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SOMMAIRE
Elle est vivante, la
Parole de Dieu
Père Alain BANDELIER
L'accueil de la Parole
de Dieu dans les retraites
Père Dominique BOSTYN
Témoignages :
Groupe biblique
La Bible en 100 semaines
Gestuer la Parole de Dieu
Ils ont gardé
ta Parole
Père
Georges FINET
Témoin de l'aurore
Au Foyer de Kaliszany, en Pologne
Adieu au Père Jean Colon, Père au Foyer de Châteauneuf
Adieu au Père René Bonnafous,
Père fondateur
du Foyer de Roquefort-les-Pins
13 mars 2002 : Centenaire de Marthe Robin
Père Alain BANDELIER
Foyer de Combs-la-Ville
Religion de la Parole ou religion du Livre ?
Nous avons trop laissé dire que le christianisme était l'une des trois religions du Livre, les deux autres étant le judaïsme et l'Islam. Qui dit cela ? D'une part les musulmans, qui citent le Coran. En effet, à plusieurs reprises, Mohammed semble mettre sur un pied d'égalité la Torah, l'Évangile et le Coran, tout en laissant entendre que les Écritures des juifs et des chrétiens ont été falsifiées, et que le Coran est le sommet de la révélation. D'autre part des journalistes, des historiens, des sociologues des religions, qui ont un regard extérieur, et qui le plus souvent n'ont pas une connaissance intérieure de la foi chrétienne. Or nous n'avons pas à entrer dans une problématique qui nous est étrangère, ni à nous définir à partir du regard des autres. Surtout quand c'est un regard superficiel. On parle de religions du Livre à partir d'un constat : les uns et les autres, nous avons un Texte de référence. À première vue, c'est une ressemblance. Mais il peut y avoir des différences profondes dans nos manières respectives de comprendre ce Texte, de l'interpréter et de nous y référer.
Selon la tradition musulmane, le Coran a été dicté par Dieu lui-même, par le ministère de l'ange Gabriel. Ce livre ne peut être que la plus parfaite littérature du monde. Il est écrit en arabe, et doit être lu en cette langue, qui a par conséquent le statut de langue sacrée. Il serait blasphématoire de soumettre le texte à une critique historique ou littéraire. Ces positions sont et seront de plus en plus difficiles à tenir. En effet, nous sommes dans un monde pluriel, nous sommes marqués par une culture du dialogue, qui non seulement permet mais exige la comparaison, la critique, le débat. Cela peut provoquer deux réactions opposées. La peur de l'autre et la panique devant le changement se traduisent par une crispation identitaire, qui est à la base du fondamentalisme et des intégrismes. La confiance engage au contraire dans une dynamique d'ouverture et d'adaptation. Des intellectuels musulmans souhaitent que l'Islam évolue dans ce sens, condition indispensable pour aller plus loin dans le dialogue avec les autres religions et avec la modernité. Mais quoi qu'il en soit, en toute hypothèse, l'Islam est bien une religion du Livre.
Pour la Bible, il en va tout autrement. Dieu ne veut pas écrire aux hommes, il veut leur parler. Entre ces deux modes de communication, la différence est profonde. S'il se contente de dicter un texte, Dieu sauvegarde une distance, car le texte lui est extérieur. Alors que s'il parle directement à l'homme, Dieu ne peut être étranger à sa propre Parole, et il s'engage lui-même dans le monde et dans l'histoire. Le livre de la Sagesse évoque avec force cette émission de la Parole divine, à propos des événements de l'Exode : Alors qu'un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s'élança du trône royal (1). Concrètement, Dieu confie sa Parole à des hommes, les prophètes, chargés de la retransmettre au Peuple. Avant d'être un parleur, le prophète est un écouteur. Amos en témoigne (2) : Le Seigneur ne fait rien sans en révéler le secret à ses serviteurs les prophètes. Le lion a rugi : qui ne craindrait ? Le Seigneur a parlé : qui ne prophétiserait ? Ici, la prophétie ne peut pas se réduire à un exercice de dictée, ou d'écriture automatique. Le prophète est réellement auteur, et le message divin qu'il communique est nécessairement coloré par le contexte historique, le genre littéraire, la culture ambiante, et sa propre personnalité. Cela explique la grande diversité des textes bibliques. Isaïe n'est pas Jérémie. Il ne faut jamais oublier que la Bible est une bibliothèque.
Est-il vrai que Dieu parle, et qu'il n'écrit pas ? Des passages de la Bible pourraient témoigner du contraire. Par exemple, on voit un livre enroulé, écrit recto verso, qui est présenté à Ézéchiel : le prophète reçoit l'ordre de le manger. Mais précisément, s'il doit assimiler la Parole, c'est pour la redire : Mange ce volume, et va parler à la Maison d'Israël (3). Une autre exception célèbre, ce sont les tables de la Loi : Les tables étaient l'uvre de Dieu et l'écriture était celle de Dieu, gravée sur les tables. Et ailleurs : le Seigneur m'avait donné les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu (4). Mais dans d'autres passages, au contraire, le Seigneur dit à Moïse : Mets par écrit ces paroles car selon ces clauses, j'ai conclu mon alliance avec toi et avec Israël (5). Il y a entre ces versets une contradiction apparente, qu'il n'est pas très difficile de résoudre. On peut comprendre que Dieu est réellement l'auteur du Décalogue, on dirait aujourd'hui c'est signé « Dieu » ; mais cela reste vrai même si Moïse en est concrètement le scripteur.
Il a parlé par les prophètes
Pourquoi Abraham est-il reconnu comme le Père des croyants par les juifs, par les chrétiens et par les musulmans ? Sans doute en raison de sa foi exemplaire : il a eu confiance dans la Parole de Dieu, il a obéi, il a accepté de partir sans savoir où il allait (6), il a même accepté de sacrifier son fils si Dieu le lui demandait. Mais la foi biblique ne se réduit pas à une façon d'agir ; elle est foncièrement une façon d'être. L'acte de foi, comme réponse de l'homme à Dieu, n'est pas premier. Ce qui est premier, c'est l'ouverture à Dieu, qui caractérise le croyant. La foi est d'abord une écoute ; c'est la célèbre affirmation de Paul dans la lettre aux Romains (7) : Fides ex auditu. Trois fois par jour, le juif pieux doit réciter le Shema Israël, invitation adressée au Peuple d'être à l'écoute de son Dieu (8). On pourrait dire que l'oreille est la porte par laquelle la foi peut entrer dans un homme. De ce point de vue, la langue allemande est suggestive, car la réponse (antwort) à la parole (wort) est littéralement la parole en retour. Abraham est le premier des croyants, parce qu'il est le premier, du moins dans les temps historiques, à avoir entendu la voix de Dieu : Dieu dit à Abraham. Cela rejoint les interrogations en cascade de l'Apôtre, dans le passage déjà cité : Comment l'invoquer sans d'abord croire en lui ? Et comment croire sans d'abord l'entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d'abord envoyé ?
Dès les premières lignes de la Genèse, Dieu parle. Il crée par sa Parole. Il dit « Lumière », et la lumière existe. L'univers est comme un poème de Dieu. La Parole créatrice est une première révélation. Les païens ont été incapables de la comprendre (9), mais les croyants savent l'entendre dans le silence des choses. C'est pourquoi le cantique de Daniel et certains psaumes convoquent pour la louange tous les éléments de la création : Bénissez le Seigneur ! Toute chose peut rendre gloire à Dieu, car en toute chose, créée par le souffle de sa bouche et portée par sa Parole puissante (10), il y a un écho de la Gloire.
Cependant, la Révélation proprement dite commence lorsque la Parole divine s'adresse à l'homme, à son oreille et à son coeur, ou plutôt, comme diront les spirituels, à l'oreille de son coeur. C'est d'abord l'expérience des Patriarches. Des rendez-vous mystérieux et bouleversants jalonnent leurs routes de nomades, et plus encore leur cheminement intérieur. Comme par bribes, mot à mot, Dieu se fait connaître. Abraham, à chaque rencontre, construit un autel. Jacob renomme ces points de passage : Bersabée, Béthel, Pénouel (11). Cela dessine une sorte de géographie mystique, une carte du Tendre, où les noms de lieu gardent la trace du dialogue encore balbutiant de Dieu avec les hommes. Moïse fera la même expérience, d'abord au Buisson ardent, puis sur la Montagne, finalement dans une conversation quotidienne : L'Éternel parlait avec Moïse comme un homme parle à un ami, face à face (12). Le Peuple lui-même, au pied du Sinaï, entendra la voix de Dieu : voix si puissante et impressionnante, au milieu du tonnerre et des éclairs, qu'elle est insupportable au commun des mortels ; il faut un médiateur, qui parle au Peuple au nom de Dieu, et qui parle à Dieu au nom du Peuple. Ces théophanies grandioses vont être relativisées par l'expérience du prophète Élie. Lui aussi a rendez-vous sur la Montagne de Dieu. Mais orage et tremblement de terre ne sont que les signes précurseurs de la rencontre. Dieu parle en réalité dans le murmure d'une brise légère (13), dans la musique du silence.
La figure de Moïse symbolise la prophétie fondamentale, qu'on appelle traditionnellement la Loi (la Torah), et qui est bien davantage qu'une législation. La figure d'Élie symbolise la prophétie actualisée, au fil des événements de l'histoire d'Israël, et donc toute la lignée des prophètes. Moïse et Élie, c'est la Loi et les prophètes. Ce n'est pas par hasard que, lors de la Transfiguration, Jésus est en dialogue avec eux. Après la résurrection, c'est également à leur témoignage qu'il renvoie les disciples (14). Pour être complet, et recouvrir l'ensemble de la tradition biblique, il faut ajouter les Écrits, c'est-à-dire les livres de sagesse et les psaumes, qui sont la prophétie méditée.
Et le Verbe s'est fait chair
Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils (15). Resplendissement de sa Gloire et empreinte de sa substance, Jésus de Nazareth n'est pas simplement un nouveau prophète, ni même le plus grand des prophètes. Tous les autres sont des porte-parole. Lui est la Parole. Paradoxalement, c'est une conviction dont on peut retrouver la trace dans le Coran lui-même, alors que l'enseignement islamique traditionnel affirme que Jésus n'est qu'un prophète, inférieur à Mohammed. Dans le Coran, au contraire, Jésus, né de Myriam, mère vierge, est plus honoré que le Prophète. Il est désigné comme le Verbe du Très-Haut ; à lui seul on reconnaît ces privilèges : il a reçu la puissance des miracles, il a été fortifié par l'esprit de sainteté, Dieu l'a élevé à lui (16).
Avec Abraham s'ouvrait le temps de la prophétie. Avec Jésus Christ s'ouvre le temps de l'Évangile. Or ni la prophétie ni l'Évangile ne sont d'abord des livres. Ce sont des messages. La nouveauté évangélique, c'est que le Message s'identifie avec le messager, fait corps avec lui. Autrement dit, la Parole de Dieu n'est plus seulement à écouter, elle est à contempler. Venez et vous verrez Qui me voit, voit le Père Elle demeure cependant une parole vivante, adressée à des destinataires : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils. Du coup, chaque page des évangiles peut être parlante : les enseignements du Seigneur et ses paraboles, certes, mais aussi ses miracles et ses gestes, et, au plus haut point, les événements de la passion et les apparitions pascales.
Nous sommes ici au cur de l'expérience chrétienne. Selon le témoignage du disciple bien-aimé, en Jésus Christ nous pouvons entendre, voir, contempler, toucher le Verbe de Vie, la Parole vivifiante (17). Comme tous ces verbes le manifestent, cette Parole est plus que des mots ou des idées. Elle est esprit et vie, elle est grâce et paix, elle est rédemption et résurrection. Quand saint Paul évangélise, ce n'est pas en parole seulement, mais dans la puissance, dans l'Esprit saint, dans une plénitude plénière (sic) (18). En effet, dans le Christ habite corporellement la plénitude de la divinité, et celui qui l'annonce ou qui l'accueille a part à cette plénitude. Le Père lui-même l'atteste : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le (19).
Au commencement était le Verbe.
À la lumière de ce qui précède, ce premier verset du 4° évangile empêche toute idolâtrie de l'Écriture. On ne peut pas dire : au commencement était le Livre. L'oralité est essentielle à la Révélation. La raison en est d'abord historique et culturelle. Tout au long du millénaire qui correspond aux temps bibliques, de la vocation d'Abraham à la Pentecôte, la culture du Moyen-Orient est une culture orale. Non que l'on ignore l'écriture. Au contraire, les documents épigraphiques les plus anciens ont été trouvés dans ces régions. Mais dans la vie courante on ne s'encombre pas de textes. Si nécessaire, quelques lettres gravées sur un tesson, plus tard sur un papyrus, serviront d'aide-mémoire. L'écrit coûte du temps et de l'argent. Seuls les documents particulièrement importants sont enregistrés, écrits à l'encre sur du cuir animal (parchemin), ou même gravés sur un tableau (table) de pierre. Aujourd'hui, nous ne pouvons même plus imaginer ce qu'était une culture de l'oralité. La communication humaine a été profondément modifiée par une première révolution, qui est l'invention de l'imprimerie, puis par une seconde, qui est la généralisation de l'audiovisuel. Nous sommes formés (ou déformés) de telle sorte que nous n'avons presque plus de mémoire vive. Le savoir n'est plus par coeur, c'est-à-dire gardé dans le coeur pour pouvoir venir sur les lèvres. Il est stocké dans des livres qu'il suffit de consulter, ou alors il est éparpillé dans les innombrables messages fugitifs et incohérents que nous envoient la radio, la télévision et l'Internet.
La Révélation est liée à l'oralité pour une autre raison, originelle et intrinsèque celle-là, et non simplement circonstancielle. Si Dieu parle, ce n'est pas pour constituer une somme de savoirs, une sorte de banque de données auxquels des spécialistes auraient accès. Dieu parle pour communiquer. Par audition ou par vision intérieures, le prophète reçoit un message. Il le retransmet comme il l'a entendu, en le ponctuant presque toujours de cette expression caractéristique : « Parole du Seigneur ! » Parfois, il le rend sous une forme gestuelle ; Ézéchiel est un spécialiste du mime prophétique. Exceptionnellement, il le donne sous forme écrite, parce que les destinataires sont loin ; Jérémie envoie par exemple une lettre aux déportés de Babylone (21).
L'Évangile lui-même, l'Évangile surtout, a été dit avant d'être écrit. Beaucoup l'ont remarqué : Jésus n'a jamais écrit, sinon sur le sable. Il n'a pas non plus commandé aux Douze d'écrire, mais de proclamer. Toute sa mission en Galilée et à Jérusalem est une prédication, qui s'adresse alternativement aux foules, au cercle des disciples, au petit groupe des Douze. Il enseigne comme les rabbis de son temps, c'est-à-dire en utilisant toutes les ressources mnémotechniques de la tradition orale : balancements, parallélismes, mots-clefs et agrafes, assonances etc. Auprès de lui, les plus proches disciples sont des répétiteurs, au sens propre, pas seulement au sens figuré. Une étude attentive des textes montre qu'une grande part des similitudes comme des écarts entre les évangiles s'explique par leur arrière-plan oral. Le père Jousse, avec ses études sur l'Anthropologie du geste et la Manducation de la parole (éditions Gallimard), a été dans ce domaine un initiateur. D'autres prolongent sa recherche. Dans une ligne différente, des spécialistes des langues orientales, comme le père Carmignac, ont mis en évidence le substrat sémitique des textes évangéliques édités en grec. C'est une autre façon de donner à entendre la voix du Maître dans les écrits des disciples. Ces travaux sont peu reconnus dans le monde de l'exégèse et de la catéchèse officielles, car ils remettent en cause un certain nombre d'idées reçues, comme celle qui veut que les textes du Nouveau Testament aient été écrits longtemps après les événements, moins comme des témoignages ayant valeur historique que comme des créations littéraires à visée théologique. Certes, la prédication puis la rédaction de l'Évangile s'adressent à des gens en chair et en os, et reflètent nécessairement quelque chose des situations et des questions contemporaines. Mais comme le dit le prologue du troisième évangile, à travers tout cela nous avons accès au témoignage oral des serviteurs de la Parole, qui ont été eux-mêmes au départ des témoins oculaires (20).
De la Parole à l'Écriture
Si la parole vivante précède la parole écrite, l'écrit n'en est pas dévalorisé pour autant, il en reçoit au contraire tout son sens et son prix. Dans la tradition judéo-chrétienne, la sainte Écriture (ou les saintes Écritures, on utilise indifféremment le singulier et le pluriel) est très précieuse. Comme le nom l'indique, c'est la mise par écrit du témoignage prophétique et évangélique. Elle a une fonction de mémoire, mais plus encore de référence, de règle de la foi. Ce caractère normatif apparaît dans la fixation du Canon des Écritures. Dans la communauté juive comme dans la communauté chrétienne, il a fallu discerner, parmi tous les écrits qui circulaient, quels étaient ceux qui appartenaient à la Révélation, autrement dit ceux qui rendaient témoignage à la Parole de Dieu. Or on ne trouvera pas dans la Bible une détermination des livres qui composent la Bible. C'est une tradition non écrite qui juge la tradition écrite. En sens inverse, l'Écriture une fois fixée devient un critère d'authentification de tout développement ultérieur de la tradition.
Pourquoi donc mettre par écrit la Parole de Dieu ? C'est évidemment pour la garder, pour empêcher qu'elle tombe dans l'oubli. D'une part la chaîne de la tradition orale risque toujours de s'interrompre, surtout dans les époques de trouble et de dispersion. D'autre part les messages du Seigneur doivent pouvoir circuler de lieu en lieu : là où il n'y a pas de témoin direct de la tradition, de répétiteur, le livre supplée. On a un exemple frappant du passage de l'oral à l'écrit dans l'histoire de Jérémie (22). Sa prédication est très mal reçue, il a vraiment l'impression de parler dans le vide. Un jour, Dieu lui demande de collationner tous les oracles qu'il a déjà prononcés (et qu'il a probablement enregistrés, non pas dans un carnet de notes, mais dans sa mémoire) et d'en faire un livre. Ainsi il pourra répéter au peuple toutes ces paroles du Seigneur, en espérant que cette fois elles seront écoutées.
C'est dans un souci analogue de pouvoir redire que les quatre livrets que nous appelons les évangiles ont été composés. Avec les outils de l'exégèse, on étudie leur structure interne, propre à chacun. On cherche à reconnaître leurs éventuelles interdépendances. On essaie d'identifier leurs sources écrites antérieures (recueils de paraboles, colliers de récits, livrets de la passion, cycles de catéchèse). Finalement, on remonte au point de départ : la didascalie (l'enseignement) des Apôtres et des premiers missionnaires. Le témoignage d'un auteur de l'antiquité va bien dans ce sens, quand il dit que Marc était l'herméneute (littéralement l'interprète) de Pierre : à Rome, Pierre prêchait dans sa langue (ou en grec), et avait besoin d'un assistant. Les lettres de Paul et des autres ont évidemment un statut différent. Elles sont originellement des écrits. L'oralité n'en est pas totalement absente, cependant. D'une part, l'écriture est à l'époque un travail fastidieux, et l'auteur dicte oralement à un secrétaire. Les changements de secrétaire peuvent entraîner d'ailleurs des changements de style, d'une lettre à l'autre. Paul ajoute à la fin quelques mots de sa main, pour authentifier le message, comme dans la lettre aux Galates. Mais pour écrire, il parle. Cela explique son style vivant, ses phrases parfois décousues ou abruptes, ses épanchements. Les lettres nous donnent en outre, elles aussi, un écho de la prédication des Apôtres : proclamation de la foi pascale (le kérygme), exhortations morales, et même prières liturgiques.
Ce travail d'écriture ne se réduit pas au travail de l'homme, engageant dans l'uvre son intelligence, sa mémoire, sa sensibilité, son art, sa foi. Il y a simultanément un travail de l'Esprit Saint. Cette coopération de l'auteur humain et de l'Auteur divin est à proprement parler un charisme. C'est cela qui donne à l'ouvrage d'être une Écriture sainte. La grâce de l'inspiration désigne précisément le statut particulier des auteurs sacrés. Cette grâce garantit que ce qu'ils écrivent est une authentique transcription de ce que Dieu veut dire aux hommes. Son corollaire est l'inerrance : le texte ne contient pas d'erreur dans son domaine propre, qui est la transmission de la Révélation. Évidemment, cela ne s'applique pas dans d'autres domaines d'ordre contingent, et qui n'ont pas de rapport direct avec la foi ; on ne s'étonnera pas de trouver dans la Bible, y compris dans l'Évangile, le reflet de représentations du monde ou de façons de penser qui sont aujourd'hui dépassées, mais qui étaient conformes à la culture de l'époque.
De l'Écriture à la Parole
La Bible est certes un livre à lire, à étudier, à expliquer, à commenter, à méditer. On peut la mettre dans les rayons d'une bibliothèque, la garder sur son bureau, la poser sur sa table de chevet. Mais tout cela n'a finalement qu'un sens : permettre à Dieu de me parler, et de parler à mes frères. Hors de cette perspective, on fait de la Bible un objet culturel, intéressant sans doute, mais guère plus que décoratif. C'est pourquoi le succès médiatique de la Bible sera toujours ambigu. De la poésie, de l'histoire, de la sagesse, il y a tout cela dans la Bible, et beaucoup d'autres choses. Mais tout cela peut être un alibi pour éviter de se laisser toucher. Il n'est pas sûr que la multiplication des commentaires et des éditions du Livre augmentent son audience véritable. Les paroles peuvent noyer la Parole, et la littérature éteindre l'Esprit.
La lecture croyante de la Bible est une lecture priante. Ce n'est pas un livre à lire, c'est un livre à écouter. Comme en musique, le plus important est le silence. Après. Quand le chant se prolonge, à l'intérieur. C'est le rôle de l'Esprit Saint. De même qu'il garantit par son assistance auprès de l'auteur sacré le passage de la Parole à l'Écriture, il suscite chez le lecteur un passage symétrique : d'un texte à lire, il faut passer à une parole à entendre. C'est toute la pédagogie de la lectio divina, qui est en honneur dans les monastères et qui se répand aujourd'hui largement chez les fidèles. C'est aussi le secret de la prière contemplative chrétienne. Repartant toujours de l'Évangile et du Visage du Seigneur, elle échappe aussi bien au repliement sur soi-même qu'à la dispersion au-dehors. Fra Angelico, dans les fresques du couvent St Marc à Florence, en donne une très belle image, quand il peint saint Dominique en prière au pied de la Croix ; le priant a le livre ouvert sur les genoux, mais, les yeux fermés, il écoute
Une réflexion sur la lecture de la Bible dans la liturgie conduit aux mêmes convictions. L'Écriture joue pleinement son rôle dans l'Église lorsqu'elle est prononcée, proclamée. C'est à ce moment-là que la Parole de Dieu reprend son caractère oral, sa force de communication, on pourrait dire sa vivacité. De là l'importance du Lecteur. Il ne s'agit pas seulement de lire, le mieux possible, un texte. Bien sûr, il ne faut pas négliger les impératifs techniques : la pose de la voix, l'articulation, l'intelligence du texte, sans oublier le réglage de la sonorisation ! Mais il s'agit de bien davantage : l'enjeu est de faire résonner dans les curs la Parole. C'est un ministère. Ce ministère appelle un charisme. Le Lecteur doit demander la grâce d'être un instrument de l'Esprit Saint, afin que ce qu'il lit soit suffisamment vivant en lui, pour que ce soit également vivant dans ceux qui écoutent.
Serviteurs de la Parole
Annoncer de façon vivante la Parole vivante : la même exigence, et la même grâce, quoique dans un contexte différent, se retrouvent dans le ministère de la prédication et dans l'évangélisation. Ici, il ne s'agit pas directement d'une lecture de la Bible. Cependant il s'agit bel et bien d'une annonce de la Parole. Cette annonce n'est juste et féconde que si elle est nourrie, pétrie de l'Écriture sainte. Il est si facile de prêcher des idées à la mode, des opinions personnelles, des banalités ou au contraire des étrangetés À l'école des Pères de l'Église, sans prétendre atteindre à leur sûreté et à leur liberté, on comprend que la Bible est la langue maternelle de la foi et de l'annonce de la foi. Dans les éditions modernes de leurs homélies, on est frappé par le nombre de phrases en italiques : c'est un tissu de citations, qui leur viennent spontanément sur les lèvres, et qu'ils intègrent avec une aisance et une justesse déconcertantes dans leur enseignement.
La prédication courante, dans les communautés chrétiennes, a du mal à être aussi riche et aussi simple en même temps. Il faut dire qu'elle se réduit pour l'essentiel à l'homélie du dimanche. Ces dix minutes hebdomadaires ont leur importance ; d'ailleurs les fidèles y sont attentifs, et ne manquent pas de faire leurs commentaires, positifs ou négatifs. Mais c'est un cadre bien étroit pour que le prédicateur et l'assemblée puissent goûter à la Table de la Parole un véritable festin. Cela arrive, cependant, car c'est moins une question de durée que d'intensité. On doit se contenter néanmoins, assez souvent, de miettes qui laissent sur sa faim C'est dire le privilège que nous vivons dans nos Foyers de lumière, de charité et d'amour. Avec les retraitants, nous pouvons parler du Seigneur, et laisser parler le Seigneur, de façon familière et prolongée. Ce que nous avons appris du père Finet et de ses premiers collaborateurs, c'est un style oral caractéristique. La prédication n'est pas un cours et la retraite n'est pas une session. Le prédicateur n'est pas un conférencier savant, ou solennel, ou séducteur ; c'est un père qui parle, comme en famille. Cela ressemble étrangement, autant qu'on puisse l'imaginer, à ces cercles à la fois si fervents et si « nature » qui entouraient le rabbi galiléen
En Galilée, des disciples, hommes et femmes (21), accompagnaient le Maître. Ils assuraient divers services nécessaires que l'on devine entre les lignes : l'accueil des malades, la canalisation des foules, la relation avec les autorités, la préparation du gîte et du couvert à chaque étape, probablement la retransmission de l'enseignement quand la foule était trop nombreuse Mais leur rôle, dans une culture orale, est d'abord d'être les premiers auditeurs de la Parole, et ses premiers annonciateurs, d'en être comme la caisse de résonance. Ainsi se forment les témoins oculaires appelés à devenir serviteurs de la Parole. Communauté vivant de la Parole et donnant sa vie au service de la Parole : c'est le mystère même de l'Église, c'est le secret de l'évangélisation. Telle est la logique ultime de la tradition orale : devenir nous-mêmes Parole vivante du Dieu vivant.
(1) Sagesse 18,14-15.
(2) Amos 3,7-8.
(3) Ézéchiel 2,9-3,4.
(4) Exode 32,16 ; Deutéronome 9,10.
(5) Exode 34,25.
(6) Lettre aux Hébreux 11,8.
(7) Lettre aux Romains 10,17 et 10,14.
(8) Deutéronome 6,4 ; voir aussi 27,9.
(9) Sagesse 13,1.
(10) Psaume 33,6 ; Lettre aux Hébreux 1,3.
(11) Abraham : Genèse 12,7 ; 12,8 ; 13,18 etc.
Jacob : Genèse 26,33 ; 28,19 ; 32,31 ; 35,15.
(12) Exode 33,11.
(13) 1° livre des Rois 19,12.
(14) Matthieu 17,3 ; Luc 24,27 et 44.
(15) Lettre aux Hébreux 1,1-3.
(16) Dans le Coran, sourate 4/169 et 156 ; sourate
2/81. Cela a été étudié de près
par le pasteur Tartar, Centre évangélique du
Témoignage, avenue de Bois-l'Evêque, 77380 Combs-la-Ville.
(17) 1° lettre de Jean 1,1-4.
(18) 1° lettre aux Thessaloniciens 1,5.
(19) Lettre aux Colossiens 2,9 ; Matthieu 17,5.
(20) Luc 1,1-4.
(21) Jérémie 29.
(22) Jérémie 36,2 et 28.
(23) Luc 8,1-3.
Père Dominique BOSTYN, Foyer de Lacépède
Père, au cours des retraites, vous insistez particulièrement sur l'importance de l'accueil et de la "rumination" de la Parole de Dieu. Bien que la raison en paraisse évidente, pouvez-vous en préciser le bien-fondé ?
Les retraites proposées en nos Foyers sont essentiellement des retraites fondamentales, c'est-à-dire qu'elles reprennent les "fondements" de notre foi, nous permettent de retrouver une bonne "assise" pour bien repartir d'un bon pas ferme et assuré et vivre plus épanouis notre vie quotidienne. Nous sommes, en effet, affermis par le Roc qu'est le Christ, que nous prenons comme compagnon de vie. Nous découvrons en Lui un ami très proche et en l'Eglise qu'Il nous propose un canal merveilleux de grâces abondantes. Nous percevons aussi combien la Lumière nous est donnée pour répondre aux grandes questions que l'homme de notre époque peut se poser. En découvrant davantage le sens de notre vie, nous devenons porteurs de sens pour ceux qui nous entourent. Il en est de même pour les retraites d' "approfondissement" qui sont davantage orientées vers un point plus spécifique de la foi chrétienne.
Toute la théologie chrétienne qui "structure" notre vie est comme la charpente, l'ossature, qui repose en fait sur le Roc, le Christ, sur ce qu'Il nous a révélé et continue de nous expliciter par le ministère de l'Eglise. Il nous est donc nécessaire de nous appuyer sur le Christ, sur la Révélation qu'Il nous a faite de Lui-même, de son Père, du sens de la vie de l'homme, en venant partager notre existence humaine il y a 2000 ans.
Le judéo-christianisme est une religion révélée. En effet, l'homme, par ses propres forces, limité par une intelligence obscurcie par le péché, ne peut parvenir à bien concevoir qui est Dieu et surtout ne pourra jamais prétendre l'atteindre. Comment peut-on connaître ou rejoindre Celui qui "dépasse toute connaissance", nous dit Saint Paul ? Dieu est infini, et notre recherche humaine sans une aide spécifique de Dieu risque de n'aboutir qu'à une projection de nos désirs humains, sans plus. Nous risquons de "recréer" Dieu à notre image, et de Lui faire porter les défigurations occasionnées par nos péchés. Aussi, tout ce que l'on peut dire de Dieu, tout ce qu'on peut comprendre de Lui, s'origine dans ce que la théologie appelle "la Révélation ". Dieu se révèle, Il révèle son véritable visage, Il nous parle et nous enseigne par son Fils, et tout est dit en Lui : "En nous donnant comme Il l'a fait son Fils, son Fils qui est , son unique Parole - car il n'y en a pas d'autre - Dieu nous a tout dit en une fois par cette seule Parole et Il n'a plus rien à dire (...) Depuis le jour où je suis descendu sur Lui avec mon Esprit au sommet du Thabor en prononçant ces paroles : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai placé mes complaisances, écoutez-Le" (Mt 17,5), j'ai mis fin à tout autre enseignement, à toute autre réponse. Je les Lui ai confiés. Ecoutez-Le, car je n'ai plus rien à révéler, plus rien à manifester." (St Jean de la Croix - La Montée du Carmel, livre II, ch. 20).
La Parole de Dieu tient donc une grande place dans les Enseignements ?
Dans les Enseignements bien sûr, mais les retraitants sont ensuite fortement encouragés à lire, à méditer les textes de l'Ecriture qui ont pu être évoqués, et aussi ceux qui sont plus particulièrement proposés pour nourrir la prière entre les enseignements. Les temps de silence doivent être remplis d'un climat de prière qui se nourrit d'abord essentiellement de la Parole de Dieu : "Si quelqu'un m'aime, il observera ma Parole, et mon Pèreevenir alors transformante, génératrice d'un dynamisme de Vie dont l'ampleur et la force m'avaient peut-être échappé au départ. Une parole du Seigneur reçue comme une semence dans une bonne terre, donc dans une oreille et un coeur réceptifs peut produire du fruit en abondance. Nos retraites sont imprégnées d'un climat marial.... La Vierge Marie nous aide à garder et à méditer toutes les Paroles en notre coeur. Elle nous introduit dans une prière du coeur par l'accueil de la Parole. Que de retraitants onevenir alors transformante, génératrice d'un dynamisme de Vie dont l'ampleur et la force m'avaient peut-être échappé au départ. Une parole du Seigneur reçue comme une semence dans une bonne terre, donc dans une oreille et un coeur réceptifs peut produire du fruit en abondance. Nos retraites sont imprégnées d'un climat marial.... La Vierge Marie nous aide à garder et à méditer toutes les Paroles en notre coeur. Elle nous introduit dans une prière du coeur par l'accueil de la Parole. Que de retraitants ont pu rendre grâce à la fin de nos retraites, simplement parce qu'ils ont pris le temps d'accueillir la Parole. "Seigneur, dis seulement une Parole et je serai guéri". Ils ont fait l'expérience que la Parole de Dieu est vivante, "énergique et plus tranchante qu'aucun glaive à double tranchant" (He 4,12), qu'elle est comme une pluie fécondante : "De même que la pluie et la neige tombent du ciel et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et fait germer pour qu'elle donne la semence au semeur et le pain à celui qui mange, de même la parole qui sort de ma bouche ne revient pas à moi sans effet, sans avoir accompli ma volonté et réalisé ce pour quoi je l'ai envoyé " (Is. 55,10-11). L'accueil de la Parole de Dieu en cet état d'esprit, cela change tout !
Il est sans doute facile de prendre du temps pour lire la Bible durant les 5 jours de retraite, mais beaucoup de retraitants ne se plaignent-ils pas d'un manque de temps dans leur vie quotidienne. L'agenda est déjà bien rempli. Est-ce possible de lire ou de prier chaque jour la Parole de Dieu?
Il y a d'abord une question de priorité. Si au cours d'une retraite j'ai effectivement réalisé à quel point le Seigneur se révèle et se donne à moi, réchauffe mon coeur en m'introduisant dans le jardin secret des Ecritures, je dirai "encore !" et prendrai les moyens de la Rencontre. Si, au contraire, je n'en ai pas fait l'expérience, ce sera plus difficile... Plein de bonne volonté, j'essaierai peut-être de suivre les conseils du prédicateur et prendrai chaque jour un rendez-vous avec le Seigneur en m'appuyant sur la lecture de la Parole de Dieu : peut-être aurai-je à "ramer" un peu, mais si j'ai un coeur de désir, que je suis les conseils donnés au cours de la retraite, le Seigneur se révèlera à moi. Je suis un peu dans l'attitude de Zachée qui a "entendu" parler du Seigneur et prend les moyens pour Le rencontrer : courant à l'avant du chemin où Jésus doit passer, et montant sur un sycomore... Jésus passe et me dit: "descends vite, il me faut demeurer chez toi". Inutile de dire que la joie de Zachée accueillant Jésus en sa maison devient mienne. Le Saint-Esprit me réchauffe le coeur et me révèle la voix et le visage de Jésus au carrefour des Ecritures. Je me découvre alors être une brebis unique aux yeux du Seigneur, aimé tel que je suis et appelé par mon nom.
Mais je n'ai pas encore répondu à la question : Supposons qu'effectivement je n'aie pas le temps de lire l'Ecriture dans mes journées chargées, ce dont je doute très fort (Les Français passent en moyenne 4 heures devant leur poste de télé chaque jour... mais, bien sûr, je ne me reconnais peut-être pas comme appartenant à ce groupe de téléphiles acharnés...). Eh bien alors, soyons ingénieux pour le Royaume ! Je puis très bien le soir consacrer un petit temps de "lectio divina", lire par exemple les textes de la messe du lendemain, ou un petit passage du Nouveau Testament, en lecture continue, en demandant à l'Esprit-Saint de m'éclairer pour que je perçoive ce qu'il veut me révéler à moi plus personnellement. L'Esprit-Saint vient en aide à ma faiblesse, ou à mon manque de temps. Surtout, il voit mon coeur de désir : j'ai peu de temps disponible, mais ce que j'ai, je le donne. Le Seigneur me le rendra et me comblera au centuple. Sans doute, à la lecture, tel ou tel passage du texte me touchera davantage, tel ou tel verset... Ce pourra être alors un trésor, une perle précieuse, que je pourrai le lendemain garder en mon coeur, et le reprendre, le répéter, le goûter, et ceci durant mes activités ; je pourrai faire une plongée en Dieu ne serait-ce qu'une minute par-ci, par-là, avec ce verset. J'en verrai tout le bienfait et goûterai la Présence de Paix du Seigneur au coeur de ma vie. Au lieu de vivre stressé, je vivrai davantage dans le calme et la sérénité, car je vivrai en Dieu, je demeurerai en Lui en gardant ainsi sa Parole. "Celui qui m'aime, c'est celui qui garde ma Parole". Et puis je pourrais aussi compléter cela le week-end en prenant un temps un peu plus long pour le consacrer au Seigneur et à sa Parole. Et n'oublions pas que le week-end comporte pour beaucoup, non seulement deux jours... mais à présent trois ! Quel temps gagné pour le Seigneur !
Vous insistez aussi beaucoup sur la Parole de Dieu comme moyen de guérison...
C'est à la fois une conviction de foi et une constatation, fruit de l'expérience.
Il est normal que la Parole de Dieu, accueillie avec humilité dans un coeur réceptif, accomplisse son oeuvre, puisque c'est Dieu Lui-même qui vient me rencontrer et me toucher , c'est Lui qui est à l'oeuvre. Devant un coeur de désir qui dit "Qu'il me soit fait selon ta Parole", Dieu "craque", si vous me permettez l'expression. Il donne libre cours à son Amour, ou, soyons plus juste, son Amour peut facilement se frayer un chemin et visiter toutes les zones de mon être puisqu'il n'y a plus de barrière, mais une ouverture à son action. La Parole vient alors comme s'incarner, se faire chair en moi, et peut être ainsi moyen privilégié de guérison: elle me restructure, me recrée là où j'en ai besoin . Je ne m'en rendrai peut-être pas obligatoirement compte du jour au lendemain, mais au fil des semaines le Seigneur me permettra de toucher du doigt la transformation.
C'est ainsi que j'ai pu constater que tel passage d'Evangile, telle Parole d'Ecriture reçue en un coeur réceptif était comme un "sacrement de guérison" L'Ecriture devient vivante et guérissante pour la personne qui l'accueille. Je pense à tel homme qui a du mal à manifester la tendresse de son coeur d'époux ou de papa, parce que simplement il n'avait pas reçu, enfant, de marques explicites de tendresse particulièrement de son papa. La lecture priée de la rencontre du Père avec le fils prodigue de la parabole du chapitre 15 de St Luc, pendant plusieurs semaines, s'est avérée source de guérison profonde - 6 mois après, de retour parmi nous, son épouse et lui-même ont ensemble témoigné de la transformation opérée. Je pense aussi à cette femme qui comblait un manque d'affection d'enfance, une sorte de "vide" existentiel par une forme de boulimie. La découverte de l'amour privilégié du Seigneur pour elle et la "rumination" d'un verset de psaume ("Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien" (Ps 23,1) ) chaque fois que "le vide" se faisait sentir, l'a amenée rapidement à sortir de son état d'esclavage qui la faisait souffrir.
Nous pourrions multiplier les exemples...
Un jour, alors qu'au cours d'une retraite j'affirmais cette conviction, et que je présentais quelques exemples de l'oeuvre guérissante de la Parole de Dieu, une retraitante m'a demandé : "Avez-vous lu le livre de Simone Pacot, l'Evangélisation des profondeurs ?" Je ne l'avais jamais lu (elle me l'a alors offert par la suite ), mais j'ai alors constaté que mon expérience rejoignait celle de Simone Pacot, qui exerce un ministère de guérison intérieure en s'appuyant notamment sur la puissance guérissante de la Parole de Dieu.
Mais cela est nouveau dans l'Eglise ?
Pas du tout ! Cela a toujours existé, car la Parole de Dieu est toujours à l'oeuvre, et "Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui et demain". Cette "découverte" personnelle ne fait que rejoindre, je m'en suis rendu compte par la suite, l'expérience de nos frères orthodoxes ou des Eglises orientales, lorsqu'ils prient avec "la prière du coeur". Souvent nous pensons qu'il s'agit de la prière répétée, avec recueillement et conscience de la Présence du Seigneur en nous ou auprès de nous, de la formule "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur" (qui était le cri de l'aveugle de Jéricho en Lc 18, 38). Mais, en fait, il peut s'agir aussi de la répétition d'un verset de Psaume ou de toute autre Parole de Dieu : "A tout instant, quand tu t'endors ou t'éveilles, quand tu manges ou bois, quand tu parles avec quelqu'un, garde secrètement ton coeur appliqué à la prière, tantôt méditant un verset des psaumes, tantôt répétant : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi" (De la vie d'abba Philémon, ermite égyptien du VIIe siècle). Et nous pourrions citer une liste impressionnante de citations de saints ou d'auteurs spirituels russes ou orthodoxes nous explicitant le pouvoir de guérison intérieure de cette prière ainsi que sa puissance pour rendre victorieux dans toutes formes de tentations. (Jésus n'a-t-il pas rejeté le démon quand il fut tenté au désert, par la puissance de la Parole de Dieu?) Pour approfondir cela, je ne puis que renvoyer à l'excellent livre de Chariton, aux Editions de l'Abbaye de Bellefontaine : "l'Art de la prière".
Cette expérience est proposée
à tous. Mais je reviens au propos du départ alors
que nous parlions de l'importance de la Parole de Dieu en nos
retraites. Nous savons, le Seigneur nous l'a dit par l'intermédiaire
de Marthe, que les Foyers et les retraites en Foyers seraient
lieu de refuge de grandes détresses et lieu de guérison
des coeurs. Souvent nous percevons l'oeuvre de la grâce
dans le coeur des retraitants dès la fin de la re traite
; et si nous pouvons louer le Seigneur pour une grâce particulière
bien repérée, il n'empêche que souvent Il
bénit une personne de diverses manières et par de
multiples canaux qui, parfois, échappent au retraitant.
Pour ma part, je suis sûr que la Parole de Dieu accueillie
dans un coeur humble est un canal essentiel. Sa Parole est vivante
! J'en suis un témoin privilégié, et cela
ne fait qu'accroître mon amour du Seigneur pour tant de
miséricorde !
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"Ils ont gardé ta Parole"
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Parole du Père Finet
"Ils ont gardé ta Parole"
Suivons Jésus au Chapitre XVII
de Saint Jean.
"Et maintenant, ô Père, glorifie-moi auprès
de toi, de la gloire que j'avais auprès de toi avant que
le monde fût.
J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés
du monde pour me les donner". Je leur ai dit que ton
nom est Père, et notre Père. Et je pourrais presque
dire la même chose, maintenant, pendant cette retraite :
Père, j'ai manifesté ton nom aux retraitants que
tu m'as donnés, je leur ai dit que tu es Père, leur
Père et notre Père.
Et "ils ont gardé ta Parole. Ils savent à
présent que tout ce que tu m'as donné vient de toi".
Jésus est une vie reçue.
"Car les paroles que tu m'as données,
je les leur ai données. Ils les ont reçues et ils
ont compris vraiment que je suis sorti de toi, et ils ont cru
que tu m'as envoyé".
Autrement dit, je suis une vie reçue de toi : ton Fils.
Non seulement, j'ai manifesté ton nom de Père, mais
ils savent que je suis ton Fils.
"C'est pour eux que je prie".
Il est entouré de ses apôtres.
"Je ne prie pas pour le monde".
En voilà une parole curieuse. Et cependant, il va monter
sur la croix pour le monde.
"Mais pour ceux que tu m'as donnés, car ils sont
à toi, et tout ce qui est à moi est à toi,
et tout ce qui est à toi est à moi".
Avez-vous remarqué cette formule d'amour, d'échange.
La joie de l'amour, c'est la joie de l'échange.
Si vous priez, si vous vivez dans l'unité, le monde croira.
"Pendant que j'étais avec eux, je les gardais en ton nom que tu m'as donné, et je les ai conservés. Et nul d'entre eux n'a péri, hormis le fils de perdition. Je leur ai donné ta Parole et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde".
Mais non, vous n'êtes pas de l'esprit du monde. Vous êtes de l'Esprit du Christ. Vous serez souvent en opposition avec l'esprit du monde.
"Comme je ne suis pas du monde. Je
ne te prie pas pour que tu les enlèves du monde".
Mais non, ce serait bien dommage. Soyez
de vrais chrétiens au milieu du monde. Soyez des témoins.
"Mais pour que tu les gardes du mal. Ils ne sont pas du
monde, comme je ne suis pas du monde. Sanctifie-les dans la vérité".
La vérité, c'est Dieu notre Père,
et Marie notre Mère. La voilà la vérité.
"Ta parole est vérité.
Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie
dans le monde".
Partez dans le monde.
"Et je me consacre moi-même pour eux afin qu'ils
soient, eux aussi, sanctifiés en vérité.
Or, je ne prie pas seulement pour ceux-ci".
... mes apôtres...
"Mais je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à
cause de leur parole".
Celle des apôtres.
" afin que tous soient un, comme toi-même,
ô Père, tu es en moi et moi en toi".
Vous devez être UN, mais pas
de n'importe quelle unité : l'unité du Père
et du Fils, qui est faite par l'Esprit-Saint.Tout le monde est
appelé, mais il n'y a que peu d'élites. Et vous
en êtes. Vous avez la mission de vivre dans l'unité,
mais dans l'unité qui est celle du Père et du Fils.
Pourquoi?
"De façon que le monde croie".
Ce monde pour lequel Jésus ne prie pas
: il n'est pas prêt à le recevoir. Si le monde vous
voit vivre dans l'unité, il dira:"Voyez comme ils
s'aiment". Le monde changera dans son coeur, il sera prêt
à recevoir la prière de Jésus et la conversion.
Mais, si vous ne vivez pas dans l'unité, le monde ne se
convertira pas. D'où notre responsabilité: elle
est très grande, très grave.
"Je ne prie pas pour le monde".
Je prie pour que vous viviez dans l'unité; pour que
le monde, en vous voyant vivre dans l'unité, croie à
l'amour. Et que, croyant à l'amour, il change son coeur
et se convertisse. Voilà le secret de l'apostolat.
Vivre, c'est recevoir pour donner.
Je vous dirais volontiers ce que Saint Paul
disait à Timothée:
"O Timothée, garde ma parole que
tu as reçue avec l'aide du Saint-Esprit" (2 Tim. 1,14).
Vous la gardez, vous, dans le coeur, la parole que je vous ai enseignée avec l'aide du Saint-Esprit, et pas seulement avec votre mémoire.
"Que tu as reçue, en présence
de nombreux témoins" (2 Tim. 2,2).
Vous êtes, vous aussi, de nombreux
témoins à recevoir ensemble la parole.
Cette parole:"Confie-là à un homme sûr
qui soit capable lui-même de la transmettre à d'autres".
Ce message que vous avez reçu, gardez-le dans votre
coeur, avec l'aide du Saint-Esprit qui va, sans cesse l'animer
au-dedans de vous, le rendre vivant. Ne le gardez pas pour vous,
car vivre c'est recevoir pour donner. Vous le gardez pour le donner
à des hommes sûrs que vous allez rencontrer. Et à
ces hommes sûrs, vous leur témoignerez ce que vous
avez reçu, par votre parole et par votre attitude;
si bien que vous serez tellement convaincants que vous en enverrez
dans les retraites, et que beaucoup se convertiront à leur
tour.
Si je vous interrogeais: qui vous a fait venir ici? Derrière vous il y a toujours un homme sûr, un ancien retraitant qui vous a dit: "Il faut y aller". Et vous avez écouté et vous êtes venus. Et je vous dis la même chose, car si vous gardez la parole dans vos coeurs et ne la transmettez pas à des hommes sûrs, vous étouffez ma parole et je gémis parce que vous empêchez à mon ministère de prendre toutes ses dimensions. Mon ministère prendra toutes ses dimensions à travers votre témoignage à des hommes sûrs "afin que le monde croie".
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Témoignage |
Vivre de Ta Parole
" Ta Parole me réveille chaque matin. Chaque matin elle me réveille "
Ta Parole me nourrit, Seigneur. Elle me nourrit, parce qu'elle est profonde, consistante. Elle me nourrit et j'ai faim d'elle.
" Déjà vous êtes
purs grâce à la Parole que je vous ai fait entendre.
" (Jn 15,3)
J'ai faim d'elle et j'en ai besoin. Ta Parole purifie. Elle est
agissante. Elle est plus grande que nous. Elle ne surcharge pas
mais, dans sa pureté, traverse en profondeur notre être.
J'ai faim d'elle, parce que j'ai faim de Toi, Seigneur. Lire ta Parole, c'est déjà une forme de communion avec Toi, parce que c'est Toi qui nous parle. En même temps, elle Te révèle à nous, nous permet de Te connaître, en vérité, de devenir tes familiers. Elle touche tout homme.
J'ai faim d'elle, parce qu'elle est vraie et sobre et qu'en l'abordant il me semble parfois pénétrer dans un désert ... Le désert n'est-il pas le lieu de l'intimité avec Toi ? Le lieu où, libéré de tout ce qui nous détourne de Toi, nous sommes doucement portés à nous appuyer sur Toi seul.
Donne-nous la foi, Seigneur, que nous puissions
vivre de ta Parole. Donne-nous d'être, à travers
elle, en communion avec tous nos frères qui s'en nourrissent.