
SOMMAIRE
Communication de Mgr Rylko
à l'occasion du Centenaire de la naissance de Marthe Robin
Une étape décisive de la vie de Marthe Robin
Marie-Thérèse GILLE
Grâces et faveurs obtenues par l'intercession de Marthe Robin
Etat de la Cause de Marthe Robin
Bernard PEYROUS
Rencontres avec Marthe Robin : témoignages
Marthe Robin vue par les enfants
Quelques orientations du Père
Finet
sur vocation et mission du Foyer de Charité
Des évêques demandent un Foyer : pourquoi ?
Père Bernard MICHON
de la naissance de Marthe Robin : 13 Mars 2002
Françoise DEGAUD et Sophie GUEX
du Baptême de Marthe Robin : 5 Avril 2002
Paloma VERNY
1ère étape
: 1902-1918. Naissance et adolescence de Marthe Robin
Marthe Robin est née le 13 Mars 1902, à Châteauneuf-de-Galaure, bourg rural du Nord du département de la Drôme, appelé maintenant la Drôme des collines. Ses parents, Joseph Robin et Célestine Chosson, y possédaient, au quartier des Moïlles, une modeste maison construite en pisé, entourée de 13 hectares de terres. Il fallait travailler dur pour subvenir aux besoins d'une famille nombreuse.
Marthe Robin fut baptisée le 5 Avril 1902 en l'église de Saint-Bonnet de Galaure dont dépendait alors le quartier des Moïlles.
En 1903, la famille
Robin connut l'épreuve d'une épidémie de
fièvre typhoïde. Parmi les enfants atteints, l'avant-dernière,
Clémence, en mourut, et Marthe en resta fragile.
En 1909, Marthe prit le chemin de l'école, au bas
du village de Châteauneuf. Sa santé ne lui permit
pas d'accomplir une scolarité suivie : aussi elle ne put
passer le Certificat d'Études.
A la paroisse de Châteauneuf-de-Galaure, Marthe Robin reçut le sacrement de Confirmation en 1911, fit sa première Communion, le 15 Août 1912. Dès son enfance, elle a eu, pour la Sainte Vierge une affection filiale et c'est bien souvent qu'elle la prie. Marie sera toujours pour elle Mère et Éducatrice.
En 1914, elle quitte l'école du village et prend part aux travaux de la maison et de la ferme.
2e étape : 1918-1928. Dix ans de lutte contre la maladie
En 1918, Marthe Robin ressent les premiers effets de la maladie qui ne la quittera plus : une encéphalite. Tout est fait pour la soigner : visites à plusieurs médecins, soins, cure de bains résineux à Saint Péray en Ardèche. Pour pouvoir acheter les médicaments prescrits, Marthe Robin coud et brode pour quelques personnes qui lui demandent de travailler pour elles, car son travail est toujours particulièrement soigné. Dix ans de luttes contre la maladie, avec espoirs de guérisons et rechutes désespérantes.
En 1928, au cours d'une Mission Paroissiale à Châteauneuf, elle comprend, par une grâce de Dieu, que c'est dans la maladie et par la souffrance désormais acceptée et offerte, qu'elle pourra être unie au Cur de Jésus en Croix, le Rédempteur de tous.
3e étape : 1928-1936. Grâce d'union mystique
Avec l'aide du Curé de la Paroisse, l'abbé Faure, Marthe Robin pénètre de plus en plus dans une vie de silence, d'offrande, de prière. Son union intérieure à Jésus devient telle que chaque vendredi, elle sera associée aux souffrances de Jésus dans sa Passion pour tous les hommes.
En 1929, 2e poussée de la maladie. Tétraplégie
et paralysie des voies digestives.
Ses amis de la Vallée viennent lui confier leurs soucis, leurs interrogations, leurs épreuves, leurs joies aussi et montent chez elle en famille, avec leurs enfants. Les enfants, Marthe Robin les aime : leur éducation lui est chère, elle rencontre souvent les institutrices de la vallée, les animatrices des patronages.
Bientôt, s'impose à elle l'idée d'ouvrir une école chrétienne pour enfants et jeunes filles ; elle en parle à l'Abbé Faure qui, malgré les difficultés du moment, achète la bâtisse centrale du château fort en ruines.
Le 12 octobre 1934, l'École accueille sept élèves de Châteauneuf et de la vallée de la Galaure. Peu à peu, Marthe Robin comprend que cette bien modeste école est le premier élément d'une oeuvre importante que Dieu veut enraciner dans la paroisse même de Châteauneuf.
4e étape : 1936-1948. Le temps difficile de la fondation du Foyer à Châteauneuf
Le 10 Février 1936,
la rencontre de Marthe Robin et de l'Abbé Georges Finet,
du diocèse de Lyon, sera l'occasion providentielle qui
permettra de préciser ce que seront les Foyers de Lumière,
de Charité et d'Amour. Dès le mois de Septembre,
du 7 au 13, l'abbé Finet prêchera, dans les locaux
de l'École, la première retraite de 5 jours qui
en marque le fondement effectif.
Le Père Finet et Marthe attendent longtemps le "détachement"
du Père Finet pour qu'il puisse accomplir à plein
temps sa mission à Châteauneuf.
En 1939, 3e poussée
de la maladie qui atteint la rétine : cécité.
Marthe Robin vit alors dans l'obscurité.
En 1943, création de deux Foyers de Charité,
l'un en Savoie, l'autre en Provence.
5e étape : 1948-1961. Période de fondation des Foyers de Charité en France et en Europe
Toujours attentive à ce qui touche l'éducation, elle participe à l'ouverture, en 1953 et 1954, de deux autres établissements scolaires, l'un à Saint-Bonnet de Galaure, l'autre à Châteauneuf, au lieu dit des Mendailles.
Elle continue à accueillir les visiteurs qui viennent de plus en plus nombreux et de tous les horizons sociaux, culturels, religieux, de France et de l'Étranger : en premier, des Belges, des Suisses, des Canadiens. Quand elle ne reçoit pas, elle se fait lire le volumineux courrier qui arrive de divers coins du monde.
Comme elle l'a appris dans son enfance, elle pense concrètement aux plus démunis et fait confectionner et expédier des colis pour les dispensaires et maternités tenus par des missionnaires, pour les assistantes sociales des prisons, pour des malades.
Elle prie, elle offre, elle intercède, pour chacun et pour tous les hommes du monde entier, pour les prêtres en particulier. Elle vit en fille de l'Église, non pas investie d'une mission officielle, mais à sa place, la plus humble possible, dans le silence, l'offrande et la prière incessantes.
6e étape : 1961-1977. Le développement des Foyers et leur extension Outre-Mer
En 1961, vingt-cinq ans après la fondation du Foyer de Châteauneuf, s'ouvre, au Togo, le premier Foyer de Charité d'Outre-Mer. D'autres suivront, en Afrique, en Amérique, en Asie. Les Foyers de Charité, implantés dans un diocèse à la demande de l'Évêque du lieu, participent à l'évangélisation demandée par le Concile Vatican II, pour préparer la Nouvelle Pentecôte annoncée par le Pape Jean XXIII. Animés par l'Esprit Saint, avec toute l'Église, Pères et membres du Foyer travaillent à révéler au monde le Christ-Lumière en faisant connaître son message d'Amour et de Salut universel.
En 1961 : 12 Foyers de Charité en France et en Europe.
Au fur et à mesure que l'Oeuvre se développe, Marthe Robin progresse dans le silence intérieur, le renoncement à tout appui humain, l'abandon total à la Volonté et à l'Amour Miséricordieux de Dieu.
7e étape : à partir de 1977. Recherche d'un statut ecclésial pour les Foyers de Charité
De toute sa force, Marthe Robin encourage et soutient les recherches et les efforts entrepris pour faire agréer les Foyers de Charité comme communautés de laïcs.
En 1980, elle a la joie de voir s'ouvrir, au Foyer de Châteauneuf, la Maison Saint Joseph, qu'elle a tant désirée pour les parents âgés des membres des Foyers.
Le 6 février 1981, mort de Marthe Robin. 6 évêques et près de 7OOO personnes viennent à ses funérailles le 12 février.
En 1981, il y a 52 Foyers de Charité.
En 2002 : 73 Foyers de Charité et 5 Foyers de Charité en fondation
Le 1er novembre 1986 : décret de reconnaissance de l'Oeuvre des Foyers de Charité comme Association Privée de Fidèles de caractère international par le Conseil Pontifical pour les Laïcs.
En Janvier 2000, remise
à Rome du décret d'approbation définitive
des statuts par le Conseil Pontifical pour les laïcs.
(Document daté du 8 Décembre 1999).
"Mes brebis pourront
paître... Elles n'auront plus faim, elles n'auront plus
soif... car celui qui a eu pitié d'elles les guidera et
vers les sources, il les conduira"... (Isaïe 49, 8-15)
Mercredi 13 Mars 2002, mercredi de la 4e semaine de Carême,
les textes de la liturgie du jour évoquent, comme en un
cri, la tendresse et la sollicitude de Dieu pour son peuple. Et
le peuple de Dieu réuni pour célébrer l'anniversaire
de la naissance de Marthe Robin en a été comblé.
Entre Cévennes et Vercors, cette terre de Galaure que Marthe Robin a tant aimée a accueilli plus de 3500 personnes de tous âges, toutes origines, toutes situations, de tous les coins de France, fidèle reprise de ce qui s'est passé chez Marthe pendant sa vie. Nombreux cars venus de différents départements, et tous ceux qui venaient en famille : jeunes ménages avec leurs enfants, grands-parents ayant bien connu Marthe et ses parents, personnes ayant un handicap, beaucoup de paroissiens de St Joseph de la Galaure, anciennes et anciens élèves des écoles du Foyer, membres des familles de Marthe et du Père Finet, jeunes religieuses et religieux... Très nombreux furent ceux et celles qui désiraient accueillir la Miséricorde de Dieu dans le Sacrement de la Réconciliation.
A 14 heures, commença la prière du chapelet méditée par le Père Beaudry du Foyer d'Haïti, inspirée de paroles de Marthe, notamment sur le combat à mener pour réaliser notre propre vocation et sur la communion. Le Père nous préparait ainsi à l'Eucharistie, nous encourageant, à la suite de Marthe à ne pas bloquer les effets de la Présence féconde de Jésus en nous. La Messe, animée par l'orchestre et la chorale des trois écoles du Foyer fut présidée par le nouvel Évêque de Valence, Monseigneur Jean-Christophe Lagleize qui accueillit dans sa paternité cette grande communauté, née dans son diocèse et présente maintenant dans quatre continents : "la famille des Foyers de Charité". Il était entouré de plus de 70 concélébrants parmi lesquels Monseigneur Marchand qui donna l'homélie. La foule était impressionnante par son recueillement, sa ferveur et son action de grâces. La procession de Communion fut soutenue par les paroles fortes et pressantes du chant "a capella" "Devenez ce que vous recevez".
A l'issue de la célébration, le Père Michon donna lecture de la lettre de Monseigneur Rylko, Secrétaire du Conseil Pontifical pour les Laïcs rappelant que "Le Seigneur a voulu susciter dans l'âme de Marthe Robin un nouveau charisme au service de la Sanctification du Peuple de Dieu, auprès des laïcs et des prêtres. (...) Il est bien certain que l'Oeuvre commencée par Marthe Robin est un don pour l'Eglise qu'il faut soigneusement garder". Après la bénédiction finale, la chorale a joyeusement entonné le Magnificat dit "de Bourges", diocèse d'origine de Monseigneur Lagleize.
Homélie de Monseigneur Marchand, évêque émérite de Valence
13 mars 1902, à la Plaine, à la ferme des Moilles vient de naître une petite fille que ses parents nomment Marthe. Elle sera baptisée sous ce nom quelques jours plus tard. Elle a reçu de ses parents la vie et du Baptême voulu par ses parents, la grâce nécessaire pour entrer pleinement dans la vie de Dieu et devenir une fille de l'Eglise. Que sera cette enfant ? Ses parents l'accueillent et vont l'aimer jusqu'au bout quoi qu'il arrive. Que sera-t-elle cette petite Marthe ? C'est le mystère de toute vie qui commence. Aujourd'hui, nous pouvons regarder la vie de Marthe, pour rendre grâce et reconnaître ce que le Seigneur a fait avec elle et par elle. Comme lorsqu'on fête un jubilé en famille nous parlons ensemble de notre centenaire. Mais nous en parlons en regardant aussi ce que la Parole de Dieu de ce mercredi de la 4e semaine de Carême nous dit.
Pour Marthe, comme pour chacun de nous, le Seigneur est là dès le début. "Celui qui est plein de tendresse pour eux les conduira" nous dit Isaïe. "Il les mènera vers les nappes d'eau pour se rafraîchir... Il montre sa tendresse aux humiliés... Même si une mère abandonnait son enfant, dit le Seigneur, je ne t'oublierai pas". Cette merveilleuse Parole de Dieu en Isaïe est là pour nous rappeler que toute personne, que tout enfant qui vient au monde est accompagné par cette tendresse de Dieu. A chacun, au fur et à mesure de son existence, de la faire fructifier, de la cacher, ou de ne pas l'accueillir. Marthe a reçu cette tendresse de Dieu. Elle a fructifié en elle d'une manière merveilleuse.
Intimité de Marthe avec le Seigneur
On ne peut regarder la vie de Marthe, lire des pages de son journal intime, sans découvrir cette intimité, vécue avec son Seigneur. Cette tendresse dont parle Isaïe, a rempli le cur de Marthe. Elle s'est laissée aimer. Elle s'est laissée conduire vers la source d'eau vive et vers la lumière : "que je sois sans cesse un petit brasier" écrit-elle. "Pour moi, le Christ est ma vie, mes yeux et mon cur, tout mon être est plein de Lui". Se laisser aimer est parfois plus exigeant que d'aimer ou de croire aimer. C'est un combat spirituel, celui de l'abandon et de l'union. Elle écrit : "Mon abandon est tout fait de confiance, d'humilité et d'amour... la voie la plus difficile est rendue facile par l'abandon et l'amour" (1931). Ce langage n'est pas dans la logique du monde.
La fécondité de Marthe passe par la Croix
De ce chemin fait par Marthe découle une fécondité qu'il était impossible, même d'imaginer, au jour de sa naissance. La fécondité de Marthe, comme pour Jésus et avec Lui, passe par la Croix. Jésus nous l'a bien dit : "Celui qui ne porte pas sa Croix et ne marche pas à ma suite, ne peut pas être mon disciple"(Luc 14,27). Marthe veut être disciple de Jésus. Elle veut être aussi, comme elle l'écrit en 1932 : "l'associée de Jésus dans son oeuvre de rédemption". Elle s'est laissée remplir par la tendresse de Dieu, elle s'est abandonnée à cette tendresse, et voici qu'elle est associée à l'uvre de Rédemption. "Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ". (Col. 1,24). écrit St Paul aux Colossiens. St Augustin pense aussi que chaque chrétien est appelé à être en communion avec les souffrances du Christ au bénéfice de la communauté ecclésiale.
C'est le Christ qui réalise cette fécondité rédemptrice et Lui seul. C'est ce qui fait dire à Marthe que sa "croix est une croix d'amour" et que "le cur de Jésus en Croix est la demeure inviolable qu'elle a choisie sur terre".
Marthe est associée
intimement à la Croix du Christ, au "Dieu crucifié"
que prêche St Paul. Elle l'est de plusieurs manières.
Ce qu'on appelle les Passions de Marthe sont ces temps de contemplation
du Dieu crucifié. Ces journées où elle revit
la Passion de Jésus sont la source de sa fécondité.
La manière dont elle assume sa maladie et son handicap,
pendant laquelle, au fur et à mesure de son évolution,
elle abandonne ses mains, ses yeux, son corps et les offre au
Seigneur est source de fécondité. En cela Marthe
éclaire le chemin de ceux et celles qui ont à porter
des choses difficiles dans la maladie, l'handicap. Réalités
difficiles aussi à porter dans la vie quotidienne et sociale
: le chômage, les ruptures, les échecs familiaux
ou conjugaux, les exclusions, la solitude. Marthe a toujours été
proche des misères des hommes et surtout des plus petits,
défavorisés, des prisonniers Elle l'est aujourd'hui
encore :
Porteuse d'espérance, là où s'insinue le
désespoir.
"Petite lumière" quand les ténèbres
s'installent.
Source d'eau claire et limpide au milieu de l'aridité.
Elle manifeste ainsi, comme tout chrétien doit le faire,
la proximité attentive de Celui qu'elle appelle son "bien-aimé".
Elle le fait avec sa discrétion et sa petitesse, la conscience
de sa pauvreté, ce qu'elle appelle son "incapacité
de rien". (oct. 1931)
Marthe, fille de Dieu et fille de l'Eglise.
Ce qui frappe chez Marthe, c'est bien sa petitesse. Elle est réduite à rien et la source à laquelle elle puise fait tout en elle. Malade et recluse, elle est pleine d'activité missionnaire. C'est une fille de l'Eglise, qui, de l'endroit où elle est, remplit sa mission de baptisée. C'est une "fidèle du Christ" qui accueille. Les dizaines des milliers de personnes venues chez elle en témoignent. Simplement avec son bon sens de paysanne et sa foi de fille de Dieu et de fille de l'Eglise, elle communique un peu de la joie que le Seigneur mettait en elle. Elle rayonne l'espérance qui l'habite. Elle favorise la rencontre de l'amour qu'elle puise dans le cur de Dieu. Elle les porte ou les prend dans sa prière, comme elle aimait dire.
Dans ces rencontres toutes empreintes de simplicité et d'authenticité, des vocations se précisent. Des groupes ou des mouvements d'Eglise naissent ou se consolident un peu comme un foisonnement autour d'une source ou d'un puits.
Accueillir est une véritable mission d'Eglise. Aujourd'hui, plus que jamais, l'Eglise a besoin d'accueillants. C'est une mission pour tous les chrétiens, en particulier dans les paroisses nouvelles.
Fondation de l'Oeuvre
Marthe est prête à toutes les audaces lorsqu'il s'agit, comme elle l'écrit, "de l'amour et de la gloire de Dieu". Elle prend l'initiative de créer, depuis son lit d'handicapée, une école chrétienne pour les enfants. C'est l'abbé Faure, curé du village qui a bien les pieds sur terre, qui est chargé de mettre en oeuvre cette initiative de Marthe. Audacieux projet dans un contexte local plutôt hostile à ce moment-là. L'Oeuvre des Foyers allait commencer avec cette petite école et la prière des enfants. A l'arrivée du Père Finet l'Oeuvre des Foyers se développe. Les premières retraites sont prêchées et bientôt des Foyers se construisent en France, en Europe et dans le monde : des Foyers de Lumière, d'Amour et de Charité. En 1986 les Foyers sont érigés en association de droit pontifical. En l'année jubilaire 2000 (Document daté du 8 Décembre 1999), les statuts définitifs sont approuvés. Marthe avait souhaité une "nouvelle Pentecôte d'Amour". Cela se réalise par les Foyers et prend toute sa force avec le Concile que Marthe attendait et qu'elle reçut comme don de Dieu pour l'Eglise et le monde. Suivant la très belle expression du pape Paul VI, les Foyers apportent "un supplément d'âme".
"C'est au fruit qu'on reconnaît l'arbre" (Matth. 12,33), nous dit Jésus. En célébrant le centenaire de la naissance de Marthe, nous rendons grâce. Nous avons ensemble regardé quelques fruits bien visibles qui illustrent la vie de Marthe. Il en est d'autres, beaucoup d'autres. Ces fruits viennent du Seigneur qui a été accueilli dans la vie toute simple de son humble servante. Marthe a donné sa volonté et tout ce qu'elle était, sans restriction aucune. C'est la part qu'elle a prise et c'est une part essentielle. Elle l'a fait, accompagnée par Marie qu'elle aimait tant, "sa maman chérie". C'est dans l'esprit du "oui" de Marie qu'elle l'a fait. Elle a fait sa consécration à Marie dans les termes de St Louis Grignion de Montfort :" Je vous choisis aujourd'hui, ô Marie, pour ma Mère et ma Reine."
Après la célébration, une longue marche joyeuse et recueillie
se forma et conduisit la foule du Sanctuaire à la ferme
des Moïlles. Certains échangeaient, d'autres marchaient
côte à côte, en silence, le chapelet à
la main.
A la Plaine, au soleil couchant, même recueillement paisible
et prière dans la joie de la grâce accueillie. Pendant
plus de deux heures tous ceux qui le désiraient purent
passer un instant dans la chambre où Marthe a tant reçu.
En ce bref moment, chacun put confier à l'intercession
de sa prière ce qu'il avait au plus profond du cur. Dans
la cour, lecture à la Vierge Marie d'extraits du Journal
de Marthe, quelques Notre Père et Je vous salue Marie,
chants. Puis rencontres amicales, notre nouvel évêque
prenant ainsi contact avec les uns et les autres. Atmosphère
familiale respirant la simplicité et l'allégresse.
Puis ce fut la descente vers la vallée, paisible et priante,
chacun gardant toutes choses en son cur.
"La bonté du
Seigneur est pour tous,
Sa tendresse pour toutes ses oeuvres" (Ps. 144).
Une fois encore, nous l'avons vécu : aucun de nous n'est
reparti tel qu'il était arrivé.
"Béni soit le Seigneur, Dieu de Tendresse et d'Amour".
Françoise Degaud et
Sophie Guex
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Célébration du Centenaire du Baptême de Marthe Robin : 5 Avril 2002 |
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Le centième anniversaire du Baptême de Marthe a été très spécialement célébré par les trois Ecoles du Foyer de Châteauneuf. Les jeunes se réunissaient à Saint-Bonnet pour redécouvrir la grâce de notre propre baptême à travers un grand jeu.
Pour commencer la journée, une dizaine de chapelet et la Consécration à Jésus par Marie. 90 équipes se sont mises en place rapidement, constituées d'élèves de divers âges, écoles, classes tel le peuple de Dieu - pour parcourir différents points de l'Ecole où elles devaient découvrir les signes et les symboles du Baptême. Au terme de cette recherche, ils se sont rendus à l'église paroissiale où chacun a pu passer la porte, signe du Christ, pour entrer dans l'Eglise, par le baptême ; on a prié le Notre Père autour du petit baptistère où Marthe est devenue enfant de Dieu. Ces étapes se sont terminées par le signe de croix tracé par chacun sur lui avec de l'eau du Jourdain.
Les équipes se sont mises en marche pour monter à la Plaine. Cette montée s'est faite dans une lumière croissante : le soleil se montrait peu à peu, éclairant toute cette belle nature au printemps. Le moment à la Plaine a été privilégié, par la bonne chaleur du soleil et de celle des rencontres et des témoignages. Le petit orchestre inter-Ecoles et les chants accueillaient chaque invité.
Le Père Yves de Boisredon est venu témoigner de sa vocation de prêtre, née d'une rencontre avec Marthe alors qu'il était enfermé dans une vie très superficielle. Témoignage vrai d'un prêtre heureux, avec qui nous avons applaudi l'Oeuvre de Dieu !
Rencontre aussi avec Mgr Jean-Christophe Lagleize, notre nouvel Evêque depuis quelques mois. Chaque école s'est présentée à lui avec son histoire, sa grâce. Un élève de chaque école, aussi, a donné son témoignage personnel : ce qu'il y a découvert, comment il a cheminé dans la foi, ce que Marthe est pour lui, ce qu'il lui doit, comment elle l'a aidé dans sa vie familiale et personnelle.
Tout ce petit peuple s'est remis en marche vers le Sanctuaire Sainte Marie, Mère de Dieu pour célébrer l'Eucharistie qui couronnait cette Fête. Dès l'entrée, nous revoyions les symboles du Baptême : la procession avec la Croix et l'Evangéliaire ; près de l'autel le Cierge pascal et, devant, une cuve baptismale remplie d'eau avec laquelle nous avons été bénis par l'Evêque. L'Evangile a été entouré par la lumière de lumignons tenus par les plus jeunes enfants. Au cours de la prière universelle ont été nommés ceux qui dans les écoles se préparent au Baptême.
A la fin de la célébration, Monseigneur Lagleize a envoyé cette assemblée de jeunes dans leur famille et dans le monde « pour annoncer les louanges de Celui qui (les) a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P2,9).
Paloma VERNY
Homélie de Monseigneur Lagleize, évêque de Valence
Chers Amis,
Chers frères et surs dans le Christ,
Oui, je vous salue de cette façon car, par le baptême, nous sommes frères et surs dans le Christ avant d'être jeunes, laïcs,prêtres, religieux, religieuses, évêque, consacré(e)s, diacres, nous sommes d'abord frères et surs en Christ.
Ensemble, nous sommes des disciples du Christ, nous portons le beau nom de chrétien, car Dieu le Père,par pure gratuité, a fait de nous ses enfants au jour de notre baptême.
Ecoutons ce que dit le prêtre
ou le diacre qui baptise avant l'onction avec le Saint Chrême
:
"Tu es maintenant baptisé : le Dieu tout puissant,
Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur,
T'a libéré du péché
Et t'a fait renaître de l'eau et de l'Esprit Saint.
Désormais tu fais partie de son peuple,
Tu es membre du Corps du Christ
et tu participes à sa dignité de prêtre,
de prophète et de roi.
Dieu te marque de l'huile du salut,
afin que tu demeures dans le Christ
pour la vie éternelle".
Le baptême est toujours à l'initiative de Dieu, c'est Lui qui vient à nous, nous appelle, nous consacre, nous envoie.
Bien sûr, Dieu se sert d'intermédiaire, pour la majorité d'entre nous, comme pour Marthe Robin, ce sont nos parents qui ont été les intermédiaires car nous étions des bébés, le jour de notre baptême, mais c'est Dieu qui a pris l'initiative de faire de nous son fils, sa fille.
"Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force". (Is 49,4).
Et aujourd'hui, dans ce Sanctuaire, certains se préparent au baptême, ils ou elles ont découvert que Dieu, le Père de Jésus-Christ, les invitait à renaître dans l'Esprit Saint, c'est vraiment une joie pour toute l'Eglise d'accueillir de nouveaux frères et surs. Ils nous réveillent, nous aident à mieux comprendre et vivre notre baptême, à mieux comprendre et vivre que "Jésus est devenu la pierre d'angle. En dehors de Lui, il n'y a pas de salut. Et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver". (Act. 4,11-12).
Marthe nous le redit à
sa manière :
"O grandeur de la vie chrétienne. Elle nous transporte
et nous absorbe en Dieu, elle fait de nous des enfants de Dieu,
étroitement unis à leur Père, comme Jésus
Fils de Dieu et uni à son Père". (22.2.30).
"Toute la religion chrétienne est dans l'union de l'âme à Dieu par Jésus-Christ, rien de plus tout est là. "Nul ne vient à mon Père que par moi". nous dit Jésus" (12.1.32).
Le Baptême, l'Eucharistie, la Confirmation sont les sacrements qui font le chrétien. Par ces sacrements, nous sommes ce peuple, "ce peuple que Dieu fait sien afin de chanter les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière".
Ce peuple de Dieu répandu
par tout l'univers, vous avez la chance, jeunes qui vivaient ici
à proximité du Foyer de Châteauneuf de le
voir, de le rencontrer, profitez-en. Malgré nos doutes,
nos hésitations, nos imperfections, notre péché,
essayons de redire avec Marthe:"Je suis content
contente mon Dieu parce que vous m'aimez et que vous
voulez bien que je vous aime ! Courage, confiance en aimant toujours
plus. Mon Dieu !" (2.231).
Amen
+ Jean Christophe LAGLEIZE
évêque de Valence
Père Bernard MICHON
Au lendemain de sa première rencontre avec Marthe Robin, le Père Finet s'en alla demander conseil au Père Albert Valensin, son directeur spirituel, ce bon père Jésuite lui dit :" Marthe Robin : Catherine de Sienne ! Elle est d'Eglise. Marchez !" Cette parole fut d'un grand soutien pour le Père Finet, car dans les années qui suivirent, la reconnaissance par l'Eglise ne fut ni rapide ni massive. Les Evêques de Valence ont toujours, chacun selon son tempérament, soutenu "Marthe et Châteauneuf", c'est-à-dire le Foyer avec ses retraitants, les Ecoles et tous ceux qui venaient se confier à la prière de la Plaine. Ce soutien des Evêques successifs de Valence a beaucoup compté pour Marthe elle-même, car il fallut de nombreuses années et de longues attentes pour que le Père Finet soit officiellement détaché à plein temps pour Châteauneuf : de la part du Cardinal-Archevêque de Lyon, c'était en effet une semi-reconnaissance du ministère qu'il accomplissait à Châteauneuf et donc, implicitement, de celle qui, dans le silence et l'offrande, portait cette Oeuvre encore naissante. Ce constant soutien des Evêques de Valence venait confirmer l'enracinement local de l'Oeuvre dans ses débuts. Marthe voyait bien que c'était "dans la Paroisse", nous dirions aujourd'hui "dans l'Eglise locale" que Jésus voulait enraciner et commencer ce grand projet de son Cur. Mais cela demande du temps, et de marcher dans la foi, car les opinions peu favorables, voire les critiques n'ont pas manqué. Même pour Marthe, sa constante certitude que le Foyer était l'Oeuvre de Jésus et non la sienne, a été éprouvée par des nuits et des doutes qui remettaient tout en cause. Marcher avec l'Eglise ne veut pas dire que tout soit clair et sûr. C'est ce que le Père Finet appelait l'obéissance à l'Eglise : une obéissance féconde certes, mais coûteuse.
Durant ces longues années de 1936 à la reconnaissance de l'Oeuvre des Foyers par le Conseil Pontifical pour les Laïcs en 1986 des Foyers sont nés, d'abord en France et en Europe, puis à partir de 1961 en Afrique avec le Foyer du Togo, et en Amérique Latine grâce à Laetitia van Hissenhoven, cette laïque qui, après avoir connu Marthe, voulut répercuter en Colombie les grands thèmes de la retraite fondamentale entendue à Châteauneuf.
Cette éclosion fut, peut-on dire, surtout charismatique, ce qui ne veut pas dire que tout se fit sans peine ni difficultés. Discrètement, chaque semaine, Marthe priait, souffrait, offrait. Les Foyers naissaient dans sa prière, parfois de longues années avant toute réalisation, ou dans la prière d'un groupe d'amis et anciens retraitants. Assez souvent un prêtre, très marqué par ce qu'il avait vu et reçu à Châteauneuf, désirait transposer, plus que reproduire, ce qu'il avait reçu auprès de Marthe et du Père Finet. Pour cela il fallait l'accord de son Evêque, lequel pouvait se montrer prudent, consentant ou réservé sur cette Oeuvre et d'abord sur ses fondateurs, Marthe Robin et le Père Finet.
Vint le Concile Vatican II, avec ses grands textes sur l'Eglise, la vocation de tous à la sainteté, la mission de tous les baptisés, la Parole de Dieu, la place de la Vierge Marie dans l'ensemble du Dessein de Dieu. C'était une puissante confirmation des principaux accents déjà donnés par Marthe dans sa première rencontre avec le Père Finet le 10 Février 1936 ; c'était surtout l'extension à toute la vie de l'Eglise de cette mystérieuse et merveilleuse Pentecôte, nouvelle Pentecôte ou Pentecôte d'Amour, appelée par Marthe dans ses prières et déjà rendue visible à chaque fin de retraite.
La référence à l'Evêque, même si elle n'est pas première, donne cohésion et développement à un Foyer et à toute l'Oeuvre. De même que dans chaque Communauté le Père du Foyer "bâtit" le Foyer avec les membres, de même l'Evêque établit un lien de communion avec la pastorale locale et avec toute l'Eglise, dans cette ecclésiologie de communion promue par le Concile. La plupart des Foyers ont continué de naître à la demande expresse d'un prêtre venu à Châteauneuf, qui obtient l'accord de l'Evêque où le Foyer pourra s'implanter. Des évêques eux-mêmes viennent à Châteauneuf, rencontrent Marthe, assistent à une fin de retraite, et peuvent ainsi mieux réaliser ce qu'ils avaient entendu dire. A un évêque venu lui demander un Foyer de Charité pour soutenir un séminaire qui démarrait, Marthe répond après un temps de silence : "Non, les Foyers c'est pour les laïcs. Les séminaristes et les prêtres aussi peuvent venir en retraite". C'est l'époque où le Père Finet, dans ses visites aux Foyers, tient beaucoup à rencontrer les Evêques, pour leur manifester que les Foyers sont bien une Oeuvre d'Eglise; à chaque Messe, il prie "pour tous les Evêques de nos Foyers de Charité" !
Les plus récentes demandes (on comprendra que je les garde anonymes) proviennent d'Evêques qui ne sont jamais venus, ou pas encore venus, à Châteauneuf. Ces Evêques on eu l'occasion de connaître un Foyer, dans leur Pays ou dans un Pays voisin ; ils ont apprécié son rayonnement, en particulier par les retraites, et souhaitent qu'un Foyer puisse aussi s'implanter dans leur région. "Je prie pour qu'un jour il y ait dans notre diocèse ou la région un Foyer de Charité, car je sais que vous êtes une Oeuvre sérieuse et discrète". Autre demande :"Mon diocèse est encore très jeune, et avec l'implantation d'une université, il serait vital qu'il y ait un lieu de formation chrétienne pour tous ces étudiants". Ou encore : "Le diocèse qui m'a été confié est une terre de première évangélisation. Le milieu est semi-islamisé mais très prosélyte. La population est jeune. Un Foyer de Charité en vue de l'annonce de l'Evangile du salut apportera une précieuse contribution aux personnes en quête de Dieu et de sa Parole. Ce sera une grande chance pour notre diocèse".
Marthe n'est pas encore bienheureuse, et nous ne ferons rien pour anticiper le jugement de l'Eglise. Ceci dit, le charisme initial des Foyers continue de porter de beaux fruits : visites à la Plaine, discrètes mais souvent décisives, retraites qui continuent avec le témoignage de ceux qui y ont participé. Les Evêques savent maintenant ce que sont les Foyers : pour les membres comme pour le père, il s'agit d'une vraie vocation baptismale, avec un appel à vérifier, une formation à promouvoir, une consécration totale et définitive à Jésus par Marie qui est le fondement et l'exigence de chacune de nos journées. La nouveauté aussi de notre "vie de famille", un prêtre avec des laïcs, tous consacrés en vue d'une mission d'évangélisation par les retraites dans les Ecoles là où il y en a, dans les prolongements d'un apostolat local. Cette nouveauté n'est pas encore perçue par tous. Car là est bien notre nouveauté : non pas d'être une Communauté ; il y en a depuis longtemps, anciennes et nouvelles. Nous sommes prêtre et laïcs ensemble : le sacerdoce ministériel du prêtre au service des membres et avec eux, avec elles, au service d'une mission d'évangélisation. Les membres du Foyer, par leur vocation baptismale, leur vie quotidienne et l'offrande de soi-même, sont les agents, comme les relais de cette mission qui vient du Christ et des Apôtres.
Nous sommes très attentifs à ce que Monseigneur Rylko nous suggère : votre mission n'est pas seulement diocésaine, elle est universelle, il convient de faire connaître vos sources, ce charisme unique qui a commencé avec Marthe Robin et le Père Finet et qui, comme tous les charismes puisqu'ils viennent de Dieu qui est la Vie, ne demande qu'à progresser et s'étendre. A nous donc, avec les Evêques, de veiller à ce que cette croissance soit en cohésion avec la grâce des débuts. La reconnaissance définitive des Foyers de Charité le 8 Décembre 1999, et la remise officielle du Décret d'approbation par le Cardinal Stafford en Janviers 2000 lors du pèlerinage jubilaire des Foyers, marquent et marqueront certainement une nouvelle étape. Si les Foyers sont une "Association Privée de fidèles de caractère international", la caractéristique d'une Association privée sauvegarde précisément le charisme initial, qui n'est pas venu d'un diocèse particulier ni d'un Evêque, mais de Marthe Robin avec le Père Finet. Avec les Membres, et leurs Pères, les Foyers, ensemble, sont les premiers responsables du développement de ce charisme. Je comprends de mieux en mieux une des expressions fréquentes du Père Finet lorsqu'il parlait de "la marche en avant des Foyers", insistant sur le fait qu'à ses yeux les Foyers de Charité n'en sont encore qu'à leurs débuts.
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Témoignages |
Comment j'ai découvert Marthe
Dans le silence d'une petite chapelle, qu'au Foyer de Charité de Tressaint on appelle "la crypte", j'aime souvent rejoindre par la pensée Marthe Robin, notre sur bien-aimée. Et pourtant, au départ, je n'étais pas attiré par elle. Je ne refusais pas son "mystère". Simplement, cela ne me concernait pas. Je venais à Châteauneuf de Galaure depuis 1960, très régulièrement, pour faire ma retraite et pour aider le père Finet ou le père Pagnoux dans les retraites qu'ils dirigeaient.
L'évènement
Il a fallu la détresse d'un de mes élèves pour qu'à mon propre étonnement, je m'entende lui proposer : "Si nous allions en parler avec Marthe Robin, à Châteauneuf de Galaure ?" L'élève, étrangement, quoique loin du Seigneur, a tout de suite accepté. Et c'est ainsi que le 18 septembre 1962, à 15h15, pour la première fois, je franchissais la porte de la petite chambre obscure, ne sachant pas que j'allais y trouver la lumière. Commença alors avec Marthe une amitié féconde qui dura jusqu'à sa mort et se prolonge, maintenant, dans l'invisible.
Pendant 4 ans, je fréquentai
Marthe au rythme des retraites que je servais plusieurs fois par
an et j'avais ainsi l'occasion de l'approcher, ne fût-ce
que pour lui apporter la liste des retraitants qu'elle devait
recevoir le lendemain. Je ne me rendais pas compte de l'imprégnation
progressive que sa douceur et sa fermeté allaient produire
dans mon âme de prêtre. J'ai conscience maintenant
que, nombre de fois, Marthe s'était arrêtée
en chemin, car elle ne voulait pas forcer ou violer une intimité
que je n'offrais pas volontiers. Et pourtant ma confiance en elle
et dans le père Finet allait croissant, d'autant plus que
mûrissait en moi le désir profond de fonder, quand
l'heure en serait venue, un Foyer de Charité.
J'aimais, malgré la distance, lui apporter mes soucis apostoliques
et parfois mes interrogations. Elle donnait assez peu de conseils.
Cependant, lorsqu'on sortait de sa chambre, tout paraissait alors
simple, lumineux, limpide et, somme toute, joyeux. Marthe avait
une manière bien à elle de dire : "Je vais
vous porter" ; ou encore : "On va prier" qui nous
apportait une tranquille espérance au fond de nos plus
troubles désarrois.
Marthe s'intéressait aux problèmes les plus divers
Marthe ne parlait jamais d'elle. Mais elle avait une très grande capacité à s'intéresser aux problèmes les plus divers. Elle m'interrogeait sur mon métier de professeur. Nous parlions de tout, mais surtout des personnes. Je pouvais lui apporter le souci de mes élèves, de ceux qui se préparaient à être prêtres et de ceux, plus nombreux hélas ! qui "s'interrogeaient sur la foi" ou, déjà, avaient choisi de marcher sur des routes différentes des nôtres.
Je fus effaré de sa mémoire des personnes qu'on lui avait recommandées. Je me rappelle lui avoir parlé d'un prêtre de mon diocèse qui avait eu un très grave accident de voiture. Elle l'avait rencontré une seule fois, lorsqu'il avait fait sa retraite. Je l'avais confié à sa prière. Et puis, le temps passant, j'avais oublié ce frère. Quelque 10 ans après, elle me demanda de ses nouvelles. Pour moi, il me fallut un certain temps pour découvrir de qui il s'agissait. Pour elle il était présent à son cur, comme au premier jour. Marthe, semblait-il, vivait une telle communion à Dieu qu'elle voyait toute chose déjà "dans l'éternel amour et dans l'unité". Pour elle, le temps, comme pour les prophètes, s'écrasait dans l'éternité.
Elle avait une compassion
immense pour les personnes blessées, mais
aussi pour les pauvres et les pécheurs. Je me rappelle
ce prêtre qui était sur le point d'abandonner son
sacerdoce et dont je lui parlais. J'entends encore Marthe crier
d'une voix douloureuse : "Oh ! le pauvre petit, comme il
va avoir mal, comme il va souffrir !"
Marthe ne désespérait jamais, même si elle vivait avec beaucoup d'anxiété, voire même d'angoisse, la situation délicate qui affectait l'Église de France. Et j'ai toujours été frappé de la justesse de ses propos et de l'exactitude des conseils qu'elle donnait aux retraitants.
Dans son influence discrète, je me suis renouvelé sans cesse
Mes fréquentes "montées à la Plaine" ont certainement eu un impact très profond sur mon sacerdoce, sans même que je m'en sois rendu compte sur le moment. C'est auprès de Marthe Robin que j'ai pu découvrir quelque chose de l'infinie tendresse de l'Amour Miséricordieux de notre Père. Ce fut pour moi une véritable transfiguration de mon être sacerdotal et éternellement j'en serai reconnaissant à Dieu et à sa servante. C'est grâce à elle aussi que je n'ai jamais désespéré d'une âme que le Seigneur approchait de moi, quelque difficile et douloureux que pouvait être son chemin.
Dans son influence discrète, je me suis renouvelé sans cesse et j'ai vécu avec une hâte de plus en plus grande l'espérance d'être un jour, moi aussi, père d'un Foyer de Charité.
La Fondation du Foyer de Tressaint
En 1966, l'espérance devint réalité lorsque le Cardinal Gouyon, au nom des 12 évêques de la Région Apostolique de l'Ouest, vint demander au père Finet "la création d'urgence d'un Foyer de Charité, le plus près possible de sa ville épiscopale". Le père m'a transmis la demande et, bien sûr, m'a envoyé en parler à Marthe. Je suis sûr qu'elle a pris ce projet dans sa prière. En effet, six mois plus tard le rêve était devenu réalité.
Et les soucis commençaient !
Je fus toujours très frappé de la délicatesse de son obéissance. Devant les soucis matériels insurmontables qui nous accablaient, un jour, elle voulut nous aider. Je l'entends encore m'inviter à prendre, dans sa commode, une enveloppe contenant quelque argent. Mais avant de me permettre de l'emporter comme un trésor doublement précieux, elle m'envoya d'abord au Foyer demander au père Finet, pour elle, la permission de me donner cet argent.
Quand nous passions à Châteauneuf, elle recevait volontiers, malgré sa fatigue, les membres de notre Foyer. Chacun était une histoire personnelle, parfois difficile, souvent douloureuse. Elle avait le mot qui permettait de retrouver force et courage pour assumer la route nouvelle qui s'ouvrait. Mais jamais elle ne prenait de décision, car elle ne voulait en aucune façon prendre la place du père ou du membre lui-même.
C'est ainsi que, progressivement entre Marthe et le prêtre que je suis, s'est approfondie cette amitié où se mêlaient le divin et l'humain, avec une telle harmonie que, selon le mot du père Finet, "ici le surnaturel est devenu naturel". On venait à la Plaine tout simplement ; on en ressortait tout différent.
Je garde un souvenir très vivant de la communion de Marthe le mercredi soir. Montaient à la Plaine les membres de tous les Foyers présents à Châteauneuf. Nous attendions dans la cuisine. Le père entrait ; Marthe se confessait, puis, après un temps qui nous semblait toujours très long, nous étions admis à entrer dans sa petite chambre. Commençait alors un dialogue fraternel entre Marthe et les divers membres des Foyers. Jésus était là, attendant de se conjoindre à sa petite servante ; Marthe interrogeait tous ceux qui étaient présents ; elle avait un mot pour chacun. Nous étions tellement heureux de nous dire que lorsqu'elle aurait reçu Jésus Eucharistie, elle nous emporterait en Lui jusqu'au Père.
Lorsque le père Bondallaz, le 7 février 1981, m'a informé de la mort de Marthe, il m'est apparu que c'était la dernière offrande qu'elle avait pu faire pour accomplir jusqu'au bout l'Oeuvre que le Seigneur lui avait confiée.. En 1986 les Foyers de Charité étaient accueillis, dans leur originalité, au sein du Conseil Pontifical pour les Laïcs.
Et maintenant...la présence de Marthe continue
Et maintenant la présence de Marthe continue. Nous sommes témoins de la puissance d'intercession qu'elle déploie auprès de Celle qu'elle appelait notre "Maman Chérie". Avec les moyens de la Gloire, elle est présente à chacun de nous, communie à nos souffrances, vibre à nos espérances, exulte en voyant toutes les conversions qui se dessinent en chacune des retraites dans tous les Foyers de Charité.
Nous aimons la rencontrer dans le silence de la prière. Elle nous aide à cheminer "sur les voies de la sainteté et de l'amour" jusqu'au jour où nous pourrons "voir toutes choses dans l'éternel amour et dans l'unité".
Père van der Borght, Foyer de Charité de Tressaint
Malheureux, brisé, je suis reparti, comme tant d'autres, réconforté
De mes passages à Châteauneuf
de Galaure, j'en aurais beaucoup à dire. J'en ai simplement
retiré une paix inexprimable, un réconfort. Marthe
était pour moi une envoyée du Ciel, une envoyée
de la Vierge Marie. Vraiment j'ai été comme tant
d'autres au Foyer de Charité de Châteauneuf, tous
ces malheureux qui viennent, crucifiés, brisés,
désemparés et qui repartent réconfortés.
Voilà pour moi ce qu'est Marthe Robin : un autre Christ,
un reflet du Christ.
Voilà un des souvenirs que je garde de Marthe Robin. Il y avait une jeune dame que j'avais assistée dans des conditions épouvantables en Algérie. J'étais commissaire de Police. Son mari avait été tué dans une embuscade. Elle avait 20 ans. Elle attendait un enfant. Je me suis penché sur sa misère, et par la suite elle a perdu l'enfant qu'elle attendait. Quelques années après, je l'ai retrouvée : elle se laissait mourir. Je lui ai dit : "Dieu ne demande pas cela de vous". Je l'ai retrouvée à la Grotte de Lourdes. Je lui ai dit:"Ca suffit, venez avec moi" Nous sommes allés dans un café, je lui ai dit :"Vous allez faire immédiatement votre demande pour faire une retraite au Foyer de Châteauneuf". Et cette jeune femme est allée suivre une retraite au Foyer de Châteauneuf." Ensuite, elle a repris un parfait équilibre, maintenant elle s'est remariée et est parfaitement heureuse. C'est encore par l'intercession de Marthe, n'est-ce pas que cette personne a pu retrouver un équilibre alors qu'elle se laissait mourir dans le souvenir de son mari défunt ?"
René Douffiagues