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Numéro 228
Avril 2005 |
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SOMMAIRE
Actualité
La retraite fondamentale dans le monde d'aujourd'hui
Père Bernard PEYROUS
retraite fondamentale et nouvelle évangélisation
Père André DAIGNEAULT
Témoignages
Retraite fondamentale : Pourquoi ? Comment ?
Père Jacques BEAUDRY
Témoignages
La retraite fondamentale au sein d'une famille vivante
Foyer de La Flatière
Témoignage
Les caractéristiques de la retraite
Père Georges FINET
Témoignage
« Il ne faut pas rester au seuil de son âme
»
Marthe Robin
La retraite fondamentale est pour tous
Père Moïse NDIONE
De toutes nations
Au Foyer de Giheta, au Burundi
Au Foyer d'Alavanyo, au Ghana
La Journée missionnaire 2005
Programme des retraites Mai-Juillet 2005
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Retraite "fondamentale" Pourquoi ? Comment ? |
Père Jacques Beaudry, c.s.v.
Foyer de Port au Prince en Haïti
Notre Foyer de Charité a vécu sa première
retraite fondamentale du 23 au 29 avril 1973, si bien que la consécration
à Jésus par Marie des premiers retraitants a eu
lieu le samedi, 28 avril, jour anniversaire de l'« enciellement
» de saint Louis Marie Grignion de Montfort.
Depuis, j'ai eu le bonheur de prêcher plus de trois cents
retraites fondamentales. Comment traduire par des mots ce que
cela m'a donné l'occasion de vivre avec mon Foyer ?
D'abord, elle est vraiment « fondamentale » cette
retraite caractéristique des Foyers de Charité,
car elle relie entre elles de façon organique et vivante
toutes les vérités de la foi catholique. Elle est
un peu, pour notre temps, ce qu'était pour le Moyen-Âge
la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, mais présentée
sous forme de catéchèse à partir de la vie
courante pour former des laïcs ardents à faire le
bien et compétents pour le bien faire. Elle pose les «
fondements » de la foi et fait ainsi du Foyer « un
séminaire pour laïcs » désireux de vivre
leur baptême, même si on y accueille aussi prêtres
et religieux(ses).
Cette retraite fondamentale rassemble toutes les grandes vérités
de la foi comme autant de fleurs liées en gerbe par le
lien de l'amour. Elle les offre à contempler aux retraitants
de façon à les leur faire vivre et à leur
donner le goût et la force d'aller répandre partout
« la bonne odeur du Christ » qui s'en dégage.
Toutefois, si la retraite fondamentale est en chaque Foyer de
Charité la pierre de touche de son authenticité,
la façon de la présenter varie selon le coeur du
prêtre qui la donne ainsi que la culture et les besoins
de ceux à qui elle est donnée. Aussi, la retraite
que je prêche aujourd'hui n'est plus la même que celle
que je prêchais, il y a trente-deux ans. Je pense qu'elle
a gagné en profondeur, en simplicité et en paraboles
qui servent à exprimer ma foi en un Dieu perçu de
plus en plus tel que Jésus est venu le révéler.
C'est donc le coeur de ma foi et la foi de mon coeur, mais
aussi c'est aussi la foi de tout ce Foyer que nous formons.
Car la retraite fondamentale est prêchée par tout
le Foyer. Je dis souvent aux retraitants : « Il y a une
bouche qui parle (celle du père), mais il y a quinze coeurs
(selon le nombre des membres) qui passent dedans et s'expriment
par elle. » En effet, toute la prière et le travail,
les joies et les peines, offerts par amour par chacun(e) sont
ce qui donne à la prédication le souffle qui vivifie
les coeurs, les guérit et même les ressuscite. Et
cela devient contagieux et les retraitants deviennent aussi, dans
cette ambiance vivifiante, sources de grâces les uns pour
les autres de façon toute simple. Sans compter que la soif
des retraitants est elle-même source d'inspiration pour
celui qui prêche.
La retraite fondamentale vise à former des chrétiens
catholiques authentiques. Cette oeuvre d'éducation
consiste à faire découvrir d'abord « Qui est
Dieu » pour trouver ce qu'est l'Homme qu'Il a créé
à son image ressemblante et arriver à voir comment
bien user du pouvoir de choisir ce qui le rend vraiment libre,
ce qui lui permet de devenir vraiment ce qu'il est.
Cette Retraite commence donc par déchirer les masques
de Dieu. La principale raison de l'athéisme contemporain
est à chercher, je pense, dans ces caricatures de Dieu
dont la dominante consiste à tout centrer sur la puissance,
au lieu d'écouter Jean nous dire que « Dieu est Amour
» (1 Jn 4, 8.16) et que sa puissance
est toujours au service de son Amour. Quand, en regardant Jésus,
seule image sans tache du Dieu invisible, son Père, on
a perçu que Dieu est un Serviteur, un Sauveur, un Ami doux
et humble de coeur, un Travailleur constamment à l'oeuvre
en nous avec nous, un Amour Oblatif qui aime donner ce qu'Il a
de meilleur pour que ce qu'il y a de bon, de meilleur, dans l'autre
puisse s'épanouir. Quand nous voyons Dieu comme le Père
par excellence, uni à son Fils qui se fait notre Époux
d'éternité de la crèche à la croix,
et que nous les voyons tous deux unis dans l'Esprit Saint, leur
Étreinte d'amour éternel, pour ne former qu'un seul
et même Dieu, alors nous savons que, depuis notre baptême,
en devenant l'Épousé(e) du Christ, en faisant une
seule chair avec Lui, nous devenons comme Lui enfants de Dieu
en l'unique Fils du Père.
En découvrant le Coeur de Dieu, le chrétien découvre
aussi son propre coeur et sait comment user avec sagesse de
son pouvoir de choisir pour devenir libre, pour vivre le bonheur
d'aimer comme Dieu, ce bonheur si bien présenté
dans les « Béatitudes » dont le premier pas
consiste à avoir de la peine à cause de ce manque
d'amour en nous et dans le monde. De là, la soif qu'il
y en ait davantage pour arriver, à travers la douceur et
le pardon, à travailler au bonheur des autres et à
voir Dieu en tout. Alors, ayant trouvé le trésor
du Royaume de Dieu, on se fait pauvre, on se détache de
tout ce qui pourrait faire perdre ce trésor, au risque
d'être persécuté comme un fou qui compromet
les valeurs du monde.
Ainsi on voit que l'homme qui réussit sa vie est celui
qui n'est qu'amour, un amour toujours uni à la vérité,
car, comme le disait le Père Finet, l'amour sans la vérité
pourrit le coeur et la vérité sans l'amour le durcit.
Il trouve dans la prière la façon de vivre un amour
intime et constant avec Dieu. Dès lors, comme disait la
Bienheureuse Élisabeth de la Trinité, «
croire qu'un Être qui s'appelle l'Amour habite en nous à
tout instant du jour et de la nuit et qu'Il nous invite à
vivre en communion avec Lui, voilà ce qui a fait de ma
vie un ciel anticipé. » Cette parole que j'ai
lue à 23 ans, je la répète, dans toutes mes
retraites. A mon sens, c'est la vérité la plus fondamentale
de la retraite fondamentale. Elle exprime bien ce qu'est la sainteté
pour laquelle nous sommes créés et dont le curé
d'Ars parlait en termes équivalents : « Être
saint, c'est être présent à Dieu présent
dans l'instant présent. »
Cet amour de Dieu s'épanche dans l'amour du prochain sans
lequel rien n'a de valeur, sans lequel même l'amour de Dieu
est un mensonge. On perçoit alors le péché
comme « un rendez-vous d'amour manqué » . Et
la miséricorde de Dieu vient nous chercher dans le marécage
de nos péchés pour nous refaire plus beaux qu'avant
dans le sacrement de la Réconciliation. Là, Jésus
vient coller la blessure de son Coeur sacré sur les blessures
que le péché fait dans les nôtres et y répandre
le baume de son sang versé « pour la rémission
des péchés. »
Et maintenant qu'on a retrouvé sa fraîcheur baptismale,
on repense la façon de répondre à sa vocation,
de remplir sa mission sur terre. Et les laïcs comprennent
que leur tâche propre est de mettre en oeuvre « toutes
les possibilités chrétiennes et évangéliques
cachées mais déjà présentes et actives
dans les choses du monde » (Paul VI, Evangelii Nuntiandi,
70). Pour cela, ils doivent être de plus en plus «
imprégnés d'Evangile, responsables de ces réalités
(politiques, sociales, économiques, familiales) et clairement
engagés en elles, compétents pour les promouvoir
et conscients qu'il faut déployer leur pleine capacité
chrétienne souvent enfouie et asphyxiée »
(ibid.).
Un chrétien se sent donc responsable de l'ambiance des
divers milieux où il lui est donné de vivre. Il
sait donc y semer l'amour à travers tout ce qu'il fait
en redisant souvent ces cinq petits mots gentils : « Bonjour,
Compliments, S'il vous plaît, Merci et Pardon ».
En gardant les yeux fixés sur Jésus qui lui
crie son amour à travers son chemin de croix, il unit ses
souffrances à celles du Christ, sachant, comme dit Marthe,
que tout le monde souffre, mais que l'essentiel est de ne pas
souffrir pour rien. En contemplant le corps blessé du Christ,
le chrétien songe à l'Église, Corps du Christ
dont il est membre et qui est blessé aussi par le péché
qui cause toute la misère du monde. Il s'efforce d'aimer
l'Église comme le Christ l'a aimée et, par amour
pour elle, il « complète ce qui manque dans sa chair
à la passion du Christ » (Col 1,
24).
Dès lors, sachant que l'Eucharistie fait belle l'Église
qui fait bien l'Eucharistie, il s'attache à bien comprendre
pour le mieux vivre ce qui est Source et Sommet de toute la vie
chrétienne. Et, en sortant de l'église où
il vient de vivre un Rendez-vous d'amour ineffable, d'entendre
une Parole d'amour qui l'émerveille, de participer au Sacrifice
qui le sauve et de communier à Celui qui fait le bonheur
du Ciel, le chrétien sait que la Messe n'est pas finie,
comme on le dit encore trop souvent, mais qu'il doit la faire
descendre dans la rue en la célébrant sur l'autel
de son travail quotidien pour bâtir le monde et l'offrir
à son Père avec Jésus. Vivant ainsi son «
sacerdoce royal », il sent de plus en plus la nécessité
de refaire ses forces le plus souvent possible en communiant de
tout coeur au Corps et au Sang du Christ. Vivons-nous vraiment
nos Eucharisties jusque dans la rue et comprenons-nous vraiment
l'engagement de notre « Amen » en communiant, l'engagement
de devenir davantage le Corps du Christ pour que Jésus
puisse travailler à l'aise à travers nous ?
Enfin, tout ce renouvellement de notre vie baptismale est confié
à la Vierge Marie. Elle a prié pour nous tout
au long de la retraite vécue « au bain Marie ».
Goutte à goutte, elle a fait couler dans nos coeurs ce
qu'elle « conservait et méditait » dans le
sien. Avec ses yeux et son coeur de maman, elle nous a aidés
à contempler Jésus dans les mystères du Rosaire,
pendant que nous nous exposions, avec toutes nos maladies du corps
et de l'âme, au rayonnement du Soleil d'amour de l'Eucharistie,
elle est tout simplement maman, « La maman » (Jn 19, 26) qui nous pousse dans les bras et
sur le Coeur de Jésus en nous disant : « Quoi qu'il
vous dise, faites-le ! » Et comme Jésus nous a dit
: « Voici ta mère ! », nous la prenons comme
telle en nous consacrant à Jésus par elle. Elle
veillera bien à ce que nous ayons un air de famille; c'est
sa spécialité : « Faire des Jésus.
»
Quand vient l'heure de partir, chacun s'entend dire que, comme
la Messe, la Retraite n'est pas terminée, il faut aller
vivre notre mission apostolique, laisser Jésus continuer
son oeuvre de libération du monde à travers nous,
aller danser notre vie avec Jésus dans le grand «
bal de l'obéissance » à sa Volonté
d'amour en toutes circonstances
Voilà, en bref, le contenu d'une « Fondamentale »,
le « La » qui permet d'accorder nos violons à
la harpe du Coeur de Jésus. Les paroles reçues arrivent
à baigner les coeurs grâce au climat de silence habité
que s'emploient à faire régner tous les membres
du Foyer. Oui, en ce monde de bruit, le silence est une des grandes
grâces de la retraite avec celle de la prière qui
l'habite. Si, au sortir de la maison du Foyer, on a simplement
bien balayé son coeur (par une bonne confession) et bien
rangé ses idées (en prenant de bonnes notes), le
malin peut quand même revenir en force (cf.
Lc 11, 25-26), mais pas si tout notre être est consciemment
habité à tout instant par cet « Être
qui s'appelle l'Amour et qui nous invite à vivre en communion
avec Lui. »
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Parole du Père Finet |
Les caractéristiques de cette retraite
Extraits d'une conférence du Père Finet, tel qu'il s'adressait aux retraitants, en 1968 en début de retraite :
« Cette retraite a une note un peu spéciale,
en ce sens que nous vous y donnons une synthèse, et une
synthèse doctrinale. C'est moins des points d'oraison qu'on
vous demande de méditer dans la réflexion, mais
c'est davantage un enseignement que nous vous donnons dans les
Foyers de Charité. Car les Foyers de Charité sont
d'abord des Foyers de Lumière. Et notre vocation, à
la demande même du Seigneur pour tous nos Foyers de Charité,
c'est d'être d'abord des Foyers de Lumière, c'est-à-dire
des Foyers où l'on enseigne.
On enseigne d'une double manière : d'abord par le témoignage vivant d'une communauté chrétienne de laïcs (nous sommes ici 120). Et deuxièmement par l'enseignement qui y est donné par le père de la communauté à ceux qui viennent chercher un approfondissement du message du Christ, et cet enseignement se donne au cours de 21 conférences, et ces 21 conférences sont des conférences qui s'enchaînent les unes les autres, l'une appelle l'autre. Vous comprenez bien que si, par exemple, je vous dis dans une conférence qu'il vous faut prier au fond de votre chambre, dans le silence, la porte fermée, il faudra que vous attendiez la suivante où je vous dirai qu'il faut prier deux ou trois assemblés au Nom du Christ pour être exaucés par le Père. Vous saisissez : on marche sur les deux pieds. De temps en temps je marcherai sur le pied gauche, de temps en temps sur le pied droit. C'est pour cela qu'il faut bien penser que c'est sur l'ensemble que vous avez la force du message du Christ. Ce que nous faisons ainsi, voyez-vous, c'est extrêmement important, et c'est très important au moment où vous avez précisément à penser votre grande vocation, j'aurai l'occasion d'y revenir.
Mais malgré tout, dès le début de cette
conférence, je tiens à vous souligner votre vocation
qui vous est indiquée par le Concile. Et ça
c'est d'une gravité intense. Et vous savez ce que le Concile
vous a dit : c'est qu'en réalité, le Peuple de Dieu
- et vous êtes appelés le " Peuple de Dieu "
par le Concile - doit témoigner de la foi dont il est porteur.
Notez bien ce : " doit témoigner de la foi dont il
est porteur ". J'insisterai là-dessus dans la conférence
prochaine. Et j'ajoute tout de même, toujours dans la même
ligne, ce qui est encore extrêmement important : jusqu'à
présent on m'avait dit que l'Eglise, c'était l'ensemble
des fidèles, sous la direction des pasteurs légitimes.
Actuellement il y a un terme que le Concile d'une part, le Pape
Paul VI d'autre part, nous donnent : comment vous appelez-vous
? Hier, je m'appelais un " fidèle ", et aujourd'hui
vous devez vous appeler un " apôtre ". Voilà
peut-être une des principales révolutions du Concile.
Elle est là.
Et j'insiste sur ce point-là dans ce sens que " le
principe est posé " : je suis en train de citer
le discours de Paul VI aux membres de l'Apostolat des laïcs
(1967) :
« Le principe est posé, et c'est déjà
assez dire son importance dans le texte même de la Constitution
dogmatique sur l'Eglise : " Les laïcs, y lit-on,
réunis dans le Peuple de Dieu et organisés dans
l'unique Corps du Christ, sous une seule tête, sont appelés
quels qu'ils soient (notez bien le terme : quels qu'ils soient)
à coopérer comme des membres vivants au progrès
de l'Eglise et à sa sanctification permanente ".
Ces termes sont d'une force extraordinaire. Moi, je crois qu'il faudra à peu près un siècle pour que nous arrivions à en dégager la force. Mais dès maintenant nous devons déjà nous orienter dans ce sens. " A tous les laïcs, par conséquent, incombe la noble charge de travailler à ce que le Dessein divin de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes, de tous les temps, de toute la terre. " (Const. Lumen Gentium, n° 33).
Ah ! la vision est mondiale, et le pape continue : " l'Eglise reconnaît donc le laïc non seulement comme fidèle, mais comme apôtre ". Cette phrase-là domine toute notre retraite. Vous venez ici pour découvrir votre vocation d'apôtre et pour répondre à votre vocation d'apôtre. Vous savez, nous avons beaucoup plus que cela à faire seulement des " fidèles ". Ou bien alors, donnons au mot " fidèles ", si vous le voulez, son sens plein. C'est pour cela que vous venez ici, non seulement comme fidèles mais comme apôtres. Donc, l'Eglise reconnaît le laïc, non seulement comme fidèle, mais comme apôtre.
Reprise de l'allocution de Paul VI : « Et en ouvrant devant lui un champ presque illimité, [l'Eglise] adresse [au laïc] avec confiance l'invitation de la parabole évangélique : " Allez vous aussi travailler à ma vigne " (Mt 20,14). Ce travail sera multiple et diversifié. Le décret conciliaire sur l'apostolat des laïcs, après avoir à son tour posé fermement le principe que " la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation à l'apostolat ", (voilà encore une phrase à retenir), consacre deux chapitres entiers à détailler " les divers champs " et les " divers modes " de cet apostolat. » (Allocution de Paul VI au 3ème Congrès mondial pour l'Apostolat des laïcs, le 15 octobre 1967).
Donc, c'est bien posé, vous venez ici pour une session d'apôtres, c'est-à-dire que vous réalisez de plus en plus votre vocation à l'apostolat, pour être des apôtres. »
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La retraite fondamentale au sein d'une famille vivante |
Foyer de Charité de La Flatière
"La retraite fondamentale se déroule dans et avec une communauté qui accueille : le Père donne la Parole, la communauté vit et prie avec le Père et les retraitants, tout en rendant les services nécessaires."
"Je répandrai sur l'Oeuvre et sur chacun de ses membres des flots de lumière et de grâces ; j'y opérerai des prodiges étonnants et ma Très Sainte Mère y accomplira elle-même des merveilles éclatantes. (). Sa création sera le refuge des grandes détresses humaines qui viendront y puiser la consolation et l'espérance, et l'abri de ses murs le signe évident de ma volonté et l'appel émouvant de mon coeur aux pécheurs innombrables qui viendront de toute parts, attirés par ma Mère et par Moi, y chercher la lumière et la guérison de leurs maux dans mon amour divin." (Texte fondateur des Foyers)
La prédication des retraites en Foyer de Charité est une Oeuvre voulue par Dieu. Elle se réalise au coeur d'une communauté formée par un Prêtre et des personnes laïques engagées.
L'accueil
Nous sommes les membres qui nous sentons partie prenante de la mission du Foyer qui consiste à se mettre au service de la Parole. De ce fait, l'accueil est primordial. Les retraitants sont envoyés par le Seigneur : en les accueillant, nous accueillons Celui qui les envoie. Ils sont véritablement pris en charge dans la prière de la communauté dès avant leur arrivée, pendant leur séjour et après leur départ. Ils le perçoivent et volontiers se confient à notre intercession.
Il semble que le premier contact avec les retraitants leur permet d'ouvrir déjà leur coeur et d'être réceptifs à ce qui va leur être proposé. En les conduisant à leur chambre, souvent, nous recevons des confidences qui nous aident à les porter tout particulièrement dans notre prière. Nous percevons alors leurs besoins, leurs attentes, leurs soucis et nous sommes appelés à exercer une patience discrète, respectueuse et délicate envers chacun. Les coeurs les plus blessés ont la faveur d'attentions plus compatissantes.
Notre accueil n'est pas la spécialité de l'un ou l'autre membre, mais se réalise dans toutes les branches d'activités : bien sûr au service de l'écoute et de l'accompagnement spirituel, à l'accueil où chacun n'hésite pas à venir se réfugier, l'infirmière excelle dans ses soins et sa seule présence est déjà un réconfort, le secrétariat est un lieu très sympathique pour résoudre différents problèmes. Puis il y a la sacristie, le service des salles à manger, l'épluchage, la librairie Le courrier tient aussi une place importante dans notre accueil.
Les retraitants sont également très sensibles à la beauté. Le cadre extérieur leur révèle la magnificence de Dieu et nous veillons à garder un climat de simplicité : le décor, la chaleur à l'intérieur les touchent profondément et font qu'ils se sentent comme en famille.
La communauté
Nous sommes une communauté qui cherche à donner
un témoignage visible de sa cohérence et de son
unité. "Notre vraie mission dans la volonté
du Seigneur est de porter témoignage au cours de nos retraites,
avec l'appui efficace de nos communautés." (P.
Finet 1979)
Les retraitants nous voient prier ensemble entre nous et avec
eux. Ainsi, notre présence aux différents moments
liturgiques les touche beaucoup et ils ne manquent pas de le souligner
lors de la veillée de partage le samedi soir. La prière
du chapelet est une opportunité pour nous, à cette
occasion, de tenter de faire une éducation de la prière
commune en veillant à garder le même rythme.
Le port d'un badge personnalisé permet aux retraitants de nous repérer et de nous adresser une requête ou de nous glisser une confidence sans perturber l'ambiance de silence.
Une vie de famille
Nous nous rappelons que nous avons à mener une vie de
famille, à l'exemple de la Sainte Trinité, chacun
restant lui-même et demeurant à sa place. Nous cherchons
à avoir une vie relationnelle dans le respect mutuel. Si
notre vie est forcément organisée, notre style de
vie s'effectue avec une adhésion libre du coeur. Les membres
de la Communauté et le(s) prêtre(s) sont complémentaires
et nous vivons pour accomplir notre mission ensemble.
"Le Foyer de Charité est en premier lieu une communauté
vivante, fidèle dans l'efficacité de sa prière
et active dans son travail, qui se groupe autour de la paternité
de Dieu, dont le sacerdoce d'un prêtre, le Père,
lui apporte sans cesse le vivant témoignage. Ainsi chaque
Foyer de Lumière, d'Amour, de Charité, réalise
dans sa vie la grande consigne de Jésus au chap. 17 de
St Jean : je ne prie pas pour le monde Je ne prie pas pour eux
seulement, mais pour ceux-là aussi qui, grâce à
leur parole, croiront en moi. Que tous soient UNqu'eux aussi soient
un en nous, afin que le monde croie." (P. Finet 1970)
C'est ainsi que les retraitants touchent à la Paternité
de Dieu au sein d'une famille vivante qui veut répondre
à la consigne de Jésus : "qu'ils soient un".
"La communauté est strictement l'oeuvre de Dieu
qui choisit les membres de la communauté par des appels
personnels, qui ne correspondent pas forcément à
une facilité humaine d'unité. () Une communauté
se bâtit dans la foi, et la route de la foi passe toujours
par la Croix. (P. Finet 1970)
Nous pouvons mettre aussi les dons de chacun à contribution
et c'est une véritable richesse dans laquelle nous ne cessons
de puiser et de nous émerveiller L'Esprit Saint qui a la
passion de l'unité rassemble souvent nos diversités
pour amener à la communion.
Communion des deux sacerdoces
Pendant toute sa prédication, le Seigneur était
entouré et soutenu par la présence de ses apôtres
et de Marie. Nous demeurons dans cette ligne en accompagnant la
prédication par notre prière et l'offrande de notre
travail.
Le Seigneur disait à Marthe : Ttu ne feras rien sans lui
(le Père Finet) et lui ne fera rien sans toi. Nous recevons
cette parole comme un appel pressant à vivre une communion
forte et vitale entre le père et les membres. Il faut être
vigilant à ce que les relations entre prédicateur,
aides-prédicateur et communauté soient toujours
empreintes d'une communion entre tous. C'est un don de Dieu que
nous accueillons avec réalisme et reconnaissance.
Nous communions concrètement et sensiblement au sacerdoce du prêtre lors d'une veillée de prière fraternelle avec les icônes : les retraitants viennent confier ce qu'ils portent dans le coeur et qui, souvent, les entrave. Puis ils accueillent Marie qui les ouvre à l'oeuvre de l'Esprit Saint en eux pour devenir encore plus de véritables témoins, là où ils sont, en s'enracinant dans la grâce de leur baptême.
L'Unité
"L'Unité autour de la paternité : cela
restera notre vocation, toujours. " (P. Finet le 21 /
1 / 69)
Nous avons souci de mettre en pratique la Parole qui est prêchée,
et cela, tous ensemble. Notre mission (ou service) est alimentée,
animée par un même désir, une même prière.
Tout notre travail est teinté par cette orientation. De
ce fait, nous nous retrouvons à différents moments
de la journée pour nous remettre ensemble dans le Seigneur
et retrouver notre harmonie, notre unité qui se construit
jour après jour.
Nous essayons de relativiser les tensions ou les contrariétés
inhérentes à la vie communautaire et au poids du
combat (parfois lourd) que mènent les retraitants.
La communion "Père-membres-retraitants" est
également favorisée par la participation à
l'animation de la liturgie et des temps de prière pour
les retraitants, car naturellement, nous portons le souci de l'unité
entre la prédication et l'animation.
Des temps de formation et d'informations aident à mettre
du liant dans nos relations.
L'Eucharistie
Le Père Finet nous disait que "notre unité
se construit autour de l'Autel."
L'Eucharistie est le fondement, le coeur de notre Communauté,
de notre vie. Cette grâce est ressentie très profondément
par les retraitants. "Tu nous as choisis pour servir en
ta présence." C'est le lieu de l'offrande de notre
travail, le lieu de la construction de notre unité. Ensemble,
dans le Corps du Christ, nous devenons "pain rompu pour un
monde nouveau". Le P. Jean-François n'a cure de nous
redire : "soyons un bon pain rompu pour la vie du monde."
De plus en plus, nous avons à tendre à être
des hosties vivantes pour le salut du monde.
Nous nous unissons à la prière de Marthe qui, le 7 octobre 1931, demandait au Père Faure : "et vous, mon père au saint autel, chaque matin offrez, je vous prie, la toute petite hostie que je suis à la grande et divine Hostie pour les âmes, afin qu'avec Jésus, mais par Jésus et en dépendance très étroite avec Jésus, Dieu puisse tirer de sa petite hostie toute la louange et la gloire qu'il en attend et pour les âmes toutes les grâces dont elles ont besoin."
Notre consécration
Notre consécration journalière, personnelle et
communautaire, à Jésus par Marie, nous aide à
nous laisser renouveler profondément par l'Esprit Saint
pour être unis fraternellement dans cette famille que nous
formons. C'est chaque jour que nous avons à redire notre
"oui".
Il nous a toujours paru important d'entretenir notre fidélité
aux charismes de chacun tout en restant dans le prolongement de
la pensée et de l'offrande de Marthe. Dans cette option,
nous veillons à maintenir une grande ouverture aux besoins
de l'Eglise afin d'évoluer avec elle. Marthe disait à
l'une d'entre nous : "il faut chanter, il ne faut pas
être ratatinée"
Elle voulait être sauveur avec Jésus Sauveur :
"avec mes douleurs, mes larmes, faites de l'amour, sauvez-nous
tousJésus ! je vous aime Sauvez une âme. Jésus
Sauveur, faites-moi sauveur avec Vous. () O Divin Prisonnier d'Amour,
cachez-moi en Vous comme une petite Hostie perdue dans l'abîme
de votre Coeur de flammes et de lumière." (le
19 octobre 1930).
Au cours d'une visite de la communauté chez Marthe, pour
la consulter au sujet de la matière des calices, au moment
de la quitter, elle dit à l'une d'entre nous : "ils
n'ont rien compris, c'est eux les calices" Nous n'aurons
jamais fini de découvrir ce Grand Mystère d'amour
!
Conclusion
Honnêtement, nous nous sentons bien petits et nous avons
à nous encourager pour ne pas tomber dans la tiédeur.
"Reviens vite à ta ferveur première" (Ap 2, 4) et chaque matin est accueilli comme
un jour nouveau. Certaines vies dans la communauté sont
des exemples vivants et l'arrivée de jeunes vocations nous
invite à nous ressaisir.
Chacun de nous est appelé à poser des actes responsables
avec l'attention à chacun et pour le service harmonieux
de l'ensemble : "don de soi à chacun et à
tous dans un don total à Dieu".
Il nous semble bon de terminer avec ce poème de Léon Chancerel :
"O vous tous, gens de la terre qui cheminez si douloureusement,
ayez d'abord la Charité,
aimez-vous les
uns les autres,
consolez-vous les unsles autres,
soutenez-vous les uns les autres (...)
Et
que, par la vertu de la croix acceptée,
par
la Parole et par le Sang de Jésus-Christ,
la
terre enfin soit délivrée du mal."
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Témoignages |
Bien des choses ont changé au fond de moi
Je cherchais depuis longtemps à vivre un temps de silence afin de prendre des distances avec la société et surtout afin de me mettre à l'écoute de Dieu. C'est dans cet état d'esprit que j'ai choisi de suivre une retraite fondamentale sur le thème de : "Dieu est Amour".
J'avoue que les deux premiers jours ont été les
plus difficiles car j'avais mis dans mes bagages : mes soucis
et mes difficultés. Ces premiers jours ont été
comparables à un temps de purification afin de me recentrer
sur le Seigneur plutôt que sur mes problèmes. D'ailleurs,
cela c'est soldé par une bonne confession.
A ce moment-là, ayant pris conscience qu'il valait mieux
s'en remettre à Dieu plutôt qu'à soi même,
j'ai osé lui ouvrir mon coeur afin qu'il le remplisse de
ses bienfaits.
Voilà plusieurs jours que la retraite est terminée et j'ai la joie de constater que, grâce à Dieu, bien des choses ont changé au fond de moi. Aussi, je rends grâce pour tout ce que vous faites et pour le silence que vous entretenez afin que chaque retraitant s'ouvre à Dieu.
Bonne continuation
Julien
Un grand passage de Dieu dans ma vie
Je m'appelle Natalia, j'ai 31 ans, je suis mariée avec
bonheur avec Miguel depuis un an et 4 mois, et nous attendons
un bébé : je suis enceinte depuis à peine
3 mois.
En Janvier de cette année 2005, j'ai fait pour la première
fois une retraite fondamentale au Foyer de Medrano, en Argentine.
Ce n'était pas la première fois que j'allais faire
une retraite au Foyer puisque, depuis l'âge de 16 ans, j'ai
suivi plusieurs retraites de fin de semaine, ainsi que des récollections
auxquelles j'assistais avec mon fiancé (récollections
pour fiancés). Au début de cette année, Dieu
m'a fait la grâce de faire une retraite fondamentale ; peut-être
parce que cette année va être une grande année,
pour moi.
Cette retraite a été pour moi un « Kairos
», un événement de Salut, un grand passage
de Dieu dans ma vie, une profonde rencontre avec Lui. Le
Seigneur m'a fait souvenir, pendant ces jours, des petits et grands
Kairos qui se sont succédés dans ma vie. Avec douceur,
Il les a amenés dans ma mémoire, comme s'Il me les
reconfirmait, parce qu'Il est fidèle en sa Parole, en ce
qu'Il veut, en ce qu'Il me demande. C'est comme s'Il avait voulu
renouveler avec moi son Alliance d'Amour.
J'ai beaucoup goûté le silence, comme chaque fois
que je suis venue au Foyer. Le silence a été un
"lieu" de rencontre, de dialogue avec mon Dieu, mon
Créateur, et avec moi-même, avec ce qu'il y a de
plus profond dans mon coeur. Je sens que j'ai renouvelé
ma foi. J'ai retrouvé tant de choses que j'avais apprises
en catéchèse quand j'étais catéchumène,
puis catéchiste. Et j'ai appris de nouvelles choses, aussi
profondes et belles que celles que je savais déjà.
Plus qu'apprendre dans le sens intellectuel, j'ai pu, en réalité,
contempler les mystères de Dieu, que Lui-même me
permet peu à peu de voir, ou qu'Il me révèle
peu à peu selon mes limites, ma petitesse et ma maturité.
J'ai pu renouveler et approfondir ma foi en la Sainte Eucharistie. Que de rencontres si profondes et délicieuses ai-je eues avec mon Jésus consacré ! J'ai fait l'expérience de la joie de revenir à la maison du Père dans la confession. Quelle paix profonde après la confession ! Cette paix ne se trouve nulle part dans le monde, c'est impossible !
J'ai toujours eu une dévotion pour la Vierge Marie, mais elle n'était pas profonde, elle n'était pas du coeur. Dans cette retraite, j'ai pu comprendre beaucoup mieux cette Femme si merveilleuse, et sa mission ; j'ai fini par l'aimer beaucoup plus et par lui consacrer ma vie (et, par elle, à son Fils), mais je l'ai fait de coeur, avec un esprit de dévotion vraie. Et, depuis, je continue de le faire.
Mon amour et mon admiration pour le mystère de l'Eglise du Seigneur Jésus a grandi. Je L'aime tant, Lui, que je ne peux qu'aimer son Corps, l'Eglise. Quel grand cadeau Dieu nous a-t-Il fait en son Eglise, tant de grâces reçues par Elle ! En moi apparaît tout à coup un sentiment de profond amour, d'admiration, d'appartenance, et de désirs de servir Dieu en Elle.
J'ai pu me rendre compte, dans cette retraite, combien il est délicieux de prier avec la Parole de Dieu. Je L'ai rencontré aussi à travers sa Parole, et j'ai pu continuer de le faire après la retraite.
Enfin, j'aimerais ajouter que le Seigneur m'a confirmée dans mes vocations et m'a orientée, m'a donné des pistes, pour les vivre à partir de mon état de vie : ma vocation au mariage, à la maternité, à la mission (comme service dans son Eglise) et à la sainteté.
Natalia