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Numéro 215 Février 2003 |
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SOMMAIRE
Février 2003
ACTUALITÉ
Actualité de la Communauté oecuménique
de Taizé
° La démarche oecuménique à Vatican II
Monseigneur LE BOURGEOIS
° Témoignage de la 25ème
rencontre oecuménique de Taizé à Paris
DOSSIER
Les 40 ans de Vatican II : approfondir et vivre le Concile aujourd'hui
°Le mystère de l'Eglise selon
Vatican II
Père Alain PLANET
° Témoignages : au service
de la nouvelle évangélisation
° Une des principales révolutions
du Concile : devenir apôtre
Père FINET
DE TOUTES NATIONS
° Les Foyers de Charité au Burundi
Le Foyer de Charité de Giheta
Le Foyer de Bujumbura face aux appels de l'Esprit Saint dans le
contexte actuel
Naissance d'un 3ème Foyer à Gnozi
° Pour clore le Centenaire de Marthe Robin : "L'Annonce faite à Marie" de Paul Claudel
° Programme des retraites 2003
Père Alain PLANET
Voici de larges extraits d'un enseignement donné par le Père Alain Planet lors d'une rencontre organisée par le diocèse de Valence pour célébrer et approfondir les textes du Concile, en cet anniversaire des 40 ans de Vatican II. Nous le remercions de ce travail qui permettra à chacun d'approfondir le mystère de l'Eglise. Pour nous y aider, tout au long de cette étude, vous trouverez les références aux textes du Concile.
Marquée du sceau de la Trinité, l'Eglise est le Peuple de Dieu né du projet du Père, le Corps du Christ poursuivant la mission du Fils, le temple de l'Esprit qui l'envoie et la précède. Elle est le sacrement du Salut et de l'unité du genre humain, c'est pourquoi elle agit dans le monde. Son modèle, c'est la vierge mère, Marie. Cette déclaration liminaire sera le plan de notre exposé.
L'Eglise de la Trinité
L'Eglise est donc un mystère au sens théologique du terme : c'est-à-dire un signe et une parole par laquelle Dieu accomplit le salut. Dès le seuil de la constitution sur l'Eglise, les Pères la définissent "comme le sacrement, c'est-à- dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (1). C'est dire que l'Eglise n'existe pas par elle-même et qu'elle n'est pas sa propre fin, elle se reçoit de la Trinité elle-même et e conduit vers elle.
Le projet du Père et la convocation du Peuple de Dieu
Au principe il y a le projet du Père : "Il a décidé d'élever les hommes à la communion de sa vie divine... en considération du Christ Rédempteur... il a voulu appeler tous ceux qui croient au Christ à former la sainte Eglise qui, annoncée en figures dès l'origine du monde, merveilleusement préparée dans l'histoire du Peuple d'Israël et dans l'Ancienne Alliance, établie dans ces temps qui sont les derniers, s'est manifestée grâce à l'effusion de l'Esprit Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire" (2).
Ainsi par l'élévation des nations à la foi, il les a rendues participantes à la dignité du Peuple d'Israël (3) et a constitué son Peuple comme le germe du rassemblement de tous les hommes (4). Ce Peuple a le Christ pour tête, et la condition de ce Peuple c'est "la dignité et la liberté des fils de Dieu dans le coeur desquels l'Esprit Saint habite comme dans un temple" (5). Ce Peuple "garde souvent les apparences d'un petit troupeau", mais il est "entre les mains du Christ l'instrument de Rédemption de tous les hommes, au monde entier il est envoyé comme lumière du monde et sel de la terre" (6).
Un Peuple sacerdotal
Ce peuple est d'abord un Peuple
sacerdotal :"les baptisés, en effet, par la régénération
et l'onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être
une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par
toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices
spirituels, et proclamer les merveilles de Celui qui des ténèbres
les a appelés à son admirable lumière"
(7). Et la matière du sacrifice ce sont les chrétiens
eux-mêmes qui "doivent s'offrir en victimes vivantes,
saintes, agréables à Dieu" (8). Ce sacerdoce,
les chrétiens l'exercent dans les sacrements et par toute
leur vie (9), "tous les hommes sont appelés à
faire partie de ce Peuple...", c'est pourquoi "l'Eglise
sert et assume toutes les richesses, les ressources et les formes
de vie des peuples dans ce qu'elles ont de bon" (10).
Un Peuple organisé
Parce qu'elle est un Peuple et
non une foule organisée, l'Eglise a reçu du Christ
"les moyens de son unité visible et sociale"
(11); aussi le Christ a doté le Peuple de Dieu de ministères
variés qui tendent au bien du Corps. Ces divers ministères
sont au service de leurs frères. (12). A la racine des
ministères il y a l'institution des Douze qui à
leur tour ont institué les évêques qui, par
le sacrement de l'épiscopat, sont constitués en
collège pour conduire et servir le Peuple de Dieu. De même
que Pierre avait une tâche propre dans le collège
des Douze, l'évêque de Rome, successeur de Pierre,
a une tâche analogue dans le collège des évêques.
Les évêques sont à la source de la prédication,
de la célébration des sacrements et du gouvernement
de l'Eglise. (13). Ils ont pour les aider dans le ministère
de la communauté les prêtres et les diacres qui participent
avec eux au sacrement de l'ordre.
Les laïcs sont la part la plus nombreuse
du Peuple de Dieu qui est unique : "Commune est la dignité
des membres du fait de leur régénération
dans le Christ, commune la grâce d'adoption filiale, commune
la vocation à la perfection, il n'y a qu'un salut, qu'une
espérance, qu'une charité sans division" (14).
Ils "tiennent de leur union avec le Christ Tête le
devoir et le droit d'être apôtres. Insérés
qu'ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ,
fortifiés grâce à la confirmation par la puissance
du Saint-Esprit, c'est le Seigneur lui-même qui les députe
à l'apostolat" (15).
Car le Peuple de Dieu c'est aussi le Corps du Christ.
La Mission du Fils et le Corps du Christ
"Le Fils vint, envoyé par le Père
qui nous avait choisis en lui avant la création du monde
et prédestinés à une adoption filiale selon
le libre dessein de tout rassembler en lui" (16). Jésus
donc inaugura le Royaume des cieux sur la terre, révéla
son mystère, effectua la Rédemption. Tous les hommes
sont appelés au salut (17). Jésus a fait des hommes,
qu'il rassemblait, mystiquement comme son Corps. C'est dans ce
Corps que sa vie se répand et que les sacrements unissent
les croyants au Christ en les rendant semblables à lui.
Ce Corps est nécessairement divers de la diversité
de ses membres et tient dans l'Esprit que Jésus nous donne
(18). Unis au Christ nous participons à son sacerdoce (19),
à sa fonction prophétique par le témoignage
d'une vie de foi et de charité et par l'infaillibilité
dans la foi "la collectivité des fidèles
ayant l'onction qui vient du Saint ne peut se tromper dans la
foi; ce don particulier qu'elle possède, elle le manifeste
par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du Peuple
tout entier, lorsque, 'des évêques jusqu'au dernier
des fidèles laïcs', elle apporte aux vérités
concernant la foi et les moeurs un consentement universel"
(20); à son service royal, "lui à qui tout
est soumis en attendant que lui-même se soumette à
son Père avec toute la création... Ce pouvoir, il
l'a communiqué à ses disciples pour qu'ils soient
eux aussi établis dans la liberté royale, pour qu'ils
arrachent au péché son empire en eux-mêmes
par leur abnégation et la sainteté de leur vie,
bien mieux, pour que, servant le Christ également dans
les autres, ils puissent, dans l'humilité et la patience,
conduire leurs frères jusqu'au Roi dont les serviteurs
eux-mêmes sont rois" (21).
C'est le Christ qui envoie l'Eglise, "de là découle
pour l'Eglise le devoir de propager la foi et le salut apporté
par le Christ" (22). "C'est donc par la même route
qu'a suivie le Christ lui-même que, sous la poussée
de l'Esprit du Christ, l'Eglise doit marcher, c'est-à-dire
par la route de la pauvreté, de l'obéissance, du
service, de l'immolation de soi jusqu'à la mort, dont il
est sorti vainqueur par la résurrection" (23).
Car l'Esprit du Seigneur conduit l'Eglise.
L'oeuvre de l'Esprit Saint et le Temple où il réside
"Une fois achevée l'oeuvre que le Père avait chargé le Fils d'accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l'Esprit Saint fut envoyé qui devait sanctifier l'Eglise en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'Unique Esprit, l'accès auprès du Père... L'Esprit habite dans l'Eglise et dans le coeur des fidèles comme dans un temple. Cette Eglise il l'introduit à la vérité tout entière et il en assure l'unité dans la communion... Par la vertu de l'Evangile il rajeunit l'Eglise et la renouvelle sans cesse l'acheminant à l'union parfaite avec son Epoux" (24).
Il est à l'oeuvre dans le coeur des hommes de sorte qu'il prévient et précède l'activité missionnaire (25). "L'homme sans cesse sollicité par l'Esprit de Dieu ne sera jamais tout à fait indifférent au problème religieux, comme le prouvent non seulement l'expérience des siècles passés mais de multiples témoignages de notre temps. L'homme voudra toujours connaître, ne serait-ce que confusément, la signification de sa vie, de ses activités et de sa mort "(26). "Le Christ agit désormais dans le coeur des hommes par la puissance de son Esprit ; il n'y suscite pas seulement le désir du siècle à venir, mais par là même anime aussi, purifie et fortifie ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière" (27).
Il agit dans l'Eglise et la remplit (28) et
il en est le principe d'unité (29). Mais il agit aussi
en dehors des limites visibles de l'Eglise catholique et se sert
des Eglises séparées comme moyen de salut (30).
Il ouvre le coeur des non chrétiens à l'annonce
de l'Evangile (31).
Il est le seul saint avec le Père et le Fils (32).
Ainsi l'Eglise est-elle l'Eglise de la Trinité selon la
citation de saint Cyprien que le Concile adopte : "L'Eglise
universelle apparaît comme un Peuple qui tire son unité
de l'unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit"
.
L'Eglise, sacrement du salut
Parce qu'elle a une vocation eschatologique et que déjà elle rend présent le Royaume par l'unification du genre humain et la communion avec Dieu, l'Eglise est donc "dans le Christ, en quelque sorte, le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union avec Dieu et de l'unité du genre humain" (33). "Le Christ a envoyé sur ses Apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son Corps qui est l'Eglise, comme le sacrement universel du salut" (34). La mission trouve l'un de ses fondements dans cette affirmation (35) car, "l'ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus, auteur du salut, principe d'unité et de paix, Dieu les a appelés, il en a fait l'Eglise, pour qu'elle soit, aux yeux de tous et de chacun, le sacrement visible de cette unité salutaire" (36) et "c'est du côté du Christ endormi sur la croix qu'est né l'admirable sacrement de l'Eglise tout entière" (36 bis).
L'Eglise agissant dans le monde
Une Eglise envoyée
"L'Eglise est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre pour la gloire de Dieu le Père, elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut"; (37) C'est pourquoi : "L'Eglise reconnaît (...) tout ce qui est bon dans le dynamisme social d'aujourd'hui, en particulier le mouvement vers l'unité, les progrès d'une saine socialisation et la solidarité au plan civique et économique. En effet, promouvoir l'unité s'harmonise avec la mission profonde de l'Eglise, puisqu'elle est dans le Christ comme le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (38).
L'Eglise se sait envoyée par le Christ (39) et elle sait que l'Esprit Saint la précède dans le coeur des hommes (40), sa mission est d'ordre spirituel et non pas politique, économique ou social (41), elle transcende tout particularisme de race ou de nation (42), elle s'accomplit au coeur du monde et doit correspondre aux conditions particulières d'aujourd'hui (43).
Une Eglise en dialogue
Le mot qui caractérise le mieux l'action
de l'Eglise dans le monde, c'est le mot dialogue : "le Concile
(...) ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité,
de respect et d'amour à l'ensemble de la famille humaine
à laquelle (le peuple de Dieu) appartient, qu'en
dialoguant avec elle sur ces différents problèmes,
en les éclairant de la lumière de l'Evangile, et
en mettant à la disposition du genre humain la puissance
salvatrice que l'Eglise, conduite par l'Esprit Saint, reçoit
de son Fondateur "(44).
"Tout ce que nous avons dit sur la dignité de la personne
humaine, sur la communauté des hommes, sur le sens profond
de l'activité humaine, constitue le fondement du rapport
qui existe entre l'Eglise et le monde et la base de leur dialogue
mutuel" (45). En effet "il appartient à l'Eglise
d'engager le dialogue avec la société humaine"
(46) car "le Christ lui-même a scruté le coeur
des hommes et les a amenés, par un dialogue vraiment humain,
à la lumière divine ; de même ses disciples,
profondément pénétrés de l'Esprit
du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels
ils vivent, engager la conversation avec eux, afin qu'eux aussi
apprennent dans un dialogue sincère et patient quelles
richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensés aux nations"
(47).
C'est pourquoi "les catholiques s'attacheront à collaborer avec tous les hommes de bonne volonté pour promouvoir tout ce qui est vrai, juste, saint, digne d'être aimé. Ils entreront en dialogue avec eux, allant à eux avec intelligence et délicatesse, et rechercheront comment améliorer les institutions sociales et publiques selon l'esprit de l'Evangile" (48). Puisque en effet "la vie sociale n'est pas quelque chose pour l'homme de surajouté ; aussi c'est par l'échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l'homme grandit selon ses capacités et peut répondre à sa vocation" (49). En plein Concile, le pape Paul VI, le 16 août 1964, donnait son encyclique sur l'Eglise Ecclesiam suam où il écrivait :"l'Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Eglise se fait parole, l'Eglise se fait message, l'Eglise se fait conversation" (50) et il fondait le dialogue dans l'attention même de Dieu (51).
Marie, modèle de l'Eglise
"De l'Eglise selon l'enseignement de saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l'ordre de la foi, de la charité, de la parfaite union au Christ (...), offrant, à un titre singulier, le modèle de la vierge et de la mère. (...) En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l'Eglise devient à son tour une Mère grâce à la Parole de Dieu qu'elle reçoit dans la foi : par la prédication, en effet, et, par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle est aussi vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu'elle garde intègre et pure; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère. (...) La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l'Eglise, travaillent à la régénération des hommes" (52).
1 - LG 1
2 - LG 2
3 - Missel romain, oraison à la 3° lecture de la veillée
pascale (texte latin)
4 - LG 9
5 ib.
6 ib.
7 LG 10
8 - ib.
9 - LG 11
10 - LG 13
11 - LG 21
12 - LG 18
13 - LG 20 et 21
14 LG 32
15 AA 3
16 LG 3
17 ib.
18 LG 7
19 LG 10
20 LG 12
21 LG 36
22 AG 5
23 ib.
24 LG 4
25 AG 4, 29
26 GS 41
27 GS 38
28 LG 7
29 ib.
30 UR 3
31 AG 13
32 LG 39
33 LG 1
34 LG 48
35 AG 5
36 LG 9
36 bis SC 5 l'expression est tirée d'une oraison
de l'ancien missel romain
37 AG 3
38 - GS 42 citant LG 1
39 nombreuses citations
40 AG 4, 29
41 GS 42
42 AG 8
43 LG 33, 36; PO 17; AG 6
44 GS 3 Le terme dialogue a été repéré
au moins 44 fois dans les textes conciliaires
45 GS 40
46 CD 13
47 AG 11
48 AA 14
49 LG 25
50 Paul VI Ecclesiam suam, 67
51 ib. 72
52 LG 63, 64, 65.
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Une des urgences du Concile : être apôtre |
Père FINET
Dès le début de cette conférence, je tiens à vous souligner votre vocation qui vous est indiquée par le Concile. Et ça, c'est d'une gravité intense. Et vous savez ce que le Concile vous a dit, vous le savez ou vous ne le savez pas assez, il faut mettre l'accent là-dessus, c'est qu'en réalité, le Peuple de Dieu, - et vous êtes appelés le Peuple de Dieu par le Concile, - doit témoigner de la foi dont il est porteur. Notez bien ce : DOIT témoigner de la foi dont il est porteur.
Et j'ajoute, tout de même, toujours dans la même ligne, ce qui est encore extrêmement important : jusqu'à présent, on m'avait dit que l'Eglise, c'était l'ensemble des fidèles, sous la direction des pasteurs légitimes. Actuellement il y a un terme que le Concile d'une part, le Pape Paul VI d'autre part, nous donnent : comment vous appelez-vous ? Hier, je m'appelais un fidèle, et aujourd'hui vous devez vous appeler un apôtre. Voilà peut-être une des principales révolutions du Concile. Elle est là.
Et j'insiste sur ce point-là en citant
le Discours de Paul VI aux Membres du Congrès de l'Apostolat
des laïcs, l'année dernière (67) :
"Le principe est posé - et c'est déjà
assez dire son importance - dans le texte même de la Constitution
Dogmatique sur l'Eglise : "Les laïcs, y lit-on,
réunis dans le Peuple de Dieu et organisés dans
l'unique Corps du Christ, sous une seule tête, sont appelés
quels qu'ils soient" (notez bien le terme : quels qu'ils
soient.) N'allez pas dire : mais moi... je ne suis pas calé,
je n'ai reçu qu'une drachme, et bien vous allez en donner
deux, vous ne devez pas l'enfouir dans votre mouchoir de poche
et la mettre en terre... "quels qu'ils soient".
Les gens qui sont souvent le plus exposés à n'être pas des apôtres, ce sont ceux qui ont peu reçu, parce qu'ils disent : "nous, on n'est pas calé, on n'ose pas." Et le Saint-Esprit? "sont appelés, quels qu'il soient, à coopérer, comme des membres vivants au progrès de l'Eglise et à sa sanctification permanente."
Voilà votre vocation. Qui que
vous soyez, vous devez "coopérer comme des membres
vivants au progrès de l'Eglise et à sa sanctification
permanente." Ces termes sont d'une force extraordinaire.
Moi, je crois qu'il faudra à peu près un siècle
pour que nous arrivions à en dégager la force. Mais
dès maintenant nous devons déjà nous orienter
dans ce sens.
"A tous les laïcs, par conséquent, incombe
la noble charge de travailler à ce que le dessein divin
de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes, de
tous les temps, de toute la terre." (Const. Lumen Gentium
n° 33).
Ah, la vision, elle est mondiale, et le Pape
continue :
"L'Eglise reconnaît donc le laïc, non seulement
comme fidèle, mais comme apôtre".
Cette phrase-là domine toute notre retraite. Vous venez
ici pour découvrir votre vocation d'apôtre et pour
répondre à votre vocation d'apôtre. ... Vous
savez, nous avons beaucoup plus que cela à faire que d'être
seulement des fidèles. Ou bien alors, donnons au mot fidèle,
si vous le voulez, son sens plein. Mais enfin, je ne voudrais
pas qu'il y ait une réduction quelconque. C'est pour cela
que vous venez ici, non seulement comme fidèles mais comme
apôtres.
"Et en ouvrant devant lui un champ
presque illimité, l'Eglise lui adresse avec confiance l'invitation
de la parabole évangélique : "Allez vous aussi
travailler à ma vigne". (Mat. 20,4). Ce travail
sera multiple et diversifié. Le décret conciliaire
sur l'Apostolat des laïcs, après avoir à son
tour posé fermement le principe que "la vocation chrétienne
est aussi, par nature, vocation à l'apostolat", (en
voilà encore une phrase à retenir), consacre deux
chapitres entiers à détailler "les divers champs"
et les "divers modes" de cet apostolat.
(Allocution de S.S. Paul VI au 3ème Congrès mondial
pour l'Apostolat des laïcs, le 15/10/67.)
Donc, vous venez ici pour une session d'apôtres, c'est-à-dire que vous réalisez de plus en plus votre vocation à l'apostolat.
... Regardez un instant le nouveau Concile, c'est-à-dire celui qui comme le premier n'a pas condamné mais qui a lancé Vatican II. Nous voyons au coeur de ce Concile Pierre qui est Paul VI et qui appelle Marie, "Mère de l'Eglise".... Selon la prédiction de St Louis de Montfort, Marie va remettre Jésus au monde pour le monde tout entier, elle va lui donner sa seconde naissance qui sera l'effusion de l'Esprit Saint sur le monde tout entier : une Nouvelle Pentecôte d'Amour. Et nous aurons dans le monde tout entier l'unité du langage de la Pentecôte, c'est-à-dire la charité.
Alors, dans le monde tout entier, nous devons témoigner du langage de l'amour et vous irez comme ça dans le monde tout entier, soutenus par Marie, Mère de l'Eglise, porter ce témoignage extraordinaire. Et pour aller porter ce témoignage, il faudra que vous soyez vraiment les porteurs de l'essentiel, de ce Credo que nous a donné Paul VI, de ce Credo qui nous a renouvelés... afin que vous soyez des porteurs de la vérité dans le monde tout entier.
Il faut donc que nous approfondissions ce message. Comme elle est importante votre vocation aujourd'hui. Soyez bien convaincus d'une chose, c'est que vous n'êtes pas simplement là pour votre petite spiritualité personnelle, mais vous êtes là pour le grand rayonnement de l'Eglise dans le monde, et vous êtes responsables, comme apôtres, du monde entier.
(Extraits d'une conférence - 1968)
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Etre acteurs d'une communication au service de la communion |
Emmanuel Jousse
Directeur Général de RCF,
Marié, père de 4 enfants
Voilà 8 ans que je suis engagé
au service de l'annonce de l'Evangile par la radio. Un appel inattendu
, né, je suis heureux de le partager ici, lors d'une retraite
à Châteauneuf-de-Galaure puis mûri par deux
années de coopération catholique en Inde.
Huit années, habité par la joie de vivre mon engagement
de laïc et de baptisé au service de la Bonne Nouvelle,
au coeur de notre société de l'information.
Aujourd'hui, 85% des français écoutent la radio chaque jour, en moyenne 3 heures et je ne parle pas de la télévision ! Le développement des médias, et plus récemment celui d'internet, en attestent : nous vivons dans une société de l'information et de la communication.
Très vite l'Eglise a proposé une réflexion et un éclairage spécifique sur cette question. Du décret conciliaire "intermirifica" à l'instruction pastorale "Communio et progressio", sans oublier le remarquable document du Conseil Pontifical sur les communications sociales "Aetatis Novae", elle invite avec constance les communicateurs chrétiens à être acteurs d'une communication au service de la Communion.
Cette belle mission nous a été rappelée par Mgr Barbarin à l'occasion des 20 ans de RCF en novembre dernier. Reprenant les paroles du Cardinal Decourtray "vous ferez une radio vraiment chrétienne, sans complexe mais aussi sans triomphalisme, une radio qui dit la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à travers toute la vie des hommes. Ce sera une radio pour tous et avec tous, une radio qui présentera ce qui est beau, ce qui est grand, ce qui vient du coeur de l'homme et qui fait le bien." Il ajoutait "votre travail de communication est un merveilleux instrument de communion et d'évangélisation".
20 ans après leur création, je crois que l'on peut sincèrement affirmer que les radios chrétiennes sont aussi au service de la nouvelle évangélisation : un auditeur sur deux n'a aucun lien avec l'Eglise et un auditeur sur quatre a entre 20 et 35 ans !
Riche de l'engagement de nombreux laïcs,
le réseau des 51 radios RCF rassemble 250 salariés
et près de 3000 bénévoles. Au service de
la pastorale des diocèses, ouverte à l'oecuménisme,
RCF s'efforce de proposer la Foi au coeur de notre monde et de
se mettre au service de notre société en quête
de sens et de repères. Pour vivre mon engagement au service
de cette belle mission, je garde dans mon coeur et je médite
souvent ces belles paroles du Cardinal Billé : "Lorsque
nous aurons tout fait pour bien communiquer, nous serons toujours
en deçà de ce lieu mystérieux où l'esprit
du Seigneur ne cesse de dialoguer avec chacun et de solliciter
sa liberté. Il y a un seuil que nous ne pourrons pas franchir.
Mais cette impossibilité même est source de confiance
et de paix car nous savons que la fécondité ultime
de notre travail ne dépend pas de nous. Elle nous est donnée".
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dans la famille des Foyers de Charité |
Dans la grâce et l'élan de son récent engagement au Foyer de Châteauneuf, Patrick Berger a accepté de nous confier son témoignage de vocation et de nous exprimer combien aujourd'hui, comme laïc dans la famille du Foyer, il se sait d'Eglise selon l'esprit du Concile Vatican II.
« Moi, le Seigneur, en temps voulu,
j'agirai vite. » Is 60,22
Quand je faisais mes études à Lille, je ressentais ce décalage entre mes faibles connaissances de la foi et la solide formation profane que je recevais : j'avais soif d'une formation chrétienne sérieuse. J'avais commencé depuis un an à lire la Bible tout seul. Je me mis alors à lire les textes du Concile Vatican II - pour le sérieux j'étais servi - et je continuai avec quelques livres achetés d'occasion à l'Institut Catholique. Ma foi devenait personnelle et allait bientôt trouver tout son contenu dans celle de l'Eglise. Les vies de saints achevèrent de préparer mon coeur et de me conduire à la prière.
Jusque-là, je connaissais la prière communautaire de la messe, mais je n'étais jamais entré dans la prière intime. Dans le silence, seul, à genoux, sans artifice, on s'adresse à Dieu comme à une personne, une personne d'abord inconnue, tout autre, mais capable d'écouter et de répondre : "Seigneur, si tu existes, manifeste-toi à moi." Merci, mon Dieu, pour ces chapelles où j'ai pu balbutier mes premières prières du coeur ! et continuer.
Ensuite, avec quelques amis, il y eut la découverte du chapelet - nous avions décidé de le dire ensemble une fois par semaine -, j'étais d'abord hésitant, mais en un mois tout était fait : Marie était vraiment entrée dans ma vie - "et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui." Avec Marie, je découvrais aussi Saint Louis-Marie Grignion de Montfort dont l'enseignement et la consécration devaient orienter toute la suite de mon cheminement.
Peu après, je retrouvai le chemin de la confession. Bientôt mon coeur fut prêt à accueillir l'appel du Seigneur : appel clair et constant mais dont je ne devais trouver le véritable point d'ancrage que dix ans plus tard
Je poursuivis mes études à Toulouse où j'eus la grâce de faire partie d'un très beau groupe de prière et de formation chrétienne. Vint ensuite le temps du service militaire, acquitté avec zèle. Puis j'entrai au séminaire. Durant ces cinq années de bonne formation à Ars, une question revenait : comment pourrai-je demain, comme prêtre, enseigner et vivre le mystère du Christ alors que je ne comprends encore rien à la Croix ? Je voudrais qu'on me laisse le temps de devenir chrétien.
J'allais entrer en dernière année, je sentais bien que je ne pouvais pas continuer vers le sacerdoce : je devais prendre une décision, mais je ne voyais pas du tout laquelle. Le 4 août, un ami me dît, plein d'assurance, qu'il fallait absolument que j'aille faire une retraite au Foyer de Charité de Châteauneuf C'était l'ultime chance, je n'avais rien à perdre, je fis le pas.
Le lundi soir, venant d'entrer dans ma chambre de retraitant, je feuillette le numéro spécial de l'Alouette qui présente le Foyer. Formation chrétienne des adultes, silence et prière, Marie, le chapelet, Grignion de Montfort, le service humble dans un esprit familial, les Ecoles et finalement, en Marthe, une parole vivante sur le mystère de la Croix : tout correspond à mes aspirations intérieures et à mes attentes. Je comprends, je n'ai plus à hésiter.
Le 15 août, je rencontre le Père Michon : on a justement besoin d'un homme à l'Ecole de garçons de St Bonnet. Juste le temps de régler mes affaires et de prévenir mes parents, et dix jours plus tard j'arrive à St Bonnet, dans les préparatifs de la rentrée scolaire. Depuis, je repense souvent à cette parole d'Isaïe, reçue à mon dernier anniversaire au séminaire : « Moi, le Seigneur, en temps voulu, j'agirai vite. »
L'Eglise, mystère de communion missionnaire.
Le 7 décembre 2002, au milieu des élèves qui finissaient leur petite retraite annuelle par la messe solennelle de l'Immaculée Conception, je fis mon engagement dans l'Oeuvre du Foyer. Je ne voulais pas que cet acte qui officialisait mon entrée dans le Foyer fût célébré en l'absence des élèves. Nous sommes une communauté de prière et de travail ; or, dans les Ecoles, notre prière et notre travail se réalisent avec et pour les élèves. Ce 'oui' de consécration dans le Foyer, je ne le voyais pas autrement que dans la continuité - et comme un couronnement - de ces quatre années que je venais de passer au milieu des jeunes.
Cet engagement dans l'action me fait penser à ces belles Annonciations du Bienheureux Fra Angelico où, derrière la Sainte Vierge recueillie qui dit son 'Fiat', il y a une porte ouverte : la Visitation est le rayonnement immédiat de l'Annonciation, l'appel de Dieu nous dispose toujours au service. Aussi, je demande pardon à ceux qui ne m'ont pas vu à la sortie de la messe, mais il fallait bien que je m'occupe d'abord des élèves ; n'était-ce pas justement le sens de l'engagement que je venais de faire publiquement ? Ensuite, assuré que le départ des élèves s'était bien passé, je suis monté retrouver les invités et la famille. C'est simple la vie au Foyer - et la vie chrétienne en général -, on fait d'abord ce qu'on a à faire et le reste suit.
Beaucoup m'avaient assuré de leur prière à l'occasion de cet événement. Je les remercie de tout coeur. Nous avons effectivement pu vivre un temps de grâce, particulièrement en goûtant à cet esprit de famille si essentiel au Foyer et auquel nous avons tous étés si sensibles.
Cette communauté de prière et d'action, cette famille avec le Père du Foyer, ce mystère de communion dans le Christ et de communion au service d'une même mission, voilà le coeur du Foyer. Ce mystère de l'Eglise-Communion est au centre de tout l'enseignement du Concile*, et il est indissociable de l'efficacité missionnaire. C'est dans cette communion de prière, de travail et d'offrande de nous-même que nous réalisons notre vocation de baptisés et que nous sommes efficaces. Au Foyer, tout seul on ne peut rien faire de bien. Il faut sans cesse rechercher cette communion avec Dieu, et cette communion entre nous et avec le Père ; c'est alors que la grâce est donnée. De leur côté, le Père et le (la) responsable ont le souci de faire grandir, de permettre à chacun de prendre ses responsabilités à son niveau, de réaliser sa vocation. Voilà comment 'nous sommes d'Eglise' selon l'esprit du Concile Vatican II.
O Marie, Mère de l'Eglise et Mère du Foyer, tu es vraiment notre maman du Ciel qui nous donne cet Esprit de communion missionnaire ; je t'en prie, garde-nous fidèles, dans la prière et le service, à notre si belle vocation et puis, donne-nous encore beaucoup d'autres petits - ou grands - frères et soeurs.
Patrick BERGER, 'pauvre pèlerin que votre charité voulut bien recueillir'.
* cf. Christifideles laici n°18-19
Qu'elle est belle notre vocation
d'enfants de Dieu
dans le Foyer, dans l'Eglise, dans le monde :
Tout offrir,
tout accueillir,
par Jésus,
par le prêtre,
dans l'Esprit Saint,
pour que Dieu puisse être Père,
notre Père.
Invitation à être ensemble et
pour le monde
icône de Sa Trinité
dans cette relation filiale.
Dans notre vocation dans les écoles
du Foyer,
Marie notre Mère nous conduit
dans le mystère de la Trinité
avec les jeunes de nos écoles,
par eux, pour eux, leur famille
et aussi les retraitants des Foyers.
Oui, quelle est belle notre vocation !
Alléluia !
Ségolène Lerebours
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Pour clôturer le Centenaire de Marthe Robin :
"L'Annonce faite à Marie"de Paul Claudel
En voici deux échos
Ceux et celles qui ont pu vivre
une semaine de retraite avec le Père Finet savent quelle
résonance trouvait en lui "l'Annonce faite à
Marie", de Paul Claudel. Affronté qu'il était
chaque jour au mystère de la souffrance, il trouvait dans
la profondeur du texte de Claudel l'expression de ce qu'il vivait
auprès de Marthe Robin.
"Puissante est la souffrance quand
elle est aussi volontaire que le péché" écrit Claudel.
"Ce n'est pas la souffrance qui est puissante" commentait
le Père, "c'est celle qui est volontairement offerte,
c'est-à-dire avec amour".
En 1949, année mariale, il lui vint donc l'idée de demander directement à Claudel l'autorisation de faire jouer "l'Annonce" par les grandes élèves de la modeste école du Foyer de Châteauneuf. La réponse étant positive, le Père entreprit de préparer les coeurs de ses enfants pour pénétrer la symbolique grandeur de cette oeuvre. Et le 20 mars, dans la sobre pauvreté de la salle voûtée - écuries du château promues salle de théâtre - l'Annonce fut donnée dans la prière et la ferveur. L'émotion fut grande, aussi bien dans la salle que sur scène. Moment privilégié de grâces dans la vie du Foyer.
Il convenait donc au terme de l'année jubilaire de la naissance et du baptême de Marthe, de revenir à cette source pour y puiser.
Les terminales de l'Ecole de Filles ayant adhéré à ce projet, deux anciennes élèves se lancèrent avec joie et enthousiasme pour sa réalisation : Anne Deval-Ostorero pour la mise en scène, Anne-Marie Malzieu-Ebener pour l'exécution, par la chorale, des choeurs écrits par Maria Scibor.
Et les 19 et 20 décembre, quelle merveilleuse
préparation à la fête de Noël.
Dans la sobre grandeur du Sanctuaire, le prologue et le 3ème
acte de l'Annonce furent donnés avec la même ferveur
priante, la même dignité dans le jeu de chacune,
la même émotion pour les parents et amis venus, en
somme, méditer ensemble le don qui nous est fait, chaque
jour, de l'Amour gratuit de Dieu, acceptant l'offrande de curs
aimants.
"Que c'est beau de vivre et que la gloire de Dieu est immense".
Françoise DEGAUD
Les deux représentations de "l'Annonce
faite à Marie" de Paul Claudel ont été
pour moi une occasion de vivre une émotion indicible.
Faire la mise en scène de l'oeuvre de Paul Claudel dans
une adaptation : avec le prologue, les résumés des
actes 1 et 2, et en jouant les actes 3 et 4 était un pari
fou.
Une initiative menée tambour battant en moins de deux mois.
Un défi que seule la passion et quelques prières
pouvaient relever !
L'amour du lieu, son histoire et son âme ont rendu possible
notre petite entreprise.
"L'Annonce faite à Marie"
a des résonances "troublantes" avec la vie de
Marthe Robin et en cette année jubilaire un refus n'était
pas envisageable.
L'enthousiasme était donc au rendez-vous.
Revenir à l'école, revoir les
professeurs, rencontrer les élèves pour leur faire
apprivoiser le texte de Claudel fut exaltant.
Une fois les réticences passées, l'enjeu était
ailleurs, dans le grand, l'élévation, le sacré,
le beau... que je voulais rendre à la perfection ! Il me
fallait ce lieu du Sanctuaire, magique et dépouillé
- conçu pour l'Annonce ce lieu béni qui porte
le texte en communion vers le haut, ce lieu qui rassemble et qui
rend tout geste divin, tout acte digne.
Les élèves ont fait très vite fonctionner
leur mémoire dans la profondeur de l'écrit.
Après un "casting" cornélien, aux voix
superbes, le plus souvent justes et placées, il a fallu
faire sortir de chacune la puissance des sentiments : violents
pour Mara, hautement spirituels pour Violaine, etc...).
Des séances de travail exigeantes où les filles
se sont surpassées, comprenant le sens de la scénographie.
Une épure, que je voulais pour la chorégraphie,
les costumes et tous les déplacements. Sur une partition
de Marie Scibor, la présence magistrale de la chorale dans
toute sa lumière, s'est faite l'écho de cette belle
envolée.
Quant aux ballets, ils furent une illustration
vivante de la tragédie, si noble dans sa rédemption.
Jusqu'à la générale, ma préoccupation
principale restait dans la synchronisation et les éventuels
"trous de mémoire"... Au final, il n'en fut rien,
ce fut une OFFRANDE et LA GRACE ETAIT AVEC NOUS.
"Paix sur vous" (Acte III, scène 3).
Anne DEVAL OSTORERO
"Il faut être une sainte quand une misérable supplie !"
Malgré la dureté du personnage de Mara, le trait qui m'a le plus marquée en elle est cette foi très audacieuse en Dieu par l'intermédiaire de sa sur Violaine. Toute ma vie, je me rappellerai avoir incarné une femme qui n'a pas eu peur de demander quelque chose d'apparemment impossible: la résurrection de son enfant. D'autre part, l'émotion de certaines personnes devant la pièce m'a fait réaliser que nous n'avions pas seulement fait du théâtre, mais que nous avions participé à un grand mystère, à une prière.
"L'Annonce faite à Marie" doit être pour tous comme un message de confiance
et d'espérance en l'Amour du Seigneur qui nous comble souvent
bien au-delà de nos désirs !
Marie du Chaffaut
"Que c'est beau de vivre et que la gloire de Dieu est immense".
De jouer le personnage de Violaine m'a beaucoup apporté, d'un point de vue théâtral d'abord, car j'ai découvert la joie, mais aussi les difficultés de me fondre dans un personnage, si différent de ma propre personne, de m'unir à d'autres, ici mes amies, pour comprendre le sens profond de cette pièce.
D'autre part, le don de soi que fait Violaine,
son amour et sa confiance en Dieu, son OUI d'abandon et de sacrifice,
m'ont interpellée dans mon propre cheminement spirituel.
Violaine, comme la Vierge Marie, est un chemin de foi qui nous
apprend à laisser notre égoïsme de côté,
pour servir Dieu et notre prochain, pour se laisser transfigurer
par l'Amour.
Tatiana
"Entendez-vous tout là-haut
cette petite âme qui chante ?
C'est l'alouette, alleluia !
La voyez-vous, les ailes étendues, la petite croix véhémente..."
Violaine à Pierre de Craon -
Prologue de l'Annonce
Dans le premier numéro de la revue des Foyers (Décembre 1964), une élève de Terminale, saisie par le texte de Claudel, expliquait le choix de "l'Alouette" pour désigner cette publication qui se veut messagère et trait d'union :
"L'alouette, pour nous, c'est le vent
de la plaine
C'est le grand peuplier, la petite maison
Un cri d'oiseau blotti dans le creux du sillon
Et le chemin de croix de la "grande semaine".
L'alouette, pour nous, c'est Violaine et l'Annonce,
Le Père offrant le Pain, le monde déchiré
Et le cri de Mara, l'enfant ressuscité,
L'alleluia pascal, Espérance du monde".
L'Alouette, pour nous, c'est Violaine...
"C'est l'Alouette qui monte en haut,
Qui prie Dieu pour qu'il fasse beau
Pour son père et pour sa mère
Et pour ses petits patriaux"
.
Allez, Allez l'Alouette !
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La
25ème rencontre oecuménique de Taizé à Paris |
De nos jours, nous vivons dans une course constante et il semblerait que nous ayons abandonné toutes les valeurs fondamentales, mais il existe encore une jeunesse d'Europe - (et pas seulement en Europe) - qui arrive à trouver le temps de s'arrêter, et prendre un moment de prière et de contemplation pour réfléchir sur sa vie et les problèmes du monde contemporain. Le programme de cette Rencontre de quelques jours, à Paris, incluait chaque matin la prière dans les paroisses, suivie de rassemblements par petits groupes dans lesquels nous discutions de thèmes tels que "Problèmes de sociétés" ou "Vivre sa foi au quotidien". Après le déjeuner, nous pouvions nous rencontrer pour prier dans les Halls du Parc des expositions de la Porte de Versailles. Puis, chacun pouvait choisir dans différents lieux de Paris les ateliers qui l'intéressaient le plus. En fin de soirée, une fois encore, c'est au Parc des expositions que nous nous rassemblions pour dîner. La finale merveilleuse de chaque journée était la prière et les paroles contemplatives de Frère Roger, nous invitant à la contemplation.
Nous aimerions souligner quelques aspects de ces journées exceptionnelles : la dimension unique de prière, l'atmosphère de foi, et la bénédiction apportée dans la rencontre avec d'autres personnes.
On pourrait paraphraser les paroles de St Augustin : "chanter, c'est prier deux fois". Ce qui rend la Communauté de Taizé si exceptionnelle, ce sont ses chants si mélodieux, chacun d'entre eux est traduit dans différentes langues. Cela construit l'unité des Chrétiens et permet à chacun de participer attentivement à la prière. Très souvent, nous trouvons qu'il est difficile de prier, de trouver les mots justes, d'exprimer nos pensées, nos désirs ardents et comment louer le Seigneur. C'est alors que la simplicité des chants nous aide beaucoup. Le Parc des expositions, qui donne place, habituellement, à des thèmes matérialistes, est transformé en un lieu plein de sens, un lieu de prière, empli de la puissance de l'Esprit Saint omniprésent. Les prières dans ce lieu, soutenues par les paroles de Frère Roger, sont pour nous une source précieuse de force et de consolation venant des paroles de Frère Roger. Il parle de l'espérance, qui donne la volonté de vivre, et de l'amour, grâce auquel nous pouvons apporter la joie à ceux que nous rencontrons. Amour qui nous aide à surmonter nos doutes, qui nous apprend comment pardonner, et guérit nos relations avec les autres.
Les rencontres de Taizé sont appelés
pèlerinage de foi à travers le monde. Cette espérance
est visible lorsque les gens ouvrent leurs maisons aux pèlerins,
même si ce sont des étrangers. C'est la réalisation
des paroles de St Matthieu 25,35 : "Car j'étais
étranger et vous m'avez accueilli..." Merci pour
l'hospitalité et la cordialité de notre hôte,
nous pouvions sentir un esprit de communion.
Chaque année des milliers de gens viennent aux rencontres
de Taizé. Cela demande de trouver des logements; de fournir
la nourriture et d'assurer la sécurité. Les foules
peuvent paralyser la ville, elles peuvent être onéreuses,
elles peuvent causer du danger, spécialement dans les transports
publics. Toute cette entreprise ne serait pas possible et ne serait
pas perçue comme une bonne chose, ni par les participants
ni par les habitants des villes, si elle n'était conduite
par la Providence.
Le plus important est évidemment les pèlerins. Ils viennent de pays différents, apportant la richesse et la diversité de leurs cultures. Nous venons de Pologne où plus de 90 % de la société est considérée comme catholique. Pour nous, rencontrer de jeunes Chrétiens est une expérience unique d'oecuménisme. Peu importe qu'ils soient Romains, Grecs ou Protestants, nous nous réunissons tous pour prier pour la paix. Nous arrivons à nous comprendre les uns les autres. Alors cela nous donne l'espérance que la même chose peut se passer à travers le monde, à tout moment, et dans toute condition de vie. Cela a une signification spéciale pour ceux qui vivent dans des pays où ils affrontent le danger de la guerre et dont le destin dépend des décisions prises par les autorités.
Ces journées vécues à Paris resteront toujours pour nous un temps inoubliable. Elles nous ont procuré force et confiance pour voir l'avenir avec optimisme et foi. Comme le disait un jour Jean-Paul II : "Passer par Taizé, c'est passer par la source d'eau fraîche".
Kamila Gurdala et Gosia Wlodarczyk
originaires de Lodz -Pologne