtés à cette tendresse infiniment répétée du Seigneur pour chacun d'entre nous. Alors même que bien des fois notre péché semblait nous éloigner de Dieu comme de nos frères et surs.
Lui, invariablement, se tenait là !

C'est ainsi que durant cette année jubilaire écoulée maintenant, nous avons vu "des signes par milliers". Ces rendez-vous de la Sainte Année, à Rome ou ailleurs, ces "mises en route" de tous nos points de vie, de toutes nos histoires, "de nos montagnes et de nos vallées" ont donné, malgré toutes les incertitudes de ce temps, un élan nouveau pour espérer et créer un monde nouveau.

Nous savons bien que ces rencontres multiples faites sous le regard du Seigneur, si elles nous réjouissent, nous renvoient aussi à nous-même. Ce que nous découvrons alors nous oblige à recourir avec encore plus d'ardeur à la miséricorde du Père.
Et c'est bien là mon propos.

 

"Venez et voyez"

Dans le ministère qui est le mien, je suis chaque jour confronté à la violence du mal, à la destructuration par la souffrance et le péché, aux peurs et aux abandons, aux laxismes, tout ce qui met à terre de nombreuses créatures du Seigneur qui ne savent plus "où reposer le "cur".

Ce sont ceux qui se tiennent sur les extérieurs, à la marge, ailleurs. Ils ont regardé d'abord avec indifférence, puis étonnement mêlé parfois de colère, ces déplacements joyeux, simples, de jeunes et de moins jeunes de tous les milieux, qui ne prétendaient à rien d'autre que de vouloir, ensemble, trouver ou retrouver Celui qui les appelait.

Nombreux étaient les "anonymes". Pas de nom qui avait traversé l'univers D'ailleurs ne s'appelaient-ils pas par leur prénom, comme au temps des disciples "Venez et voyez". puis "allez". Ils l'ont fait !

Oui après l'indifférence, l'étonnement, la moquerie aussi, est venu le temps de l'interrogation, du retour sur soi-même, du goût de quelque chose pressentie mais encore inconnue et alors ils ont cherché à leur tour.

J'ai dit bien des fois "merci, Seigneur", après des entretiens avec l'un, avec l'autre. Merci au Seigneur d'avoir préservé un espace, si peu important qu'il paraisse pour pouvoir dire la compassion. Espace ignoré, que l'interlocuteur, prêtre ou autre, pouvait libérer par l'accueil, la prière, l'absolution.

 

"Trouver en moi le repos"

Comme il a fait bon de sentir l'amour du Seigneur refaire, reconstruire, redonner vie, GUÉRIR ! Comme on sent bien, devant notre pauvreté, que c'est Lui qui conduit, qui ramène.

Ces hommes et femmes blessés découvrent une Eglise différente de celle qu'ils avaient laissée, ou qui les avaient laissés ! Une Eglise, Mère. Un Dieu non pas juge mais Père de tendresse, un Jésus-Accueil "Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau, et trouvez en moi le repos" Matth 11, 28-30, un souffle d'Amour qui inondait le cur avide d'être reconnu.

Des jeunes meurtris, blessés ou déjà "morts" voyaient des jeunes leur dire "Confiance, avance, n'aies pas peur".
Des couples en difficulté découvraient des foyers illuminés par la tendresse qui ne craignaient pas de dire qu'il "faut beaucoup ramer" pour avancer dans la fidélité.
Des personnes âgées qui devinaient que leur âge, plein de handicaps, n'était plus un handicap en découvrant les yeux clairs de Jean-Paul II, les yeux brillants d'Amour dans un corps torturé par la souffrance quotidienne.

Tous ont été, les uns pour les autres, missionnaires de l'Espoir les uns pour les autres.

- des couples qui acceptent de faire encore un bout de chemin ensemble, pris en charge, bientôt, par des couples eux-mêmes sortis de leurs difficultés avec une foi revivifiée.

- des jeunes qui acceptent d'écouter d'autres jeunes leur dire leur refus de la drogue, de la sexualité débridée, de la valeur de la fidélité, après avoir été eux aussi "repêchés" par la Miséricorde et le Pardon.

- des prêtres et des consacrés qui redécouvrent le projet de Dieu, sur eux, dans leur vie. Qui ne remettent plus en cause, à chaque matin, l'Eglise ­ qu'ils sont !- parce que celle-ci leur semble désaccordée à ce qu'ils veulent. Ils, elles, retrouvent alors le goût du "me voici" gratuit et gratifiant !

 

"Où en sommes-nous ?"

Nous pouvons tous d'ailleurs, dans nos Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour, nous demander ­ humblement ­ ce que représente aujourd'hui et en vérité ces trois éléments constitutifs d'un Foyer de Charité !

Ce que j'ai aimé très fort dans les entretiens précités, c'est le changement de ton. Au début, "tous coupables sauf moi", puis, puis à la fin "Pardon, Seigneur, de mon manque d'amour envers toi, envers les autres".

Où en sommes-nous par rapport à cela ? Nous qui avons "jubilé", comme des fils et des filles de Dieu qui avions "les moyens" de le faire, - de "jubiler" veux-je dire !

Je pense, moi, au bout de cette année pleine de grâces, que ce sont ces "sortis de la route" revenus sur le Chemin, dans la vie, en vérité qui vont maintenant nous rappeler que nous, les nantis de l'Amour, nous allons devoir nous situer en Miséricorde. Dieu nous prête sa Compassion pour ceux qu'Il met sur notre route.

Ne nous préoccupons pas de nous-même, Dieu s'occupe de nous. Sortons, avançons sur les parvis, nous avons tant de choses à annoncer particulièrement qu'Il est Pardon pour tous.

Pour ce faire, commençons "chez nous" dans nos communautés à vivre le Pardon donné-reçu.
Nous sommes ainsi responsables, porteurs de ce que Dieu veut dire à chacun "Je t'aime !"

Rendons grâces au Seigneur, car Il est l'Amour !

Témoignage

 

Quelle révolution dans ma vie de païen

Je suis venu dans un Foyer de Charité, il y a deux ans et demi pour cinq jours, ou plutôt, le Seigneur et Marie m'y ont conduit, non sans difficulté !

Trente mois après avoir reçu la grâce de la conversion au cours de cette retraite, la réconciliation est pour moi un pèlerinage qui continue.

Avant que le Seigneur ne me touche, mon âme était gravement malade, couverte de lèpre puisque ce que je touchais, j'approchais, je parvenais à le salir. Je n'étais capable que de détruire et de me détruire. Aujourd'hui, encore, j'en porte les marques mais Alleluia, il y a un Créateur, un Père, Alleluia, Il est vivant, Alleluia, Il m'aime et me pardonne.

Quelle révolution dans ma vie de païen, cette rencontre avec Celui que je ne savais même pas exister. Quelle grâce c'est pour un enfant d'être catéchisé par ses parents, si ceux-ci sont amoureux de leur Seigneur ! Comme me l'écrivait plus tard le père qui a reçu ma confession catastrophe, j'allais découvrir un monde nouveau : le monde de ceux à qui il a été beaucoup donné. J'apprends à le découvrir et à l'aimer. Rencontrer Jésus a changé mon regard sur celui, celle que je rencontre, sur mes proches que j'essaie d'aimer comme Jésus les aime, nous aime, mais je suis encore un bambin de 2 ans et demi.

La réconciliation avec Dieu, avec notre prochain, avec nous-même, c'est toujours la même chose : accueillir en nous la paix, le don de Dieu, son Esprit de paix, d'amour, et cela dépend de notre désir d'être porteur de cette paix, avant d'en être le diffuseur.

Au fur et à mesure que j'ouvre mon coeur, Jésus et Marie y déposent la paix et la joie qui me font tellement défaut. Quel dommage d'être aussi lent à s'ouvrir, mais quelle joie d'être chrétien, et de bénir au lieu de maudire.

Aujourd'hui, je peux dire à mes frères et surs en Jésus, la Paix et la Joie et la charité du Coeur de Dieu.

François

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