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Numéro 212 Octobre 2002 |
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SOMMAIRE
Octobre 2002
Espérer contre
toute espérance
Frère Jean-Dominique DUBOIS, ofm
Les chrétiens,
témoins de l'espérance
Père Herbert HEUEL
L'évangélisation
de l'homme d'aujourd'hui
Père FINET
Quelle est mon espérance
Père Michel FOUREL
Message pour la clôture de l'Année
internationale du Bénévolat
Jean-Paul II
Témoignages :
Joie de la rencontre et de vivre ensemble
Quelques mois en Egypte
Vivre une expérience de bénévolat
"Témoins
de l'Aurore"
Homélie de Mgr Jean-Christophe Lagleize
Témoignages
Au Foyer de Baye
Adieu au Père OSSEMANN, père
du Foyer de Moresnet, en Belgique
Frère Jean-Dominique DUBOIS, ofm
Dans la pleine nuit de leurs vacances les balles
sifflent à leurs oreilles. Les jeunes adolescents fuient
le danger. L'un d'entre eux, quinze ans, est atteint quasiment
en plein coeur. Il mourra à son arrivée à
l'hôpital. Un autre garçon est légèrement
blessé. Geste insensé d'un vieillard malade, énervé
par le jeu des enfants. Le lendemain matin le village se réveille
atterré, dans un silence lourd, indescriptible. Pour tous,
la vie s'est brutalement arrêtée. Tout peut exploser
dans une vengeance sans nom. Les jeunes ne savent plus rire et
jouer. Ils sont prêts à se perdre dans n'importe
quel dérivatif.
Au retour d'un pèlerinage où je venais de prêcher,
j'apprends la nouvelle. Le drame me saisit comme une brusque vague
de tempête en haute mer. Prêtre de la Paroisse, il
me faut agir. Je visite toutes les familles. Je fais des kilomètres
pour rejoindre la famille de celui qui a été fauché
en pleines vacances. Elle a fui le lieu du drame. J'écoute.
Je suis en face de l'absurde. Oser dire l'espérance c'est
être là, avec tous. C'est entendre les cris de révolte,
laisser la peine s'exprimer. C'est croire que la vie est plus
forte. C'est se retrouver tous ensemble pour célébrer
une parole claire et forte, une parole qui nous est donnée:
"Le Christ au milieu de nous ! L'espérance de la
Gloire !" (Col 1,27) Oui, oser le proclamer, même
et surtout en face de la mort la plus injuste et la plus révoltante
qui soit. Contre toute espérance il y a une espérance
que Jésus seul nous révèle. Croire que, si
le pardon est difficile et représente un long chemin de
croix, il est plus efficace que tous les gestes qui voudraient
rendre la pareille. Certes à partir d'un tel drame l'entrée
dans l'espérance peut durer une vie entière. Mais
au terme l'espérance est certaine. Elle débouche
sur la pleine lumière.
Ce dimanche là, jour des Rameaux, une jeune fille de la Paroisse vient de rejoindre mystérieusement Jésus dans sa Passion. Comme le Seigneur, elle avait trente-trois ans. La voici dans son cercueil, après un douloureux cancer. Tous les copains et copines sont là pour entourer les parents. C'était leur fille unique. Ils veulent célébrer cette vie et ne pas croire que tout s'arrête là. Que c'est dur pourtant ! Si peu de convictions chrétiennes et d'ouverture à l'au-delà ! Que savons-nous de demain et de toujours ? Y-t-il un au-revoir ? Pourquoi mourir si jeune? Au retour du cimetière ses camarades les plus proches, le visage creusé par les larmes versées, me disent : "Vous, mon Père, vous avez la pêche" Je ne m'attendais pas à cette réflexion, qui, dans leur langage, signifiait qu'elles avaient entendu quelque chose de ma prédication. Il fallait, en effet, être un peu fou de la folie de Dieu pour, au coeur de leur détresse, leur avoir proclamé cette espérance immense que le Christ nous ouvre, par sa Passion et sa Résurrection, les portes d'un avenir éternel. La souffrance du papa de la défunte est trop grande. Il n'a pas pu recevoir le message. La vie qui reprend au-delà de l'épreuve n'est pour lui "que le carnaval qui continue". Mais l'amitié nouée au cours de ce deuil, les paroles échangées, les prières vécues ensemble ne porteront-elles pas un jour en son coeur de père l'espérance invincible des chrétiens ? Je l'ai constaté en d'autres circonstances douloureuses.
Chrétien, quelle est grande notre espérance. Ne pleurez pas sans espérance, nous dit saint Paul (1 Th 4,13). Soyez toujours prêts à répondre de l'espérance qui est en vous, nous recommande l'apôtre Pierre (1 Pi 3,15). En Jésus Christ nous sommes appelés à "espérer contre toute espérance" (Rm 4,18).
Dieu lui-même
nous ouvre à l'espérance
Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Dieu
d'Israël et de Jésus Christ, ne cesse de nous ouvrir
le coeur à l'espérance. Toute l'histoire du peuple
saint est une histoire d'hommes ayant vu se lever en leur coeur
une immense espérance. Cette espérance n'est pas
forcément facile à vivre. Les paroles et les gestes
de Dieu sont parfois difficiles à recevoir pour oser espérer.
Cela est vrai non pas d'abord à cause du Seigneur mais
surtout en raison de l'obscurité de nos coeurs. Le temps
de Dieu n'est pas le nôtre et il y a parfois bien loin de
la promesse à sa réalisation. Mais inlassablement,
irrésistiblement, Dieu se manifeste comme le Dieu fidèle
qui suscite pour tous ses enfants l'espérance d'un bonheur
infini. Cette espérance, rien ni personne ne pourra empêcher
Dieu de l'offrir à ceux qu'il aime d'un amour jaloux.
Aujourd'hui encore, dans le transbordement de civilisations que
nous connaissons, au milieu de toutes les évolutions merveilleuses
et redoutables de notre monde moderne, le Pape Jean-Paul II nous
est donné comme un grand témoin de l'espérance.
Avec lui d'innombrables témoins de ce temps sont là
pour attester que Dieu n'abandonne jamais les siens. Qu'il nous
suffise de repenser à la célébration des
martyrs de l'Année du Grand Jubilé. Ce dernier siècle
a donné plus de martyrs qu'en toute autre époque.
Auprès du Seigneur Jésus, hommes et femmes de toute
condition, ont puisé la force d'une immense espérance.
Tous étaient de la race d'Abraham.
Voici plus de quatre mille ans, Abraham s'est levé. Il a quitté son pays, sa terre et les siens, pour partir vers un pays inconnu. Il est parti sur la seule parole du Seigneur. Il est parti alors qu'humainement la réalité lui était totalement contraire. Oser croire qu'à son grand âge il pourrait accomplir un long voyage et refaire sa vie. Quand on connaît toutes les recommandations actuelles pour ne pas déraciner les personnes âgées! Vraiment Dieu ne semble pas être raisonnable. Quant à croire que malgré son grand âge il enfanterait. Avouons que Sara avait de quoi rire. "Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom; sois une bénédiction Par toi se béniront tous les clans de la terre." (Gn 12, 3) Dieu dépasse la mesure et semble se rire affectueusement de lui quand il lui affirme : "Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux Telle sera ta postérité." (Gn 15, 5). Mais c'est nous qui ne connaissons pas Dieu. Abraham lui, nous dit la Genèse (15, 6), "crut en Yahvé qui le lui compta comme justice." Dieu espère tellement en son serviteur qu'il va jusqu'à lui demander "l'impossible" : l'offrande totale de son fils. Il s'agit de son fils unique, des prémices de la réalisation de la promesse. Isaac est le signe tangible qui prouve à Abraham qu'il a bien eu raison de se mettre en route contre toute raison humaine. Abraham n'hésite pas pourtant à obéir et à faire cette offrande. O admirable geste ! Confiance inégalée ! Pourquoi ? Parce que, comme il le dit à son fils : "Dieu pourvoit." (Gn 22, 14) Oui Dieu est celui qui pourvoit à toutes les nécessités de ses enfants. Dieu Père, l'unique Père des cieux, celui dont nous contemplons la plénitude de la paternité en Jésus Christ, Abraham nous l'annonçait mystérieusement par l'obéissance de sa foi. A ce patriarche des croyants et des martyrs de tous les temps l'apôtre Paul rend témoignage : "Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d'une multitude de peuples." (Rm 4, 18)
Dieu espère en l'homme
D'où vient donc l'espérance sinon
du coeur même de Dieu qui espère en l'homme et en
sa création. Dieu a créé toute chose bonne.
Il ne peut se résoudre à ce que sa création,
dont l'homme est le sommet, n'atteigne son but. "Qu'est-ce
que l'homme Seigneur que tu le connaisses, le fils d'un homme
que tu en prennes souci? Tu l'as fait un peu moindre qu'un dieu,
le couronnant de gloire et d'honneur pour qu'il domine sur l'oeuvre
de tes mains." (Ps 8, 5-7) Comme il s'est réjoui,
Dieu, devant l'ouvrage de ses mains ! "Et Dieu vit que
tout cela était très bon" chante le livre
de la Genèse (Gn 1, 31). Dieu est incapable d'avoir imaginé
le mal. Malheureusement le péché de l'homme et l'envie
du diable (Sag 2,24) ont introduit toutes sortes de maux sur la
terre. Disharmonie et dé-création en tout genre
atteignent les hommes et la création tout entière.
Aucune vie n'y échappe. Même le riche et celui à
qui tout semble réussir finissent par mourir. Cette terrible
réalité de la souffrance des humains et des limites
de toutes choses inspire à Qohélet des propos bien
sombres sur la vie terrestre. "Vanité des vanités,
tout est vanité J'ai regardé toutes les uvres qui
se font sous le soleil: eh bien, tout est vanité et poursuite
de vent ! " (Qo 1, 2, 14) Dieu lui, il espère
et il invite tout homme à l'espérance. Cela d'ailleurs
il l'a déposé dans le coeur de l'homme d'une manière
secrète mais bien réelle.
A Toronto, au cours des dernières Journées Mondiales
de la Jeunesse, Jean-Paul II a livré à ce sujet
des paroles fortes. "Même si j'ai vécu des
moments de profondes ténèbres, sous de durs régimes
totalitaires, j'ai vu assez de choses pour être convaincu
de manière inébranlable qu'aucune difficulté,
qu'aucune peur n'est assez grande pour étouffer complètement
l'espérance qui jaillit éternellement dans le coeur
des jeunes." (Homélie de la messe de clôture
du 28.07.2002) Le Pape poursuit en disant : "Ne laissez
pas mourir l'espérance" C'est vrai qu'il y a des
situations si terribles que l'homme peut en arriver à désespérer,
jusqu'à vouloir mettre fin à ses jours Mais ne serait-ce
pas là encore, dans une issue aussi dramatique, la soif
d'espérer inscrite au plus intime de l'être humain
qui s'exprime dans un geste de désespoir ? Assoiffé
d'espérance, se heurtant à trop de limites et de
souffrances lourdes à porter, l'homme ne cherche-t-il pas
à atteindre dans un geste fou et moralement inacceptable
l'objet d'une espérance ? Non il ne faut jamais laisser
l'espérance mourir en nos coeurs et se soutenir les uns,
les autres, pour entrevoir ensemble quelle espérance nous
ouvre l'appel du Seigneur (Eph 1, 18).
Dieu, plus intime à nous-même
que nous-même, nous invite inlassablement à l'espérance.
Il nous révèle progressivement qu'aucune force de
mort n'aura jamais le dernier mot.
A son peuple écrasé par l'esclavage de l'Egypte
Il promet la Terre où "ruisselle le lait et le
miel" (Ex 3, 17). Au seuil de cette terre Il invite ses
enfants à ne pas désespérer devant la tâche
que représente la conquête du pays. "Va avec
la force qui t'anime et tu sauveras Israël de la main de
Madiân." dit-Il à Gédéon (Jg
6, 14). Lorsque Israël sera déporté à
Babylone en terre étrangère sans plus aucun signe
de la présence de son Dieu, les prophètes annoncent
la renaissance du peuple tels des ossements desséchés
qui reprennent chair et vie (Ez 37, 1-14). Quand bien même
il ne demeurerait qu'un petit reste, le Seigneur Dieu est capable
de lui redonner vigueur (Is 10, 20-22). Aux jours des martyrs
d'Israël, après tant de siècles de luttes et
de déceptions pour rester fidèle à l'Alliance,
naît en Israël l'espérance de la résurrection
(2 Mac 7, 14 ; 12, 43).
La Vierge Marie est là au pied de la
croix, debout, nous dit saint Jean. A côté de Jésus
crucifié, dans cette attitude fondamentale de la vocation
de la femme d'être "à côté"
de l'homme, une "aide semblable à lui", Marie
espère au-delà du glaive qui lui transperce le coeur.
Jésus dans sa cruelle passion s'en remet tout entier à
son Père s'élevant plus haut que l'océan
de péché qui tend à submerger son âme.
Marie est auprès de lui dans cette espérance contre
toute espérance que Dieu se souvient toujours de son amour,
de la promesse faite à ses pères en faveur d'Abraham
et de sa race à jamais (Lc 1, 54-55). Dieu le Père
a tout remis à son Fils, tout son désir de sauver
l'humanité entière. D'une certaine manière
on peut dire que le Père "espère" en son
Fils Le Fils se remet tout entier au Père dans l'attente
que le Père fera tout pour qu'il soit victorieux de la
mort. Lui aussi il "espère" en son Père
Ainsi Dieu espère en l'homme, parce qu'en Jésus
Christ l'espérance ultime de l'homme s'est réalisée.
Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. C'est le cri de
foi de l'Eglise naissante. La pierre angulaire sur laquelle est
bâtie toute notre existence chrétienne. Si quelqu'un
de notre humanité est allé au plus bas de nos enfers,
il y a pour tous une espérance immense. Car personne, absolument
personne, ne peut dire que sa souffrance, quelle qu'elle soit,
Jésus ne l'a pas assumée en sa passion. Ce qui fait
qu'aucun homme sur cette terre ne pourra jamais mesurer ce que
le Christ a souffert par amour pour nous sur la croix. Pas même
les saints, affirme Jean-Paul II. En Jésus tout homme peut
espérer sortir des impasses les plus rudes, ou les plus
noires, parce que Jésus en croix a porté cette souffrance
précise et terriblement concrète, qui atteint cet
homme en question. A un pauvre pénitent qui n'espérait
plus rien tant son passé était lourd le Padre Pio
répondit : "Dieu lui, mon fils, espère en
toi."
Ne pas laisser mourir l'espérance
Et nous, voulons-nous mettre en Jésus toute notre espérance ? Qu'il nous suffise de relire sans cesse l'histoire du peuple d'Israël et de l'Eglise pour voir et croire que notre Dieu, le Père de Jésus, est "notre espérance" (Saint François d'Assise). Faisons de notre passé un motif d'espérance en gardant précieusement en notre mémoire du coeur tous les gestes que Dieu a accomplis en notre faveur. Implorons l'Esprit Saint afin qu'Il nous ouvre l'intelligence des Ecritures et l'intelligence de notre vie pour entrer dans l'espérance qui nous est offerte en Jésus Christ. Apprenons les uns par les autres à lire en nos vies les promesses d'espérance. Ayons la sagesse de laisser à Dieu les temps et les moyens de réaliser ses promesses. "Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur." (1 Cor 1, 9)
Nous sommes au dix-neuvième siècle. Un jeune dominicain entre dans la prison pour femmes à Cadillac près de Bordeaux. Il se demande bien ce qu'il peut espérer en étant chargé de prédication auprès de ces femmes rejetées de la société pour toutes sortes de méfaits. C'est prenant sur leur temps de repos qu'il peut leur prêcher. Au cours d'une nuit d'adoration il est bouleversé par la puissance de l'Evangile qui leur redonne toute leur dignité. L'intuition d'une fondation de vie religieuse naît en son coeur. Cette communauté accueillerait ces femmes dans une vie de consacrée avec d'autres n'ayant pas connu un passé lourd. Chose impensable à l'époque que des anciennes prostituées, des criminelles, entrent dans la vie religieuse, c'était exclu pour la société chrétienne bien pensante d'alors. Pourtant Marie Madeleine et la Vierge Marie, la vierge purifiée et la vierge toujours pure, étaient ensemble au pied de la croix. Dans les cellules les plus noires d'une prison de ce temps, l'espérance chrétienne a été une nouvelle fois, plus forte que tous les barreaux et toutes les chaînes. Le mot d'ordre de cette congrégation, les Dominicaines de Béthanie, c'est celui de toute vie chrétienne authentique : espérer contre toute espérance à cause de Jésus.
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Les chrétiens, témoins de l'espérance dans notre société occidentale ? |
Père Herbert HEUEL
Le Père Herbert Heuel est psychologue et responsable d'un centre pour jeunes en difficulté, en Allemagne, dans le land de Sarre. Il prêche aussi des retraites dans les Foyers de Charité.
Un vieil adage, puisé dans la sagesse humaine, dit que l'espérance est la dernière à mourir. Dans les situations les plus désespérées, tant qu'il reste une étincelle d'espoir, tout n'est pas perdu. Lorsque cette faible lumière n'est plus, l'espoir s'est évanoui.
Pour vivre, les individus, les sociétés et les
peuples ont besoin d'espérance ; l'avenir est devant
eux tant qu'ils portent une espérance et ils dépérissent
quand ils l'ont perdue. C'est ainsi qu'au cours de l'histoire
de grands peuples ont régressé à un niveau
insignifiant, parfois même ils ont totalement disparu. Ce
processus de dégradation est-t-il déjà en
cours pour notre société occidentale ? Si c'était
le cas, pourrait-on encore l'arrêter et les chrétiens
n'auraient-ils pas une contribution décisive à apporter
?
Apparemment la société occidentale, imprégnée de christianisme, semble bénie et bien des hommes rêveraient de ses bienfaits. Nulle part au monde, il n'y a autant de millionnaires, la couverture sociale y est particulièrement dense. Nous avons la plus grande espérance de vie.
Cependant le scepticisme et la peur restent présents.
Les jeunes ont peur de l'avenir ; ils s'inquiètent pour
leur emploi, craignent que les ressources de la terre ne
s'épuisent ou ne soient polluées,
que la technique et le progrès n'entraînent l'homme
à sa perte. A cela s'ajoute la peur des épidémies.
Et depuis le 11 Septembre 2001, même ceux qui se sentaient
en sécurité, ne sont plus très sûrs
d'être à l'abri d'un attentat.
Le scepticisme face à l'avenir retient les jeunes
d'avoir des enfants, certains renoncent sciemment au mariage car
ils ne se sentent pas capables de tenir cet engagement. Pourquoi
devraient-ils avoir plus de chances que d'autres, puisque aujourd'hui
un couple sur trois se sépare après quelques années
et que cette proportion monte à la moitié dans les
grandes villes ? Ils préfèrent rester ensemble aussi
longtemps que cela leur plaît, puis changer de partenaire,
tant qu'ils en ont envie.
L'espérance et la constance sont devenues des mots incompréhensibles. Et l'on traite de menteur ou d'hypocrite, celui qui, malgré les difficultés, persévère dans la vie de couple.
"Fun" est devenu le mot magique qui remplace
l'espérance ; c'est-à-dire jouir sans limites autant
et aussi longtemps que cela est possible. Le sexe, l'alcool et
la drogue sont sensés offrir le bonheur aux jeunes. Certains
passent des soirées dans des discothèques où
ils se laissent griser de musique tonitruante pour ne plus penser
à quoique ce soit. Le lendemain, ils dorment . Il y a une
autre façon de lutter contre l'absurdité de la vie
le "workoholisme" ; on ne s'intéresse plus qu'au
travail ou bien on n'achète que des produits de luxe et
on finit par s'endetter.
Fun, une formule pour fuir la frustration éprouvée
devant l'absurdité de la vie, fuite éphémère,
puisque des dizaines de milliers de jeunes, surtout entre 20 et
35 ans, se suicident chaque année en Europe occidentale.
Face à cette situation, l'Eglise ne semble pas proposer les réponses qui conviennent, tout au moins, on ne les lui demande pas. Cela tient à l'image que beaucoup se font de l'Eglise ; ils la puisent dans leur expérience personnelle ou dans les clichés que véhiculent les médias, clichés tirés de l'histoire ou du présent : on peut citer les Croisades, l'Inquisition ou le comportement de certains hommes d'Eglise aujourd'hui. C'est pourquoi beaucoup de personnes, surtout des jeunes, prônent cette devise : "Croire, oui, mais en dehors de l'Eglise" ; à leurs yeux il n'est pas question de soumettre sa foi à une autorité humaine: "Je suis capable de me forger ma propre opinion sur Dieu et sur le monde ; je sais ce qui est bien et ce qu'il faut faire. De toute façon, la vérité objective n'existe pas".
On constate, il est vrai, une recherche de spiritualité,
il ne s'agit pas forcément de spiritualité chrétienne,
on lui reproche d'être trop moralisante ; on préfère
les religions et les sagesses extrême-orientales. Dans toutes
les grandes villes, les magasins d'ésotérisme alimentent
cette tendance et font de bonnes affaires. Pour compléter
le tableau, il y a les sectes qui garantissent le salut à
bon compte et se transforment en piège pour beaucoup.
Que devrait-il se passer pour que l'Eglise ait de nouveau une chance de rejoindre les têtes et les coeurs des hommes d'aujourd'hui, en particulier des jeunes ? A-t-elle encore une chance auprès d'eux? On peut, bien sûr, répondre à cette question par l'affirmative
Il faudrait que l'initiative en revienne aux chrétiens.
La première chose que l'on est en droit d'attendre d'eux,
c'est qu'ils soient crédibles. Cela veut dire, ni plus
ni moins, qu'ils soient témoins de l'idéal élevé
qu'ils poursuivent et .que leur mode de vie en soit l'illustration.
Rien ne nuit plus à la Bonne Nouvelle de Jésus que
de s'en servir comme un moyen d'action, de se cacher derrière
de belles paroles et de mener une vie en contradiction avec ce
qui est dit. Bien sûr les chrétiens ne sont pas meilleurs
que les autres ; ils ont droit à l'erreur et ils en font.
Mais ils ne font pas mystère de leurs efforts pour sans
cesse recommencer, parce qu'ils sont animés d'une espérance.
Ils ne se sentent pas supérieurs aux autres car ils savent
qu'ils ont toujours besoin d'être sauvés. Les chrétiens
sont des hommes droits et humbles, ils savent qu'ils ont tout
reçu et ils sont en recherche, ils sont des pèlerins,
frères et soeurs de ceux qui sont avec eux en chemin. Les
premiers chrétiens étonnaient par leur mode de vie,
par la façon dont ils se comportaient les uns avec les
autres. Les Actes des Apôtres relatent qu'ils n'avaient
qu'un coeur et qu'une âme. Contrairement aux non-chrétiens,où
les différences entre riches et pauvres étaient
manifestes, ils mettaient tout en commun.
Face à l'individualisme généralisé
et à l'égoïsme qui séparent et isolent,
on assiste dans notre société occidentale à
la recherche de nouvelles formes de vie commune. Des
communautés chrétiennes vivant d'une façon
familiale, sous un même toit, peuvent être un modèle
pour lutter contre l'anonymat et la solitude auxquels de plus
en plus de jeunes et de moins jeunes sont exposés dans
notre société industrialisée et à
la recherche du rendement. Notre société occidentale
a besoin d'une nouvelle image de l'être humain : qu'il
ne soit plus considéré comme l'objet de satisfaction
d'instincts égoïstes, particulièrement la femme.
Pour les chrétiens, chaque homme, à l'image de Dieu,
est unique dans l'unicité de son corps et son âme
; de cette conception, il tient un comportement responsable dans
le domaine de sa propre sexualité et dans sa responsabilité
envers son partenaire qui n'a pas à être exploité
ou dégradé. Les mots respect et maîtrise de
soi ont besoin d'être redécouverts. Pour développer
dans ce domaine un modèle convaincant et attrayant , il
est nécessaire de constituer un "petit troupeau",
où chacun se sait solidaire de l'autre et le soutient.
Jésus lui a promis son assistance. Lc 13,32.
Les chrétiens dans le monde occidental
doivent réfléchir à leur façon de
posséder les biens matériels. Un
mode de vie luxueux devrait aller de pair avec une générosité
qui l'équilibrerait. Des chrétiens pourraient se
mettre d'accord pour s'engager ensemble à verser une partie
de leurs revenus au service d'une oeuvre sociale. Il est impossible
de se passer de ce soutien mutuel pour rester fidèle à
de tels engagements. Un homme seul est trop faible.
En même temps, des chrétiens luttent pour la justice
sociale, afin qu'une minorité ne soit pas la seule à
bénéficier de la majorité des biens au détriment
des autres. Même si les conditions de vie en Europe occidentale
sont relativement bien assurées grâce à une
bonne couverture sociale, les chrétiens prennent à
coeur le fossé existant entre le Nord et le Sud de la planète.
Ils s'investissent pour apprendre à partager généreusement
avec ceux qui dépendent de leur solidarité.
S'il est vrai que l'un des besoins les plus fondamentaux de l'homme
est celui de la liberté, ce
besoin que Dieu a enraciné dans le coeur de l'homme, l'Eglise
ne doit jamais s'exposer au soupçon de lui mettre des barrières,
quelles qu'en soient les raisons. Toute forme d'excès de
pouvoir va à l'encontre du témoignage de la vie
de Jésus . Et les gens le rejettent à juste titre;
tout ce qui a l'apparence de pouvoir sur un autre n'a pas de place
dans l'Eglise.
Cela commence dans la manière de penser : suis-je
prêt à tolérer la différence de l'autre
ou est-ce que je préfère l'éliminer ? Il
suffit quelquefois de petites différences pour rejeter
les autres et les discréditer. Dieu fait briller son soleil
sur les bons et les mauvais et Il envoie sa pluie sur les justes
et les injustes. Et Jésus en tire pour nous la conséquence
: "Vous aussi soyez parfaits, comme votre Père
céleste est parfait."(Mt.5,45-48)
Parce que les chrétiens sont convaincus que l'homme, fait
à l'image de Dieu, est unique, ils sont les défenseurs
intraitables de la vie ; que ce soit la vie de l'enfant à
naître, ou la vie de personnes handicapées ou âgées.
Si sur ce point les chrétiens ne sont pas nets, ils ressemblent
au sel dont Jésus dit qu'il a perdu sa saveur (Mt.5,13).
Malgré toutes les tendances dominantes dans notre société,
le monde attend ce témoignage de la part des chrétiens.
La seule chose qui puisse sans doute convaincre, c'est de voir
l'Eglise venir en aide à des mères en détresse,
en leur offrant un soutien très concret et en ne se contentant
pas de conseils trop théoriques. On voit ainsi des familles
prendre en charge des mères célibataires et les
aider à faire face à leurs problèmes. Cela
peut donner à réfléchir à d'autres
et peut être les inciter à s'engager eux-mêmes
pour une société plus humaine.
Les chrétiens puisent cette force dans une foi vivante. Ils croient qu'ils sont sauvés et que Jésus-Christ leur a donné son Esprit afin qu'ils transmettent sa Bonne Nouvelle et qu'ils en vivent. Ils sont profondément persuadés qu'ils ne sont jamais seuls, que l'Amour tout puissant de Dieu les accompagne et, qu'à cause de cela, il n'y a pas de situations désespérées. Même si leurs projets échouent, ils savent que "tout concourt au bien de ceux que Dieu aime". Les Chrétiens sont des optimistes et ils le sont de façon contagieuse ; ils ne se détournent pas du monde mais ils se savent appelés à le transformer ; et ainsi ils poursuivent l'action créatrice de Dieu. Leur foi n'en fait pas des utopistes mais des hommes réalistes et engagés.
Voilà pourquoi ils n'exploitent pas inconsidérément
la création, mais la reconnaissent comme un bien
que Dieu leur a confié et dont ils doivent prendre soin,
et qu'ils doivent préserver pour leurs descendants.
Notre monde a un besoin urgent de personnes qui s'opposent à
l'égoïsme de notre société capitaliste
tournée vers la satisfaction de besoins immédiats.
Des personnes qui sauraient redonner le goût du recueillement
et de la méditation. La vocation chrétienne ne serait-elle
pas la mieux adaptée à cette tâche ? Pour
sauver la terre il faut un ressort plus profond que des convictions
pragmatiques et utilitaires ; et si la protection de la création
devenait un signe distinctif du chrétien !
Jésus, à l'heure de quitter les siens, a prié
pour leur unité. Même
s'il y a plus d'un milliard de chrétiens dans le monde,
ils ne peuvent rien faire seuls. Pour faire face à tous
les appels du monde, pour résister aux contradictions et
aux obstacles de la vie, les hommes ont sans cesse besoin d'être
soutenus et encouragés. Ils doivent se retrouver pour former
des groupes portant les mêmes convictions et les mêmes
buts. Parce qu'ils connaissent aussi la parole de Jésus
: "Celui qui ne demeure pas en Moi ne porte pas de fruits,"ils
pratiquent la prière en commun. En même temps ils
savent que là où deux ou trois sont réunis
au nom de Jésus, Il est au milieu d'eux. Alors ils peuvent
se permettre de dialoguer à partir de positions différentes
; ce qui importe à ce moment-là, c'est l'Esprit
commun qui permet de trouver des solutions acceptables par tous.
Les chrétiens, porteurs et bâtisseurs
d'espérance pour notre monde? Voilà ce qui m'a
interpellé à transposer dans la vie le message de
Jésus. M'engager pour en gagner peut être d'autres,
créer des liens d'amitié en sachant (et croyant)que
là où deux ou trois(ou plus) sont rassemblés,
Jésus est présent d'une façon particulière
et qu'ils accompliront des choses encore plus grandes que Lui.
"En vérité, en vérité, je
vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les oeuvres
que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce queje
vais au Père" (Jn 14,12)
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L'enjeu du Concile : « Mettre l'Église sur l'orbite de l'évangélisation de l'homme d'aujourd'hui». |
Père FINET
J'ai été très frappé
par la lecture d'un article de Monseigneur Honoré,
paru le 24 septembre 1976 dans «La France Catholique »
et intitulé : « Le véritable enjeu du Concile»:
En voici des extraits :
... "On ne comprendra rien à la situation présente
de l'Église, avec ses ombres et ses lumières, ses
difficultés et ses promesses, si d'abord on n'a pas compris
l'enjeu du Concile : mettre l'Église sur l'orbite
de l'évangélisation de l'homme d'aujourd'hui ".
... "Il conviendrait de montrer comment le projet missionnaire de l'Église a pénétré celle-ci comme un ferment actif dont les développements n'ont pas manqué de gagner, de proche en proche, tout ce qui fait la vérité et la vie de l'Église".
... "Du jour où elle a proposé des priorités missionnaires... I'Eglise apparut moins comme une société de croyants que comme une communauté de témoins".
Cette phrase est extrêmement importante. Quand j'apprenais le catéchisme autrefois, on se représentait l'Église comme un groupement de fidèles soumis aux pasteurs légitimes, c'est-à-dire les évêques et plus spécialement les curés. On avait des paroisses assez repliées sur elles-mêmes : c'est ainsi qu'on voyait l'Église. Aujourd'hui, tous les murs ont craqué, toutes les limites ont été brisées, de manière à ce qu'au contraire nous soyons une société de fidèles, mais animés par l'esprit missionnaire, pour l'évangélisation du monde tout entier. C'est la grande mission de Vatican Il : nous ouvrir sur le monde tout entier. C'est une vocation missionnaire qui s'adresse à tous les chrétiens.
La mission de Vatican II : nous ouvrir sur le monde tout entier.
Et Mgr Honoré continue :
"Affrontée aujourd'hui à l'une des plus fortes
secousses de l'histoire humaine, I'Eglise n'est-elle pas, plus
que jamais, sollicitée de revenir à sa source et
à sa raison d'être : témoigner l'Évangile
devant le monde. Vatican II n'a voulu que la rappeler à
cette mission".
Voilà notre vocation : témoigner l'Évangile devant le monde. Et quand je parle du monde, il s'agit du monde, non seulement au point de vue géographique, mais également au point de vue social. Il s'agit aussi bien du monde du travail que du monde intellectuel, que du monde libéral, etc. Témoigner l'Évangile devant le monde. Et il faut bien reconnaître qu'avant on ne témoignait pas assez de l'Évangile devant le monde dans toutes ses dimensions, notamment sociales, et on laissait quantités de nos frères sans aucun témoignage, notamment dans les usines et ailleurs... Je crois que c'est très grave.
Retenez bien cela : ce qui caractérise l'Église d'aujourd'hui, c'est le témoignage de l'Évangile devant le monde. C'est la grande mission que le Concile a voulu rappeler.
Sommes-nous des témoins ?
Et, à propos de cet apostolat des laïcs, voici ce que disait le Pape Jean-Paul II en Irlande :
"Oui, le laïcat est une "race choisie, un sacerdoce saint" ; les laïcs sont aussi appelés à être le "sel de la terre" et la "lumière du monde". C'est leur vocation spécifique et leur mission que d'exprimer l'Évangile dans leur vie et par là d'insérer cet Evangile comme un levain dans la réalité du monde dans lequel ils vivent et travaillent ».
Il faut pénétrer de l'Évangile le monde dans lequel nous sommes. Combien nous avons besoin d'être réveillés, nous chrétiens d'Occident, combien d'entre nous n'ont aucune dimension d'apôtres. "Les chrétiens sont beaucoup trop silencieux ; ils ne témoignent pas". C'est ce que reprochait un homme converti. Cette parole est peut-être moins vraie qu'il y a 10 ans, mais, malgré tout, il faut bien voir où nous en sommes. Sommes-nous des témoins ?
Jean-Paul II nous rappelle cette urgence : ... "Le Concile Vatican II a fait savoir combien grands sont les champs d'apostolat toujours accessibles aux laïcs... La vocation chrétienne est, par nature, vocation à l'apostolat" (27 novembre 1978).
Pensez à ce qui va se produire bientôt, quand un grand pays comme la Chine va à nouveau s'ouvrir au Christ. Est-ce que ce sera suffisant d'avoir quelques missionnaires, hommes, femmes, religieux, religieuses, pour évangéliser ce milliard d'hommes ? Est-ce qu'il ne faudra pas un immense torrent de laïcs qui viendront eux aussi témoigner du Christ ? Je crois qu'il faut préparer tous ces témoins du Christ. Et au moment où l'Église s'adresse à ces quatre milliards d'hommes, elle montre bien aux laïcs qu'ils doivent prendre une place dans l'apostolat et témoigner dans le monde tout entier : un fleuve de témoins...
(Extraits d'une conférence-
1978)
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"De l'aurore au couchant je veux bénir
ton Nom,
de la nuit au matin mon Sauveur et mon Dieu,
de l'aurore au couchant je veux chanter ton Nom,
que tes amis sans fin Te louent" !
Lundi soir 12 août, 150 jeunes arrivent à l'école de St
Bonnet. Certains sont venus avec divers Foyers de France et ont
déjà fait pélerinage; d'autres "atterrissent",
seuls ou en petits groupes, directement à Châteauneuf
4 jeunes Hollandais sont parmi nous avec Wendy, du Foyer
de Thorn. Âgés pour beaucoup de 25 à 35 ans,
ils ont un grand désir de faire connaissance avec Marthe,
de lui confier, comme à une amie, le passé, le présent
et le futur, afin d'avancer plus librement avec le Christ.
Après le dîner, une veillée permet dans un
premier temps à chaque Foyer de se présenter de
manière festive et variée. Dans un 2ème temps,
nous sommes invités à découvrir la richesse
des symboles baptismaux et à contempler le Christ ouvrant
son Coeur et offrant sa soif à la Samaritaine, à
chacun et chacune de nous. .. Le silence recueilli et le climat
de prière saisissent déjà beaucoup de coeurs.
Mardi 13 Août. Après
les Laudes, le Père Bandelier a la rude tâche de
nous faire "plonger" dans les grâces du Baptême,
thème de la journée. Il nous invite à prendre
conscience de la réalité baptismale passée
(inscrite comme un événement dans ma vie et dans
le Coeur de Dieu), présente (par le baptême, le chrétien
a mission de sanctifier le monde en permanence, comme adorateur
et intercesseur, étant porteur du Verbe de Dieu, Esprit
et Vie, Lumière et Grâce), et future (s'il est fidèle
à son humanité, le chrétien a à devenir
de plus en plus temple de l'Esprit Saint, à correspondre
à la grâce; de correspondance en correspondance,
sa vie devient une adhésion, un élan pour le Seigneur).
Puis les jeunes, en équipes, montent à la Plaine
en s'arrêtant à l'église de St Bonnet pour
y découvrir le lieu où Marthe a été
baptisée. Avant que Paul ne donne le témoignage
de sa rencontre avec Marthe, un groupe de jeunes musiciens et
chanteurs en rythme chauffe les coeurs avec des chants de louanges.
L'Eucharistie célébrée en plein air est joyeuse et profonde. Les jeunes sont invités ensuite à demeurer en équipe pendant le déjeuner afin d'avancer dans une meilleure connaissance des uns et des autres.
A 15 h, le père Michon est heureux de
rassembler les témoins de l'Aurore et les retraitants à
la salle de conférence. Marie-Thérèse Gille
nous fait découvrir comment Marthe a vécu la vertu
d'Espérance :
- ses étapes d'espérance dans l'Oeuvre des Foyers,
dans sa famille et dans sa vie en Eglise.
- les sources de son espérance que sont la Miséricorde,
la prière, l'Eucharistie et la présence de Marie.
Les jeunes se retrouvent en équipes
pour partager les lumières reçues, par la vie de
Marthe, sur le Baptême et l'appel que le Christ lance à
leur vie chrétienne. Suivent des ateliers variés
pour permettre aux jeunes de participer de façon plus engageante
aux liturgies proposées à travers un de leurs talents
(Danse, musique, chant, confection d'icônes).
La veillée, réunissant membres, retraitants et témoins
de l'Aurore, permet à chacun de redécouvrir la beauté
et le sens des symboles du Baptême et à se recueillir
devant l'un de ces signes.
Mercredi 14 août. Le Foyer de Courset réveille cette fois nos
coeurs avec une contemplation du Christ et de Pierre lors de la
tempête apaisée, ceci afin de nous donner le sens
du pèlerinage, thème de la journée : nourriture
de notre vie de foi, avec la prière, les sacrements, Réconciliation
et Eucharistie, et une marche aux pas de Marie.
Chaque équipe part à pied pour 15 kms environ. Un
premier arrêt au bois de Mantaille nous permet de méditer
sur la Miséricorde, de goûter au sacrement du pardon,
de porter dans la prière et la louange les prêtres
exerçant ce ministère vital pour que la Vie Divine
coule à flots dans les membres.
Après un pique-nique copieux, accueilli avec allégresse, la marche reprend, chapelet en main, jusqu'à l'église de Lens-Lestang où nous accueillent quelques paroissiens et leurs pasteurs, avec qui nous célébrons l'Eucharistie. Nous partons en procession jusqu'à Notre-Dame de Châtenay, lieu de pèlerinage où s'étaient rendu Marthe et son père.
Le Père Michon nous y retrouve pour un enseignement sur la Consécration à Jésus par Marie : engagement à ne pas être un chrétien "à moitié", vivre notre vie baptismale "à fond". En contemplant comment Marie a fait pleinement tout ce que le Seigneur attendait d'elle, à l'Annonciation, au pied de la Croix, jusqu'au Cénacle, nous sommes invités à un contrat intérieur avec elle et aussi à entrevoir sa Maternité, qui, seule, peut nous faire progresser dans notre témoignage chrétien, à travers sa féminité, sa façon de rayonner de la Présence de Dieu en elle.
Nous célébrons ensuite les vigiles de l'Assomption
dans la douceur des lueurs du couchant. Un dîner chaud en
plein air nous redonne force après cette journée
"sportive"... et, après un petit temps d'adoration
à la chapelle de St Bonnet, les témoins de l'Aurore
remettent dans le Seigneur leur esprit vivifié, pour quelques
heures de sommeil seulement.
"Viens, Seigneur, car notre cur est sans repos tant qu'il ne demeure en Toi"... Je dors mais mon coeur veille, et j'entends le Seigneur qui m'appelle !
Jeudi 15 août.
A 4 H 30 en effet, cloches et trompettes sonnent au dortoir, nous
invitant à guetter l'Aurore, flambeaux à la main.
La montée est silencieuse ou priante jusqu'à la
Plaine. Là, nous méditons quelques psaumes, nous
contemplons la beauté des lueurs de l'Aurore. Au carrefour
de la Plaine, un champ labouré nous offre sa terre pour
y attendre le lever du soleil, symbole du Christ Ressuscité.
Il est 6 h 45 lorsque enfin éclate la lumière !
Nous descendons alors jusqu'à la maison de Marthe pour
vivre notre consécration à Jésus par les
mains de Marie... liturgie simple, fervente et intense, comme
les couleurs de ce matin ! Chacun a pu faire un pas radical dans
sa vie chrétienne. Ensemble, nous laissons jaillir de nos
coeurs le Magnificat !
L'intendance continue de nous soigner : 2 croissants
nous attendent, c'est la fête aujourd'hui ! Il est ensuite
temps de partager quelques grâces reçues au cours
de ces journées, l'essentiel étant le secret du
Roi au fond de nos coeurs. Avec notre évêque, nous
descendons pour célébrer la messe de l'Assomption,
sommet de cette rencontre.
"Nous sommes le sel de la terre, la lumière du
monde..."
Des coeurs des jeunes, des retraitants et des personnes de passage montent une immense action de grâce qui emplit le Sanctuaire. On ne peut plus s'arrêter de louer le Seigneur ! Cet enthousiasme du Corps que nous formons se répand dans le repas festif (ponctué par des chants et des témoignages) qui nous rassemble pour clore ces journées.
"Nous te saluons, ô toi Notre
Dame, Marie Vierge Sainte que drape le soleil,
couronnée d'étoiles la lune est sous tes pieds,
en toi nous est donnée l'aurore du salut..."
Cécile et Bérengère
Marie est la première des témoins de l'aurore
Homélie de Mgr Jean-Chrisohe
LAGLEIZE
15 Août 2002
"Chers jeunes, il vous appartient d'être les sentinelles du matin qui annoncent l'arrivée du soleil qui est le Christ ressuscité". Tel était l'appel de Jean-Paul II aux JMJ de Rome 2000.
"Témoins de l'aurore", chacun-chacune de vous
l'êtes ce matin du 15 août, fête de l'Assomption
de Marie. A la Plaine, vous avez attendu que se lève l'astre
solaire, quelle était votre attente ? Qu'est-ce qui habitait
votre coeur, votre esprit durant la veille, quand est apparu le
soleil ?
Nos ancêtres ont adoré le soleil ; sur tous les continents le soleil a été divinisé, en Egypte, dans les Andes... Pour nous, disciple du Christ mort et ressuscité, le soleil n'est pas divinisé, mais le Christ est le vrai soleil qui illumine. L'Evangile de Luc nous offre le cantique de Zacharie après la naissance de ce grand témoin de l'aurore qu'est Jean-Baptiste.
"Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins ; pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés. Grâce à la tendresse, à l'amour de notre Dieu, quand nous visite l'astre d'en haut, Pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix". Lc 1, 76-79.
"Témoins de l'aurore", vous l'êtes, parce que votre baptême fait de vous des membres du Corps du Christ qu'est l'Eglise. Votre baptême fait de vous, fait de nous, des hommes et des femmes animés par l'Esprit de Dieu qui au coeur des réalités du monde annoncent, vivent, témoignent que le Christ Soleil Levant illumine, transfigure toute l'oeuvre de Dieu son Père et notre Père.
Aujourd'hui nous fêtons Marie, mère de Jésus, qui est transfigurée, illuminée de la gloire de Dieu.
Aujourd'hui en son Assomption, Marie est la première des témoins de l'aurore à partager la gloire à laquelle tous sont appelés.
Notre baptême nous fait entrer dans le Peuple Saint de Dieu, les sacrements sont les dons que Dieu le Père, par l'Eglise, nous offre pour faire grandir en nous et autour de nous la sainteté. Devenons des saints pour que notre monde soit saint. Pas une sainteté identique, d'ailleurs il n'y a pas un type de sainteté, mais une sainteté qui laisse se déployer les dons que Dieu nous donne, et nous savons qu'ils sont multiples.
"Témoins de l'aurore", laissez-vous illuminer, réchauffer, par le Christ Soleil Levant, devenez, devenons ensemble sel de la terre et lumière du monde.
Scrutez avec un regard large et lumineux, pour apercevoir, voir les signes d'espérance, de joie, de partage qui irriguent notre monde. Regardons les signes que Dieu nous fait, les signes qui manifestent la victoire du Christ sur la mort.
Regardez ce Sanctuaire, tout évoque la puissance de la résurrection, de la vie, de la gloire. La dalle du fond du choeur comme la pierre du tombeau qui s'ouvre, le socle du tabernacle une pierre qui s'ouvre, se fracture, les puits d'une lumière qui éclaire sans éblouir. Chers amis, ne vous habituez pas à la tendresse, à la vie que Dieu nous donne, regardez ce qui est beau, lisez les signes des temps.
A l'exemple de Marie, aimons être avec Jésus, connaître Jésus et vivre de sa vie.
Chers amis, avec Marie, ayez confiance dans le Christ, car Il a confiance en vous.
Jeunes ! qui ce matin avez attendu le lever du soleil, signe du Christ à jamais vivant, je vous laisse ce message de Jean-Paul II à la veillée du 27 juillet dernier à Toronto :
"Dans la mesure où votre amitié avec le Christ, votre connaissance de son mystère, votre don de vous-même à Lui, seront authentiques et profonds, vous serez "fils de la lumière" et vous deviendrez à votre tour "lumière du monde". Pour cela, je vous redis la parole de l'Evangile :" Que votre lumière brille devant les hommes ; alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux". (Mt 5, 16). Je vous dis : faites resplendir la lumière du Christ dans votre vie ! N'attendez pas d'être plus âgés pour vous engager dans la voie de la sainteté ! La sainteté est toujours jeune, comme est éternelle la jeunesse de Dieu".
Chers amis, au terme de cette rencontre des
"Témoins de l'aurore", confions à Marie,
mère de Jésus et notre mère, notre désir
de devenir des saints qui soient en ce monde : Lumière
qui brille aux yeux des personnes d'aujourd'hui et de demain.