Numéro 204

Avril 2001

"Un nouveau siècle,
un nouveau millénaire s'ouvrent
dans la lumière du Christ.
Mais tous ne voient pas cette lumière.
Nous avons la mission admirable
et exigeante d'en être le reflet".

Jean-Paul II
Lettre Apostolique
"Novo Millennio ineunte" (54)

 

SOMMAIRE

Toi qui es d'ailleurs !
Père Etienne Ducornet

Les cultures au rythme de la mondialisation : un défi pour le chrétien
Père Emmanuel LAFONT,
Directeur des Oeuvres Pontificales Missionnaires

 

Toi l'étranger, moi l'étranger, nous étrangers
Benoît MIRIBEL

Témoignages :
Initier des jeunes au sport dans une banlieue multiculturelle

Des enfants venus d'ailleurs

Qui est mon prochain ?
Père FINET

L'évangélisation en contexte multi-culturel, au Brésil

"La mission à nos portes" au diocèse de Trevise, Italie

La Fête missionnaire

De toutes nations :
L'accueil des Foyers de Colombie

Adieu au Père Claessens

Nouvelles Familiales



 

Toi qui es d'ailleurs !

Père Etienne DUCORNET

 

 

Durant le temps du carême, nous avons été sensibles à l'appel de Jésus qui nous invite à Le servir dans toute personne en situation de précarité : « j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 35-36). Chacun selon le don reçu, en fonction des circonstances ou au hasard des rencontres, aura eu l'occasion de répondre, seul ou en communauté, à un appel qui n'est pas à entendre seulement pendant le carême mais qui qualifie à chaque instant l'exercice de l'amour chrétien. La manière de réagir à l'invitation de Jésus représente un critère du Jugement, un moyen infaillible d'appréciation de l'attachement que nous Lui portons.

 

Tout croyant est un étranger qui s'ignore.

Chaque situation ici évoquée par Jésus devrait susciter de notre part un élan de miséricorde s'épanouissant en actions concrètes. Il ne s'agit pas en l'occurrence d'un quelconque mouvement de la sensibilité, ou d'une bienveillance qui condescend, mais d'une reconnaissance fraternelle, d'une identification au malheur du frère qui devient Jésus souffrant devant moi et pour moi, tout en me révélant mes faims, mes soifs, mes nudités et mes emprisonnements. A cet égard, l'appel à accueillir l'étranger représente une proposition toute particulière : l'étranger est mon frère en ceci que sa présence à mes côtés « incarne » la dimension essentielle de ma foi. Etre chrétien, c'est ne point avoir de demeure sur la terre : « Nous le savons, notre demeure terrestre n'est qu'une tente qui se détruit, mais nous avons un édifice, oeuvre de Dieu, une demeure éternelle dans les cieux, qui n'est pas faite de main d'homme » (2 Cor 5,1). Etre chrétien, c'est vivre en pèlerin, toujours en route vers la véritable Cité. C'est pourquoi l'attitude à l'égard de l'immigré touche au plus profond de la spiritualité. Se dérober reviendrait à nier une qualité essentielle de la condition croyante.

Le thème de l'étranger est profondément biblique, non point thème surajouté à l'essentiel de la Révélation, mais notion décrivant proprement la démarche des Saints de Dieu depuis Abraham, le migrant de Yahvé, jusqu'au Christ Lui-même qui n'avait pas de lieu où reposer la tête. Lorsque saint Paul nous aide à approfondir l'attitude du croyant devant la vie, il évoque la foi d'Abraham qui « partit sans savoir où il allait » (Hb 11,8). En rompant avec la violence du monde évoquée par l'épisode de la tour de Babel, Abraham accepte d'être un délogé de l'ici-bas, un séparé. Il se laisse captiver par la voix de Dieu et quitte son pays, sa parenté, la maison de son père pour devenir un pèlerin-étranger. En partant sans savoir où il allait, ce voyageur de Dieu devient le modèle du croyant. Il entre dans une précarité vécue comme une grâce de disponibilité à la nouveauté de l'amour divin. Abraham accepte de ne plus se donner à lui-même les chemins de la vie mais à les recevoir d'un Autre. Il se met en route pour une communion à la vie de Dieu ; son errance géographique annonce l'aventure intérieure promise à toute l'humanité. Il prend ainsi la responsabilité d'un monde à venir différent.

Dire que la qualité d'étranger-voyageur est à l'origine de la condition croyante, c'est inévitablement se référer à l'évènement fondateur de la foi du peuple élu. La sortie d'Egypte d'une tribu étrangère sera à l'origine de l'identité juive. A partir d'une poignée d'étrangers-esclaves en situation d'extrême précarité se constitue un peuple d'étrangers-voyageurs qui devra toujours se souvenir d'où il est issu. Après leur libération sous la conduite de Moïse, Dieu demandera aux Hébreux de ne pas maltraiter les étrangers : « Tu n'exploiteras ni n'opprimeras l'étranger, car vous avez été des étrangers au pays d'Egypte » (Ex 22, 20). Il ne s'agit pas ici d'une incitation à la compassion en raison seulement du passé, un peu comme quelqu'un qui, ayant été autrefois sujet à la maladie, devrait être spontanément plus attentif aux personnes frappées du même mal. Mais encore, la recommandation sera d'autant plus valable que le Peuple entêté et « à la nuque raide » décidera périodiquement tout au long de son histoire de retourner à l'esclavage des idoles. L'histoire des Hébreux est très ancienne mais la Parole qui la rapporte nous touche aujourd'hui. Les croyants devront toujours se souvenir qu'à chaque fois qu'ils commettent le mal, ils redeviennent esclaves, ils remettent un pied en Egypte. De nouveau en dépendance de Pharaon, ils ont de nouveau besoin du secours de leur libérateur, de même que Moïse intervint maintes fois en faveur du Peuple. Chaque conversion, chaque demande de pardon devient ainsi le recommencement d'un exode intérieur. Et le Christ, qui est bon, accepte de nous faire quitter encore et encore nos égyptiennes ténèbres pour nous conduire pas à pas vers la terre promise de l'amour trinitaire. En tant que toujours soumis quelque peu au péché, nous nous affirmons du même coup comme étrangers à notre véritable patrie. Par-là, nous sommes poussés à désirer la libération définitive. L'expérience du péché, que hélas nous acceptons encore de commettre, nous pousse à crier vers le Ciel, nous renvoie à notre condition pèlerine. Nous découvrant en situation d'exode permanent, nous sommes inévitablement rendus plus attentifs à tous les ex-patriés de la terre. C'est parce qu'il se voit en continuelle marche vers la Sainteté de Dieu que le croyant se sait le frère de l'immigré. Lorsqu'il rencontre un étranger, il se souvient qu'il vit lui-même dans le transitoire. Ce coin de terre où il séjourne ne lui appartient pas, il lui est prêté par Dieu pour y être un hôte de passage, le temps d'adoucir son cur, en attendant d'être accueilli dans son véritable pays : le royaume des Cieux (cf. Lv 25, 23).

 

Le Divin Etranger.

Dieu avait dit à Moïse : « J'ai vu mon peuple humilié en Egypte et j'ai entendu ses cris lorsque ses surveillants le maltraitent. Oui, je connais ses souffrances ! Je suis donc descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et pour le faire monter vers une terre spacieuse et fertile, un pays où coulent le lait et le miel, Va donc ! Je t'envoie vers le Pharaon pour faire sortir d'Egypte mon peuple » (Ex. 3, 7-10). Dieu voit la souffrance des hommes, et Il descend pour les faire monter vers Lui. Jésus incarnera ce mouvement de descente vers l'humanité, cette conduite hors d'un univers marqué par le mal. « De condition divine, Il n'a pas revendiqué d'être l'égal de Dieu. Mais Il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes » (Ph 2, 6-7). En assumant cette humble condition, Jésus se fait le pèlerin divin au cur de l'humanité. Il se dépouille de sa condition céleste afin de nous rejoindre dans notre exil. Le drame est que Jésus n'a pas été accueilli par la majorité de ses contemporains. « Quand il est venu chez lui, les siens ne l'ont pas accueilli » (Jn. 1, 11). Jésus a été rejeté par ceux qui prétendaient avoir Abraham pour père. Ils n'ont point perçu leur propre étrangeté et L'ont mis à mort. Seuls quelques-uns uns ont accepté de L'écouter et de Le suivre. Dieu incarné, en immigration sur cette terre, a été crucifié.

En ressuscitant, Jésus a ouvert la route de l'Exode définitif, Il nous révèle le cur du Père comme notre véritable Patrie. Il est maintenant vivant dans son Eglise, dans le cur des croyants, toujours agissant afin de les rassembler et de les orienter vers un Ciel déjà présent lorsqu'ils vivent de son Esprit. Hélas, trop peu des siens -les hommes- acceptent de Le reconnaître et de Le suivre ! Déjà dans le temps de son Incarnation, Il « n'avait pas de lieu où reposer la tête » (Lc 9, 58). Aujourd'hui comme hier, Il reste le Divin Etranger qui cherche des curs où reposer le sien. Si Dieu aime tellement les étrangers, c'est sans doute parce que Lui-même est regardé comme tel par bien des hommes. Ils l'éloignent si facilement de leurs occupations et préoccupations. Ils aiment couler leurs jours sans Lui, choisir leurs chemins sans Lui, vivre leurs affections sans Lui, travailler sans Lui, se distraire sans Lui...

A ces lumières, l'immigré sera vu comme un Ambassadeur du Christ errant, icône du Dieu rejeté qui a droit divin aux égards chrétiens.

 

A la manière d'Emmaüs.

Et pourtant, la manière du Christ est toujours la même. Deux disciples se rendaient à Emmaüs. Alors qu'ils étaient en chemin, «Jésus les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de Le reconnaître» (Lc 24, 15-16). Ils pérégrinent en compagnie d'un étranger, et ils ne savent pas qu'il s'agit de leur Seigneur. Tout chrétien vit au milieu des autres à la manière de ces deux disciples. Jésus est là, mais Il a décidé encore et toujours de ne point revendiquer les privilèges de sa divinité. Il préfère se révéler sous d'humbles conditions, se présenter à visage inconnu. Nous touchons là au caractère paradoxal de notre foi : Dieu nous reste inconnu alors même que nous croyons en Lui. En tant que Dieu, Il est le Tout-Autre. Certes, au Ciel nous Le connaîtrons vraiment et « rendus semblables à Lui nous le verrons tel qu'Il est » (1 Jn 3,2), mais même ce qu'on appelle l'éternité n'épuisera pas la connaissance de son amour infini. Nous irons sans cesse du déjà connu au davantage connu, du déjà aimé au davantage aimé. En attendant, la connaissance que nous en avons fait plus part à l'inconnu qu'au connu, au non aimé qu'à l'aimé. Lorsque des autres, très différents par leur naissance hors-frontières, croisent notre chemin, ils nous sont envoyés par ce Christ que nous sommes appelés à connaître davantage. C'est parce que nous sommes promis à une éternelle croissance dans l'amour, que Jésus nous convie dès ici-bas à passer de l'inconnu au connu, du non aimé à l'aimé lorsque nous sommes en présence de l'étranger.

Mais il y a plus. Jésus nous dit que nous serons jugés à la manière dont nous traitons ceux-là auxquels Il s'identifie mystérieusement : les prisonniers, les étrangers, les pauvres, les malades. Comment Jésus peut-Il leur être présent au point de nous dire que ce que nous leur faisons, c'est à Lui que nous le faisons : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40) ? En réalité, la Résurrection n'a pas projeté Notre Seigneur dans un univers qui n'aurait plus de lien avec le nôtre, elle ne L'a pas immergé dans une béatitude qui n'aurait cure de nos peines. Bien au contraire, la Résurrection a eu pour effet de Le rendre intensément présent à chaque être humain, et plus particulièrement à ceux qui, Le connaissant ou non, revivent un épisode pénible ou douloureux de son temps terrestre. C'est l'expérience commune des saints, dans la profondeur du regard qui les caractérise, de rencontrer le Christ crucifié en la personne même des malheureux qu'ils sont appelés à soulager. S'identifiant à l'étranger dans le besoin, Jésus nous demande comme aux pèlerins d'Emmaüs de Lui permettre de faire route avec nous.

 

Drôles de paroissiens.

En raison de sa nature, la paroisse est le lieu privilégié de l'accueil de l'étranger. Ce n'est pas une activité facultative mais un devoir inhérent à la condition même du paroissien. En effet, au sens étymologique du terme, « paroisse » désigne l'habitat provisoire. Alors que ce mot évoque plutôt pour nous la stabilité et l'installation, la Bible nous apprend qu'être « paroissien » c'est être maintenu en constant état d'Exode, « la ceinture aux reins, le bâton en main et les sandales aux pieds » (Ex 12,11). La paroisse est le lieu de passage et d'attente d'une communauté qui survit de l'ardent désir de la définitive terre promise, qui espère le prompt retour de son Bien-Aimé. C'est du moins ce qu'elle proclame à chaque eucharistie : « nous célébrons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la Gloire ». Etre paroissien, c'est donc éprouver la nostalgie du paradis et désirer joyeusement de tout son cur la fin du monde : «Quelle joie quand on m'a dit : nous irons à la maison du Seigneur » (Ps 122). Ainsi, la communauté est rendue plus attentive à tous ceux qui sont en attente d'une terre d'accueil, puisque elle-même se prépare à rejoindre la Patrie céleste.



Qui est mon prochain ?

 

Père FINET

 

 

Nous sommes dépositaires d'un don extraordinaire : la Lumière du Christ dans nos coeurs. Pensons bien que nous avons une responsabilité très grande : nous avons à être des témoins par la parole et par l'action. Le Concile nous l'a dit sur tous les tons.

Lorsque je donne à l'autre ce qu'il est en droit d'attendre de moi, chrétien, je "fabrique" mon prochain. Le chrétien doit toujours être en fabrication de son prochain : rendre proche de lui, et par lui du Christ, celui qui approche de lui. Mais quand cet autre, c'est mon ennemi ? Jésus nous dit : "Aimez vos ennemis". Ah, combien c'est important de penser que lorsque vous allez quitter la retraite, vous partez tous pour fabriquer votre prochain. Quel mystère d'Amour et quelle obligation extraordinaire de déverser dans le coeur des autres ce que nous autres nous avons reçu, afin de les aider à trouver la Lumière. Nous devons donc toujours "fabriquer" notre prochain. Cela n'est pas toujours bien facile. Ne pas décevoir ! Car il ne faut pas manquer les rendez-vous de Dieu ! Dieu approche de nous celui-ci ou celle-là ; qu'est-ce que je dois lui donner ? Qu'est-ce que je peux lui donner ? Je dois toujours être en fabrication de mon prochain. Si les chrétiens comprenaient cela, que d'âmes découvriraient Jésus. Elles n'entendent jamais parler de Lui parce que les chrétiens ne fabriquent pas leur prochain.

Quand nous récitons notre : "Je confesse à Dieu ", nous disons :
"J'ai péché par action et par omission". Qu'est-ce qu'un péché par omission ? Ce que les autres attendent de moi et que je ne leur donne pas. C'est pour cela que Jésus a donné beaucoup de conseils sur ce point-là, notamment dans l'Evangile de Saint Luc.

 

Le bon Samaritain

Cette question a été posée à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Et vous savez qu'à ce moment-là Jésus a répondu par la parabole du Bon Samaritain, Luc, ch. X, 29 à 37.

C'est extrêmement important de méditer la qualité de cette parabole.
"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi-mort. Un prêtre, par hasard, descendait par ce chemin ; il le vit, prit l'autre côté de la route et passa. Pareillement, un Lévite, survenant en ce lieu, le vit, prit l'autre côté de la route et passa.

Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut touché de compassion. Il s'approcha, banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le conduisit à l'hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôtelier en disant : Aie soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, c'est moi qui le paierai lors de mon retour. Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? ".

Il répondit : "Celui-là qui a pratiqué la miséricorde à son égard". Et Jésus lui dit: "Va, et toi aussi, fais de même".

Comprenez bien le sens de cette parabole. D'abord, vous situez bien l'endroit : cette route qui descend de Jérusalem à Jéricho, qui traverse le fameux désert de Juda, pendant 12 kilomètres, pour arriver à Jéricho. C'est là que se situe, dans ce lieu très désertique, cette parabole et c'est là que cet homme est attaqué par les brigands. En premier lieu arrive un prêtre, très Ancien Testament, qui ne s'arrête pas. Qu'a-t-il dû se dire ? "Oh, si je m'arrête, quel sera l'inconvénient pour moi?" Qu'aurait-il dû se dire ? "Si je ne m'arrête pas, quel sera l'inconvénient pour ce pauvre blessé que je ne soignerai pas? ". Il a regardé par rapport à lui et non par rapport au blessé. C'est très éclairant : il ne faut pas regarder les choses par rapport à nous, mais par rapport à l'autre. Vous voyez donc son attitude.

Par contre, tout de suite après, arrive un Lévite. C'est un séminariste, très Ancien Testament et qui, également, le vit et passa en se disant : "Oh, si je m'arrête, je risque bien d'arriver en retard au séminaire" ou quelque chose comme ça... Et il passe.
Arrive enfin un Samaritain. Notez bien la situation : les Samaritains sont les ennemis héréditaires des Juifs. Jésus met en face l'un de l'autre deux hommes qui sont ennemis héréditaires. Le Samaritain fut touché de compassion et s'arrêta.

Jésus répond à la question : "Qui est mon prochain ?"
Comptons un peu sur nos doigts ce qu'il a fait :
1 - Il s'approche ;
2 - Il bande ses plaies ;
3 - Il verse de l'huile et du vin-;
4- Il le charge sur sa propre monture ;
5 - Il le conduit à l'hôtellerie ;
6- Il prend soin de lui ;
7 - Le lendemain, il tire deux deniers et les donne à l'hôtelier ;
8 - En disant : " Prends soin de lui",
9 - "Tout ce que tu auras dépensé en plus, c'est moi qui le paierai lors de mon retour".

Il fait neuf choses. Voilà la réponse de Jésus. Il va jusqu'au bout de la charité. Ce n'est pas toujours facile. Non seulement il va jusqu'au bout de la charité, mais cela dépasse les limites. Car ce qu'il y a de caractéristique dans cette parabole, c'est qu'il n'y a pas de limites : Tout ce que tu auras dépensé (je ne te donne pas de limites), c'est moi qui le paierai lors de mon retour.
Souvent notre charité va simplement aux 5/9°, voire aux 6/9° ; mais quant à aller aux 9/9° c'est-à-dire totalement, c'est extrêmement difficile, c'est très exigeant. Celui qui a donné sa Vie et son Sang pour nous peut nous donner cette leçon d'exigence. Cela va jusqu'au bout de la charité chrétienne. C'est très exigeant ! Et c'est facile à enseigner, mais pas toujours facile à pratiquer.

 

 

Témoignages

 

Des enfants venus d'ailleurs...

Dans le cadre de ma profession d'orthophoniste, j'exerce dans un Centre Médico-Psychologique du nord de Paris ­ quartier où cohabitent de nombreuses familles issues de l'immigration ­ je suis amenée à accueillir quotidiennement des enfants et adolescents "venus d'ailleurs".

La souffrance, les problèmes de langage, l'échec scolaire, les troubles du comportement ne sont pas des maux réservés aux seuls étrangers loin de là ; mais ils aggravent la situation lorsqu'ils s'ajoutent ou s'interfèrent au déracinement, à la différence de culture et de langue, aux problèmes sociaux, parfois même au rêve mythique d'un retour au pays qui entrave les possibilités d'intégration déjà délicates. Cela crée un labyrinthe de difficultés pour lequel il faudra trouver un fil conducteur capable de mener vers un mieux-être.

Le regard positif porté sur ces enfants qui me sont confiés ­ et sur leur famille ­ l'accueil bienveillant, l'écoute attentive et très discrètement (j'oserais dire intimement) priante permettent à l'aide technique ­ nécessaire et indispensable ­ d'atteindre un maximum d'efficacité. La relation personnelle créée avec l'enfant, le respect que je lui porte dans la reconnaissance de sa personne ­ quelles que soient ses difficultés, son caractère, son origine, son handicap, sa "différence" ­ sont le gage d'une possible réussite dont lui et moi sommes les acteurs dans un face à face régulier allant de l'opposition déclarée à la motivation coopérante. Nous cheminons ensemble, un temps, sur une même route. Je l'accompagne, animée pour lui d'un désir intense de vie, d'espérance en ses capacités. C'est parce que je crois en lui qu'il sera capable de progresser, de se dépasser. Ainsi l'acte soignant qui se propose, qui se donne, devient-il acte d'amour.

Je ne peux réserver cette attitude d'ouverture à quelques-uns, et cette recherche de communication m'oblige à trouver des réponses au plus profond de mon engagement de chrétienne. Et je m'interroge encore et toujours, qui est l'étranger ? Celui qui vient d'ailleurs ? ou tout simplement celui que nous ne connaissons pas encore ? avec qui il nous faut créer des liens, même si la réciprocité n'est pas évidente.

Une telle réflexion est un appel à privilégier la qualité de la relation ­ dans ma profession, dans ma vie ­ avec ceux que le Seigneur place sur mon chemin. Comment voir en chacun l'image du Christ ?
Véronique


Initier des jeunes au sport dans une banlieue multiculturelle

Je suis responsable d'une association sportive dans une banlieue lyonnaise Notre association accueille des jeunes de 25 nationalités. Ce service correspond à des convictions profondes de l'enseignante que je suis.

Le sport est bien sûr un moyen de formation humaine et citoyenne. Dans notre club les jeunes apprennent tout simplement à vivre ensemble. Au hasard de leurs échanges, ils découvrent que le dialogue est plus fructueux que l'épreuve de force La fin d'un match est aussi une occasion de respecter l'adversaire ; il faut de la maîtrise de soi pour serrer la main de l'équipe gagnante quand on a soi-même perdu. Cette année, notre mot d'ordre a été aussi de ne pas contester les décisions de l'arbitre. Progressivement les jeunes comprennent qu'il est de l'intérêt de tous de respecter "la règle du jeu".

Avec l'équipe d'animation nous passons beaucoup de temps avec nos champions en herbe : entraînements, compétitions, stages ; il nous faut donc apprendre à gérer nos différences d'âges, de cultures au quotidien. Pendant le ramadan certains ont moins d'énergie, c'est l'occasion d'échanger sur notre foi, sur les exigences auxquelles nous sommes appelés. Je perçois chez les jeunes que je côtoie, une grande soif de sens : ils me provoquent à "rendre raison de ma foi".

Voilà 8 ans que je suis responsable de ce club, qu'est-ce que je retire de cet engagement ? D'abord je suis très attachée à la valeur éducative du sport. Dans ce domaine, on ne s'exprime pas seulement avec des paroles mais aussi avec des gestes, avec son corps ; cela est très formateur pour des jeunes qui ont besoin de "s'éclater".

Je sais aussi que ma foi chrétienne me donne la force pour vivre cet engagement dans la durée. Je trouve l'énergie de recommencer, quand une flambée de violence dans le quartier a provoqué la dégradation d'installations sportives. J'ose le dialogue avec des jeunes agressifs ou désuvrés dans la rue car je sais qu'ils ont grand besoin de rencontrer des adultes qui les écoutent. Je repense à ce petit groupe de jeunes qui s'amusait à jeter des pierres sur des voitures ; je me suis arrêtée auprès d'eux et après avoir pris le temps de les écouter, je les ai invités à venir au club ; certains y sont encore.

Plus profondément, je crois que l'offrande de ma vie quotidienne et de toutes ces rencontres est mystérieusement porteuse de fruit. Comme je suis originaire d'une vallée voisine de celle de la Galaure, Marthe Robin m'est familière depuis mon enfance ; bien souvent je lui confie les décisions que je dois prendre et tous ces jeunes venus d'horizons si divers.

Marie-France