Numéro 227

 

Février 2005

 

SOMMAIRE

Février 2005

 

Actualité : Etre chrétien dans le monde

pour construire la civilisation de l'amour

 

« Ils vendent le pauvre pour une paire de sandales » Amos 2,6
Père Bernard MICHON

Témoignage : L'engagement chrétien dans la société et dans le monde rural

L'engagement des chrétiens dans la société, à la fois évident et problématique
Père Alain BANDELIER

Témoignages :
- Etre laïc au coeur du monde au sens du Concile
- Comment renouveler la confiance des laïcs dans leur engagement
familial et ecclésial ?

Toutes les portes de l'Eglise sont ouvertes sur le monde
Parole du Père Finet

Témoignages :
- Au commencement est la relation

- Un chef d'entreprise témoigne

"Donner Dieu par la prière, par l'exemple"...

Marthe Robin

 

De toutes nations

Au Foyer de Muhito en République Démocratique du Congo

Au Foyer de Gowripatnam, en Inde

A Dieu au Père van der Borght, fondateur du Foyer de Tressaint

Les JMJ 2005 à Cologne : « Nous sommes venus L'adorer »

Programme des Retraites Mars-Avril 2005

 

 



Ils vendent le pauvre

pourune paire de sandales" Amos 2, 6

 

Père Bernard MICHON

Depuis 1999, le Saint Père a annoncé la parution d'un Compendium, résumé bien construit qui présente l'essentiel de la doctrine sociale de l'Eglise. C'est une première dans la parution de ces documents du Magistère ; les différents secrétariats romains ont eu beaucoup à faire, car ils ne disposaient d'aucun prototype. Ce document vient de paraître à Rome, et sa traduction française est annoncée pour le début 2005.

J'attends beaucoup de ce Catéchisme social pour le développement du rayonnement des Foyers, en particulier pour l'enseignement donné à tous dans les retraites. Les chrétiens ont à être présents dans le monde, comme sel et levain, dans beaucoup de domaines où le témoignage individuel, si fondamental soit-il, ne suffit pas : les domaines économique, politique, ceux et celles qu'on appelle « les décideurs » que je confie souvent à St Joseph, le patron - au sens religieux- de tous les Responsables - au sens large et fort.

Marthe était si attentive aux réalités humaines qui marquaient les familles de la Galaure et d'ailleurs, si peu pressée de parler religion, si éveillée quand elle accueillait un médecin, un professeur, un savant, une personnalité, un incroyant. Dieu n'est pas venu promouvoir une religion de plus, mais sauver Adam, c'est-à-dire régénérer toute l'humanité.
Tous les ans, pour ouvrir la nouvelle année et la confier à la maternité de la Sainte Vierge, le Saint Père donne un message sur la Paix, adressé à la famille humaine ; à nous chrétiens, par exemple dans les Foyers, d'être des relais et d'abord des témoins, des artisans de cette Paix.

Voici mon témoignage et le contenu de ce bref article :

Ce sont les prophètes de la Bible qui m'ont ouvert et transmis la clé de cette doctrine sociale. Je n'ai pas lu, et encore moins travaillé, toutes les encycliques, mais la Parole de Dieu à travers les prophètes m'a ouvert les oreilles et l'intelligence à toutes ces réalités sociales. La vérité est une ; le vocabulaire doit changer, puisque les civilisations se succèdent. Amos n'a jamais parlé de mondialisation, mais Dieu lui a montré - et lui, Amos, n'a pas refusé de clamer - quelques conséquences sociales de son union personnelle si intime au Dieu d'Israël, ce Dieu qui l'avait saisi de derrière le troupeau pour l'envoyer parler en son Nom aux grands de Samarie.

Que cette rapide plongée dans le message d'Amos nous ouvre des horizons, et surtout articule bien deux dimensions de notre vie chrétienne que, d'ordinaire, on oppose : une profondeur mystique et une extension sociale. Pas l'une sans l'autre, ni même l'une plus que l'autre.

Amos en son temps

Nous sommes vers les années 750-740 avant Jésus-Christ, dans le Royaume du Nord, avec Samarie pour capitale. Plus tard, après la destruction de la ville en 721, c'est toute la région qu'on appellera : la Samarie.

Les lieux : Une belle colline en effet, bien située à la croisée des routes caravanières pour faciliter les échanges commerciaux, et assez élevée pour sa défense naturelle, qu'il faudra évidemment consolider par des travaux et des murs de protection.

A une heure seulement de Samarie, la grande et riche plaine d'Yizréel -bien nommée : « Dieu a semé »-, car dans cette terre volcanique tout pousse et toute l'année, grâce à des sources abondantes. C'est le grenier à blé de tout le Royaume : Israël vend du blé à la Phénicie - l'actuel Liban - qui, depuis les ports de Tyr, Sidon et Ugarit, importe et exporte tout ce qu'on ne trouve pas sur place. Et avec ces échanges commerciaux, il y a des alliances entre familles royales : au temps d'Elie, le roi d'Israël avait épousé la fille du grand-prêtre de Baal, une certaine Jézabel, laquelle était venue de Tyr avec ses prophètes à elle : échanges culturels, voire inter-religieux, dirions-nous. En fait c'est le commerce qui dirige ces petits peuples, et non pas les religions.

La famille royale de Samarie s'est ainsi peu à peu considérablement enrichie, et les archéologues parlent encore aujourd'hui avec étonnement de tout ce qu'ils ont trouvé durant les fouilles de Samarie : des lits en ébène qu'il fallait importer d'Egypte, incrustés d'ivoire et de pierres précieuses, broches en or pour les élégantes, et surtout : le mur de protection en « carreau et boutisse », un assemblage de blocs de pierres tel qu'il est encore visible aujourd'hui, après 28 siècles.

Un mot encore sur les « ostraca » de Samarie : sur de l'argile poinçonnée avant qu'elle ne durcisse, on peut lire des relevés de comptabilité, taxes et impôts, du genre : « tel village doit tant d'huile fine », ou « tant de jarres de vin », bien évidemment pour l'usage du palais royal au sommet de la colline.
C'est très sommaire, mais suffisant pour le cadre.

Et maintenant, Amos en sa vocation : Amos 7, 10-15

Nous voici à Béthel, un lieu de pèlerinage ancien et fréquenté. Le prêtre responsable de ce sanctuaire y a été nommé par le roi de Samarie qui le paye et en retour attend de lui un net soutien de sa politique dans les prêches aux pèlerins. Un jour, il y a un « clash » entre ce prêtre de Béthel et Amos de passage. Car Amos n'entre pas dans le discours qu'il entend, qui est tout au service du roi, de sa politique et de ses exactions. Se voyant chassé, Amos répond : « Moi, je ne suis pas prophète (de métier), ni fils de prophète (fils à papa). Moi je suis berger (de gros bétail) et pinceur de sycomores (un travail saisonnier près de la Mer Morte). C'est le Seigneur (ni le roi ni personne) qui m'a saisi (le verbe veut dire : empoigner, prendre à pleines mains) de derrière le troupeau et m'a dit : Va, prophétise à Israël (la Samarie) qui est encore mon Peuple. » Vous l'avez compris : tout est là. Sa vocation est personnelle ; contre toute attente, Dieu l'a appelé et saisi ; et la mission d'Amos sera d'aller parler aux Grands de Samarie car, malgré toutes leurs infidélités, Dieu considère, depuis l'Alliance du Sinaï, qu'ils sont encore Son Peuple, telle une épouse que Dieu n'a jamais reniée. C'est parce que Dieu aime les Grands de Samarie, comme un homme aime sa femme, qu'Il veut leur envoyer quelqu'un pour les réveiller et les sortir de leurs infidélités. Dieu aime les pécheurs et veut leur conversion ; le prophète Amos sera donc son envoyé et son instrument.

Et son message aux grands de Samarie : Amos 2,6-7

« Ainsi parle le Seigneur : Pour trois crimes d'Israël et pour quatre (la mesure est comble), je l'ai décidé sans retour. En effet, ils vendent le juste à prix d'argent et le pauvre pour une paire de sandales ». (En effet, au marché de Ninive, on pouvait acheter un esclave un peu solide pour une paire de sandales ou un panier de figues). Premier motif de désaccord entre le Dieu d'Israël et les Grands de Samarie.

De plus - deuxième motif - « ils aspirent à voir la poussière de la terre sur la tête des petites gens -c'était une manière d'humilier en public - et ils violent le droit des malheureux », - car Moïse nous a appris que Dieu soutient et protège l'étranger, la veuve et l'orphelin, et demande aux Israélites d'en faire autant -.

Autre crime : « le fils et le père vont à la même fille » - il y avait au palais royal de Samarie beaucoup de petites employées ; les garçons des grandes familles en profitent, et même les pères. Et personne ne dit rien -.

« Profanant ainsi la sainteté de mon Nom »
Ces derniers mots ne sont pas un commentaire final mais au contraire le fondement de tous les reproches qui précèdent. Comprenons bien : Pour Amos, vendre le juste pour une paire de sandales (1), humilier en public les petites gens en ne respectant pas ce à quoi ils ont droit (2), abuser sans retenue d'une fille de la campagne (3), cela revient à « profaner la Sainteté du Seigneur ». Car, depuis l'Alliance du Sinaï, Dieu fait corps avec Son Peuple, avec les grands, les officiers et le roi, tout autant qu'avec les petites gens, les pauvres et les employées.

La colère d'Amos ne procède pas d'une lecture horizontale, inspirée ou non par la lutte des classes ou par un manichéisme social (les bons et les mauvais). Sa colère procède de sa vocation : servir le Dieu d'Israël, ce Dieu très particulier qui ne vit pas comme les autres dans un temple ou, comme Baal, sur les nuages, mais qui a osé épouser un Peuple, en son entier et en chacun de ceux qui le composent, y compris les plus pauvres.

Dieu veut la conversion des Grands de Samarie ; c'est pourquoi Il leur envoie un prophète, pour qu'ils se ressaisissent et apprennent, comme Dieu, à respecter chacun et toutes les catégories sociales.

Aux grands de Samarie, Amos répètera : en ne respectant pas la Sainteté de Dieu qui fait corps avec tout son Peuple y compris les pauvres, vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assis. Le monde que vous construisez et dont vous profitez ne pourra pas tenir ; ce n'est pas Dieu qui vous rejette ; c'est vous qui produisez votre auto-destruction. Le message d'Amos ne sera pas accueilli, sauf par quelques fidèles de Jérusalem qui le garderont en mémoire. Environ 20 ans après Amos, les armées assyriennes viendront assiéger Samarie, qui tombera en 721, sans plus jamais se relever de sa ruine. Et si vous montez aujourd'hui sur la colline de Shomron, vous ne trouverez que les pierres des murs du palais royal, avec quelques lézards dans les herbes sèches. Parole du Seigneur.

Et aujourd'hui

Mes parents étaient agriculteurs. Sentant l'âge venir, ils souhaitaient partager la propriété de leur vivant entre leurs quatre garçons, pour que tout se fasse au mieux dans l'esprit de la famille. Ce qui fut fait. Un jour, mon père m'emmena voir le bois de sapins dont j'allais devenir propriétaire. Il m'indiqua les bornes, m'apprit comment les nettoyer, pour que le voisin n'ait pas l'idée de les déplacer. Il me rappela que ce bois avait été bien utile dans l'histoire de la famille lors de tel événement ou tel accident qui avait coûté très cher. Et dans la conversation, il me fit cette remarque : « Mon garçon, tu feras comme tu voudras ; mais sache que, chaque fois que j'ai coupé et vendu des sapins, j'en mettais 2 de côté, et pas des moindres, l'un pour le maire de la commune et l'autre pour le curé, car, après tout, ce n'est pas moi qui les fais pousser ».

Quelques années plus tard, au séminaire, je lisais l'encyclique « Mater et Magistra » de Jean XXIII (1961) : « Voici un point de doctrine constamment enseigné par nos prédécesseurs : au droit de propriété est liée une fonction sociale. En effet dans les desseins du Créateur les biens de la terre sont avant tout destinés à la subsistance de tous les hommes. Notre prédécesseur Léon XIII l'a enseigné avec sagesse : « Quiconque a reçu de la bonté divine une plus grande abondance - qu'il s'agisse de biens matériels ou de ceux de l'âme - les a reçus dans le but de les faire servir à son propre perfectionnement, et en même temps comme intendant de la Providence en vue du soulagement et du bien des autres » (Rerum Novarum).
C'est pourquoi - continue le pape Jean XXIII - le divin Maître de l'Evangile adresse fréquemment aux riches de pressants appels, tenant pour faite ou refusée à Lui-même l'aumône faite ou refusée aux pauvres ».
Et 30 ans plus tard, en 1991, le pape Jean Paul II les citait l'un et l'autre dans sa propre encyclique « Centesimus Annus ».
C'est pourquoi je reste fier de mon père : ce qu'il m'a appris sous les sapins m'a aidé à entendre, comme paroles venant de Dieu même, les nombreux reproches des prophètes bibliques à leurs contemporains et, à leur suite, les exigences du Royaume telles que Jésus les proclame clairement dans le Sermon sur la montagne (Mt 5-7). Avec les mots d'aujourd'hui et pour les réalités sociales d'aujourd'hui, c'est encore, j'en suis sûr, ce que le magistère de l'Eglise catholique nous transmet.




 

 

 

 

 

Parole du Père Finet

 

Toutes les portes de l'Eglise sont ouvertes sur le monde.

 

Passage d'un enseignement de la retraite prêchée par le Père Finet dans les années 80.

Il faut pénétrer de l'Évangile le monde dans lequel nous sommes.

Jean-Paul II nous rappelle cette urgence : ...
« Le Concile Vatican II a fait savoir combien grands sont les champs d'apostolat toujours accessibles aux laïcs... La vocation chrétienne est, par nature, vocation à l'apostolat» (27 novembre 1978).

Pensez à ce qui va se produire bientôt, quand un grand pays comme la Chine va à nouveau s'ouvrir au Christ. Est-ce que ce sera suffisant d'avoir quelques missionnaires, hommes, femmes, religieux religieuses, pour évangéliser ce milliard d'hommes ? Est-ce qu'il ne faudra pas un immense torrent de laïcs qui viendront eux aussi témoigner du Christ ? Je crois qu'il faut préparer tous ces témoins du Christ. Et au moment où l'Église s'adresse à ces quatre milliards d'hommes, elle montre bien aux laïcs qu'ils doivent prendre une place dans l'apostolat et témoigner dans le monde tout entier : un fleuve de témoins...

Votre responsabilité

Le Cardinal Etchegaray le rappelait à Lourdes :
« Le troisième millénaire de l'Eglise est déjà commencé... Nous sommes responsables de demain par la façon même dont nous vivons l'Église d'aujourd'hui ».

Et quand je vous regarde, quand je vois le nombre de jeunes qui sont ici, je vois tous les responsables de l'Église de l'an 2000. Je vous regarde bien : qu'allez-vous en faire de l'Église de l'an 2000 ? Voilà votre responsabilité. Le fait même que vous venez en retraite prouve bien que vous avez compris le sens de votre responsabilité. Ah ! soyons fidèles à ce grand événement que fut le Concile et faisons de son enseignement la lumière de notre vie et le flambeau de notre espérance pour l'au-delà.

Le Pape Jean-Paul 1er l'avait bien pressenti :
« Si tous les fils de l'Eglise savent être des missionnaires infatigables de l'Évangile, une nouvelle floraison de sainteté et de renouvellement surgira dans le monde assoiffé d'amour et de vérité ».

Oui, on sent cette action extraordinaire du Saint-Esprit sur le monde d'aujourd'hui.

Voici ce que Mgr Matagrin écrivait, dans son fameux livre « Préparer aujourd'hui l'Église de demain » :
« L'un des phénomènes les plus caractéristiques du monde actuel, c'est la redécouverte de la prière ».

C'est extrêmement frappant de voir des groupes de prière qui jaillissent de tous les côtés, dans les villes, les campagnes et de tous les âges.

« J'y vois personnellement l'un des signes du temps, au sens où l'entendait Jean XXIII. Je le disais récemment à des jeunes très politisés : « Vous êtes d'une révolution en retard.. .Je suis porté à croire que nous sommes à l'aube d'une révolution proprement spirituelle. Il y a une révolution dans l'histoire, toutes les fois qu'une dimension essentielle à l'homme a été méconnue. Or, ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est le désir de Dieu ».

La première condition pour préparer l'Eglise de demain, c'est de refaire un tissu communautaire chrétien ; c'est évidemment contribuer en même temps à refaire un tissu social . C'est pour cela que Jean-Paul II nous parle autant du tissu chrétien que du tissu social. Il a remis en évidence la doctrine sociale de l'Église à Puebla, et on ressent cela dans tous ses messages : le tissu chrétien et le tissu social vont de pair.

« La catholicité est la faculté de l'Évangile à pouvoir s'exprimer dans toutes les cultures ». C'est très frappant de voir comment cela s'exprime dans les différentes cultures, mais c'est le même message.

Témoins dans le monde entier

Je voudrais vous citer ici le témoignage du Père Werenfried, qui s'occupe de l'Eglise en Détresse d'une manière extraordinaire. C'est un homme dont l'apostolat s'étend au monde entier, notamment dans les pays qui sont en pleine persécution. Il trouve partout moyen de pénétrer par sa charité. Il nous dit :« L'homme moderne ne se laisse pas convaincre par un évangile en papier, mais seulement lorsque nous annonçons la bonne nouvelle dans des actes vivants d'amour ».

On ne se contente pas d'Évangile en papier, on veut voir des témoins qui vivent dans leurs actes d'amour. Cela doit beaucoup nous interpeler.

Et comment cela se fera-t-il ? Mais c'est par nous, qui sommes les témoins dans le monde tout entier. C'est la très grande vocation d'aujourd'hui, c'est quelque chose d'extraordinaire qui est en train de monter et de jaillir. Vous êtes des témoins par la parole et par l'action.

C'est l'Eglise de Philadelphie. Lisez cela dans l'Apocalypse de St-Jean lorsqu'il s'adresse aux sept Eglises. L'avant-dernière, c'est Philadelphie. Nous vivons aujourd'hui Philadelphie.«J'ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer ». J'ai ouvert toutes les portes de l'Eglise devant toi. Toutes les portes de l'Église sont ouvertes sur le monde. Et avec des moyens ordinaires, vous allez avoir une efficacité extraordinaire, vous serez des colonnes de l'Eglise. Et qui sont ces fameux témoins qui sortent par toutes les portes de l'Église, dans le monde tout entier avec des moyens ordinaires ? Ce sont les laïcs ! Ce ne sont pas de grands spécialistes de théologie ou d'exégèse, ce sont des baptisés et des confirmés qui, avec des moyens ordinaires, doivent être des témoins par la parole et par l'action.
Il faut comprendre ces paroles. C'est tout le Concile Vatican II. Je me permets d'insister beaucoup là-dessus.






 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage

 

Etre laïc au coeur du monde au sens du Concile

Je suis directeur associé dans un cabinet de conseil en management. Je suis marié et nous avons 7 enfants.

J'ai eu la chance à 17 ans de bénéficier d'un enseignement sur la Genèse et Vatican II qui m'a donné le désir de construire la civilisation de l'amour, d'être laïc au coeur du monde au sens du Concile : "Chercher le royaume de Dieu en administrant les choses temporelles et en les ordonnant selon Dieu."

Aujourd'hui après 20 ans de vie professionnelle, je constate que c'est exaltant, mais rude et comme Saint Paul, "je fais le mal que je ne veux pas faire, et je ne fais pas le bien que je souhaite faire".

Alors voici, simplement, 4 jalons qui me guident au quotidien :

- Développer ma compétence, celle de mes équipes, celle de mes clients... la compétence est la base de tout professionnalisme, c'est aussi la première des justices et des charités.

- Partager le sens du travail... le sens, c'est l'étoile qui guide, et qui rassemble des personnes souvent diverses : combien de fois une réunion "foire" tout simplement parce que les participants ne connaissent pas le but de la réunion ?

- Créer les conditions de la confiance... c'est indispensable pour un travail collectif fructueux et harmonieux ; cela commence par refuser tout jugement à l'emporte-pièce, toute médisance, toute calomnie - pas facile !

- Respecter et faire grandir la dignité de toute personne au travail... j'ai appris - grâce à un ouvrier - à dire bonjour en prenant le temps de regarder chacun dans les yeux.

Compétence, Sens, Confiance, Respect : voilà pour moi, 4 clés pour construire la civilisation de l'amour, 4 clés partageables avec tout homme. Mais, chrétien, baptisé, il s'agit de faire l'oeuvre de Dieu et non la mienne, et de la faire avec Lui.

Là aussi, quelques jalons :

- Mon travail : non pas une corvée mais la participation à l'oeuvre de Dieu... cela se reçoit dans la prière, et dans la découverte de la vie cachée de Jésus à Nazareth.

- Confiance en Dieu... pour mon travail aussi ! Dans mon métier, on n'a jamais fini de peaufiner une proposition commerciale, d'ajuster un rapport ... et il est bon - une fois que le travail est bien fait, avec compétences, de s'arrêter et de le confier à Dieu !

- Prier... l'oraison est un havre essentiel dans ma journée, c'est pour moi le lieu d'action de grâce, d'écoute de la Parole de Dieu, le rendez-vous d'amour avec mon Dieu qui m'apporte la paix et nourrit mes arbitrages et mes prises de décision.

- Offrir mon travail, avec ses joies, ses peines, ses fatigues pour la Rédemption du monde... spécialement à l'Eucharistie, et aussi par une offrande d'une heure chaque semaine, où je m'unis au Christ plus "consciemment" dans le travail que j'ai à faire.

- Pardonner et demander pardon... car "le monde des hommes pourra devenir "toujours plus humain" seulement lorsque nous introduirons, dans tous les rapports réciproques qui modèlent son visage oral, le moment du pardon si essentiel à l'Evangile. " (Dives in Misericordia 8)... Cela n'est pas facile mais - avec l'aide de l'Esprit Saint - cela est possible même sur le lieu de travail !

- En conclusion, BENIR ! "Le monde a besoin d'hommes au coeur grand, qui servent avec humilité et amour, qui bénissent et qui ne maudissent pas, qui conquièrent la terre par la bénédiction."

Thierry des Lauriers