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Numéro 220 Décembre 2003 |
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SOMMAIRE
Décembre 2003
Actualité : "l'Eglise en Europe"
Le Pape Jean-Paul II s'exprime sur
l'Eglise en Europe
Communiqué de
la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne)
Le Christ en Europe
Père René WOLFRAM, père du Foyer d'Ottrott
en Alsace
Racines chrétiennes des valeurs européennes
Monseigneur Roland MINNERATH, Université de Strasbourg
Sous le signe du dialogue : Evangélisation et oecuménisme
en Europe
Frère Gabriel NISSIM, o.p.
Le témoignage
Père Georges FINET
Grâces et faveurs obtenues par l'intercession de Marthe
Robin
De toutes nations
Les 50 ans de l'Ecole de Garçons de Saint-Bonnet de Galaure : 1953-2003
Au Foyer de Roquefort les Pins : la Fête des 50 ans de l'Ecole "Maria Mater"
Au Foyer de Tressaint : Retraites des familles et des jeunes. Fête des engagements
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Le Pape Jean-Paul II s'exprime sur l'Eglise en Europe |
Communiqué de la COMECE
Commission
des Episcopats de la Communauté Européenne
Le samedi 28 juin 2003, le Pape Jean Paul II a publié l'Exhortation Apostolique « Ecclesia in Europa ». Ce document, qui traite de la situation de l'Église en Europe à l'aube du 21ème siècle, se base sur les discussions entre les évêques qui ont eu lieu au cours de le seconde Assemblée extraordinaire du Synode des Évêques, pour l'Europe du 1 au 23 octobre 1999.
L'Exhortation Apostolique s'adresse à tous les Chrétiens en Europe : les évêques, les prêtres et les laïcs. Elle invite tous les croyants à témoigner de la source d'espoir qui vit en eux : Jésus Christ. Le document commence par une analyse de la situation actuelle en Europe qui, avec l'élargissement de l'Union Européenne, se trouve elle-même à un tournant décisif de son histoire. Il fait état de contradictions au sein de la société : le document attire l'attention sur les témoins de la foi chrétienne mais aussi sur l'indifférence face à la religion et l'oubli de Dieu ; malgré une liberté et une prospérité individuelles durement gagnées, l'anxiété envers l'avenir, la « fragmentation de l'existence » (N° 8,2) et la solidarité déclinante sont présentes.
Selon l'Exhortation, l'Europe n'est pas seulement une zone géographique mais un concept historique et culturel auquel le « Christianisme a en effet donné sa forme, y faisant pénétrer certaines valeurs fondamentales » (N° 108,2). Le document illustre ce fait par « l'affirmation de la dignité transcendante de la personne, de la valeur de la raison, de la liberté, de la démocratie, de l'état de droit et de la distinction entre politique et religion » (N° 109,2), ainsi que les valeurs de l'Europe moderne elle-même, « qui a donné au monde l'idéal démocratique et les droits humains » (N° 108,2).
L'une des caractéristiques essentielles de l'Europe, qui s'exprime également au travers de l'élargissement de l'Union, est son ouverture fondamentale : le succès de la réconciliation et de l'intégration pacifique de l'Europe, atteint à grande échelle dans l'Union Européenne, pousse l'Europe à être plus attentive à ses responsabilités face au monde et à s'impliquer pour la paix, la liberté et la justice par solidarité avec le plus pauvre. Le document se penche de manière concrète sur les défis de la mondialisation: la lutte pour un ordre économique global juste, la contribution au développement social, économique et politique des zones défavorisées dans le monde, la promptitude à accepter les réfugiés et la volonté d'intégrer les migrants.
Dans la section sur les Institutions européennes, le document rend hommage aux efforts du processus de l'Intégration européenne. Il met en exergue le fait que « il est nécessaire que des Chrétiens, convenablement formés et compétents, soient présents dans les diverses instances et Institutions européennes, pour concourir, dans le respect des justes dynamismes démocratiques et à travers une confrontation des propositions, à définir une convivialité européenne toujours plus respectueuse de tout homme et de toute femme, et donc conforme au bien commun » (N° 117,2).
Les organisations ecclésiastiques européennes
y sont mentionnées : le Conseil des Conférences
Épiscopales Européenne (CCEE) et la Commission des
Épiscopats de le Communauté Européenne (COMECE),
« qui, suivant le processus de consolidation et d'élargissement
de l'Union européenne, favorise l'information mutuelle
et coordonne les initiatives pastorales des Églises d'Europe
concernées » (N°118,2).
Dans un appel final de l'Exhortation, le Pape demande à
l'Europe: « Sois toi-même. Découvre tes origines.
Avive tes racines ! » (N° 120,3).
Il défie les Chrétiens d'aider à réaliser
le processus d'intégration et de réconciliation
au moyen d'un « dialogue théologique, spirituel,
éthique et social » (N° 119,1).
Dans la même optique, la COMECE a publié, il y a
quelques semaines, le document « Ouvrons nos coeurs »
qui est une invitation à aborder l'Intégration européenne
dans une perspective chrétienne.
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Le Christ en Europe` |
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Père René WOLFRAM, Foyer de Charité d'Ottrott en Alsace
"En franchissant la Porte sainte", écrit
Jean-Paul II dans sa récente Exhortation Apostolique L'Eglise
en Europe, au N° 65, "j'ai présenté
à l'Église et au monde le livre de l'Évangile.
Ce geste, accompli par chaque évêque dans les diverses
cathédrales du monde, indique l 'engagement qui attend
aujourd'hui et toujours l'Église dans notre continent.
Église en Europe, entre dans le nouveau millénaire
avec le Livre de l'Évangile ! Que soit entendue par
chaque fidèle l'exhortation conciliaire à acquérir,
par une fréquente lecture des divines Écritures,
"la science éminente de Jésus Christ"
(Ph 3, 8). "L'ignorance des
Écritures est, en effet, l'ignorance du Christ" (Dei
Verbum). Que la sainte Bible continue d'être un trésor
pour l'Église et pour tout chrétien: nous trouverons
dans l'étude attentive de la Parole la nourriture et la
force pour accomplir chaque jour notre mission.
Prenons ce Livre dans nos mains! Recevons-le de la part
du Seigneur qui nous l'offre continuellement à travers
son Église cf. Ap 10, 8. " Mangeons- le
(cf. Ap 10, 9), pour qu'il devienne la vie de notre vie.
Goûtons-le à fond: il nous réservera
des difficultés, mais il nous donnera aussi la joie car
il est doux comme le " miel (cf. " Ap 10,
9-10). Nous serons comblés
" d'espérance " et capables de communiquer
cette espérance à tout homme et à toute
femme que nous rencontrons sur notre route ".
Constatons que la totalité des livres du Nouveau Testament (vingt sept " livres " en tout) ont été rédigés dans une langue européenne, le grec de la koinè, la langue universelle du bassin méditerranéen. Même si la prédication des apôtres s'est faite dans d'autres langues, sémitiques elles, l'écoute des peuples européens a dû être telle qu'elle a attiré dans leur domaine linguistique l'expression du Beau Message. Quelle audace de l'Esprit, pour lancer les messagers dans ce saut culturel ! Et quelle richesse est la conséquence de ce saut ! Que serait donc l'Eglise, que serait l'Europe, que serait le monde sans ce trésor là ! Mais si l'Europe a fait l'évangile, l'évangile a fait l'Europe !
C'est avec Paul et ses compagnons que la prédication chrétienne a retenti pour la première fois en terre européenne, en Macédoine, en la bastide appelée Philippes. Sous le grand ciel et les saules de la vallée de la Maritza, quelques femmes se réunissaient le sabbat. Paul leur a parlé de Jésus, le Christ. Elles ont donné leur confiance à ce Christ, notamment Lydie. Comment s'étonner ensuite si les chrétientés d'Europe sont si marquées de présence féminine !
Magnifique témoin d'une culture alexandrine grecque ouverte
sur l'Orient, l'épître aux Hébreux va marquer
nos esprits de manière décisive. Dès sa première
phrase, elle nous ouvre à une spiritualité de
la Parole, qui englobe aussi bien une métaphysique
de la Parole qu'une anthropologie, une éthique, voire une
thérapeutique. Est-ce exagéré de le dire
? Voyons plutôt : au chap. 1, nous lisons : " Resplendissement
de sa gloire, expression de sa substance, ce Fils qui soutient
l'univers par sa parole puissante, s'est assis à
la droite de la Majesté dans les hauteurs " A
en croire l'épître aux Hébreux, l'énergie
qui soutient l'univers provient de la parole divine. Jean ne dira
pas autre chose lorsqu'il écrit " Au commencement
était le Verbe et le Verbe était auprès de
Dieu et le Verbe était Dieu Tout fut par lui, et sans lui
rien ne fut " (Jn 1, 13). Ou encore
Saint Paul parle de " Dieu qui donne la vie aux morts
et appelle le néant à l'existence " (Rm
4, 17) . Les choses
sont désormais claires : la substance de tous les êtres
créées, c'est d'être une réponse à
un appel, c'est d'être situées, par nature, dans
un dialogue surnaturel, c'est de clamer Dieu par leur simple existence
: J'ai été appelé donc je suis ;
je suis donc j'ai été appelé. Tout
notre être est réponse ; c'est pourquoi la prière
qui répond à Dieu et l'écoute qui l'a
précédée - font naturellement partie de notre
être. C'est cela que nous entendions par une métaphysique
de la Parole.
Cette épître contient aussi une histoire de la Parole : " Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles " (Hb 1, 1-2). L'histoire n'est pas une succession d'événements, elle est un acheminement vers le Christ ; lorsqu'il était à venir, le sens de l'histoire était de préparer sa venue ; dès lors qu'il est venu, le sens de l'histoire était de le reconnaître ; maintenant qu'il est avec nous, ressuscité, vivre c'est le suivre dans la foi.
Surtout : " en ces jours qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par le Fils ". Lorsque Dieu parle, il ne fait pas quelque chose qui resterait à l'extérieur de lui-même : il nous donnerait quelques bonnes paroles, justes et vraies ce qui serait déjà beaucoup. Quand il nous parle, il fait plus : il se dit lui-même, il se livre, il se communique à nous, il se donne, il devient parole pour nous. De manière très conséquente, Jean écrira : " Et le Verbe s'est fait chair et il a demeuré parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient du Père comme Unique - Engendré, plein de grâce et de vérité " Jn 1:14. S'il est vrai que " Dieu, personne ne l'a jamais vu ", c'est que la réalité de Dieu ne nous est pas donnée à constater, mais à participer. Pour le dire autrement : Dieu ne se pose pas en face de nous et nous en face de lui, extérieurs l'un à l'autre et étrangers : Dieu se manifeste comme parole qui, après avoir été entendue attend une réponse, après avoir franchi la distance établit un lien, après nous avoir appelés fait de nous ses répondants. Qui suis-je ? Je suis celui à qui Dieu parle et qui répond : je suis entré dans un univers de dialogue, dont je fais désormais partie.
Le mystère de Dieu lui-même
est, au-dedans de lui-même, un mystère de parole
:
" Au commencement était
le Verbe
et le Verbe était tourné vers Dieu
et le Verbe était Dieu " Jn 1,1.
Dès la première phrase de l'évangile du disciple
bien-aimé, le regard de cet aigle pénètre
et nous fait pénétrer dans la sainte
communauté du Père et du Fils, dans l'Esprit. Le
dialogue éternel qui est en Dieu, voilà ce que nous
connaissons de lui. Et nous le connaissons parce que nous-mêmes
y sommes invités : " Venez et voyez ", venez,
écoutez et répondez, c'est ainsi que nous pourrions
exprimer la participation à laquelle nous sommes invités.
En cela consiste la vie chrétienne : que nous participions
à ce que nous avons découvert.
Le mystère de l'humain aussi est un mystère de parole. C'est d'ailleurs en cela que " l'homme est à l'image de Dieu " cf. Gn 1, 27. Dieu est un être de parole et l'homme aussi est un être de parole et il n'y en a pas d'autre dans la création matérielle. Les animaux ne le sont pas. C'est par la parole créatrice, par l'appel divin que nous existons ; ce verbe exister est d'ailleurs très parlant : composé d'un préfixe latin ex-, d'un redoublement fréquentatif si- et d'une racine verbale st- , formant le verbe latin ex-si-st-e-re, il signifie une attitude de disponibilité : " se tenir sans arrêt sur le seuil de sa porte ", se tenir disponible, se tenir prêt. Prêt à quoi ? Prêt à la rencontre de Mambré, prêt à être quelqu'un aux yeux de l'autre, prêt à se laisser nommer. Les possibilités d'un être ne se manifestent pas tant dans un examen quelle qu'en soit la nature, que dans la rencontre avec autrui si celle-ci est placée sous le signe de la bienveillance. C'est dans le regard bienveillant que je lis mon identité véritable. Le mystère de l'humain pourrait se dire dans ce mathème : Je suis entrain d'advenir à ce que je suis dans le dialogue avec toi. Si cette formule nous rappelle le tétragramme divin, c'est que l'homme est à l'image de Dieu et cette image implique le dialogue dans l'amour ; " Dieu est amour et quiconque demeure dans l'amour demeure en Dieu " 1 Jn 4, 16.
Dans l'intimité de la parole reçue
par Christ, la chrétienté européenne a
développé une éthique de la parole
en laquelle consiste une bonne part de notre dignité historique
et de la fierté correspondante. Il existe certes un terreau
à cette parole noble, il existe dans les maîtres
stoïciens anciens ; ceux-ci pourraient cependant se reconnaître
en Christ tout comme Siméon a pu se reconnaître en
lui :
" Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta
parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix;
car mes yeux ont vu ton salut ", Lc 2,
29 32.
Ainsi
Il allait hériter de l'école stoïque.
Il allait hériter de l'héritier romain.
Il allait hériter du laurier héroïque.
Il allait hériter de tout l'effort humain.
Il allait hériter d'un monde déjà
fait.
Et pourtant il allait tout entier le refaire.
Il allait procéder de la cause à l'effet
Comme le Fils procède en descendant du Père.
(Charles Péguy, Eve, Pléiade 1086-1087).
Sur ce fond et sur ce terreau de sagesse stoïque
et biblique, a grandi une parole neuve, saine et sainte.
Elle a grandi loin des facéties verbales, des mensonges,
de la rhétorique creuse, de l'injure, des insanités,
des insultes, de la désinformation, des vains mots, des
mots d'auteur, des gaudrioles, des médisances et des calomnies,
de la grossièreté et de l'insulte, de la diffamation
et de la parole tordue, trafiquée, blessée, galvaudée
dont souffrent aujourd'hui nos rapports humains. Ceux-ci souffrent
tout autant d'une parole absente, catastrophique par son absence
même, tel le mutisme, le jugement inexprimé mais
présent, le non-dit, l'allusion, le soupçon, le
sourire hautain. Qui n'a jamais souffert de ces abus de la parole,
meurtriers par la présence comme par l'absence ! Et comme
nous pouvons aimer Jésus, Verbe de Dieu, qui rend à
la parole sa beauté éternelle ! Car Jésus
est la parole par qui tout a été créé,
appelé du néant à l'existence. " Il
bénit, il ne maudit pas ".
Il nomme les choses, selon cette vertu appelée parrhèsia,
la parole qui ose tout dire, jusque dans cette audace extrême
où nous nommons Dieu " Notre Père ". La
parole de Jésus rétablit les ponts, ouvre l'avenir,
recrée la communication, fait la vérité ;
elle permet de se confier à lui. Elle ouvre les yeux et
les oreilles, elle réveille les morts ; elle rassembles
les pécheurs, elle refait du neuf. Etablis comme partenaires
de dialogue avec Dieu, nous recevons là notre dignité.
Dans la suite de Jésus et grâce à lui (et
sans que soit oublié le Premier Testament), des martyrs
bâtiront leur salut sur la parole de Jésus : "
Qui aura confessé le Fils de l'homme devant les hommes,
il le confessera devant le Père qui est dans les cieux"
( Mt 10,32). Des hommes de cur défendront
la veuve et l'orphelin (Cf. Is 1,17). Le
témoignage deviendra preuve judiciaire, évitant
le recours à la " question ".
Ce que j'aime dans la culture de notre continent, culture qui
plonge ses racines dans les deux Testaments de la Révélation,
c'est qu'elle comporte une déontologie de la parole, une
éthique et même une spiritualité de la parole.
Elle comporte en outre une thérapeutique
de la parole. Cette parole qui guérit
n'est d'ailleurs pas déconnectée du corps de Jésus
: d'un geste et d'une parole à la fois, il guérit
le malade, il remet debout le pécheur.
Sa parole est thérapeutique lorsqu'elle remet la personne
dans sa vérité : la Samaritaine l'a expérimenté
jusqu'à en être toute transformée : "
Il m'a dit tout ce que j'ai fait " Jn 4, 39.
De même la femme adultère : " Alors, se redressant,
Jésus lui dit: "Femme, où sont-ils? Personne
ne t'a condamnée?" Elle dit: "Personne, Seigneur."
Alors Jésus dit: "Moi non plus, je ne te condamne
pas. Va, désormais ne pèche plus. "
Jn 8, 10-11.
L'on songe inévitablement à Zachée, à
qui Jésus, en peu de mots, a redonné toute sa dignité
: " Zachée, debout, dit au Seigneur: "Voici,
Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres,
et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je
lui rends le quadruple." Et Jésus lui dit: "Aujourd'hui
le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi
est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher
et sauver ce qui était perdu." Lc 19, 8-10.
De cette expérience, les disciples vont tirer tout un art de pratiquer la parole à l'intérieur de la communauté chrétienne et en direction de " ceux du dehors " : elle apporte de l'air frais dans les arguties et les complications ; elle est courageuse et simple ; elle fait grandir les personnes et augmenter la communauté ; elle est sûre, reconnaissable à l'autorité qui s'en dégage ; elle est efficace et donne la santé, dans tous les sens du terme. Les apôtres ont conscience d'en être les " serviteurs " : Pierre et Jean prient ainsi, en Ac 4, 29- 30 : " A présent donc, Seigneur, considère leurs menaces et, afin de permettre à tes serviteurs d'annoncer ta parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus."
Si la parole de Jésus fait vivre à
beaucoup l'expérience du relèvement, elle s'accompagne
souvent d'un geste de Jésus, parfois ample, complexe, long.
Le plus complexe est celui que relate l'évangile de Jean
au chap. 9, 6 - 7 : " Ayant dit
cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive,
enduisit avec cette boue les yeux de l'aveugle et lui dit: "Va
te laver à la piscine de Siloé" - ce qui veut
dire: Envoyé. L'aveugle s'en alla donc, il se lava et revint
en voyant clair ". L'homme comprendra plus tard, dans
la même journée, que la fontaine de vie n'est pas
tant le bassin de Siloé que la sainte personne de Jésus,
en ses actes et en ses paroles ; c'est là qu'il convient
de se " plonger ". Paul parlera plus tard d'un "
bain d'eau qu'une parole accompagne " Eph 5, 26.
S'il est donc vrai qu'en Jésus, le Verbe s'est fait chair,
en lui, réciproquement, la chair se fait verbe : proche
de lui, l'amour humain peut être vécu comme un sacrement,
la poignée de mains comme un engagement à vie, la
caresse comme un affleurement de la miséricorde, le don
d'un morceau de pain, de la part de l'Auvergnat de Georges
Brassens, comme une étincelle de paradis, le regard comme
une promesse d'avenir : " Jésus le regarda et l'aima
" Mc 10, 21.
A partir du Nouveau Testament, écrit
dans une langue européenne et porté jusqu'aux limites
des terres de ce continent, un dialogue s'est noué qui
a humanisé l'homme de ce continent : une spiritualité
de la parole, avons-nous dit. Il faudrait y ajouter du
chant, qui est comme le comparatif de la parole, la
parole au deuxième degré. Il a été
donné aux cultures européennes, à toutes
les époques, de faire chanter l'évangile, au sens
propre et au sens figuré.
A toutes les époques : celle des Pères, dont surtout
Saint Ambroise ; celle des moines ; celle de François d'Assise,
dont le Cantique des Créatures est le premier document
de la langue italienne ; celle des polyphonistes de la modernité
; les cathédrales musicales de la musique allemande : leur
volume et leur qualité donnent le vertige, un vertige qui
doit quelque chose à l'effroi sacré, car ces chants-là
font retentir sur terre quelque chose du ciel.
Je prie donc fréquemment pour que l'Esprit Saint inspire à une jeunesse, orpheline de beauté, une parole musicale dont la " lumière " ou la " luminosité " chassent les miasmes d'un bruitage indigne du goût, de l'intelligence et du cur humain, bruitage fabriqué d'ailleurs par des machines, alors que le plus beau des instruments de la musique, c'est le coeur, dans le souffle de l'Esprit.
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Le témoignage |
Père FINET
Jean-Paul II disait à une audience du mercredi:"C'est l'heure des chrétiens authentiques, forts dans la foi, audacieux dans l'espérance, généreux dans la charité, ardents par conséquent pour rendre témoignage au Christ".
Il nous faut faire passer la Lumière
divine à tous les hommes.
Lorsqu'il s'agit d'hommes qui n'ont
pas encore la foi, nous devons d'abord leur porter ce témoignage
que Dieu existe. Ensuite, le second témoignage qu'il faut
leur donner, c'est que Dieu est Père...
Lorsque Philippe rencontre un eunuque, haut fonctionnaire de Candace,
Reine d'Ethiopie, qui revient de Jérusalem, assis sur son
char et lisant le prophète Isaïe (Actes 8,26
et suiv.), il monte près de lui, et lui
explique comment le prophète a annoncé le Christ.
Il témoigne ! Il montre comment les prophéties s'appliquent
à Jésus. Si bien que l'eunuque, en arrivant à
un point d'eau, demande à être baptisé. Porter
témoignage partout et toujours; même pendant l'auto-stop
!
Il faut porter témoignage pour rétablir le vrai
message du Christ. Tant de gens se fabriquent une fausse image
de Dieu. Dans nos pays, on n'adore pas les animaux, ni des idoles
de bois mais nous nous fabriquons de faux dieux dans des raisonnements
philosophiques !
On doit donner ce qu'on a reçu. Celui
qui a reçu un talent doit en donner deux. Mais ceux qui
ont reçu davantage doivent donner plus. Si nous sommes
des baptisés, des eucharistiés, quel témoignage
devons-nous porter ?
Saint Paul nous le dit dans l'Epître aux Romains:"Tous
ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu sont enfants
de Dieu. Car vous n'avez pas reçu un esprit de servitude
pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit
d'adoption qui vous fait vous écrier :"Abba, Père
!"
Voilà votre témoignage. Vous devez vous écrier dans le monde:"Abba, Père, notre Père! "Pensez que vous êtes des baptisés et que l'Esprit Saint est descendu en vous comme Il est descendu sur le Christ lors de son Baptême dans le Jourdain, sous la forme d'une colombe ! Par le baptême "l'Esprit Saint Lui-même se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers; héritiers de Dieu, et co-héritiers du Christ, si du moins nous souffrons avec Lui pour être glorifiés avec Lui".
Quel sera donc notre témoignage
?
D'abord que le message de Jésus
doit nous permettre de vivre bien, de nous bien comporter sur
cette terre. pas de "bien-vivre", mais de "vivre
bien". Et le témoignage de Jésus est véritable.
Lui-même l'affirme à Nicodème
:
"En vérité, en vérité, Je
te le dis,
nous parlons de ce que nous savons
et nous attestons ce que nous avons vu...
Personne n'est monté au Ciel,
si ce n'est Celui qui est descendu du Ciel,
le Fils de l'Homme qui est au Ciel".
(Jean 3, 11 et 13).
Qu'est-ce donc que les hommes ne savaient pas
et qu'ils avaient besoin d'apprendre ? Quelle est la "Lumière
qu'apporte Jésus?", lumière qui était
déjà annoncée par les Prophètes :
"Le peuple de Dieu marchant dans les ténèbres
a vu une grande lumière; sur les habitants du sombre pays,
une lumière a resplendi... Car un enfant nous est né,
un Fils nous a été donné; Il a reçu
l'empire sur les épaules, on Lui donne ce nom "Conseiller
merveilleux, Dieu fort, Père Eternel, Prince de la Paix".
(Isaïe, 9, 1 à 5).
Mais nous bien comporter, "vivre bien" sur cette terre c'est vivre suivant la Justice. Jésus est donc venu remettre toutes choses à leur place et nous donner un enseignement de vie qui s'applique à tous les domaines et, avant tout, nous mettre dans la justice, en face de Dieu, source de toute justice véritable, hors de tous les appétits et combinaisons.
Et ce message de Lumière et d'Amour, il faut qu'il soit répandu partout ; car la Lumière ne doit pas être mise sous le boisseau. Partout, c'est-à-dire dans tous les domaines, dans toutes les classe sociales, dans toutes les institutions, dans les milieux économiques et sociaux eux-mêmes.
Jésus nous a ordonné de prêcher la Vérité toute entière. On nous a traités de tout ? Jésus aussi, les apôtres aussi... Voyez-vous, nous mourrons de chrétiens bien raisonnables ... ou trop raisonneurs ! Et de la prêcher "dans le monde tout entier" a dit Jésus. En Amérique aussi bien qu'en Europe et en Afrique aussi bien qu'en Asie, oui; mais, c'est également dans le monde ouvrier aussi bien que dans le monde bourgeois. "Et vous leur enseignerez TOUT ce que J'ai dit" Mais comment vont-ils accueillir mes paroles si je leur dis TOUT ce que Jésus a dit ? Jésus a répondu ainsi:" Et je serai avec vous pour toujours". Alors, je leur prêche tout : la totalité du Message. Et vous aussi vous serez des témoins; et vous irez dans le monde tout entier, dans tous les milieux de vie, notamment, là où Dieu vous a placés. Et vous enseignerez, vous serez les témoins !
... Quand Jésus était sur la terre, son action était limitée en un temps, en un lieu, en un pays. Et si Jésus a emporté son Corps dans le ciel, c'est pour prendre résidence dans les membres de Son Corps Mystique et, par eux, continuer Son action dans le monde tout entier. Est-ce que vous avez bien compris que Jésus continue à regarder Ses frères par vos yeux de baptisés? A les écouter par vos oreilles, à les aimer par votre coeur, à aller vers eux par vos pieds ?
Nous avons là une responsabilité
terrible, et c'est nous qui avons la
charge d'être la lumière du monde. Ce n'est pas Jean-Baptiste
qui est venu apporter la lumière : "Il n'était
pas la lumière, mais le témoin de la lumière.
Le Verbe était la Lumière véritable qui éclaire
TOUT homme" (Jean 1,8-9).
Tout homme : tous, tous. Nous devons faire en sorte de permettre
à tout homme d'être éclairé.
Attention à nous qui avons reçu
ce Message d'Amour, à ne pas retenir la vérité
captive ! Il faudra que notre vie fasse choc, pour devenir la
lumière de ces hommes. Le choc de Dieu est un choc d'Amour.
Votre choc ne peut être que d'Amour, car Jésus est
Amour. Nous rendrons témoignage, nous aussi, selon la Parole
de Saint Jean qui écrit dans sa première Epître
:
"Ce que nous avons entendu, vu de nos yeux, ce que nos
mains ont touché... nous vous en rendons témoignage,
afin que vous soyez aussi en communion avec nous ! Quant à
notre communion, elle est avec le Père, et avec Son Fils
Jésus-Christ". (1 Jean 1,3).