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Numéro 217 Juillet 2003 |
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SOMMAIRE
Juillet 2003
Actualité : L'Assemblée des Foyers de Charité
Les temps forts de l'Assemblée
Quelques principes de
base du processus d'évangélisation dans la vie de
l 'Eglise
Mg Rylko, secrétaire du Conseil Pontifical pour les
laïcs
Foyers de Charité,
qui êtes-vous ?
Homélie de Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE, Evêque
de Valence
Les engagements
De toutes nations
- Au Foyer du Liban
Père Antoine KHADRA
- Au Foyer de Lacépède
Père Dominique BOSTYN
Dossier
Le Prophétisme
aujourd'hui
Jean VANIER
L'Abbé Paul Couturier (1881-1953)
"Un homme venu de l'avenir"
Père Pierre LATHUILIÈRE
Le Premier Congrès International de Vienne pour la Nouvelle Evangélisation
A Dieu au Père Alain Quennouëlle, fondateur du Foyer du Japon
Retraites francophones Août Octobre 2003
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Quelques principes de base du processus d'évangélisation dans la vie de l'Eglise |
Extraits de l'enseignement de Mgr Rylko
Secrétaire du Conseil
Pontifical pour les laïcs
Je voudrais réfléchir avec vous sur quelques principes qui se trouvent à la base du processus d'évangélisation et qui constituent une constante dans la vie de l'Eglise depuis ses débuts.
Le premier principe est celui de la primauté de la grâce. C'et un point de départ fondamental : celui qui l'oublie part du mauvais pied. De nos jours, il et important de nous le rappeler, parce que la culture contemporaine est une culture qui a la manie de l'efficacité qui pousse "à faire pour faire" et qui cherche des résultats immédiats, facilement quantifiables. Combien de chrétiens tombent aujourd'hui dans le piège insidieux d'un activisme religieux ! L'évangélisation est cependant d'une nature différente, parce que ce n'est pas une activité purement humaine. La source vitale de l'évangélisation est la grâce de Dieu. Et nous ne sommes que les serviteurs, pas les maîtres ! de la grâce. Il faut pour cela toujours repartir de la contemplation du visage du Christ. Le Pape insiste sur ce point et dans la Novo millennio ineunte il écrit :" Notre témoignage se trouverait appauvri d'une manière inacceptable, si nous ne nous mettions pas d'abord nous-mêmes à contempler Son visage" (NMI , n. 16).
Et comme nous l'enseigne Jean-Paul II, le visage du Christ nous devons le contempler avec Marie, en nous mettant à son école. Il a indiqué le chapelet comme puissant instrument d'évangélisation pour notre temps (cfr Rosarium Virginis Mariae).
Je sais que, dès les premiers temps, les Foyers de Charité ont trouvé auprès de la Vierge Marie, et spécialement à travers la récitation du Rosaire, leur règle de vie.
Il existe donc un lien intrinsèque entre contemplation et évangélisation. "La contemplation qui ne donne pas vie à la mission est condamnée à la frustration et à l'échec (...) parce que la contemplation engendre l'évangélisation" (Jean-Paul II, Message à la Catholic Fraternity of Covenant communities and Fellowships, 22 juin 2001). A qui se laisse séduire par un activisme excessif, qui fait passer le service du prochain avant la prière, il faut rappeler que le temps destiné à la prière n'est jamais du temps perdu, mais, au contraire, c'est du temps mieux employé, même dans la perspective de l'apostolat. Combien tous ceux qui donnent des retraites ont-ils besoin du soutien de la prière... De combien de prière ont besoin tous ceux qui viennent ici pour suivre une retraite, sous la poussée de l'Esprit Saint, arrivés parfois chargés de très graves problèmes, et humainement sans solution... Ou bien les élèves de vos écoles... La conversion du coeur est un miracle qui s'obtient à genoux, pour soi-même et pour les autres... Combien de témoignages de ce genre pourrait donner chacun et chacune d'entre vous...
Le second principe sur lequel se base l'évangélisation, et dont je veux parler, est le principe du Bon Samaritain. Si, comme l'écrit le Pape, l'homme est la première route et la route fondamentale de l'Eglise" (Redemptor Hominis, n. 14), l'homme qui souffre, de toutes les manières possibles, l'est encore bien davantage. C'est la raison pour laquelle les évangélisateurs de tous les temps sont appelés à se mesurer avec le personnage du Bon Samaritain, cette figure captivante qui nous offre un modèle achevé de l'amour du prochain, parce que c'est en réalité l'amour envers celui qui souffre qui est la seule clé capable d'ouvrir tous les coeurs et qui prépare le terrain pour annoncer l'Evangile. Et n'oublions pas que c'est justement en annonçant l'Evangile que l'apôtre offre à son prochain le don le plus précieux qui existe, et qu'alors il devient le bon Samaritain dans le sens plein du mot.
Qui est le bon Samaritain ? C'et celui qui s'arrête à côté de l'homme qui souffre. Et combien de souffrance y a-t-il aujourd'hui dans le monde ! Non seulement physique, dans les maladies de toutes sortes ; non seulement dans la misère et dans la pauvreté matérielle ; mais on trouve aussi la souffrance de l'esprit sous toutes ses formes, causées par des blessures profondes, par l'absence de tout point de référence dans la vie, par la perte du sens de sa propre vie, à cause de la solitude et de l'abandon, du péché et du non-amour, de la violence et de la haine... Il y a tant et tant de personnes dans ces conditions qui viennent frapper aux portes de vos Foyers de Charité, attirées par ce mot "charité". Souvent elles cherchent désespérément de l'aide elles sont en quête d'un bon Samaritain. Et justement, le bon Samaritain c'est celui qui ne se laisse pas seulement émouvoir devant les différentes misères humaines. Il essaie de s'ouvrir à l'autre, il se met à l'écouter, il se rend disponible, il sait lui donner de son temps... Souvent les gens sont en quête des choses les plus importantes et ils ne les trouvent pas dans leur entourage. La compassion du bon Samaritain assume donc la forme d'une aide immédiate, concrète, désintéressée. Le bon Samaritain est un témoin extraordinaire d'attention à la dignité de la personne humaine, de toute personne. Une dignité dont aucun ne peut être privé et que rien ne peut annuler. Ce n'est pas un philanthrope qui accoste le misérable avec supériorité et qui vient lui infliger une nouvelle humiliation. Le bon Samaritain est humble, rempli de respect envers la dignité de toute personne.
Le bon Samaritain nous transmet encore un autre message important : ce n'est qu'en se donnant aux autres qu'une personne devient pleinement elle-même. C'est dans cette mesure que nous pouvons croître en humanité. Combien de fois il nous est arrivé, à chacun d'entre nous, de constater, et non sans surprise, qu'en rendant service à quelqu'un nous avons reçu beaucoup plus que ce que nous avons réussi à donner ! Le bon Samaritain de la parabole a lui-même reçu beaucoup plus que ce qu'il a donné à ce malheureux moribond en le secourant, en payant son hébergement à l'auberge.
Ce principe est exprimé d'une façon sublime par les paroles du Christ :"Qui veut sauver sa vie, la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera". (Lc 9,24) ; et "Dans la mesure où vous l'aurez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'aurez fait" (Mt, 25,40). Vos Foyers doivent devenir des laboratoires où se fait l'expérience tangible de la vérité de ces paroles d'Evangile.
Le troisième principe à la base de l'évangélisation est le principe du petit grain de sénevé. Une fois Jésus a dit :"A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? ou par quelle parabole allons-nous le figurer ? C'est comme un grain de sénevé qui, lorsqu'on le sème sur la terre, est la plus petite de toutes les graines qui sont sur la terre ; mais une fois semé, il monte et devient la plus grande de toutes les plantes potagères, et il pousse de grandes branches, au point que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter sous son ombre" (Mc 4, 30-32). Cette parabole nous fait voir l'importante dynamique de la croissance du Règne de Dieu : elle parle de petits débuts, de la nécessité de beaucoup de patience et d'humilité. Les réalités vraiment grandes dans l'Eglise commencent dans l'humilité. La loi évangélique n'est pas fondée sur les statistiques et les grands nombres. Au contraire : Dieu a une prédilection spéciale pour ce qui est petit :"Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s'est complu à vous donner le Royaume". (Lc 12,32).
Par ailleurs, cette loi va contre la mentalité de notre monde moderne en quête d'efficacité avant tout, visant d'abord à la grandeur, à l'évaluation immédiate du succès par les chiffres. Pour l'évangélisation, il n'en est pas ainsi. Combien peut nous dire dans ce sens la vie de Marthe Robin ("la petite Marthe"!), une vie toute cachée et si modeste, jusqu'à rester couchée dans l'obscurité de sa chambre, à cause de la maladie. Et combien de fruits sont nés de cette petitesse ! La loi du petit grain de sénevé nous dit aussi que dans l'évangélisation chaque personne que nous rencontrons compte, individuellement, chacune avec sa propre histoire, qui est unique. Comme il est important de se le rappeler à l'occasion des retraites ou avec les élèves de vos écoles !
Et nous voici au dernier principe-base de l'évangélisation
dont je voulais vous parler : le principe du grain qui meurt.
La parabole du grain de blé nous porte aux racines mêmes
du secret de la croissance du Règne de Dieu dans le monde
et au-dedans de nous-mêmes : "En vérité,
en vérité, je vous le dis, si le grain de blé
tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il
meurt, il porte beaucoup de fruit" (Jn 12,24). Ce
n'est pas une métaphore, nous ne sommes pas dans l'abstrait
des théories. Dans la vie du Christ, dans sa mort sur la
croix et dans sa résurrection, cette parole et devenue
réalité. A ce propos, le Cardinal Joseph Ratzinger
écrit :"Jésus n'a pas racheté le monde
par de belles paroles, mais par sa souffrance et par sa mort.
Sa passion est source inépuisable de vie pour le monde
; sa passion donne force à sa parole" (La nuova
evangelizzazione, in "l'Osservatore Romano", 11,12.XII.2000).
La souffrance acceptée avec foi est un instrument d'évangélisation
puissant, capable d'ouvrir des brèches dans les consciences
humaines les plus endurcies. Parlant de la souffrance, Jean-Paul
II écrit que celle-ci "plus que toute autre chose,
ouvre le chemin à la Grâce qui transforme les âmes.
(...) C'est pourquoi l'Eglise voit dans tous les frères
et les soeurs souffrants du Christ comme un sujet multiple de
sa force surnaturelle. Que de fois les pasteurs de l'Eglise ont
recours à eux, précisément parce qu'ils cherchent
près d'eux aide et soutien!" (Salvifici doloris
n. 27). C'est le mystère de la souffrance qui sauve
le monde : une force extraordinaire cachée dans la faiblesse
! Les apôtres de la souffrance sont spécialement
aujourd'hui les protagonistes indispensables de l'évangélisation.
Avec la force de leur souffrance ils pénètrent dans
les milieux fermés à tout autre évangélisateur.
Sans leur contribution, même la prédication la plus
persuasive risque de rester en l'air, parce que incapable de secouer
les consciences, à changer la vie des personnes. Saint
Paul parle du sens salvifique de la souffrance lorsqu'il écrit
aux Colossiens "En ce moment je trouve ma joie dans les souffrances
que j'endure pour vous, et je complète dans ma chair ce
qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est
l'Eglise" (Col 1,24). C'est à cette lumière
que les Foyers de Charité doivent relire et toujours relire
la vie de Marthe Robin, mais aussi celle du Père Finet,
surtout dans la dernière étape de la vie de ce dernier.
La parabole du grain de blé qui meurt pour porter du fruit
illustre très bien cette loi évangélique
pour l'annonce de l'Evangile. Tout ceci nous permet de pénétrer
la profondeur du mystère du salut au service duquel Dieu
nous appelle à collaborer.
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Foyers de Charité, qui êtes-vous ? |
Homélie de Mgr Jean-Christophe Lagleize
le 31 mai 2003
"Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur".
Elisabeth nous dévoile Marie comme celle en qui l'ouvre de Dieu s'accomplit à la perfection. Ce dévoilement entraîne Marie à rendre gloire au Seigneur, en le magnifiant.... Magnificat !
Membres des Foyers de Charité, votre
vocation, votre mission s'enracine dans ce dévoilement,
dans ce rendre visible les merveilles que Dieu le Père
accomplit dans tant et tant de vies d'hommes et de femmes. A l'exemple
et avec l'aide de Marie, des personnes heureuses ou malheureuses,
croyantes ou hésitantes, voire non croyantes, découvrent
grâce à d'autres que Dieu est à l'uvre en
leur vie. Que Dieu prend corps en eux, que Dieu tient Parole,
Il se dévoile comme le Dieu fidèle, comme un Père
qui prend soin de tous ses enfants.
Cette fête de la Visitation nous révèle un
des aspects de la mission.
Il est nécessaire que les uns sortent de chez eux et que
les autres ouvrent leurs maisons pour les accueillir avec chaleur
et respect.
Foyers de Charité, qui êtes-vous ? Sinon des maisons ouvertes, disséminées sur les continents, pour accueillir des personnes qui sortent de chez elles, désirant trouver chaleur et respect. Ces chercheurs désirent trouver, retrouver, sous l'action de l'Esprit Saint, Jésus-Christ qui nous mène et nous révèle Dieu son Père et notre Père.
Foyers de Charité, avec d'autres, selon votre grâce propre, vous demeurez au service de l'évangélisation, de la proposition de la foi - pour reprendre le titre du document des évêques de France pour envisager l'avenir de la catéchèse - vous êtes des personnes et des lieux pour aller au coeur de la foi.
Mes amis, vous mesurez le poids et la richesse de cette mission
d'évangélisation et, avec Marie, vous magnifiez
le Seigneur. Mais vous mesurez aussi l'exigence d'une telle mission.
Comment entraîner des hommes et des femmes à aller
au coeur de la foi si, personnellement et, en communauté,
vous ne faites pas ce mouvement de toujours repartir du Christ.
Comme successeur des apôtres, je vous invite (mais vous
ne m'avez pas attendu pour le faire et je m'en réjouis!),
à faire pleinement vôtre, dans vos vies et dans les
Foyers, la lettre apostolique du Saint Père Jean-Paul II
"Novo millennio ineunte" au début du nouveau
millénaire
- la rencontre avec le Christ
- un visage à contempler
- repartir du Christ
- témoin de l'amour
Alors encore plus cette Oeuvre sera le refuge
des grandes détresses humaines qui viendront y puiser la
consolation et l'espérance ; et l'abri de ses murs le signe
évident de la volonté et de l'appel émouvant
du Coeur du Christ ? Attirés par Marie et le Seigneur,
les pécheurs viendront chercher lumière et guérison
dans le pardon.
Foyers, demeurez éclatants de lumière, charité
et amour ; oasis vivifiants ; maisons du Coeur du Christ ouvert
à tous. Amen.
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Etre prophète aujourd'hui |
Jean VANIER, fondateur de l'Arche
Le prophète rappelle les voies de Dieu. Il montre un chemin particulier pour chaque époque vers Jésus. Ainsi il prépare la rencontre avec Jésus. Chaque époque a ses prophètes. Qui sont certains des prophètes d'aujourd'hui ?
Le Pape, Jean Paul II, montre une voie nouvelle. A Assise en 1986, puis de nouveau en janvier 2002, il a appelé les responsables de toutes les grandes religions de l'humanité à une rencontre de paix dans la ville d' "il Poverello", François. Qu'est-ce que c'est cette nouvelle voie ? Elle est le rappel que toute personne, quelles que soient sa culture, son ethnie, ou sa religion, est importante et a une valeur pour Dieu. Chaque personne est précieuse, créée par Dieu et pour Dieu. Elle est le rappel aussi que toute religion peut aider les personnes à devenir plus humaines, plus aimantes et à devenir un chemin de paix entre les êtres humains. Oeuvrer pour la rencontre, le respect et le dialogue avec toute personne est donc urgent. Il est un chemin pour mieux connaître et aimer le Père qui est le Père de toute personne. Il est la seule vraie source de fraternité entre les humains.
Etty Hillesum, une
jeune juive hollandaise, a été arrêtée
par la Gestapo ; elle est morte dans une chambre à gaz
à Auschwitz en 1943. Entre 1941 et 1943 elle a écrit
un journal et quelques lettres qui furent publiés dans
le livre " Une Vie Bouleversée". Sans formation
précise dans sa tradition religieuse, après une
vie faite de rencontres amicales, d'un amour de la littérature,
et d'une rencontre surprenante avec un psychothérapeute,
disciple de Jung, elle montre un chemin d'union à Dieu
à l'intérieur même d'un monde de souffrances
épouvantables. Dans le camp de concentration en Hollande,
où il y avait parfois dix mille hommes, femmes et enfants
juifs qui attendaient le train qui les amènerait à
Auschwitz, elle parle de son expérience de Dieu. Elle ne
crie pas à Dieu en colère, elle ne supplie pas Dieu
de venir à son aide ; elle révèle un Dieu
qui attend à la porte de nos coeurs, qui attend que nous
ouvrions nos coeurs afin qu'il puisse entrer à l'intérieur
de nous pour nous donner sa paix. L'unique désir d'Etty
est d'aider chaque personne à découvrir qu'elle
est "une maison où Dieu habite".
« Je te le promets, je te le promets, mon Dieu, je te
chercherai un logement et un toit dans le plus grand nombre de
maisons possibles. C'est une image amusante : je me mets en route
pour te chercher un toit. Il y a tant de maisons inhabitées,
où je t'introduirai comme invité d'honneur. Pardonne-moi
cette image assez peu raffinée ». ("Une vie
Bouleversée", page 208)
Thérèse de Lisieux est un prophète pour notre temps. Elle montre
une petite voie, une nouvelle voie, la voie de la confiance. Même
si elle sentait en elle, le vide, la faiblesse, ses incapacités,
ses blocages, elle ne s'inquiétait pas ; elle faisait confiance
à la bonté et à la miséricorde de
Dieu, manifestées en Jésus. Elle savait que par
elle-même elle ne pourrait jamais "grimper" vers
Dieu. Elle avait confiance que Dieu vient vers elle, plein de
bonté et de tendresse, pour la prendre avec lui dans ses
bras. Cette voie est pour les petits, les pauvres, les faibles,
pour tous ceux qui se sentent incapables, sans force, sans vertu,
sans désir, bloqués dans la pauvreté, emprisonnés
derrière des murs et des barrières. Elle est un
prophète pour tous ceux qui sont dans des situations impossibles
à cause des évènements, de la maladie, de
la violence et des souffrances qui leur ont été
imposées. Thérèse veut répondre à
ce Dieu qui l'aime à la folie, par un amour fou et confiant.
Sa joie est de l'aimer. Elle veut même cacher ses larmes
et ses souffrances pour ne pas lui faire de la peine ; ou plutôt
elle ne veut pas « utiliser » ce Dieu d'Amour pour
la réconforter, pour la sortir de sa souffrance ; elle
veut l'aimer pour Lui-même. N'est-ce pas le sens profond
de son poème : "Ô Jésus, ma joie,
c'est de t'aimer" Si parfois je verse des larmes, ma joie
c'est de les bien cacher.
Oh ! que la souffrance a de charmes quand de fleurs on la sait
voiler
Je veux bien souffrir sans le dire pour que Jésus soit
consolé
Ma joie c'est de le voir sourire lorsque mon coeur est exilé."
Le quatrième prophète n'est pas un "grand" prophète connu, comme les trois autres. Il n'a rien écrit car il ne savait pas écrire. Il n'a rien enregistré car il ne savait pas parler, sauf quelques mots. Mais il nous a montré un chemin de paix, un chemin vers Dieu, un chemin d'Amour par et dans sa petitesse.. Il s'appelle Raphaël Simi, le nom de ce grand archange, qui veut dire "Dieu guérit". La confiance qui jaillissait de sa faiblesse, sa tendresse, sa capacité de demander pardon souvent en pleurs, son humour, qui manifestait l'humour du coeur de Jésus ; il m'a guéri en éveillant mon coeur. Il a guéri tant d'hommes et de femmes venus à l'Arche, proches de l'Arche, en éveillant leur coeur par sa confiance, son sourire et son rire. Je l'avais rencontré en 1964, dans une situation douloureuse : une grande institution où, sans demander son avis, il avait été placé à la mort de ses parents. Il a été considéré comme sans valeur humaine. Mais Dieu choisit ce qu'il y a de fou et de faible et de méprisé dans le monde. Dieu a choisi Raphaël comme prophète pour conduire beaucoup vers le coeur de Dieu. Le 23 mars 2003, il est reparti vers le Père. Maintenant il continue à nous appeler à l'amour.
A notre époque en particulier, il y a un mystère caché dans les faibles qu'on a mis de côté. Leur faiblesse éveille les coeurs et conduit vers le coeur de Dieu.
Quel est le lien entre ces quatre prophètes ? Chacun à sa manière montre une voie qui mène à Dieu, à travers l'accueil de la différence, de la souffrance et de la fragilité humaine. Chacun montre le vrai visage de Dieu, un visage aimant, de bonté, de tendresse et de miséricorde.
A nous d'écouter ces prophètes !
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L'abbé Paul Couturier (1881-1953) "un homme venu de l'avenir" |
Père Pierre LATHUILIÈRE,
Directeur du Centre "Unité Chrétienne" à Lyon, Secrétaire du Groupe des Dombes
La guerre venait de s'achever, à laquelle il avait payé son tribut de quelques semaines de geôle allemande, quand l'abbé Couturier appela ainsi de ses voeux un envoyé de Dieu : "Dieu, parfois, envoie dans le présent un homme "venu de l'avenir". Don magnifique fait à l'humanité, un tel homme sera "fléau" ou "bénédiction" suivant qu'il se verra en lui-même ou en Dieu ; orgueilleux ou humble, démon ou ange. Dans l'une ou l'autre alternative son action sera puissante et rapide sur l'évolution des "mentalités" et des problèmes qu'elles enchâssent. C'est parmi de tels hommes que se trouvent les grands "révolutionnaires", au sens étymologique du mot, bien que tous ne le soient pas." Ces lignes révèlent un esprit fin et conscient des ambiguïtés profondes qui peuvent saisir le coeur humain. Elles révèlent aussi un humble qui ne semble pas voir que ces propos pourraient fort bien s'appliquer à lui-même, ce qui a été fait depuis sa mort, il y a cinquante ans. Car avec l'abbé Paul Couturier, on peut dire que c'est vraiment "un homme venu de l'avenir" qui a été donné à l'Eglise.
Nous ne pouvons retracer ici tout l'itinéraire de sa vie , mais simplement donner à goûter de son intuition spirituelle qui a été si féconde pour la vie de l'Eglise (et des Eglises).
On date généralement le tournant spirituel de l'abbé Couturier de l'été 1932. Touché par la situation des orthodoxes russes qu'il avait accueillis comme réfugiés dans sa ville de Lyon, l'abbé se rend en Belgique à l'abbaye d'Amay où une communauté monastique essaye depuis 7 ans d'approfondir dans la prière la rencontre entre l'Orient et l'Occident . A Amay, il fait retraite pendant un mois. Ce qu'il découvre là, ce sont en particulier les essais de rencontre entre Eglises chrétiennes déjà vécu par Dom Lambert Bauduin, l'abbé fondateur d'Amay qui venait d'être éloigné autoritairement de sa communauté. Il faut dire qu'à cette époque - surtout depuis l'encyclique Mortalium animos (1928) - les contacts avec les autres Eglises n'ont pas bonne presse dans l'Eglise catholique. Or Dom Lambert Bauduin avait aussi participé aux Conversations menées au début des années 20 avec le Cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles. De ces expériences confrontées à la sienne et de sa prière, l'abbé Couturier va ressortir avec plusieurs convictions qui vont marquer l'essentiel de son oeuvre, dans les vingt dernières années de sa vie.
Comme nous le faisions apparaître dans notre citation au début de cet article, la première conviction de l'abbé Couturier tient à l'avenir. L'avenir est d'abord entre les mains du Christ, bien plus que dans les nôtres. C'est lui qui ad-vient et non pas nos projets, fussent-ils magnifiques et édifiants. Il nous faut donc nous mettre en état de réception, de disponibilité pour que Dieu puisse réaliser ce qu'il attend de nous. On pourrait dire que le premier acte de l'abbé Couturier - avant même de parler d'action - fut un acte d'espérance, d'ouverture des horizons à la mesure de ce que Dieu ouvrait dans son coeur, son esprit, sa volonté.
La deuxième conviction, c'est que cet avenir concerne l'Eglise. En effet, dans l'évangile de Jean, au chapitre 17, l'abbé Couturier redécouvre la demande de Jésus en ce qui concerne l'unité : "Que tous soient un comme toi Père tu es en moi et je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé !" (v.21). Cette prière est capitale. D'une part, par son contenu, elle nous dit la profondeur de l'unité à laquelle nous sommes appelés : l'unité même du Père et du Fils. Ce ne peut être donc une unité au rabais, une coalition de forces ou un compromis conceptuel : c'est une unité fondée sur une communion, une vie dans l'Esprit qui nous mène à la vérité toute entière. D'autre part, si on réfléchit davantage à l'auteur de cette prière, on découvre ce qui veut Jésus lui-même. Ce qui signifie que cette demande est déjà exaucée en quelque sorte et qu'il y a déjà un "lien invisible qui nous unit dans le Christ" . Mais ce qui veut dire aussi que tout disciple de Jésus ne peut que s'y joindre. C'est fort de cette dernière conviction spirituelle que l'abbé Couturier va se lancer dans son oeuvre cuménique.
Une conséquence théologique va enrichir cette conviction spirituelle : le coeur de l'Eglise, ce n'est pas l'Eglise, c'est le Christ. Aussi bien, l'unité que nous avons à demander avec le Christ ne peut être réduite à un retour des frères "dissidents" dans le giron de l'Eglise romaine . C'est une unité que nous avons à demander aussi pour nous-même en même temps que pour les autres. C'est une unité qui dépend fondamentalement de l'initiative de Dieu et qui se produira quand il le voudra , "par les moyens qu'il voudra"
Cette conviction spirituelle va trouver le
moyen de son expression concrète grâce à une
initiative pastorale également découverte à
Amay par l'abbé Couturier. En 1908, deux prêtres
anglicans, très proches de l'Eglise Catholique, avaient
lancé l'idée d'une Octave de Prière pour
l'Unité du 18 au 25 janvier de chaque année.
L'abbé Couturier, à peine rentré sur Lyon,
reformule cette idée en fonction de ses découvertes
et en fait "l'Universelle Prière des Chrétiens
pour l'Unité Chrétienne" qu'il met en oeuvre
dès janvier 1933. Cinq ans plus tard, il écrira
: "Cette unanimité d'intercession ne serait-elle
pas une nécessité pour obtenir que soit refaite
l'Unité chrétienne ? [] Mais cette oecuménicité
[...] ne peut se réaliser complètement qu'à
une seule condition imposée par son évidence : chacun
priera à l'intérieur de ses convictions personnelles
et de ses habitudes personnelles afin d'obtenir la réalisation
de l'Unité telle que l'a voulue et demandée notre
commun Sauveur Jésus-Christ." Le recentrage christologique
de la prière pour l'Unité et le respect qu'elle
implique de chacun fait que l'initiative de l'abbé Couturier
rencontre assez vite un accueil favorable auprès des orthodoxes,
puis bientôt des protestants.
Durant les vingt années qui vont suivre la retraite d'Amay,
l'abbé Couturier va prendre des contacts, écrire
des articles, élaborer des schémas de prières
et rédiger d'innombrables tracts pour faire connaître
et aider à vivre l'Octave qui deviendra la Semaine de l'Universelle
Prière des Chrétiens pour l'Unité Chrétienne.
De cette expérience multiforme, vont naître deux
autres intuitions qui vont enrichir la vision initiale : "l'émulation
spirituelle" et "le monastère invisible".
La rencontre oecuménique se vit sur le fond d'un double contentieux historique et dogmatique dont il nous est difficile, voire - sur certaines questions - impossible d'évaluer toutes les données : les responsabilités dans les conflits échappent parfois au jugement humain et les différends dogmatiques nécessitent parfois une distance culturelle longue à acquérir. Il reste un chemin d'avancée à vivre "en parallèle" : celui de l'émulation spirituelle qui respecte les différences subsistantes : "Il s'agit pour tous les chrétiens d'entrer en émulation fraternelle et sainte de prière humble et pénitente, d'approfondissement de vie intérieure."
Ces différences subsistantes ne doivent
pas nous faire oublier l'unité invisible déjà
offerte dans le Christ. Aussi bien l'un des fruits de l'Universelle
Prière des Chrétiens pour l'Unité Chrétienne
réside dans une communion en profondeur qui dépasse
les frontières visibles de nos Eglises : c'est comme un
"monastère invisible" constitué par
"l'ensemble des âmes à qui l'Esprit Saint
a pu faire connaître, d'une connaissance intime [...] le
douloureux état des séparations entre les chrétiens
[...]"
Le monastère existe toujours et s'agrandit d'année
en année, l'émulation reste nécessaire plus
que jamais au coeur de notre dialogue oecuménique. Que
ce soit lors de la Semaine de Prière aujourd'hui proposée
conjointement par le Conseil oecuménique des Eglises (à
Genève) et le Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité
Chrétienne (à Rome), que ce soit lors des rencontres
à l'abbaye de Pradines du "Groupe des Dombes"
où 40 théologiens catholiques et protestants s'efforcent
de développer les chemins d'une "théologie
ruisselante de prière" , que ce soit par delà
même ces créations de l'abbé Couturier, ces
intuitions restent d'une étonnante actualité.