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Numéro 218-219 Octobre 2003 |
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SOMMAIRE
Octobre 2003
Dossier : Cheminer avec Marie
Contempler Jésus
avec les yeux et le coeur de Marie
Père Jacques BEAUDRY
Témoignages
O Mère bien-aimée
Père Jacques RAVANEL
Grâces et faveurs obtenues par l'intercession de Marthe Robin
Avec Marie, notre Mère, allons à
la source des Sacrements
Père Antoine LEGA
Actualité
Pauline-Marie Jaricot
( 1799-1862) Mère des missions, Apôtre du Rosaire
Gaëtan BOUCHARLAT de CHAZOTTE
"Je suis le Pain de Vie" (Jn 6)
De toutes nations
Au Foyer de Naves, en Savoie
Au Foyer de Liambou, au Congo
A Dieu au Père Ricart, du Foyer de Saint-Denis,
puis de Lacépède
A Dieu au Père Aine, du Foyer de la Martinique
Programme des Retraites Novembre-Décembre
Janvier 2004
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Contempler Jésus avec les yeux et le coeur de Marie |
Jacques Beaudry c.s.v.
Père du Foyer de Port-au-Prince, en Haïti
«Réciter le rosaire !»
Voilà une expression que je n'aimais pas. Je préférais
dire : "Prier le rosaire". Car pour moi "réciter"
évoquait l'élève qui "récite"
sans trop y mettre son coeur une leçon apprise par coeur.
Mais la lettre de notre "lumineux" Pape Jean-Paul II sur le rosaire m'a apprivoisé. Non seulement il répète ces mots "réciter", "récitation", plus de vingt-cinq fois, mais surtout il les décante de toute l'ambiance routinière et rabâcheuse, - qui les entoure souvent et qu'il déplore, - pour les relier au "récit d'événements salvifiques" dont le Christ est le sommet. Ce récit, cette suite d'événements sont ceux-là mêmes que Marie a "retenus et médités dans son coeur".
Ces "souvenirs de Jésus, imprimés dans son esprit, l'ont accompagnée en toute circonstance, l'amenant à parcourir à nouveau, en pensée, les différents moments de sa vie aux côtés de son Fils. Ce sont ces souvenirs qui, en un sens, ont constitué le 'rosaire' qu'elle a constamment récité au long de sa vie terrestre." Et ce sont ces souvenirs qui forment « la trame de son 'récit' d'évangélisatrice" qu'elle nous invite à contempler et à approfondir avec elle, en recommandant la "récitation" du rosaire, à Lourdes et à Fatima notamment. C'est sa façon "orante et contemplative" de promouvoir la "nouvelle évangélisation."
Dès lors "réciter le rosaire n'est rien d'autre que contempler avec Marie le visage du Christ."
"En effet, sur l'arrière-fond des Ave Maria défilent les principaux épisodes de la vie de Jésus qui nous mettent en communion vivante avec Lui à travers le coeur de sa Mère." En "récitant" ainsi le rosaire, en faisant ainsi le "récit" des mystères de la vie du Christ, "nous sommes transfigurés en son image."
Personne n'a jamais contemplé le Fils de Dieu fait homme, ne l'a jamais mangé des yeux et du coeur, avec autant de tendresse et d'ardeur que sa Mère en qui il a pris chair et de qui il est né en la gardant vierge, comme le soleil qui traverse une fenêtre sans la briser. "Marie vit en gardant les yeux fixés sur le Christ et chacune de ses paroles devient pour elle un trésor."
Et pourquoi l'Esprit Saint a-t-il voulu que Marie conserve et médite ce trésor dans son coeur, pourquoi Jésus a-t-il voulu que nous prenions Marie pour Mère ? Pourquoi, sinon afin qu'elle nous fasse profiter maternellement de tout ce trésor qui lui a été confié. Ainsi, personne ne peut, autant qu'elle, nous aider à accueillir les traditions et l'Esprit de la Famille de Dieu, à comprendre et à goûter les albums de photos de famille que sont les évangiles. Elle nous apprend, comme aux servants à Cana et aux Apôtres après l'Ascension, "à suivre les instructions du Christ".
"Cheminer avec Marie à travers les scènes du Rosaire, c'est comme se mettre à 'l'école' de Marie pour lire le Christ, pour en pénétrer les secrets, pour en comprendre le message." Marie est vraiment le moule dans lequel le Fils de Dieu s'est fait homme et qui aide l'homme à devenir fils de Dieu en "respirant" ses sentiments. Par son Assomption corps et âme au ciel, elle est toute proche de nous pour nous faire ressembler à Jésus. C'est ainsi qu'une maman forme son enfant, pas par lettre ou par téléphone, mais directement en le prenant dans ses bras ou par la main pour lui apprendre à parler, à marcher, à se laver De plus, "par son intercession maternelle, Marie intervient pour soutenir la prière que le Christ et l'Esprit font jaillir de notre coeur." Enfin, elle travaille à "façonner le disciple selon le cur du Christ," pour en faire un évangélisateur ardent et compétent, un membre du Corps du Christ docile qui permette au Christ-Tête d'agir efficacement à travers lui.
Comment Marie fait-elle passer tout ce trésor de son cur dans le nôtre ? Par le Rosaire ! En effet, pendant que nous répétons inlassablement les compliments que le Père ("Je vous salue, Marie), l'Esprit ( Vous êtes bénie), Jésus (Sainte Marie, Mère de Dieu) et son Épouse, l'Église ( Prie pour nous, pécheurs") lui ont faits et qui sont ramassés dans la belle prière de l'Ave Maria, Marie fait passer de son cur jusque dans le nôtre, goutte à goutte, comme un sérum d'amour et de vérité, tout ce qu'elle a conservé et médité dans son coeur, tout ce trésor du coeur de Marie, le Rosaire, qu'on a appelé "l'Évangile de Jésus-Christ selon la Vierge Marie."
Ainsi, la procession des Ave Maria est comme une musique de fond (un "arrière-fond," écrit le pape), une mélodie d'amour sans cesse répétée comme une douce mélopée, afin que notre coeur soit plus libre pour écouter Dieu - à travers Jésus -nous raconter son histoire d'amour avec nous. Peu à peu, nous la comprenons mieux, nous la goûtons davantage et nous trouvons la force de la vivre dès à présent.
Ici, dans la Communauté Sainte Marie, en Haïti, nous avons commencé, il y a plus de trente ans, à méditer les mystères du rosaire à la lumière des lectures de la messe du jour, ce qui nous permettait déjà de contempler quantité de mystères "lumineux" dans la vie publique de Jésus. Ces jours-ci, répondant au désir du Saint-Père, nous avons affiché tout autour de la chapelle vingt belles images qui représentent les mystères du rosaire et nous aident à les contempler.
Quel trésor qu'un chapelet ! Il est vraiment la fronde de David qui, avec cinq cailloux, a terrassé le géant Goliath. Chaque Ave est aussi comme une semence d'amour que nous jetons sur terre, dans les coeurs, pour qu'elle pousse dru. C'est pourquoi, quand je bénis un chapelet, j'aime bien que les gens le tiennent au creux de leurs mains comme une poignée de blé qu'on bénit avant les semailles
Quel trésor que le rosaire ! Un trésor à partager pour que l'amour fasse irruption dans le monde, dans les coeurs. Davantage ! "Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur !"(Mt 6, 21).
Le rosaire nous aide à mettre notre
trésor à la bonne place et à y fixer les
yeux de notre coeur. Comme, par, avec et en Marie!
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Pauline-Marie Jaricot
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Gaëtan BOUCHARLAT de CHAZOTTE
Secrétaire Général
des Oeuvres Pontificales Missionnaires
Pauline Jaricot Une femme hors du commun, une femme de son siècle, totalement ouverte à l'action de l'Esprit Saint, totalement dévouée à l'Eglise Cette femme ne nous rappelle-t-elle pas pour aujourd'hui l'immense saveur de la prière à Marie et l'amour de l'Eucharistie, à l'heure même où le Saint Père dans cette année du Rosaire nous donne une encyclique sur l'Eucharistie, une lettre sur le Rosaire? "Par sa foi, sa confiance, sa douceur et l'acceptation sereine de toutes les croix, Pauline se montra vraie disciple du Christ Mettre en évidence cette figure marquée très tôt par une volonté inouïe d'entreprendre doit stimuler l'amour de l'Eucharistie, la vie d'oraison, et l'activité missionnaire de toute l'Eglise.. Afin de poursuivre l'oeuvre entreprise par elle pour répandre l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre, j'encourage les catholiques de France à connaître davantage cette vocation" .
Le terreau familial et la vie intérieure
Dernière d'une famille de
7 enfants, Pauline-Marie Jaricot est née à Lyon
le 22 juillet 1799 dans un milieu bourgeois et pieux, profondément
attaché à l'Eglise. Le respect de l'Eucharistie
par des visites au Saint Sacrement et la communion fréquente
vont lui permettre très tôt une certaine intimité
avec le Seigneur. En grandissant, Pauline aimera l'élégance
et les mondanités quand, en 1816, un prêche sur la
vanité va provoquer chez elle une véritable conversion
intérieure : elle décide d'abandonner ses toilettes,
les bijoux, les romans etc Sa décision est totale : le
25 décembre de la même année, elle fera voeu
de chasteté perpétuelle dans la chapelle de Fourvière;
progressant dans la vie intérieure, dans "le chemin
mystique de la réparation et de la charité".
Elle va regrouper des jeunes ouvrières et domestiques pour
une vie de piété et d'action, et fonder les "Réparatrices
du Cur de Jésus offensé et méconnu",
pour réparer la ruine spirituelle causée par la
révolution, recueillir et éduquer les enfants des
rues, soigner les pauvres malades de l'Hôtel Dieu.
A l'automne 1819, elle imagine de récolter des fonds pour
la mission, en organisant des associés par groupe de dix
qui partagent dans la prière et mettent une obole en commun,
chacun d'eux devant également trouver dix autres associés,
et ainsi de suite. Ce plan simple et facile va s'étendre
rapidement et devenir officiellement l'uvre de la Propagation
de la Foi le 3 mai 1822 . C'est aussi en 1822 que Pauline écrira
"L'amour infini dans la divine Eucharistie".
Ce texte d'une cinquantaine de pages dont les accents annoncent
ceux de l'Histoire d'une âme , montre l'enracinement de
toute son action dans l'Eucharistie "fontaine divine,
source de tous les autres sacrements" ; elle tire
de cet amour des applications pour ses contemporains comme pour
elle-même. Son confesseur lui ordonne une vie contemplative
jusqu'en 1825/26, qui lui fera comprendre la force et la nécessité
de la prière. Le don total au Christ et l'ouverture au
monde par la charité, une profonde dévotion eucharistique,
une vie de prière intense vont permettre à Pauline
d'être mûre pour la grande action de sa vie.
L'Apôtre du Rosaire
A l'occasion du Jubilé de
1825, Léon XII dénonce l'influence néfaste
de la littérature anti-religieuse et Pauline envisage de
coopérer financièrement à des entreprises
destinées à "propager des bons livres".
Pour cela, il faut bien sûr des donateurs réguliers
qu'on ne pourra trouver que si on mobilise les coeurs pour la
prière. C'est ainsi que naît en 1826 l'oeuvre du
Rosaire Vivant : "Il me sembla que l'heure était
venue de réaliser le dessein formé depuis longtemps,
d'une association accessible pour tous, qui produirait l'union
avec la prière, et dont l'unique et courte pratique, n'effrayant
personne, faciliterait aux fidèles l'usage de la méditation
quotidienne, ne fut-elle que de quelques minutes, sur les mystères
de la vie et de la mort de Jésus Christ". Pauline
n'invente rien, mais sait qu'elle répond au besoin spirituel
de son temps, à une époque ou le chapelet "était
déjà considéré comme une belle dévotion
laissée aux dévotes de profession encore à
condition qu'elles fussent vieilles ou n'eussent rien à
faire". Le système est le même que celui
retenu pour l'oeuvre de la Propagation de la Foi, mais on agit
par quinzaine, en référence aux quinze mystères
du rosaire : à chacun de réciter une seule dizaine
en méditant un mystère tiré au sort. En sus
de cette prière, de l'adoration du Saint Sacrement, les
associés diffusent objets de piété, prières,
images pieuses, et brochures sur les sujets les plus divers :
en 1828 plus de dix mille "encycliques", quatorze mille
"Dons du Saint Esprit", quarante-sept mille "Prières",
trente mille "Adorations du Saint Sacrement", quarante
mille médailles, sans compter les Vies de Saints, les chapelets
etc Mais très vite, plutôt que la diffusion des bons
livres, il s'agit surtout de mettre en valeur l'originalité
profonde de la prière du Rosaire comme instrument d'évangélisation
: en contemplant les mystères de la vie de Jésus
et Marie, dans la communion spirituelle de l'ensemble des membres
de la quinzaine qui méditent et prient les uns pour les
autres, "le regard de ces coeurs sur l'un des mystères
de la vie de N-S. pendant une minute fait une demi heure par mois
de méditation sur ce divin Jésus qu'on ne peut regarder
sans que la terre du cur de l'homme s'échauffe et produise
quelques fruits de salut". On est aussi très proche
des missionnaires qui annoncent l'évangile dans les terres
lointaines.
Pour la diffusion, chacun doit trouver 5 autres associés
qui viendront s'adjoindre à ce grand courant de prière.
Le succès est fulgurant, et Pauline peut écrire
dès 1831 "les quinzaines continuent à se
multiplier avec une incroyable rapidité en Italie, en Suisse,
en Belgique, en Angleterre, et dans plusieurs contrées
de l'Amérique. Ce Rosaire a planté des racines de
vie jusque dans les Indes et surtout au Canada. Nous continuons
à faciliter les moyens de l'établir en Afrique.
On m'a dit qu'en Colombie l'association se propage tellement qu'il
est presque impossible de dire le nombre de ceux qui en font partie
et que, partout où les quinzaines se forment, on remarque
une constance dans le bien et un parfum de vertu qui n'existaient
pas avant". Au centre de ce brasier, Pauline anime l'association
par le moyen de circulaires qui aident la réflexion et
la prière, et informent les associés des progrès
de l'évangélisation.
Pour soutenir son oeuvre providentielle, le 15 août 1832
Pauline s'installe sur les pentes de Fourvière , cherchant
à vivre avec quelques religieuses une vie d'adoration,
de prière, ordonnée à l'action charitable.
La petite communauté est astreinte quotidiennement à
une heure d'adoration du Saint Sacrement, à un chemin de
croix et à la récitation du rosaire, pour "pénétrer
dans l'intérieur de Jésus et Marie" ce
qui est le moteur de toute son action. Pauline engage "ses
filles" à pratiquer cette voix de l'enfance spirituelle
et leur enseigne l'oraison tout en leur demandant d'être
prêtes à quitter tout exercice de dévotion
personnelle pour un seul acte de charité fraternelle.
L'oeuvre va se développer ainsi de façon considérable
pour compter à la mort de Pauline plus de 3 millions d'associés.
Le martyr intérieur
On peut imaginer combien ce cénacle
de ferveur pouvait attirer de monde à Lorette ! Tous sont
accueillis, reçoivent généreusement les subsides
demandés, images ou médailles. Les conseils de Mademoiselle
Jaricot sont recherchés, Pauline est alors reconnue et
respectée. Dans son souci d'évangélisation,
elle va continuer à s'intéresser à toutes
les détresses de son époque, et notamment à
la classe ouvrière à laquelle il convenait de permettre
une vie décente pour pouvoir lui faire découvrir
les trésors et les bienfaits de la religion : chaque ouvrier
converti pourrait lui-même convertir ses homologues dans
d'autres usines où il irait travailler. Dans cette aventure
industrielle, victime d'escrocs, elle engloutira toute sa fortune
et finira inscrite au bureau d'indigence de la ville de Lyon,
malgré le fameux escalier à péage qu'elle
mettra en place pour accéder à Fourvière
et rembourser ses créanciers. Pauline est alors décriée,
vilipendée : "Les croix les plus douloureuses et
qui étonnent un peu notre faiblesse, ce sont celles qu'avec
de bonnes intentions nous taillent les amis de Dieu. Il faut encore
les aimer, puisqu'elles sont choisies pour nous sanctifier et
surtout sanctifier les oeuvres dont nous avons l'honneur d'être
chargées. Je crois que ces croix-là sont toutes
d'or et de pierreries". Le curé d'Ars dira d'elle
en chaire "O mes frères, je connais quelqu'un qui
a beaucoup de croix et de très lourdes, et qui les porte
avec un grand amour : c'est mademoiselle Jaricot."
En 1861 la maladie de cur de Pauline s'aggrave lentement
; elle reçoit l'extrême-onction, dit ses dernières
paroles "Marie Mourir ! Marie, ma Mère, je suis
toute à vous !" et meurt dans sa maison de Lorette
le 9 janvier 1862.
"La grande pensée de Pauline
Jaricot a été une pensée d'apostolat universel,
par la prière, par le sacrifice et par l'action. Donner
la lumière de l'Evangile et la grâce de la Rédemption
aux foules qui ne les ont pas encore reçues, ou les rendre
à celles qui les ont perdues : telle a été
son ambition, immense comme celle du Christ lui même" . C'est dans une union profonde à Dieu que
Pauline a puisé son énergie pour le service de l'évangélisation
; en nous engageant à offrir dans la prière ce qu'il
faut pour faire grandir le Corps du Christ, Pauline Jaricot nous
fait vivre les mystères du Rosaire "dans l'acceptation
sereine de toutes les croix" , pour parvenir à
la Gloire : elle nous engage à porter les fruits de la
Pentecôte ! Toute à la fois Marthe et Marie, elle
nous engage pour aujourd'hui à l'action puisée dans
la contemplation, dans l'intimité avec le Christ. Prions
pour qu'enfin parvenue à l'honneur des autels , son exemple
puisse servir l'Eglise tout entière !
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"Je suis le Pain de Vie" (Jn 6) |
Père FINET
L'Eucharistie est la nourriture propre de nos âmes ; c'est le point sur lequel il est nécessaire d'insister très particulièrement. Cette nourriture, c'est la Chair et le Sang de Jésus même. Celui qui a pu dire en toute vérité : "Je suis la Vie", s'est fait Lui-même, pour nous, aliment de vie. C'est là un fait qui nous fait toucher du doigt l'extrême pointe de son Amour ; mais c'est le fait lui-même, avec les conséquences logiques qu'il entraîne, qu'il faut d'abord retenir.
Remarquons la façon dont Jésus Lui-Même le souligne. Il faut lire, à ce sujet, le chapitre 6 tout entier de l'Évangile de Saint Jean, celui de la Promesse de l'Eucharistie, et il faut le relire souvent. Comment se déroule ce chapitre 6 ?
"Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel"
D'abord, Jésus est entouré de la foule, et, en sa faveur, Il multiplie les pains et les poissons, symbole de la multiplication future du Pain eucharistique.
Ensuite, comme la foule veut le faire roi, Jésus s'échappe et va passer la nuit en prière sur la montagne.
Le lendemain matin, Il retrouve ses apôtres qui sont en bas, sur le lac de Tibériade, et Il arrive vers eux en marchant sur les eaux. Dès qu'Il est entré dans la barque, voici que la barque se dirige, d'elle-même jusqu'à Capharnaüm, au nord du lac. Là, Jésus descend de la barque, et ils sont rejoints par toute la foule, pour laquelle Il a multiplié les pains, la veille. Ils sont heureux de retrouver Jésus, et parlent tous de cette multiplication des pains.
Et c'est à ce moment-là que Jésus fait la promesse du véritable pain eucharistique. Il leur dit : "Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera".
Attention ! C'est ce qui demeure pour la vie éternelle, qui commence dès cette terre.
Alors les Juifs demandent : "Mais quelle sera donc cette nourriture?".
Oh ! mais quelle aubaine, quand nous allons recevoir cette nourriture, mais quelle économie ! On ne sera plus obligés d'aller tout le temps chez le boulanger acheter du pain ! Et ils font toutes sortes de suppositions... Ils pensent que ce sera peut-être la manne, comme celle que leurs pères ont reçue dans le désert pendant 40 ans.
Et Jésus leur coupe la parole et leur dit : "Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel". Vous voyez comment Jésus appelle : le pain du ciel.
Ne parlez pas tant à vos petits enfants de la Sainte Eucharistie, parlez-leur du pain de Vie, du pain de Dieu. C'est beaucoup plus direct, ils comprendront beaucoup mieux.
"C'est mon Père qui donne le vrai pain du Ciel. Car le pain de Dieu, c'est le pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde".
Alors, qu'ont dit les Juifs ? Nous l'aurions dit nous-mêmes : "Seigneur, donne-nous toujours de ce pain".
Jésus fait une réponse qui les stupéfie : "Ce pain, c'est Moi. Je suis le pain de Vie".
Dès qu'Il a dit cela, ils font un mouvement de recul.
Comment ? Il est le pain ? Qu'est-ce que cela veut dire ?
Nous sommes en face du mystère de la foi : "Venez à Moi, croyez en Moi, demeurez en Moi".
Et Jésus continue : "Celui qui vient à Moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en Moi n'aura jamais soif. Mais je vous l'ai dit, vous m'avez vu et vous ne croyez point"...
Jésus s'adresse tout de suite à leur foi. Ils ont tendance à ne pas croire et à s'éloigner de Lui.
Les Juifs murmuraient à son sujet parce qu'Il avait dit : "Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel", et ils disaient : "N'est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc peut-il dire : Je suis descendu du ciel ?" Et Jésus à nouveau répliquait : "Ne murmurez point entre vous. Nul ne peut venir à Moi si le Père qui M'a envoyé ne l'attire, et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour... En vérité, en vérité, Je vous le dis : celui qui croit en Moi a la vie éternelle".
Il faut croire en Lui : Il a donc la vie divine
en son âme... "Je suis le pain de vie".
Jésus le répète à nouveau. Cela demande
un acte de foi : croire en Lui.
"Vos pères ont mangé la manne dans le désert,
et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel, si quelqu'un
mange de ce pain, il vivra éternellement". Donc il
aura la vie divine dans son âme dès cette terre,
et elle durera éternellement dans le ciel. "Si quelqu'un
mange de ce pain, il vivra éternellement et le pain que
Je donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde".
Là-dessus : mouvements, agitation, disputes. "Comment cet homme peut-il donner sa chair à manger ?" Nous ne sommes pas des anthropophages ! Quel scandale ! ils ne se sont pas trompés : c'est bien de chair dont il s'agissait.
"Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en Moi et Moi en lui"
Continuons le texte. "Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?" Mais Jésus d'insister, sans souci du scandale qu'il cause : "En vérité, en vérité, Je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et Moi Je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang un breuvage"
Peut-on parler d'une manière plus claire
?
"Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en Moi,
et Moi en lui".
Voilà, le mot est dit. Car Jésus est venu pour nous récapituler tous en Lui, pour demeurer en nous et nous en Lui, si bien qu'après avoir communié, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. C'est pour cela qu'Il a dit : "Venez à Moi, croyez en Moi, demeurez en Moi "
Car tout amour tend à la communion. Tout amour humain y tend par la communion d'âme, d'esprit, de coeur et de corps. Si bien que c'est l'époux qui rencontre l'épouse, et de même, c'est Jésus qui rencontre l'humanité, dans son sang, son corps et sa divinité : dans l'Eucharistie. Vous comprenez ainsi ce qu'est le grand mystère de l'amour.
Peut-on imaginer affirmation plus catégorique
? Peut-on imaginer même, spectacle plus émouvant
que celui de Jésus aux prises avec des âmes toutes
préoccupées de pensées matérielles
et leur livrant le plus sublime mystère de son amour, sans
réussir à autre chose qu'à troubler et à
déconcerter ses amis eux-mêmes : "Dès
ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent et n'allaient
plus avec Lui" (Jean 6, 66).
Scandalisés, la plupart de ses amis l'ont quitté,
sauf les apôtres...
Il ne voulait pas qu'on pût s'y tromper
; c'est bien de sa chair et c'est bien de nourriture qu'Il voulait
parler et Il ne voulait pas qu'on en ignorât la nécessité
absolue. "Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme
et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous".
Vous n'avez pas la vie divine en vous. Comme ces paroles sont
graves.
L'Evangile ne laisse pas supposer qu'Il en ait parlé à nouveau, au moins publiquement, avant son institution, le jeudi soir, avant sa Passion. Mais alors, c'est encore de nourriture qu'Il parle, uniquement : "Prenez et mangez, ceci est mon Corps ; prenez et buvez, ceci est mon Sang, le Sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour la multitude en rémission des péchés". (Matthieu, 26, 26-28).
Mettre l'accent sur un autre point, ce serait manifestement déformer sa pensée et risquer de très fâcheuses conséquences.
Comment est reçue cette miséricorde de Dieu ? Par la communion.
Quand on communie, on nourrit Jésus, on fait grandir l'Eglise.
Grâce au Décret sur la communion fréquente du 20 décembre 1905, publié sous les auspices du Papa Pie X, beaucoup ont compris et ont communié souvent : cela fait grandir l'Église.
La croissance de l'Église continue parce qu'on s'est mis à communier. On en a eu des manifestations merveilleuses. Par exemple, le miracle de la croissance de l'Église en Afrique. Si bien que l'on peut penser que vers l'an 2000, la communauté africaine sera peut-être la plus chrétienne et la plus nombreuse de toute l'Église. On a vu la même chose dans certaines îles d'Océanie.
En France, on a vu beaucoup d'apôtres
dans le laïcat. C'est un grand phénomène qui
caractérise beaucoup I'Église d'aujourd'hui : le
laïcat missionnaire, "apôtre et témoin".
Et puis, surtout, on a vu le Concile Vatican II qui orientait
toutes les vies vers l'apostolat missionnaire, notamment du laïcat
: "Le peuple de Dieu" qui doit se répandre dans
le monde tout entier.
Voilà à peu près ce que nous constatons de nos jours. Et c'est une richesse magnifique pour l'Église.
Et on voit monter même, de plus en plus, l'amour de la Sainte Vierge dans les curs, Elle qui nous a donné son Pape, Jean-Paul II, ce fervent de Marie. Il est le grand don de Marie à son Eglise. Et il va certainement - et c'est déjà commencé - réaliser des merveilles.
Si bien qu'il y a une grande espérance qui monte, et l'Église est certainement en grande évolution en ce moment.
Une de mes joies est de voir que beaucoup de
retraitants repartent avec le désir de la communion fréquente
dans leur vie. Quelle grâce et quelle bénédiction
!
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Témoignage |
Ancien élève de l'école de garçons de Saint Bonnet, ma foi s'est éteinte durant mon adolescence, étouffée sans doute par les aspirations contradictoires de cet âge et l'absence d'un milieu qui la porte vraiment.
A dix-sept ans, je n'avais pas envie d'avoir comme but dans la
vie le confort , le succès ou la reconnaissance sociale.
J'ai alors commencé à faire des petits boulots,
des voyages et j'ai commencé à faire toutes sortes
d'expériences, qui m'ouvraient des horizons nouveaux. Mais,
dans le fond, j'étais terriblement malheureux, et ne savais
plus pourquoi. Cela a duré cinq ans. La seule chose qui
me faisait tenir était la nécessité de travailler.
Un jour, des amis sont revenus d'un voyage
en Inde et semblaient avoir trouvé « quelque chose
». Malgré l'affolement de ma famille, je décidai
de partir là-bas. N'étais-je pas maître de
ma vie ?
Arrivé à destination, dans ce monde si différent
de l'Occident, j'ai tout de suite compris la fragilité
de ma vie. En Inde, il faut être prêt à mourir
bêtement, parce que l'on a marché sur un cobra ou
que l'on est monté dans un bus qui tombe dans un ravin.
Et puis, beaucoup de misère dans les villes Décider
de rester a été pour moi un pas important.
Au bout de quelques semaines, alors que ma recherche d'absolu
prenait forme, sans que l'hindouisme ne me convainque vraiment,
il m'a été donné de faire une expérience
extraordinaire.
Un jour, vers midi, de façon soudaine et incompréhensible,
tout me parut saisi d'une présence immense. Je voyais comme
une force extraordinairement puissante, présente en tout
et qui saisissait tout. En même temps s'installait en moi,
non pas exactement une paix, mais un sentiment de libération.
Cela a duré trente secondes ou quinze minutes, impossible
de le dire. En tout cas, lorsque cela s'est terminé, je
me suis dit : "ça, c'est Yahvé, le Dieu de
la Bible, dont on m'a tant parlé dans mon enfance ; le
Dieu tout-puissant, fort, celui qui voit tout car il est partout".
Et, en même temps, j'avais perçu qu'il était
bon, et que sa puissance n'écrase pas, ne fait pas peur.
Moment extraordinaire qui a transformé ma vie ! J'ai commencé,
chaque jour à l'adorer, me sentant aussi porté par
une présence, dont je compris plus tard qu'elle était
celle de la Vierge Marie.
De retour en France, les seules personnes qui saisissaient ce
que j'avais pu vivre étaient des chrétiens. C'est
ainsi que je me suis retrouvé à Châteauneuf,
accueilli avec beaucoup de discrétion par la communauté
du Foyer, et que, peu à peu, je décidais de faire
une retraite. La première conférence porta sur l'adoration
: pour la première fois j'entendais parler de la foi catholique
comme d'une vraie sagesse de vie. J'ai pu rencontrer Marthe. Durant
notre entretien, j'étais, bien que très intimidé,
saisi par la façon dont elle comprenait de l'intérieur
ce que je vivais. Et quelle petitesse, humilité dans son
ton et ses propos ! Le lendemain, je suis allé me confesser,
et, dehors il neigeait. Je me suis dit que le manteau blanc qui
recouvrait la nature était un peu l'image de ma réconciliation
avec Dieu. Le cinquième jour de la retraite, alors que
j'étais dans le hall près de la salle de conférence,
je fus soudain saisi intérieurement par la présence
de Jésus : immense révélation de tendresse
et d'amour, paix extraordinaire m'envahissant au plus profond
de moi-même. Ce n'était pas comme dans les sagesses
de l'Inde une chose qui aurait été le résultat
d'une ascèse personnelle, mais un don gratuit. Cette expérience
fut si forte qu'elle en demeure aujourd'hui encore difficilement
exprimable. Et, comme accompagnant la présence de Jésus,
il y avait, indissociablement, cette présence maternelle
de Marie, dont je compris qu'elle était la clef de mon
parcours. Moi, qui, enfant, à Saint-Bonnet, récitait
chaque jour la consécration à Marie de Grignion
de Montfort avec tout mon coeur, je compris que, Elle, avait pris
au sérieux cette prière de l'enfant que j'étais,
et m'avait accompagné et protégé au long
de ces années d'errance. Je compris aussi que tout ce qui
m'arrivait était le fruit de la prière de Marthe.
Une certitude.
En même temps que j'entrais dans la vie véritable,
je compris aussi tout ce que j'avais reçu dans mon enfance,
par mes parents et à l'école : je saisissais de
l'intérieur, de façon vivante les ressorts profonds
de mon éducation et du catéchisme. Quelle lumière
! quelle joie ! A Châteauneuf, j'ai aussi découvert,
à travers la personne du père Finet, la figure du
Père véritable. Et ma vocation de laïc.
Depuis, j'essaie de mettre en pratique ce que m'a dit Marthe :
"Devenez un bon et un vrai chrétien"; cette parole
reste une lumière pour ma vie.
Un ancien élève de l'Ecole
de Garçons de Saint-Bonnet