Numéro 221

Février 2004

 

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

Février 2004

 

Actualité

Aller au coeur de la foi
Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE

Témoignage : une catéchèse fondamentale

 

Dossier

Devenir des témoins d'espérance auprès des jeunes
Père Bernard MICHON

Témoignage : l'espérance est la certitude que Dieu est vainqueur

 

La vie divine
Père Georges FINET

Témoignage : Nous ne sommes jamais seuls
pour franchir les obstacles et les épreuves

 

Grâces et faveurs obtenues par l'intercession de Marthe Robin

 

Un souffle d'espérance :
la 26ème rencontre oecuménique de Taizé à Hambourg

 

De toutes nations

Aux Foyers de Namugongo et de Murro, en Ouganda

Aux Foyers du Vietnam

Au Foyer du Burkina Faso

Au Foyer du Cap des Biches, au Sénégal

 

 

 

 


 

 

 



 

Aller

au coeur de la foi

 

Jean-Christophe LAGLEIZE
Evêque de Valence

« Aller au coeur de la foi, questions d'avenir pour la catéchèse » est un document de 64 pages, destiné à susciter de la part des communautés chrétiennes des propositions pour la catéchèse. Ces propositions, à retourner au Secrétariat général de l'épiscopat avant Pâques 2004, serviront de base à un nouveau texte d'orientation pour la catéchèse en France.

C'est plus que le titre d'un document rédigé par la Commission épiscopale de la Catéchèse et du Catéchuménat au nom de tous les évêques de France. En effet, lors de l'Assemblée Plénière de l'Episcopat français en novembre 2002 à Lourdes, dont l'un des dossiers majeur était la catéchèse, les évêques ont souhaité ouvrir une très large consultation en France pour repositionner l'action catéchétique dans la vie des communautés chrétiennes.

Un avant à cette consultation

Cette réflexion sur la catéchèse n'arrive pas comme un o.v.n.i ; depuis de nombreuses années le paysage évoluait (baisse du nombre d'enfants catéchisés, une fidélisation aléatoire dans les groupes de catéchèse, des arrivées d'enfants à toute période de l'année et à tous les âges) et aussi "aujourd'hui, frappent à la porte des personnes qui cherchent un chemin possible. De l'évangile ils attendent une force de renouvellement pour l'existence. La catéchèse doit alors se préoccuper de ce que des hommes et des femmes puissent se tenir dans la vie en croyants, en leur donnant d'ouvrir le livre de la Parole de Dieu et d'aller à l'Eucharistie comme à une source." (Aller au coeur de la Foi p.13)


Loin de se résigner les responsables de catéchèse désiraient offrir une proposition à la fois respectueuse des cheminements des enfants et de la cohérence des parcours catéchétiques.
De plus, un nombre important de parents souhaitaient découvrir ou redécouvrir la foi chrétienne.
L'évolution de nos sociétés opère une certaine rupture dans la transmission et la transmission d'un savoir ­ être et savoir de la foi n'échappait pas à cette nouvelle donne.

En 1996, les évêques de France publiaient une lettre aux catholiques de France, fruit d'un long travail préparatoire "Proposer la foi dans la société actuelle", cette lettre est un véritable appel à relever le défi de l'évangélisation à notre époque.

En 1997, à Rome, est publié le Directoire général pour la Catéchèse. A l'époque, directeur-adjoint du Centre National de l'Enseignement Religieux, j'ai eu la joie de participer au Vatican à la présentation de ce Directoire ; une semaine à vivre au rythme de l'Eglise universelle avec les évêques responsables et directeurs des Centres catéchétiques des Conférences épiscopales du monde.

Ce Directoire rappelle les six tâches fondamentales de la Catéchèse :
- favoriser la connaissance de la foi
- apprendre à célébrer la présence du Christ dans les sacrements
- former à marcher à la suite du Christ, c'est-à-dire avoir les comportements du Christ, ce qui exige une conversion morale
- enseigner à prier
- éduquer à la vie communautaire
- éduquer à la mission

 

Aller au coeur de la foi

Une consultation large à partir d'un document pour "que toutes les communautés et tous les chrétiens prennent davantage conscience de leur responsabilité dans le domaine de la catéchèse. Comment notre monde pourrait-il découvrir le Christ sans que chacun l'annonce et le lui fasse connaître ? Ce document a pour but d'aider à cette prise de conscience ainsi qu'à partager les dons que l'Esprit Saint a faits aux Eglises particulières en suscitant des expériences nouvelles en bien des endroits ( Préface Mgr Ricard, p.8).

Ce document de travail invite à suivre le déroulement de la veillée pascale, célébration par excellence du cur de notre foi chrétienne, et propose quatre axes :
- Lumière au coeur du monde
- Une Parole vivante
- Saisis par le Christ
- Devenir le Corps du Christ

Déjà, nous pouvons nous réjouir de la bonne réception de ce document et de la multitude de groupes très divers qui sont entrés dans ce vaste "chantier". L'intérêt n'est pas d'abord que les catéchistes parlent de catéchèse, mais que toutes les personnes intéressées, puissent le faire et ce pari est déjà relevé dans les diocèses, c'est une chance pour notre mission d'annoncer, de proposer le Christ et son Evangile.

Les Foyers de Charité comme lieux de proposition catéchétique, par les retraites, sont concernés par cette vaste réflexion ; leurs propositions originales doivent contribuer au bien de tous.

 

Quel après ?

En premier, accueillir ce que l'Esprit Saint nous dira par les témoignages, réponses et suggestions.
Cette réflexion permettra de bâtir la catéchèse de demain et à écrire le document qui balisera les propositions et l'organisation de la catéchèse dans notre pays.
Une invitation à rendre concret cette conviction "il n'y a pas de bonne catéchèse sans lien avec une communauté. La foi n'est pas seulement une découverte d'un "savoir » sur le Christ C'est une vie en Christ, une vie dans le Corps du Christ : seul l'amour des chrétiens réunis par l'Esprit annonce véritablement le Christ"
(Aller au coeur de la foi p. 22)







 

 

 

 

 

 

Devenir

des témoins d'espérance

auprès des jeunes

 

 

Père Bernard MICHON

Conférence aux parents d'élèves

Vos enfants ont besoin d'avoir autour d'eux des éducateurs, des parents et des prêtres qui soient des témoins d'espérance. Pour qu'ils avancent et progressent, il faut qu'ils aient, en famille, à l'école et dans toutes leurs relations, des relais d'espérance. Les statistiques disent qu'on constate de plus en plus de suicides, même dans les classes du primaire.

Comment des enfants peuvent-ils en arriver à de telles situations ? C'est bien le signe qu'il y a en eux un manque d'espérance. Cela montre aussi qu'ils sont entourés d'adultes qui n'ont pas assez d'espérance pour leur transmettre le goût de vivre et de bâtir, d'aller de l'avant, de vivre au sens plein du mot.

Quelques références fondamentales

L'espérance passe par des témoins. Si les jeunes n'ont pas autour d'eux des adultes ou d'autres jeunes ou des personnes âgées suffisamment remplis et porteurs d'espérance, elle ne viendra pas à eux. Car Dieu a voulu que nous soyons les uns pour les autres des relais, des médiateurs. Le Père Finet aimait les formules un peu fortes, il disait : "Ne soyons pas des diffuseurs de problèmes mais des porteurs de certitudes". Des difficultés, nous en avons et nous devons prendre le temps de les voir en face, il ne faut pas les occulter. Mais pour les jeunes, comme chrétiens, éducateurs et parents, nous avons besoin d'être des porteurs de certitudes. Dieu parle au secret de la conscience de chacun mais le don que Dieu veut nous faire vient toujours à travers de nombreuses médiations. C'est toute la mission et la vocation des éducateurs ! Voilà pourquoi il faut que nous-mêmes nous grandissions dans l'espérance.

Ne confondons pas espoir et espérance. L'espoir, c'est le sentiment humain très positif que demain les choses iront en s'améliorant. Aujourd'hui on appelle cela "positiver". C'est être attentif au verre qui est à moitié plein avant de voir qu'il est à moitié vide. L'espérance, ce n'est pas d'abord le sentiment humain d'un bon tempérament, c'est la vérité que Dieu est déjà vainqueur. L'espérance est théologale. Ce n'est pas en nous regardant que nous grandirons en espérance, c'est en regardant Dieu, vainqueur du péché et de la mort. L'espérance prend appui sur cette vérité historique que tout a basculé le matin de Pâques. Nous sommes entrés dans ce que l'Evangile appelle : "les derniers temps" qui vont être ceux de la diffusion de la victoire de Dieu, dans le Christ, sur le péché, sa racine, ses conséquences, et sa conséquence ultime : la mort.

L'espérance, c'est venir à une source : le Christ. C'est puiser en Lui, dans les sacrements, dans l'Evangile, la force et la confiance pour aller de l'avant, la force nécessaire pour vivre et pour aider d'autres à vouloir vivre et à ne pas faire n'importe quoi... C'est cela l'espérance. Elle habitera en nous. Et si nous sommes capables de la transmettre, c'est parce que nous la puisons en Dieu. Elle est complémentaire de la foi et de la charité.

La foi, ce sera s'approcher de cette source, le Christ ressuscité, vainqueur du péché et de la mort. C'est une démarche personnelle. C'est puiser en Lui la Vie, la Victoire pour en être habité. L'espérance est cette certitude que tout est déjà acquis dans le Christ ressuscité. Il ne suffit pas de le dire. Il faut s'approcher du Christ, c'est la foi. Et en se désaltérant, en se nourrissant, en se laissant remplir du Christ ressuscité, nous pourrons rayonner et le rayonnement, c'est la charité.

La charité n'est pas d'abord rendre service. La charité, au sens chrétien c'est, d'abord, un rayonnement. Mais pour rayonner, il faut être rempli. Et pour être rempli, il faut s'approcher du Christ ressuscité. Vous voyez comme foi, espérance et charité ne font qu'un, mais le point de départ c'est l'espérance qui nous dit que dans le Christ, depuis le matin de Pâques, la Vie est plus forte que la mort. Il faut faire une démarche, c'est la foi. Le côté pratique, vivant de la foi, c'est venir à cette source pour servir ensuite de relais : transmettre et rayonner, et c'est la charité. Foyer de Charité : ce n'est pas d'abord humanitaire, c'est d'abord rayonner Celui qui nous habite parce que tous les matins nous nous tournons vers Lui et nous nous nourrissons de Lui, de sa Parole.

On pourrait prendre l'image du tamaris. En Israël, en certains endroits du Negev, comme il ne pleut que tous les 2 ou 3 ans, il faut que la graine de tamaris puisse trouver un peu d'humidité, et il mettra toute son énergie à faire d'abord une racine pour que la racine descende. S'il pleut 2 ou 3 années de suite, il est sauvé mais sans pluie durant 2 ou 3 ans la graine de tamaris meurt. Sinon elle ira jusqu'à 15 ou 30 mètres et, après seulement, passera à sa deuxième étape de croissance qui sera à l'extérieur, tronc et branches.

C'est bien l'image du chrétien : il faut que, par notre racine, par notre espérance, nous ayons cette certitude qu'il y a, dans les profondeurs, de l'eau et cette eau est le Christ. Après il faut la foi qui permet que la racine pousse et qui aide à mettre toute son énergie à puiser dans cette racine ; puis, la charité viendra d'elle-même car l'arbre, ayant trouvé sa source, pourra progresser et produire le fruit là où il est, selon la situation où il se trouve. La foi est cette sève qui monte et donne l'énergie pour le développement de l'arbre.

La foi biblique est extraordinaire de limpidité. Dieu éclaire les simples, comme disent les Psaumes. La foi, c'est s'approcher de Jésus : "Venez à moi vous tous qui peinez". L'espérance, c'est marcher en Lui : "Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres". Et la charité, c'est porter du fruit : "La gloire de mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruit".

Il faut donc devenir des chrétiens complets. Pour cela nous avons trois sacrements : le Baptême qui nous apporte la vie divine, la Confirmation qui nous apporte le Saint- Esprit, la force, l'élan. Et l'Eucharistie par laquelle nous sommes nourris du Corps et du Sang du Seigneur, c'est la Vie divine qui nous sera donnée et qui pourra ensuite rayonner.

La foi, c'est Abraham : quelqu'un qui se met en route.

L'espérance, c'est Moïse car avec Moïse Dieu ouvre un avenir. Dieu arrive à fendre la mer, Dieu rend possible l'impossible.

La charité, ce sont les femmes de la Bible qui transmettent la vie, parfois dans des conditions difficiles, et même des femmes stériles ! Cela souligne que la Vraie Vie vient de Dieu depuis Eve, "la vivante". La généalogie de Jésus n'est pas une galerie de portraits de gens mieux que d'autres mais de relais d'une Vie qui vient du Seigneur lui-même. La charité c'est Dieu lui-même et St Jean dira : "Dieu est Amour". Cela résume justement toute l'Ecriture.

Un livre de la Bible est tout entier porteur d'Espérance, l'Apocalypse. Une vision qui se reproduit 4 fois de façons différentes et qui est la même vision : la Victoire de l'Agneau sur toutes les forces du mal.
On voit un énorme dragon avec 7 têtes et 10 cornes, un cheval vert, des étoiles qui tombent, de la fumée, et au milieu de cette agitation cosmique où le mal semble l'emporter (ouvrez votre journal...), un Agneau comme immolé qui est victorieux. Devant lui s'inclinent les 24 vieillards de l'Ancien Testament et les 4 vivants qui sont les 4 évangélistes. Finalement tout le cosmos converge vers ce petit Agneau. La victoire est en lui et elle se diffuse. La victoire du Christ est en train de se diffuser c'est pourquoi il y en a qui se lèvent : les témoins, les martyrs qui sont 144.000 vivants. Voilà l'espérance en images !

 

Quelques conseils pour ne pas désespérer des jeunes qui ont beaucoup de difficultés

Premier conseil : le bon témoignage.

Vous l'avez remarqué : les jeunes paraissent quelquefois beaucoup plus attirés par les mauvais exemples que par les bons. Nous essayons de leur donner de bons exemples. Comment se fait-il qu'ils paraissent plus attentifs aux mauvais exemples, qui ne manquent pas, y compris chez nous ? Très attentifs... ils partent même quelquefois à la dérive.

Que faire alors pour être, à plus forte raison, des relais d'espérance ? Il faut que nous nous rappelions qu'ils captent aussi les bons exemples mais qu'ils mettront plus de temps à s'en inspirer. Quand vous entendez des retraitants, au 4e ou 5e jour de la retraite, vous dire : "il y a quelques temps j'ai repensé à ce que m'avaient dit un jour mes parents, ma marraine, ou un prêtre". Vous avez en face de vous un homme ou une femme de 40 ans, 50 ans, 60 ans ! Et c'est ce bon souvenir qui finalement remonte à la surface alors que pendant 10, 20 ans ou 30 ans, il avait été comme un trésor enfoui mais il n'était pas détruit. Pourquoi ? Parce que les bons exemples viennent de Dieu à travers des relais.

C'est une bonne graine. Elle ne peut venir que de Dieu. Personne n'est bon. "Dieu seul est bon", dit Jésus. Ce qui vient de Dieu ne meurt pas parce que Dieu est plus fort que la mort. Alors, les bons exemples demeurent dans le fond des consciences. Et un jour, ils peuvent ré-émerger et réorienter, c'est ce qui s'appelle : la conversion. Il leur faudra peut-être avoir constaté par eux-mêmes jusqu'où le mal peut leur faire mal et combien on ne peut pas être heureux dans le mal. Il leur faudra peut-être avoir vérifié cela à leurs dépens pour qu'ils en viennent à se ressaisir et à repenser à ces bonnes graines. Les semences de vérité peuvent être étouffées mais elles finissent toujours par l'emporter parce qu'elles viennent de Dieu. "Le semeur sortit pour semer la semence". Il y a des graines qui vont être étouffées, piétinées ou dépassées par la mauvaise graine : le mal pousse plus vite que le bien. Il y a des graines qui vont germer mais cela n'ira pas loin, il y a trop de pierres, elles manquent de racines. Puis il y a de bonnes graines avec des résultats extraordinaires, 30, 60, 100 pour un. L'espérance est de nous rappeler qu'un bon témoignage est comme une semence qui ne meurt pas. On voit actuellement beaucoup de re-commençants qui font les meilleurs retraitants parce qu'ils sont humbles, reconnaissant qu'ils sont passés complètement à côté durant 5 ans, 10 ans ou plus. Et en même temps très exigeants: ils veulent aller au fond des choses.

Deuxième conseil : découvrir le projet de Dieu sur chacun de nous.

Ne désespérons pas des jeunes qui, dit un peu rapidement, tournent mal. C'est vrai que nous n'avons pas prise ni sur la grâce de Dieu ni sur la liberté profonde de chacun. C'est pourquoi l'enfant nous échappe en grande partie parce qu'il n'est pas notre oeuvre. L'enfant n'est pas un dû, comme dit Jean Paul II, il est un don. Un couple n'a pas droit à un enfant ou deux ou trois. Les commentaires juifs à propos de la première femme, Eve, pour la première fois enceinte disent : "On ne fait pas un enfant, on le reçoit". Quand Eve se voit enceinte, elle dit : "J'ai reçu un enfant de la part du Seigneur". Cet enfant est bien d'Adam mais elle veut souligner quelque chose qui ne va pas de soi. Il faut nous rappeler que Dieu a un projet sur chaque enfant, même un enfant qui vient dans des conditions qui sont loin d'être telles qu'on les souhaiterait pour lui - et cela peut aller très loin dans le drame. Même cet enfant, Dieu le voit venir à l'horizon, comme Paul l'écrit aux Ephésiens : "Il nous a pré-établis, pré-destinés". Sur chacun de nous Dieu a un projet : que nous devenions pour Lui "des fils adoptifs, saints et immaculés en sa présence dans l'Amour".

Vous dites cela à des retraitants le 4e jour. Vous voyez des hommes, des femmes qui sont très émus parce que, pour la première fois de leur vie, ils entendent qu'ils ne sont pas seulement le fruit du hasard ou d'une rencontre. A l'instant même où ils étaient conçus, même peut-être sans que leurs parents le sachent, Dieu déjà les regardait et désirait qu'ils soient "saints et immaculés en sa présence dans l'Amour", comme des fils adoptifs. Alors quel chemin faudra-t-il faire pour devenir un homme, pour que cet homme devienne un enfant adopté par Dieu et que cette adoption par Dieu qui est le Baptême porte tous ses fruits saints et immaculés ! Le parcours est grand mais la volonté de Dieu sur chacun d'entre nous, il faut se la rappeler sinon nous n'en restons qu'à de courtes vues et ne jugeons quelqu'un qu'à travers son apparence et les critères du monde.

C'est pourquoi Dieu va nous donner un moyen pour avancer, c'est la connaissance de Dieu. Connaître sa volonté. Beaucoup de gens ont peur de la volonté de Dieu parce qu'ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas. S'ils connaissaient un peu mieux la volonté de Dieu, ils auraient le désir d'y participer. En latin, cela s'appelle : "Fiat" : Me Voici ! Mais pour dire fiat à Dieu, il faut connaître ce qu'il a l'intention de faire, sinon pourquoi se donner à Dieu ? La connaissance ne suffit pas, il faut la prière qui va sans cesse nous ressourcer en Dieu. Et là, on retrouve l'image du tamaris et de sa racine, et les sacrements.


La connaissance de Dieu, la prière et les sacrements qui vont nous accompagner, spécialement les deux sacrements de l'espérance : la Confirmation et la Confession.

La Confirmation nous apporte le don de Dieu, l'énergie, la victoire de Dieu sur tous les démons, la Bête et ses acolytes. Le sacrement de Confirmation apporte le souffle d'une vie qui vient du Christ, de l'Agneau : c'est un sacrement de force. On en est témoin : les jeunes qui reçoivent le sacrement de Confirmation avancent. Ils ont leurs difficultés. Marcher c'est toujours mettre un pas devant l'autre et il y a toujours une part de déséquilibre pour marcher, il faut prendre un risque. On sent bien que ces jeunes qui ont reçu l'Esprit Saint dans la Confirmation ont une force intérieure qui ne va pas tout résoudre mais qui les accompagne. Des anciens et des anciennes qui ont eu parfois une vie difficile, avec des échecs... reviennent un jour, partagent et demandent conseil. C'est cela le conseil de l'Esprit Saint.

La Confirmation est un sacrement d'espérance, pour aller de l'avant, et la Confession pour tourner une page. On ne va pas tout le temps revenir aux oignons d'Egypte, à notre misère et sur ce qui s'est passé. Avec la grâce de Dieu, même sur des événements qui ont engendré la mort - je pense à un avortement - l'Agneau est capable d'apporter un souffle, de tourner une page, de nous donner d'aimer la vie et de la respecter, de vouloir la transmettre, la donner dans un mouvement d'amour et de respect, car il n'y a rien sur terre de plus sacré que cette vie qui vient de Dieu mais qui passe par notre affectivité, notre sexualité, notre vie quotidienne... La Confession permet de tourner une page pour aller de l'avant, pour se libérer. Quand Jean Paul II parle de la liberté, il ajoute toujours : la véritable liberté ce n'est pas d'être libre de faire ceci ou cela, de penser ceci ou cela, de publier ceci ou cela, la véritable liberté c'est de pouvoir répondre à un appel, à un idéal, pour entrer dans une vocation, servir la vie, son pays, une profession. C'est cela la Confession. On est libéré de afin de pouvoir devenir un peu plus libre pour.

Troisième conseil : grandir dans la confiance.

Il faudra chercher avec l'enfant, avec le jeune où sont ses vraies capacités, ses talents naturels, et s'ils sont naturels il faudra encore les développer. Quelquefois Dieu est déroutant, Il donne à l'un des capacités auxquelles les parents ne s'attendent pas et ces capacités sont à découvrir, à développer et à servir. Une personnalité se construit à partir du positif. On ne construit pas quelqu'un en commençant par faire table rase mais en s'appuyant sur ses capacités, même si elles sont réduites et pas assez développées, même si ce ne sont pas celles que l'on voudrait. Il faut partir de cela.

C'est le regard d'espérance de Don Bosco. Pour lui il n'y a pas des jeunes bien et des jeunes qui ne valent rien, mais des jeunes qui ont des capacités. Lesquelles ? Le talent de l'éducateur va être de sentir qu'à travers ce garçon qui vit mal, qui fait n'importe quoi, qui peut être agressif, violent, il y a, en fait, caché quelque chose de grand, de beau qu'il faut trouver et qu'il faudra développer pour que ce positif l'emporte sur un premier réflexe plutôt pénible. Il faudra aider les jeunes à grandir dans la confiance. Quand je confesse des enfants, je n'ai pas envie de leur dire d'abord : "Grandis dans la confiance en Dieu" mais j'ai envie de leur dire : "Il faut d'abord que tu grandisses dans la confiance en toi. Et pour cela il faut que tu repères une chose que tu sais faire, et réussir".

Je repense à une élève qui avait connu plusieurs échecs et qui était allée à la maison St Joseph avec les personnes âgées. Au bout de 8 ou 15 jours, les personnes âgées s'étaient attachées à elle. Les membres du Foyer lui ont dit aussi : "Mais tu vois bien comme tu es joyeuse. Ce que tu fais ici, tu es contente de le faire". Personne n'y avait pensé. Un autre garçon dont je me souviens : il était parti en catastrophe à la fin de la 3e parce qu'il était en dehors de tout, avec des résultats scolaires nuls, des relations très difficiles avec ses parents, violent et agressif avec les autres. Peu à peu ce garçon a découvert qu'il avait un talent dans les mains. Il était chez son oncle menuisier, qui lui a dit : "Tu as vu ce que tu as dans les mains". Lui, à force de se faire attraper, regarde ses mains. Et son oncle lui dit : "Je n'ai pas voulu te faire un reproche ; j'ai voulu te dire que tu as quelque chose dans les mains que des apprentis n'ont pas au bout de deux mois alors que toi tu n'es là que depuis un mois". Plus tard, ce garçon m'a dit : "Le soir, je suis parti me cacher pour pleurer, pleurer de bonheur : c'était la première fois qu'on me disait ce pour quoi j'étais fait et que j'avais quelque chose de bon en moi". Jusqu'à présent c'était : "Travaille plus, fais ceci davantage, fais attention à ceci, à cela". Bien sûr qu'il fallait le lui dire mais la clef c'était de découvrir qu'il avait un talent auquel il ne s'attendait pas et ses parents non plus. C'est maintenant un très bon ouvrier du bois. Deux ou trois ans après, il a retrouvé une vie de famille, des relations. Trois ou quatre ans après, il a voulu être confirmé. Il a voulu faire une retraite et un an après, il parlait d'une jeune fille en ajoutant tout de suite : qu'ils étaient bien décidés à ne pas vivre ensemble avant leur mariage. Tout se mettait en place à partir du moment (c'est cela Don Bosco) où il a découvert qu'il avait une capacité et la confiance en lui-même. Dire à un jeune qu'il faut qu'il grandisse et voir avec lui comment il pourra grandir dans la confiance en lui, l'aidera à aller de l'avant. Il écoutera Jésus, sinon la religion sera une compensation. On ne se tourne pas vers Jésus parce qu'on a des limites. Si c'est cela, cela ne durera pas longtemps. Bien vite, on perd la foi parce que ce n'est qu'une religion de compensation.

Quatrième conseil : avoir le sens du temps.

Dieu est patient. Trop à notre avis ! Qu'est-ce que cela veut dire que Dieu est patient? Je vais dire des mots qui ne sont pas théologiques : Dieu s'arrange pour rattraper celui qui s'égare. C'est cela la patience de Dieu. Ce n'est pas attendre pour attendre. Ce n'est pas une patience neutre. Dieu finira par rattraper celui ou celle qui est en train de s'égarer. L'Ecriture le dit si bien : "La brebis qui est perdue, je la chercherai. Celle qui s'est égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée je la panserai. Celle qui est malade, je la fortifierai. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle". Et pour finir : "Toutes, je les ferai paître avec justice" (Ezéchiel ch 34, v. 16). La patience de Dieu, c'est d'avoir une relation avec chacun ; et ce que Dieu fait avec l'un, il ne le fait pas avec l'autre. La manière dont Dieu parle à votre fille aînée n'est certainement pas la manière dont Dieu parle à votre deuxième enfant, et encore moins au troisième, et encore moins au suivant, et pourtant c'est vous qui êtes les parents mais les enfants ne sont pas des pions. Quand les apôtres disent à Jésus : "Mais enfin quand est-ce que tu vas rétablir ta royauté ? Quand est-ce qu'on va voir que c'est toi le libérateur ?" Jésus répond : "Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les moments que le Père, dans sa Paternité, dans sa vue d'ensemble du dessein de Dieu a établis". Voilà pourquoi ce sens du temps va me faire passer à une cinquième nuance.

Cinquième conseil : avoir le souci de l'ensemble.

Pour que vous grandissiez encore dans l'espérance, vis-à-vis de vos enfants, il faut voir chaque aspect mais sans oublier l'ensemble de la personne. N'oubliez pas qu'un enfant peut être en retard dans un domaine, peut-être sur un plan scolaire dans une matière. Il faudra chercher comment rattraper le retard dans cette matière mais attention, surtout ne réduisez pas l'enfant à ce retard, il y a aussi les autres dimensions de sa personnalité. C'est pourquoi c'est un art d'être éducateur, d'être parents, d'être prêtre, parce que c'est ressembler à Dieu qui voit toujours l'ensemble.

Prenez le cas de surdoués. Cela existe et c'est très délicat. Il ne faudra surtout pas tout le temps rappeler qu'ils sont surdoués dans un domaine ou l'autre parce que s'ils sont surdoués dans ce domaine, il y a de grandes chances qu'ils soient nettement en retard dans d'autres dimensions. Il faudra accueillir cet enfant surdoué dans ce domaine précis, tout en ayant le souci de chercher les domaines dans lesquels il risque bien d'être en retard par rapport à la moyenne. Il n'y a pas d'enfants qui seraient presque des réussites ambulantes et d'autres qui ne valent pas grand-chose. Chacun a des capacités et des besoins. Avec un enfant surdoué, n'oubliez pas de chercher les autres dimensions. A quelqu'un qui a une intelligence plutôt abstraite, spéculative, n'oubliez pas d'apprendre à servir, comme dit l'Evangile, à laver les pieds. A quelqu'un qui est surdoué dans son coeur, il est important d'apprendre à réfléchir, à ne pas négliger la réalité matérielle. Ayez toujours le souci de l'ensemble, de ne pas réduire un jeune à une seule dimension, soit magnifique pour s'en réjouir, soit au contraire pour s'en désoler.

Dans les écoles du Foyer, nous n'avons pas de recettes éducatives particulières, nous cherchons à avoir ce sens de l'ensemble. Pour nous, un enfant dans une de nos écoles, c'est plus qu'un livret scolaire, c'est un jeune ; mais c'est plus qu'un jeune au sens sociologique, c'est quelqu'un qui a des sentiments, des besoins, des étapes. Il y a le physique, il y a aussi sa conscience. Il faudra l'aider à former sa conscience, à la fortifier, à l'éduquer parce que la conscience sera le moteur intérieur qui l'accompagnera toute sa vie. Quand il aura 30 ans, 40 ans, il aura encore et toujours cette conscience. Si elle n'a jamais été éduquée, clarifiée, au sens : "Pourquoi le bien c'est le bien ? Pourquoi le mal c'est le mal ?" Si on n'a jamais répondu à ces questions, tout est du brouillard : chacun a sa vérité, chacun fait ce qu'il veut, chacun tourne en rond. Voilà pourquoi il faut former, éclairer les consciences.

Ce sens de l'ensemble, c'est peut-être le bijou de nos retraites. Elles ne sont pas d'abord des retraites de spiritualité ou d'un fin discernement, elles sont faites pour retrouver pendant 5 jours ce sens de l'ensemble de la vie, du dessein de Dieu sur chacun d'entre nous, de l'ensemble de Dieu lui-même. Catholique, cela veut dire : le sens de l'ensemble (kata holon). Voilà pourquoi nos écoles veulent être catholiques : avoir le sens de l'ensemble de l'enfant, de son développement, de sa vie scolaire, de sa vie affective, de sa vie de relation, de son avenir, de sa vocation, de sa conscience intérieure. Devenir "catholique", cela suppose que nous, les parents, nous le soyons davantage, que nous ayons le sens de l'ensemble pour pouvoir regarder les enfants avec espérance et les aider à faire un pas.

Ce sens de l'ensemble est un secret, c'est Marie qui nous le donne et nous le rappelle. Ce ne peut être qu'une femme. Il n'y a qu'une Femme qui, dans la plénitude de son regard immaculé, d'une humanité sans restriction, sans compromission, sans rien de faux ni rien d'étroit, d'une parfaite humanité, d'une humanité immaculée, il n'y a qu'une Femme à avoir ce sens de l'ensemble du dessein de Dieu. Voilà pourquoi dans les Foyers ce n'est pas une affaire de piété ou de petite dévotion privée, de fantaisie ou de goût. Si nous nous tournons vers l'Immaculée, si la fête de la Vierge Immaculée est la fête du Foyer et de ses trois écoles, c'est parce que c'est Elle qui nous donne le sens de l'ensemble de Dieu, de l'ensemble de notre vie et de notre vocation et de l'ensemble aussi de tout être humain et de sa vocation.

 

 

 

 

 



 

 

 

La vie divine

 

Père FINET

 

C'est un don réel

Notre christianisme n'est pas d'abord un idéal. Non ! Ce que Jésus nous a apporté, c'est un don réel, celui de la vie divine qui fait de nous les enfants de Dieu

Il faut donc avoir le soin d'entretenir cette vie divine. Le chrétien est celui qui vit de cette vie surnaturelle et qui la met en activité. « Je suis venu pour que vous ayez la Vie, et la Vie en abondance » (Jn. 10, 10). C'est cela l'apport du Christ. Cette vie divine nous transforme, nous établit sur un plan nouveau. Elle nous fait effectivement, réellement «enfants de Dieu ». Et ce titre d'enfants de Dieu n'est pas une simple relation, mais c'est un don réel. Ce n'est pas une adoption, telle qu'on peut en avoir humainement parlant. C'est beaucoup plus que cela : c'est le don réel de la vie du Père à son enfant.

Donc, nous sommes les enfants de Dieu, même si nous ne nous conduisons pas en enfants de Dieu, car nous sommes baptisés. C'est avec ces deux vies, humaine et divine, que nous sommes dans notre état normal. C'est avec la vie divine que Dieu, éternellement, nous a vus dans Son Verbe ; sinon nous sommes des êtres diminués, incomplets.

D'où vient notre impuissance devant un certain nombre de problèmes moraux. Cela vient de ce que nous ne possédons pas cette seconde vie dans un état suffisamment développé. Nous sommes trop appauvris dans cette vie divine. Si nous ne nous soucions pas de vivre de cette vie surnaturelle, il n'y a peut-être rien à faire pour trouver la solution d'un certain nombre de problèmes difficiles, justement au point de vue moral. Il faut donc vivre de cette vie divine.

C'est pour cela que Saint Bernard disait : « Ce n'est pas tant de conseils dont j'ai besoin, mais de force ». Je crois que beaucoup de chrétiens peuvent dire cela. Retenez que, pour être fort, il faut être bien vivant; pour être bien vivant, il faut être bien aimant ; et, pour être bien aimant, il faut être bien priant. Il faut prier pour aimer, aimer pour vivre, vivre pour être fort.

Ceux qui négligent la prière n'aiment pas, ce sont des mollusques au point de vue chrétien, des moules ! Ils n'ont plus aucun caractère spirituel. Hélas ! Il y en a des multitudes. Alors, que faut-il faire ? Il faut vivre, et, pour vivre, il y a des lois de la vie divine, comme il y a des lois de la vie humaine.

Les lois de cette vie divine

La loi de préparation : Il faut une préparation du terrain sur lequel va tomber cette vie divine et, en même temps, du climat dans lequel elle doit pousser. Il faut donc veiller sur le climat et le terrain.

Pour que la vie divine, tombée dans le coeur d'un enfant, puisse se développer, il faut qu'elle rencontre un climat surnaturellement chaud.

Qu'est-ce qui fait le climat de la vie divine dans le coeur d'un enfant ?
C'est :
- La famille chrétienne
- L'école chrétienne
- La paroisse vivante
- Les lieux de loisirs chrétiens.

Il faut donc que la vie divine de l'enfant pousse dans un climat surnaturellement chaud. Mais, si cet enfant qui a reçu la vie divine au baptême, est dans une famille sans grande pratique religieuse, dans une école neutre, dans une paroisse divisée et dans un lieu de loisirs sans finalité, bien vite cette vie s'étiole, et vers 10-12 ans, il ne vit plus, c'est fini : la vie est éteinte.

Non seulement il faut donner à la vie divine son climat, mais aussi son terrain.
Quel est le terrain dans lequel doit pousser la vie divine ? C'est le terrain de l'âme.
Or, que faut-il faire pour que ce terrain soit préparé, pour que pousse cette semence de Dieu qui est dans notre âme ?

Il y a un certain nombre d'années, pendant la guerre, entre 40 et 45, étant démobilisé, j'étais ici à Châteauneuf. Notre école était ouverte et nous avions beaucoup de difficultés pour le ravitaillement. Et comme nous venions de commencer les premiers travaux du grand Foyer, on avait déversé la terre devant l'école, faisant ainsi une sorte de grand terrain qui est devenu aujourd'hui une cour de recréation. A ce moment-là, c'était une sorte de terrain vague devant la terrasse de l'école.

J'ai dit à un homme qui était un de nos amis du Foyer : « Comme nous ne pouvons pas avoir de ravitaillement pour nos enfants, ensemencez donc ici des pommes de terre afin que nous ayons une belle récolte l'année prochaine ». Il m'a regardé et il m'a dit : « Vous êtes de Lyon ? » - « Oui» - « Ça se voit ! » - « Ah ! ». Il m'a dit : « Quand il faudra faire des sermons, je les enverrai à vous, mais quand il faut planter des pommes de terre, envoyez-les donc à moi ! » - « Ah ? pourquoi ça ? » - « Mais, parce que pour qu'un terrain soit prêt pour faire pousser des pommes de terre, il faut au moins 2 ou 3 ans ! ». Vous comprenez... Alors, il m'a dit: « Envoyez-les donc à moi ! » - « C'est entendu ». J'ai retenu la leçon...

C'est la même chose pour l'âme : il faut que la vie divine puisse y pousser. La vie divine, c'est l'Amour de Dieu, et que faut-il pour que l'Amour de Dieu se développe dans une âme ? Il faut supprimer du terrain les amours qui s'y opposent.

Il y en a sept :
- L'amour de soi-même : l'orgueil
- L'amour des biens de la terre : l'avarice
- L'amour exagéré de soi-même : la colère
- L'amour de la sensualité : la luxure
- L'amour des biens des autres : l'envie
- L'amour captatif de la chair : la gourmandise
- L'amour de son confort : la paresse.

Il faut donc renoncer aux sept amours capitaux (les péchés capitaux) si vous voulez que la vie divine puisse monter dans le coeur. Ce n'est pas possible si vous restez attaché aux choses d'en-bas.

 

La loi d'exercice

Une vie qui n'agit pas meurt nécessairement.
- Exercice affectif : la prière.
- Exercice effectif : I'action, notamment par l'obéissance, le devoir d'état, la pratique des vertus et les commandements de Dieu et de l'Église.

 

La loi d'alimentation

Pour se développer, une vie doit être alimentée. Or, quelle est l'alimentation de la vie divine ? Ce sont les sacrements qui aboutissent tous au sacrement de la nourriture : l'Eucharistie. Ce sera le thème d'un autre entretien.

(Extraits d'une conférence - 1978)






 

 

 

 

 

 

 

Témoignage

 

L'espérance est la certitude que Dieu est vainqueur

En novembre de cette année-là, nous sentions bien que notre fils changeait. Mais nous étions à cent lieues d'imaginer ce que nous avons découvert par la suite. Et puis, il faut du temps pour réaliser, comprendre et accepter que « ça n'arrive pas qu'aux autres ». Il ne parlait plus beaucoup en rentrant le week-end, et nous nous disions qu'en cette première année d'études supérieures, il avait envie de prendre son indépendance.

Petit à petit, nous l'avons vu évoluer vers une silhouette qui se recroquevillait sur elle-même. Au fur et à mesure que les journées s'écoulaient, une silhouette qui devenait de plus en plus sale et mal tenue, les mains enfouies dans les poches et la tête rentrée. Puis le regard est devenu fuyant Parallèlement, il s'était mis à fumer, sa musique changeait de registre, et sa chambre d'étudiant se peuplait d'affiches à la gloire des boîtes de nuit dans des décors rouges et noirs d'un côté, tandis que, sur l'autre mur, les photos de famille, de ses amis de l'année précédente et de montagne apportaient un peu de gaîté. L'évolution est tellement insidieuse qu'on met du temps à la voir.

Tout ce qui se passa ensuite fut vraiment une réponse répétée de l'Espérance dans laquelle nous nous sommes jetés. Rétrospectivement, nous avons mieux réalisé cette phrase du père Michon: « L'Espérance n'est pas un sentiment humain, c'est la certitude que Dieu est déjà vainqueur ».

Le 8 décembre suivant, nous retrouvions notre fils dans les rues de Lyon. En le voyant, nous avons eu cette certitude : « Il se drogue ». Quelques jours après, alors que, démoralisés, nous en faisions part à une bonne amie en ajoutant : « Pour un 8 décembre, quelle découverte ! », celle-ci eu cette réponse que ne peuvent avoir que les personnes proches du cur de Dieu : « C'est normal, c'est la Fête de la Lumière. ».Il fallait réagir. Et d'abord, reprendre un contact qui, petit à petit, diminuait. De son côté, notre fils continuait à nous dire que « tout allait bien, qu'il était bien sorti « en boîte », mais que c'était simplement pour connaître, qu'il ne maigrissait pas ».
Tout seuls nous ne pouvons rien, Marthe disait : « Il faut faire ensemble ». Nous avons eu la chance d'être aidés par toutes les personnes dont nous parlons ici et que nous remercions du fond du cur. Le 9 décembre, comme par hasard, un ami de notre fils téléphona alors que ce dernier était absent. Nous avons donc pu lui demander comment il le trouvait ; sa réponse ne fit que confirmer nos angoisses. Sitôt après, nous appelions son ancien directeur, afin d'avoir les coordonnées du Père qui l'avait suivi pendant ses années de lycée, avec lequel il s'était bien entendu et qui était parti depuis. Celui-ci le prit dans sa prière et lui téléphona. Le directeur, quant à lui, nous écouta et nous donna de bons conseils.

Le week-end suivant, malgré des tentatives, notre fils niait toujours ce que nous voulions lui faire dire, c'est-à-dire qu'il se droguait. Et c'est le 23 décembre, en cette veille de Noël, qu'il arriva à parler. Et nous avons découvert que la drogue n'était qu'un refuge, pour se protéger d'un combat occulte bien plus difficile à supporter .

Il fallait remonter aux J.M.J., où sur un quai de gare, alors qu'il était avec un groupe d'amis, un être terrifiant, menaçant et plein de haine, était sorti d'un train, avait emprunté le passage souterrain, s'était dirigé vers eux, était venu à lui et, l'embrassant, lui avait dit : « Faut pas rigoler avec moi, toi, je t'aurai ».
Nous croyions qu'il délirait et quand nous lui avons demandé pourquoi il n'était pas parti avec les autres (qui avaient fui, terrorisés), il nous a répondu : « Je ne pouvais pas, c'est moi qu'il voulait ». Il nous expliqua aussi les peurs, les angoisses et les idées noires dans lesquelles il vivait depuis, de jour comme de nuit, et bien d'autres choses

Pour la fin de l'année, il accepta d'aller chez un ami. Le père de cet ami, ayant l'habitude de ce genre de situation, discuta avec lui et toute la famille l'aida très discrètement.

Depuis le début de l'année, nous avions prévenu notre fils et sa soeur que nous leur donnions toutes les chances de réussite, avec un appartement d'étudiant, mais qu'ils avaient, en contrepartie, obligation de résultat. En janvier, après une réunion de parents, nous prenions contact avec le professeur principal, et les résultats scolaires suivants la même dérive que le reste, nous rapatrions le soir même notre fils à la maison. Nous ne savions comment il allait réagir et étions très angoissés.

Ce même soir, après une réunion à Châteauneuf, nous commencions une neuvaine à Marthe, avec une très bonne amie. Elle nous conseillait de prendre contact avec le père V. C'était 9 jours avant le 20ème anniversaire de la mort de Marthe. Le lendemain, nous faxions au père V. notre demande. Après avoir fait une lettre explicative avec tous les détails, celui-ci nous répondit : « Effectivement, ce qui arrive à votre fils est curieux. Je veux bien le voir, mais il faut qu'il soit d'accord, sinon cela ne servirait à rien. »

Comment notre fils aurait-il eu envie d'aller voir le père V. qu'il ne connaissait pas du tout ? De plus, nous ne le sentions vraiment pas prêt pour qu'il accepte une telle proposition, d'autant qu'il sentait un certain malaise en rentrant dans une église. Nous avons continué à Espérer. Une phrase nous revenait tout le temps en tête : « Si vous demeurez en mon Amour, tout ce que vous demanderez vous l'obtiendrez ». Il suffisait donc de demeurer dans l'Amour ! Quand le père Michon nous a dit, à la réunion des parents : « L'Espérance, c'est marcher dans le Christ », nous avons bien compris ce qu'il voulait dire.

Le 6 février, jour anniversaire de la mort de Marthe a été pour notre fils, une journée très dure : nous le sentions dans une bagarre intérieure difficile à supporter Un jour, notre fille a rencontré une amie qu'elle voyait rarement. Elle lui dit : « je prie beaucoup pour toute ta famille ».- « Pourquoi ? », avait-elle répondu. - « Je ne sais pas, j'ai reçu une chaîne de prière pour vous ». Tous les amis de notre fils s'étaient donc unis pour nous soutenir ! Pour lui, le combat continuait ; il ne voulait plus aller faire la route d'hiver avec les scouts. Finalement, il y partit et en revint heureux.

C'est le 18 mars au soir, en la veille de St Joseph, après une longue discussion qu'il accepta d'aller voir le père V. Rendez-vous fut pris pour le 29 mars. La bataille fut rude : nous avions 1/2 heure de trajet entre la fin des cours et le lieu du rendez-vous, nous avons mis 1 heure 30. La personne qui nous a reçus a oublié de prévenir le Père et nous avons encore attendu 2 heures, pendant lesquelles notre fils nous disait : « Si à 19 heures, il ne vient pas, je pars ». A force d'implorer St Joseph, dont l'imposante statue trônait en face de nous, le Père V. arriva, tout surpris de nous voir, croyant que nous ne venions pas. Après son entretien, notre fils est ressorti détendu et avec l'esquisse d'un sourire, ce que nous n'avions pas vu depuis longtemps.

Nous avons proposé à notre fils d'aller ensemble dans la chambre de Marthe et sur sa tombe. Et cela, plusieurs fois dans le courant du printemps. Nous avons aussi effectué quelques bonnes virées en montagne et de longues discussions ensemble. Vraiment nous avons fait nôtres toutes les phrases entendues dernièrement pendant la conférence du père Michon :

« Les parents doivent être eux-mêmes des relais, des témoins d'espérance », afin que le jeune puisse avoir des repères pour progresser.
Et pour être ces repères, « ils doivent aller boire eux-mêmes à la source qu'est le Christ puis se laisser remplir, habiter eux-mêmes par le Christ et enfin ils pourront faire eux-mêmes comme le Christ, aimer et aider son prochain ».
Ou encore:
«L'enfant nous échappe, à nous, parents ; il n'est pas notre objet ; il n'est pas notre dû mais un don.»
Et : «Dieu a un projet sur chacun d'entre nous, même si c'est dans des conditions difficiles ». C'est là l'espérance que nous devons avoir (certitude que Dieu est déjà vainqueur de tout mal) qui est bien plus que l'espoir (sentiment humain qui exprime la positivité).
Enfin qu'il fallait : «chercher dans notre fils où étaient ses vraies capacités » au milieu d'un tas de désordre apparent.

Pour le cheminement qu'a fait notre fils, grâce à tous ses relais d'espérance rencontrés sur nos chemins (prêtres, directeurs, professeurs, amis et amie (bientôt sa fiancée), parrain de confirmation, amis de promotion, scouts, et familles, père d'ami), nous vous remercions tous et nous rendons ensemble gloire à Dieu pour sa tendresse envers ceux qui crient.

«Dieu finira par rattraper celui qui s'égare» .

 

Des parents d'élèves