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Numéro 216 Avril 2003 |
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SOMMAIRE
Avril 2003
La barque est secouée par les flots, mais le Ressuscité est à l'oeuvre...
N'ayez pas peur... Le
Christ a vaincu la mort !
Père Etienne DUCORNET
Il a changé nos vies
Témoignages
Dans la lumière
de Pâques, un aumônier de prison nous parle :
"Jésus se tint là au milieu d'eux, toutes les
portes étant verrouillées"
Père Hervé GOSSELIN
Célébrer Pâques en prison
Dans la tempête
de nos vies, Dieu est présent
Père FINET
La puissance aimante de notre Père
Témoignages
Grâces et faveurs obtenues par l'intercession de Marthe Robin
DE TOUTES NATIONS
Le Foyer de Poissy
Le Foyer de Salera, au Val d'Aoste, en Italie
Programmes des retraites Mai-Juin-Juillet 2003
Retraites pour les jeunes et pèlerinages-retraites
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N'ayez pas peur ! Le Christ a vaincu la mort ! |
Père Etienne DUCORNET
La barque est battue par des flots tempétueux. Les vagues commencent à la recouvrir : "Au secours, Seigneur, nous périssons ! " La réponse de Jésus est fulgurante : " Pourquoi avoir peur, hommes de peu de foi ? " (cf. Mt 8, 23-27)
Chaque époque se perçoit dans ce frêle esquif comme une portion d'humanité affrontant les vicissitudes de l'Histoire. La nôtre, qui aime le spectaculaire, s'est mise en scène dans un film au succès retentissant : "Titanic". La barque devient navire réputé insubmersible, les quelques passagers une population qui s'engage avec confiance vers l'horizon de son avenir. Surgit l'iceberg, et demeure englouti pour longtemps le rêve moderne de la maîtrise par l'homme de son propre destin. Le fait est historique avant d'être cinématographique : s'il a inspiré tant de metteurs en scène et de romanciers c'est bien parce que, d'iceberg en iceberg, la menace semble peser de plus en plus lourdement sur le monde. Déjà en 1949, l'historien Hans Kohn écrivait : "L'homme du XX° siècle est moins confiant que son ancêtre du XIX° siècle. Il a été témoin et a fait l'expérience des pouvoirs maléfiques de l'Histoire. Ce qui semblait appartenir au passé a resurgi : la foi fanatique, les dirigeants infaillibles, l'esclavage et les massacres, le déracinement de populations entières, l'inhumanité et la barbarie." Que dire alors à l'aube du XXI° siècle ? Quel sera le prochain iceberg ? La pollution ? Le terrorisme atomique ? La guerre en Irak ? Il faut dire que pour les adeptes de l'info les occasions de paniquer ne manquent pas. Journaux de 13 heures ou de 20 heures, autant de messes noires télévisuelles -- l'expression est d'André Glucksman--, qui prennent "malin" plaisir et suspecte complaisance à noircir le tableau comme s'il ne nous restait plus qu'à douter de l'homme et de Dieu.
Mais le Christ est ressuscité ! Il a triomphé, assurant la victoire de la Vie sur la mort. Nous serions hommes de peu de foi si nous nous laissions gagner par la peur de l'avenir et le désenchantement du monde. Objection cependant, formulée par un enfant de dix ans : "Puisque Jésus est ressuscité, pourquoi encore tant de mal sur la terre ? " La réponse n'est pas aisée. Tout d'abord, pensons un instant aux évènements de la Passion, du tombeau vide et des apparitions aux disciples ; ces faits demeurèrent inconnus de la plupart des hommes du temps qui continuèrent à bâtir leur monde comme si rien ne s'était passé. Et pourtant, tout est changé, transformé par cette entrée de l'humanité dans la joie de la Résurrection. Une situation entièrement nouvelle est instaurée entre l'homme et Dieu. Le Oui de Jésus ouvre la porte du Ciel et assure à l'humanité la possibilité d'une restauration dans la Bonté et la Gloire divines. Tout est changé certes, mais en germe. L'histoire de l'Eglise sera celle de la lente croissance de l'humanité nouvelle, discrète comme le levain dans la pâte. Aujourd'hui comme hier, Jésus nous assure qu'il peut changer le mal en Bien, il nous invite à la confiance, à charge pour nous de vivre de sa présence. Quand bien même le monde irait plus mal encore, nous croyons et nous affirmons que la miséricorde du Père est capable de tout. Dieu ne reprend jamais ses dons, il est fidèle et sait se rappeler à notre souvenir lorsque nous périssons de l'avoir oublié. Il en va de la destinée des sociétés comme de celle des personnes : C'est au terme d'une vie de malfaiteur que le bon larron de l'Evangile rencontrera Jésus, c'est après avoir tout gaspillé des dons de Dieu que le fils prodigue se souviendra de son Père. Là où le péché abonde, la grâce surabonde.
Le monde va-t-il si mal d'ailleurs ? N'est-ce pas plutôt notre regard qui est déficient ? Un bon point pour le journal de 13 h selon TF 1 : souvent, par manière de conclusion, à la suite du sempiternel catalogue des noirceurs humaines, un reportage court et bienfaisant, une tranche de vie toute simple comme s'il y avait encore des gens pour qui la vie valait la joie d'être vécue. Elle est presque théologique cette manière de faire, qui consiste à considérer l'humble beauté d'activités humaines aimées pour elles-mêmes : exercer son métier avec enthousiasme, restaurer une vieille demeure, collecter les comptines d'autrefois, initier les enfants à la découverte de la nature Chérir la vie, tout simplement. Il devrait en être ainsi pour chacun d'entre nous : lutter contre la morosité ambiante en appliquant notre regard aux semences de Vie qui sont à notre portée. Bien plus lorsque nous sommes chrétiens. Pensons simplement aux grâces de résurrection qui sont données chaque jour en tant et tant de lieux. Ici, dans un sanctuaire, aujourd'hui un coeur se verra aimé par Jésus. Là, au cours d'une messe, un autre goûtera par avance la joie du Ciel. Là encore, un désespéré rencontrera l'amour miséricordieux. Chaque jour, une pluie de roses rafraîchit la planète. Le reconnaître s'appelle louange, à chaque instant le Ressuscité est à l'uvre. Même au cur des ténèbres les plus atroces, Dieu nous a assuré de sa présence à nos côtés : Maximilien Kolbe, Edith Stein A bien y regarder, rien n'est advenu qui nous ferait douter de sa Bonté.
Quant à la bonté de l'homme, il suffit de consulter l'annuaire des associations
caritatives d'une grande cité - confessionnelles ou non
- pour se rendre compte que la Vie est plus forte que la mort.
Le nombre de nos contemporains qui se dévouent pour leurs
frères en situation de précarité se joue
comme une immense et grandiose symphonie à la gloire d'un
homme qui vaut mieux que sa supposée noirceur médiatique.
Ignoré ou reconnu, le Dieu de la Résurrection se
laisse dire à chaque fois qu'un homme donne sa vie pour
un autre, à chaque fois qu'un homme croit que la Vie aura
le dernier mot, comme nous croyons que le Christ ressuscité
inspire ici-bas tout geste d'amour et d'espérance. La barque
est certes battue par les flots, mais le Ressuscité est
à l'oeuvre, reconnaissons-le et approfondissons notre regard.
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Dans les tempêtes de nos vies, |
Père FINET
"Et aussitôt, Il obligea les disciples à remonter dans la barque et à Le devancer de l'autre côté, pendant qu'Il renverrait les foules. Et quand Il les eut renvoyées, Il gravit la montage, à l'écart, pour prier. Le soir venu, Il était là, seul. La barque, elle, se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, car le vent était contraire". Mt14, 13
Comprenez ce que les apôtres, de vieux pêcheurs du lac, ont pu penser :"Mais voyons, tu es fou de nous envoyer sur ce lac en tempête". Le vent, en effet, descendant du Grand Hermon par la Vallée du Jourdain arrive comme dans un tuyau de trompette sur les eaux du lac qu'il bouscule et pousse contre les rochers du côté de l'est et qui reviennent ensuite avec furie sur les rives occidentales couvrant les petites terrasses de Magdala, de Tibériade et de toutes les villes de la Côte. Il est donc tout à fait dangereux de naviguer par mauvais temps. Et voilà que Jésus les oblige à remonter dans la barque... Il ne sait pas ce que c'est, lui, le fils du charpentier... Et cependant, tout en maugréant, ils obéissent... Dans son Evangile, Saint Marc nous donne sur cet épisode des détails complémentaires... Après avoir ramé plusieurs heures, ils n'ont avancé que de 5 kilomètres sur les 10 ou 12 qu'ils ont à franchir. Ils font du "sur place". Impossible de mettre la voile, car le vent est trop violent. Ils sont obligés de faire de la rame au milieu de la tempête.
Et pendant qu'ils s'épuisent ainsi, ils ont l'impression que Jésus les a bien laissés tomber...
Tous, nous pouvons avoir dans nos vies des moments semblables où Jésus nous demande d'avancer au milieu de la tempête, la tempête de la vie. C'est la même leçon que nous recevons tous si nous avons confiance en Jésus.
Du haut de la montagne où Il est en prière, Jésus voit les apôtres s'éreinter à ramer. Jésus prie pour eux. Et cependant Jésus n'intervient pas. A quel moment intervient-il? D'après le texte, entre 3 heures et 6 heures du matin. Il les a donc laissés au moins pendant 5 heures batailler au milieu des vagues, faire presque du "sur place" sans pouvoir ni reculer, ni avancer. A quel moment, Jésus intervient-Il ? A l'heure qu'Il juge la plus convenable pour leur âme. Il y a des moments où nous sommes dans la tempête, dans l'aridité, dans le cafard... Jésus nous laisse-t-Il tomber ? Au milieu de nos difficultés, Jésus nous voit et Jésus ne nous abandonne pas.
A quel moment viendra-t-Il ? A l'heure qu'Il jugera la meilleure, et sachez que l'Esprit Saint intervient dans nos vies au moment où on s'y attend le moins, mais à l'heure la plus propice d'après la vision de Dieu sur nous. Et dans cette vision, "l'heure de Dieu n'est jamais l'heure de nos impatiences, mais celle de la grâce" (St François de Sales). Le chrétien est celui qui ne voit jamais où il met son deuxième pas, il faut le savoir... et le vivre.
C'est Moi, n'ayez pas peur !
"Alors, à la 4ème veille de la nuit, Jésus alla vers eux en marchant sur la mer. Quand ils virent qu'Il marchait sur la mer, les disciples furent tout troublés : c'est un fantôme, disaient-ils. Et pris de peur, ils se mirent à crier. Mais tout de suite, Jésus leur adressa ces mots (écoutez-les bien parce qu'Il dit ces mots à chacun d'entre nous!) :"Rassurez-vous ! C'est Moi ! N'ayez pas peur!". Notez bien ces trois mots-là ! Quand on pense que Jésus nous a promis d'être toujours à côté de son apôtre, de son baptisé...
Sur quoi, Pierre Lui répondit :"Seigneur, si c'est bien Toi, donne-moi l'ordre de venir à Toi sur les eaux!". Pierre a été exaucé instantanément :"Viens !" dit Jésus. Et Pierre descendant de la barque se met à marcher sur les eaux en venant vers Jésus. (Les eaux en tempête!...). Mais voyant la violence du vent, il prit peur et commença à couler. Alors il s'écria: "Seigneur ! Sauve-moi !" Aussitôt Jésus tendit la main... et le saisit en lui disant : "Homme de peu de foi! Pourquoi as-tu douté ?" Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors, ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent à ses pieds en disant :"Vraiment! Tu es le Fils de Dieu!" Ils ont dû avoir une de ces "frousses" dans la barque!... Vous voyez à peu près, pendant que Pierre coulait, et que la barque tanguait et qu'il n'y avait plus personne... Vous remarquez que Jésus vient vers eux en marchant sur les eaux, les eaux en fureur. Jésus vient, et ils ne Le reconnaissent pas. Et au lieu d'être éclairés, ils sont déconcertés... Le Seigneur vient avec nous, et nous ne Le reconnaissons pas bien souvent. Et nous avons peur et nous crions: c'est un fantôme! Mais nous le disons presque à la lettre cela... La venue de Jésus dans notre vie, c'est souvent quelque chose de très déconcertant ! Exemple : un accident de santé ! On finit par dire :"Mais, Seigneur, vous n'y pensez pas!" Quand on s'est épuisé à crier, on se met peu à peu à écouter; le Seigneur a brusquement arrêté mon activité, devenue peut-être de l'activisme, que sais-je ? Rappelez-vous Ignace de Loyola et sa jambe brisée au siège de Pampelune. Dieu vient toujours à nous dans nos vies par la voie de l'obéissance.
Quelle est la réponse de Jésus
quand Il arrive vers ses apôtres qui crient et qui ont peur
? Sa réponse est merveilleuse :"Rassurez-vous, c'est
Moi, n'ayez pas peur!" Jésus le dit 14 fois à
ses apôtres dans l'Evangile. Voyez-vous, Jésus ne
fait jamais peur; la peur vient de Satan. La peur est entrée
dans le monde avec le péché. Quand Adam et Eve eurent
péché, ils eurent peur, et se cachèrent.
Et quand Dieu les rejoint à la brise, Il leur dit, avec
son ton paternel:"Tu as donc mangé, mon petit!"
Il faut lire le récit pour saisir le ton paternel de Dieu...
Admirons la délicatesse du Cur de Jésus:"N'ayez
pas peur, c'est Moi qui suis présent dans cet... accident,
c'est Moi qui suis là dans cette humiliation, dans cette
difficulté. Je suis avec vous. N'ayez pas peur, c'est Moi"!
Mais alors, Pierre réagit tout de suite :"Seigneur,
si c'est bien toi !" Regardez la phrase :"Donne-moi
l'ordre de venir à Toi sur les eaux !" Et Jésus
lui répond instantanément:"Viens!"
Remarquons une chose : pratiquement Pierre fait à Jésus une demande inouïe, une demande impossible : l'eau est en tempête, et il demande à Jésus de marcher sur une mer démontée. Voyez-vous, à chacun d'entre nous, Jésus nous dit :"Viens!" Car si Dieu, je vous l'ai dit, est le Dieu qui vient, nous, nous devons être l'enfant qui vient. Nous devons aller au Père si le Père vient vers nous. Vous ne devez pas rester dans vos prières en face du Dieu qui est, mais également en face du Dieu qui vient, et qui vient dans toutes les circonstances de votre vie, de toutes sortes de manières.
Vous voyez ce qu'il fait pour venir, même au milieu des circonstances les plus difficiles, même en pleine tempête, au milieu de notre vie, Dieu vient ! A ce Dieu-qui-vient, il faut comme Pierre demander d'aller à Lui. Et Jésus répond :"Viens!" Parce que Jésus a pour chacun d'entre nous un amour de préférence : c'est l'amour du Père qui passe par le Cur de Jésus. Cet appel est le fondement de notre confiance.
Quand le Seigneur nous a donné une vocation, nous ne devons rien craindre. Dans notre vocation... qui nous vient de Dieu ! Quand je dis vocation, je ne prends pas cela au point de vue religieux seulement : vocation au mariage, vocation au célibat. Nous sommes tous, dans une vocation, les appelés du Père par Jésus et l'Esprit Saint. Il nous dit :"Viens!" Autrement dit, nous ne devons rien craindre, nous devons être capables de marcher sur les eaux ! Pourquoi cela ? Parce que Dieu est le maître de l'impossible ! Ne l'oublions jamais.
C'est par l'obstacle que je dois aller vers Dieu.
"Seigneur ! commandez-moi de venir à Vous sur l'eau!" Pourquoi ne faisons-nous pas de temps en temps cette prière au Seigneur ? Nous regardons beaucoup trop l'obstacle, la difficulté et nous la grossissons. Nous la regardons trop et nous l'exaspérons. Qu'est-ce que dit Pierre ? "Je ne vous demande pas d'ordonner aux flots de se taire, mais ordonnez-moi de venir à Vous sur les flots agités!" Il me semble que moi, je n'aurais pas dit comme cela : "Seigneur, commence par apaiser la tempête, et puis, quand tout sera bien calme, fais-moi venir vers Toi sur les eaux!"
Pierre a demandé de venir à Lui sur les eaux agitées, telle est la réponse à un problème de vie spirituelle : au fond, l'obstacle doit devenir pour moi le moyen. C'est par l'obstacle que je dois aller vers Dieu. Et l'obstacle peut venir de nos tendances, de nos tentations, peut venir de notre caractère, de nos passions, peut venir des circonstances , de notre travail, il peut venir de tout ! Autrement dit : c'est par la difficulté et par l'épreuve que je vais à Dieu. Il ne faut pas aller à Dieu en disant :"Seigneur, enlève vite cet obstacle, et puis après j'irai vers Toi!" Non, c'est une erreur terrible au point de vue spirituel. La leçon est extrêmement importante pour notre vie spirituelle.
Que fait Pierre ? Il pose le pied sur cette eau. Donc, l'obstacle devient pour Pierre le moyen pour aller au Seigneur. Nos défauts, nos péchés, nos collaborateurs impossibles... Tout ceci, ce sont des moyens pour aller à Dieu dans nos vies. Pendant combien de temps, combien de mètres, Pierre a-t-Il marché sur les eaux? L'Evangile ne le dit pas. Eh bien, qu'est-ce que vous allez me concéder? 500 ? Non, cela vous paraît trop. Est-ce que vous accordez 50 ? Mettons 50 mètres...Eh bien, représentons-nous Pierre allant vers Jésus sur les eaux en tempêtes, 50 mètres.
Vous qui êtes des parents, et qui avez des enfants qui savent dessiner, demandez à votre petit garçon et votre petite fille de 11 et 12 ans de vous faire ce dessin : Pierre marchant sur les eaux, allant vers Jésus. Et regardez bien les yeux de Pierre, d 'après votre enfant. Où Pierre regarde-t-il en s'avançant vers Jésus ? Aucun enfant ne s'y trompera : il regarde Jésus.
Or, savez-vous ce qui est arrivé ? Je ne sais pas pour quelle raison Pierre a pris peur, il a regardé les vagues, il a regardé le vent; savez-vous ce qu'il a fait : il a regardé ses pieds et il a coulé ! Alors conclusion : en vie spirituelle, on ne doit jamais regarder ses pieds! Voilà! C'est de la haute mystique ! Autrement dit, on ne doit pas se replier sur soi, mais on doit toujours avancer le regard sur Dieu, sur la Sainte Vierge, sur Jésus, le regard sur Dieu qui vient tout le temps à nous : notre Père, notre Père !
Mais dès qu'on se replie sur soi, on coule. Se replier sur soi, c'est de l'enfer commencé, car l'enfer ce sera le repliement éternel sur soi, sans autre regard que soi, soi, et toujours soi. C'est infernal ! Et le fruit du repliement sur soi, c'est le dégoût, le cafard, la tristesse. Que de gens sont des cafardeux aujourd'hui, et dégoûtés et tristes, parce qu'ils se replient sur eux et qu'ils s'analysent tout le temps. Alors le contraire, c'est de marcher en regardant vers Jésus, autrement dit : c'est la confiance. C'est la caractéristique de l'enfant vis-à-vis de son Père : c'est la confiance ! "Nous avons l'audace de nous approcher de Dieu avec confiance" (Eph. 3).
C'est le grand message de Jésus, message qu'Il nous a apporté, que nous avions perdu depuis Adam, depuis le péché originel, à savoir que Dieu est Père, et notre Père, un Père qui n'a qu'un désir, c'est de rejoindre son enfant. Alors, vous comprenez votre attitude de chrétien : confiance, confiance, confiance !
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Jésus se tint là au milieu d'eux, toutes les portes étant verrouillées |
Père Hervé Gosselin
Foyer de Tressaint
Lire le récit de la Passion en prison est une expérience spirituelle forte, célébrer la fête de Pâques derrière les barreaux est un moment de grâce vécu dans la foi et vivre la résurrection, pour un détenu, est une réalité possible dans l'amour car "rien n'est impossible à Dieu".
Comme dans l'Evangile, le Ressuscité passe les portes blindées pour aller à la rencontre de l'homme. Dans son amour préférentiel pour les pauvres, Dieu qui est miséricorde visite les hommes et les femmes en prison et propose en leur lavant les pieds de leur donner la Vie, avec le risque d'un refus possible. La prison est une réalité et un symbole pour chacun de nous et si le contexte carcéral amplifie toutes les dimensions, il rend plus manifeste encore l'action de Dieu venue libérer l'humanité. Etre aumônier de prison est une chance et permet d'approcher l'homme dans toute sa complexité, et de reconnaître son inaltérable dignité, assoiffée d'entendre l'Evangile de la vie.
Les trois détresses de l'homme
La souffrance vécue en prison se décline selon les trois grandes détresses fondamentales de l'homme : l'angoisse, la solitude et l'absurdité. Elles résument tout le drame du mal, lié ou non au péché, qui domine l'homme, le ronge et le tue.
La prison est le monde de la peur et de l'angoisse. L'étrangeté, liée à ce monde à part, fait perdre les repères et plonge dans un sentiment d'insécurité et de danger vital. Rebus de l'humanité et de la société, la prison est le lieu où se côtoient les ténèbres les plus obscures qui puissent animer un homme. "Chaque matin c'est la haine qui me réveille et qui m'aide à tenir" ; la violence est souvent l'expression désordonnée et désespérée d'une angoisse qui n'a pas appris les mots pour se dire. L'angoisse peut être également liée à une culpabilité qui ne laisse pas de répit et va jusqu'au bout des larmes ; c'est également l'angoisse de l'innocent anéanti par l'humiliation, la trahison d'un amour, l'impossibilité de pouvoir se défendre. Il faut souvent parler de mort : celle des victimes, celle des coupables prêts à la récidive ou au suicide. "LA PAIX SOIT AVEC VOUS".
La solitude
s'y ajoute. L'homme n'est pas fait pour vivre seul et la rupture
brutale de ses relations le rend vacillant, au bord de l'abîme.
"Je vous appelle parce que j'ai besoin de parler à
quelqu'un". La solitude peut être extrême et,
après le procès ou plusieurs années d'incarcération,
les amis sont partis, la famille s'est découragée
et personne ne vous attend dehors. "JE SUIS AVEC VOUS TOUS
LES JOURS JUSQU'A LA FIN DU MONDE".
C'est le non-sens, l'absurdité qui est la
grande détresse des hommes privés de liberté.
"à quoi bon ?" quand il faut faire vingt ans
ou davantage ? L'appel des sirènes et des paradis faciles
révèle tôt ou tard son lot de mensonges et
provoque des lendemains qui déchantent. Absurdité
de l'injustice, d'un acte dans lequel je ne me reconnais pas,
d'un passé surréaliste, d'un présent sans
consistance, d'un avenir à la recherche d'un orient possible.
"JE SUIS LE CHEMIN, LA VERITE ET LA VIE".
Dans ces conditions le visage du Crucifié qui n'a plus forme humaine est une contemplation qui prend toute sa force ; comme lui, l'homme incarcéré a le visage décomposé et méconnaissable : il est dévisagé. Le coupable ne peut compter sur un acquittement, il lui faut un Sauveur.
Dieu a tant aimé le monde qu'il nous a envoyé son fils unique et Jésus dit en venant en ce monde : "Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté". La volonté de Dieu c'est le chemin de la croix, pour le salut de tous.
A quoi sert de maudire la nuit ?
L'épreuve a ceci de particulier qu'elle hiérarchise les valeurs et permet à l'homme de préciser ce à quoi il tient vraiment : "là où est ton trésor, là aussi est ton coeur". La prison en cela n'est pas la moindre des épreuves de vérité qui dégage les besoins superficiels et laisse émerger le désir profond de l'âme. "Vous regardez le noir, moi je vois les étoiles, à chacun sa manière de regarder la nuit". Ainsi pour la première fois, Ludovic, 19 ans, exprime son désir de construire une famille, d'avoir des enfants qu'il aimera mieux que ce qu'il a pu vivre, d'avoir une vie rangée où il rendra heureux Idéal très fort, trop fort ? il n'est jamais trop tard "QUE VEUX-TU QUE JE FASSE POUR TOI?"
Spontanément, naturellement, beaucoup se tournent vers le ciel et se mettent à prier. "Tu ne repousses pas, mon Dieu, un coeur brisé et broyé".
De nombreux choix se font jour : assumer, rester
dans le déni, choisir de vivre, de réparer, continuer
coûte que coûte "LA VERITE VOUS RENDRA LIBRES".
L'expérience fondatrice est de découvrir que la
vraie prison est intérieure et que si les mouvements sont
entravés, la circulation interne reste intacte. La vérité
sur soi, sur les actes posés, sur ses défauts, son
péché, peut ouvrir la porte de la vraie vie ; rien
ni personne ne peut empêcher l'homme d'aimer, d'éprouver
et de découvrir sa grandeur, si elle lui est révélée.
L'expérience est que la vraie liberté est dans la
tête et que celle-là s'obtient par tout un chemin
spirituel de vérité sur soi, de découverte
de cette inaliénable dignité, redécouverte
à l'occasion d'un pardon demandé et reçu.
Rien n'est possible sans une attitude de repentir et de volonté
de réparation : l'amour blessé guérit en
se donnant. Le Verbe de Dieu, Jésus, ouvre par son pardon
un chemin nouveau. C'est en prison que j'ai appris l'intensité
du repentir, la juste réparation de ses fautes, et l'importance
de la pénitence comme expression pauvre d'un cur qui désire.
Sur le mur d'une cellule était inscrite cette phrase :
"Même si la détresse est grande, Dieu connaît
l'heure à laquelle il te viendra en aide "
"AUJOURD'HUI MEME, TU SERAS AVEC MOI DANS LE PARADIS".
L'Esprit du Seigneur est sur moi...
Il m'a envoyé annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres.
Thérèse a eu son Pranzini et Marthe ses frères détenus qu'elle soutenait non seulement de ses prières mais de cette charité concrète qui agit et passe à l'acte. Qui fréquente la prison connaît la valeur d'un timbre, d'une cigarette, d'une feuille de papier, d'un calendrier Marthe les connaissait également et, aujourd'hui encore, partent de la "Plaine" des colis pour les prisonniers. Il n'y a que le don gratuit qui peut donner à l'homme le sentiment de sa valeur.
Il n'y a que le respect qui en-visage l'homme et peut le restaurer "Tu as fait l'homme un peu moindre qu'un dieu, le couronnant d'honneur et de gloire" ; la fraternité est la condition de la libération. Pour être reçue, la parole annoncée doit être vécue.
Les actes des apôtres nous donnent des récits de libération de prisonniers à faire pâlir une administration soucieuse de sécurité ! Bien sûr, il s'agit des apôtres, innocents et enfermés pour une cause noble et juste mais ils sont le signe d'une action universelle. Voilà la résurrection annoncée et vécue dans une assemblée de publicains toujours enclins à se dévaloriser, si simples pour demander avec confiance, capable de chanter avec cur et foi les merveilles de Dieu.
Le Ressuscité agit au coeur de son Eglise et nous envoie aimer comme il aime. Saint Vincent de Paul, aumônier des galériens disait : "ne vous occupez pas des prisonniers si vous ne consentez à devenir leur élève et leur disciple car, dit-il, après Dieu c'est à eux que je dois le plus" Aux yeux de Dieu, les plus grands pécheurs ne sont pas forcément en prison et, si nous devons aider nos frères, c'est en reconnaissant ce qu'ils nous apportent ; nous sommes nous aussi des prisonniers car nous n'avons pas toujours cette liberté intérieure qui nous permet d'être réellement des vivants au yeux de Dieu. Aux détenus est proposé le salut, comme à nous ; peu l'accueillent, comme dehors, mais à tous est offerte cette sainteté, celle des pauvres.
Le Carême nous invite à nous recentrer sur l'essentiel, à choisir la vie. Le temps pascal doit nous permettre d'autoriser le Ressuscité à nous guider sur le chemin de l'alliance. Il ouvre les portes blindées ; à nous d'ouvrir les targettes intérieures.
Accueillons le Père qui est la source
de la Vie et qui nous sauve de l'angoisse. Recevons le Fils qui
chemine avec nous et nous communique la chaleur de la fraternité
en nous sauvant de la solitude. Que l'Esprit Saint nous anime
et nous libère de l'absurde en créant avec nous
une vie de charité. Arbre de vie planté sur le calvaire,
Alléluia ! De la croix du Seigneur coulent des fleuves
d'eau vive.
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Jésus, mort et résurrection |
En montant à Jérusalem vers la fin de sa vie publique, Jésus confie à ses disciples : "Le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort [] et le troisième jour, il ressuscitera" (Mt 20, 18-19). Ruminant cette parole du Christ, trois petits "flashs" me viennent à l'esprit.
Le premier est le cheminement qui m'a conduit à demander le sacrement du baptême, il y a bientôt sept ans. Avant cet événement, l'existence me paraissait sans fondement. Les motivations matérielles me laissaient indifférent, au contraire j'avais soif de quelque chose d'indéfinissable. Un reportage vidéo m'a interpellé : il montrait une femme prenant soin d'un homme laissé pour mort dans une rue de Calcutta. "Pourquoi ?" lui demande-t-il. "Parce que je vous aime", lui rassure-t-elle. Cela m'a bouleversé. Un peu plus tard lors de ma première retraite au Foyer de Châteauneuf, je ne pouvais retenir mes larmes durant le chemin de croix tellement la mort de Jésus me paraissait injuste et en même temps signe de l'amour incandescent de Dieu pour le monde. C'est alors que j'ai reconnu mon Ami, Frère, Maître, Sauveur, Seigneur et Dieu. Je me sentais comme lavé intérieurement. Je n'avais plus soif.
Les joies de la rencontre passèrent, vint le temps de la persévérance. Je ressentais une certaine pesanteur dans ma foi. Je ne trouvais plus de consolations dans les lectures de la vie des saints, de la Bible, du catéchisme de l'Eglise catholique qui faisaient pourtant mes délices pendant mes premières années de baptisé. Les épreuves personnelles, le mystère du Mal, le silence de Dieu ne cessaient de faire vaciller la lumière que j'avais reçue. Parfois dans mon désarroi, je regrettais d'avoir rencontré le Christ. Pourquoi Seigneur m'as-tu ouvert les yeux ? Est-ce seulement pour que je ressente mon impuissance devant mes faiblesses, l'arrogance du méchant et la souffrance du pauvre ? Pourquoi Seigneur m'as-tu ouvert les oreilles ? Est-ce pour que j'entende cette voix intérieure narquoise : "Où est-il ton Dieu en ce monde meurtri par le péché ?" . Pourtant l'idée d'accuser mon Dieu me révolte. J'ai alors pris conscience d'un fait important: le Seigneur me porte, je porte le Seigneur. A présent, lorsque mon coeur est lourd, je cherche un endroit calme et, égrenant mon chapelet, je prie avec ma Mère et redis inlassablement la prière de mon Frère à notre Père.
Peut-être chez certains chrétiens la foi en Christ enlève toute peur de la mort, pas chez moi. La mort reste un moment redoutable et redouté. J'y pense en durcissant mon visage. Cependant au-delà de cette trouille, mon espérance est que je verrai Dieu. Que dire de la résurrection, mystère encore plus profond que celui de la mort ? Je remercie le Seigneur tout simplement ; celle du Christ suscite en moi action de grâce et louange envers le Dieu vivant.
Jésus-Christ par sa mort et sa résurrection donne un sens à la mort et à la résurrection. Il dit la puissance aimante de son Dieu et notre Dieu, son Père et notre Père. La mort n'a pas le dernier mot, elle s'ouvre sur la résurrection, réalité vivifiante et promesse nourrissant l'espérance.
Luc-Marie THAI