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Numéro 233
Février 2006 |
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SOMMAIRE
Actualité :
70e anniversaire du Foyer de Charité de Châteauneuf
Souffle imprévisible
Françoise DEGAUD
10 février
1936 : Quelle aventure !
Père Georges FINET
10 février 2006 : « Feu de Pentecôte »
6 février
2006 : Marthe et l'encyclique "Dieu est Amour"
Mgr
Didier-Léon Marchand
Dossier : Présence de Marie dans nos vies
Marie « met sa marque »
Père Jean-Claude COUSSEAU
Témoignages :
C'est Marie qui m'a guidé
J'ai pris le risque de tout Lui confier
Vivre avec Marie et Joseph
La Vierge Marie
dans le plan de Dieu
Père Amand KANA
De toutes nations
Au
Foyer de Port au Prince, en Haïti
Au Foyer
de Cao Thai, au Vietnam
Les Foyers de Charité
présents dans l'Eglise
Rome : 3 et 4 juin 2006
Châteauneuf : 11 juin 2006
Programme des Retraites : Mars - Avril
- Mai 2006
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Marthe et l'encyclique "Dieu est Amour" |
Conférence de
Mgr Didier-Léon Marchand,
Evêque émérite de Valence,
le 6 février 2006, Foyer de Châteauneuf
Comme ancien évêque de Valence, je voudrais commencer en rappelant qu'il y a 25 ans, aujourd'hui même, alors que j'étais évêque depuis 3 ans, j'ai été appelé par le Père Finet vers 7 h du soir, il me demandait de venir. J'arrivais d'une tournée pastorale, et je suis venu de suite : c'était pour accompagner Marthe qui venait de mourir. Et c'est là que j'ai cité la phrase : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit », phrase qui a été reprise partout par la suite.
6 février : 25° anniversaire
de la mort de Marthe ou plutôt
anniversaire de son entrée dans la vie et dans la joie
totale de Dieu. La mort est bien ce passage vers la Vie, la vie
même de Dieu, et vers la Joie, cette joie pour laquelle
Jésus a prié son Père pour qu'elle soit dans
chaque disciple : « afin qu'ils aient en eux-mêmes
ma joie complète » (Jn XVII.13). C'est la joie de
Jésus, cette joie qui passe par la Croix. Marthe suit Jésus
en prenant sa Croix et en accueillant sa joie. « La joie,
écrivait Marthe, c'est déjà l'aurore de
la moisson que récolteront tous les coeurs fidèles
à Dieu. Elle est souvent le fruit d'une longue patience,
le rayon divin que Dieu projette dans une âme qui lui appartient,
qui ne lui refuse rien et sait être son amie. On ne peut
se donner la joie, mais on peut toujours se tenir dans la paix
». La joie naît donc de l'amitié avec Jésus.
Elle demande la patience et la paix.
Cette joie, Marthe l'a expérimentée pendant sa vie
terrestre. Elle en jouit pleinement aujourd'hui. C'est dans cet
esprit que nous rappelons sa mort en ce 6 février, comme
un anniversaire de joie. C'est l'anniversaire d'un amour total
entre Marthe et son Seigneur. Mais il faut nous rappeler qu'il
n'y a pas d'autres véritables joies que celle de l'amour.
La joie de Marthe, c'est la joie de l'Amour.
L'encyclique : « Dieu est Amour »
C'est pourquoi, je voudrais, dans cet entretien, à l'occasion de l'anniversaire de l'entrée au ciel de Marthe, m'arrêter sur la merveilleuse encyclique de notre Pape Benoît XVI qu'il a intitulé : « Dieu est Amour ». Peut-être avez-vous déjà lu cette lettre que le Pape nous adresse à tous et à chacun. Il destine cette lettre, écrit-il, « aux évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées, et tous les fidèles laïcs ». Lorsque nous recevons une lettre de quelqu'un, nous prenons le temps de la lire et parfois de la méditer. C'est ce que j'essaie de faire avec vous au sujet de l'encyclique : « Dieu est Amour ». Alors laissons l'Esprit Saint ouvrir notre coeur et notre intelligence pour accueillir cette parole du Pape. En même temps, regardons comment notre petite soeur Marthe a vécu avec ce Dieu d'amour. Nous nous arrêterons sur quelques points où la vie de Marthe rejoint par avance, ce qui nous est rappelé dans cette lettre.
Ce message sur Dieu amour, pourrait paraître anodin, car certains pensent que nous savons tout sur Dieu Amour. Et pourtant ! Croyez-vous que nous ayons tous une idée juste de Dieu ? Certains le voient comme un justicier, un puissant qui fait ce qu'il veut avec nous, etc. C'est pourquoi il y a une grande actualité pour les hommes spécialement de ce temps où, comme le dit Benoît XVI « on associe violence et vengeance au nom de Dieu » et où le mot amour est souvent sinon galvaudé, au moins pris dans toutes sortes de sens. Il est vrai que d'autres langues que la nôtre n'emploient pas le mot aimer pour dire à la fois, comme chez nous, j'aime la confiture et j'aime mon mari, ou j'aime Dieu.
L'Amour de Dieu
Benoît XVI veut nous aider à comprendre ce qu'est l'amour. Il veut nous redire aussi que l'amour de Dieu est une question fondamentale pour « la vie et pose des interrogations décisives sur qui est Dieu ». En effet, si nous ne savons pas ce qu'est l'Amour, comment pouvons-nous connaître Dieu qui est Amour ? Benoît XVI qui ne veut pas apparaître un théoricien, nous déclare alors que « l'amour entre un homme et une femme est l'archétype de l'Amour par excellence ». ( archétype = original ou modèle) C'est dans le don entre époux que nous voyons poindre la réalité du véritable amour. Cet amour entre époux est en quelque sorte icône de l'Amour de Dieu. Le Pape développe longuement en mettant en complémentarité deux réalités amoureuses exprimées par deux mots grecs : eros et agapè Je retiens une phrase du Pape qui nous aide à comprendre qu'il ne faut pas réduire l'eros au corps et l'agapè à l'esprit. Il écrit : « L'homme devient vraiment lui-même quand le corps et l'âme se retrouvent dans une profonde unité. Ce ne sont ni seulement l'esprit ou le corps qui aime : c'est l'homme, la personne qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l'âme » (N°5)
En s'incarnant corps et âme, par amour, Jésus a voulu prendre toute cette réalité humaine et donner à l'amour humain une destinée divine. Il a vécu l'Amour dans son corps d'homme, et c'était l'Amour de Dieu. Il n'a rejeté ni l'eros, ni l'agapè, mais il a voulu que l'eros soit purifié et enrichi par l'agapè. C'est donc la créature sens et esprit, corps et âme qui aime et peut connaître l'Amour de Dieu.
L'Amour chez Marthe
Marthe a aimé jusqu'à mourir. Elle a aimé son Seigneur avec son corps offert. Vous connaissez sûrement son acte d'abandon qu'elle a fait en 1925. Je vous en cite quelques passages qui nous montrent l'Amour qui habitait Marthe.
«Seigneur mon Dieu . En ce
jour je me remets à vous sans réserve et sans retour.
O le bien-aimé de mon âme ! C'est vous seul que je
veux et pour votre Amour, je renonce à tout.
« O Dieu d'Amour : Prenez ma mémoire et tous ses
souvenirs ; prenez mon intelligence et faites qu'elle ne serve
qu'à votre plus grande gloire ; prenez ma volonté
tout entière, c'est à jamais que je l'anéantis
dans la vôtre : non plus ce que je veux, mais toujours ce
que vous voulez ; recevez la, guidez-la, sanctifiez-la, dirigez-la
: à Vous je l'abandonne.
O Dieu de toute bonté, prenez mon corps et tous ses sens,
mon esprit et toutes ses facultés, mon coeur et toutes
ses affections
O Jésus prenez tout mon petit coeur, il demande et soupire
de n'être qu'à vous seul. Gardez-le toujours dans
vos puissantes mains afin qu'il ne se livre et ne s'épanche
dans aucune créature.
Seigneur, prenez et sanctifiez toutes mes paroles, toutes mes
actions, tous mes désirs
J'accepte avec amour tout ce qui me vient de vous : peine, douleur,
joie, consolation, sécheresse, abandon, délaissement,
mépris, humiliation, travail, souffrance
Je vous prie d'accepter toute mon offrande
Si je devais être un jour infidèle à votre
souveraine volonté sur moi, et si je devais reculer devant
la souffrance et la Croix et déserter votre chemin d'Amour,
oh, je vous en supplie et vous en conjure, faites-moi la grâce
de mourir à l'instant ».
Comme nous pouvons le constater dans cet acte d'abandon, l'Amour de Marthe était concret ; elle vivait cet amour avec son corps offert et son âme. C'est toute sa personne, marquée par la maladie et la souffrance, qui se livrait. Elle participait à la Passion du Christ. Elle aimait avec le Christ. Plus elle aimait et plus elle était avec Dieu. « Plus je m'enfonce dans l'Amour, plus je vis près de Dieu » disait-elle en 1930.
A l'Eucharistie, nous nous faisons offrande avec le Christ qui se livre et s'offre : « Que l'Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire ». A chaque Messe nous demandons à l'Esprit Saint de faire de nous une offrande qui soit remise entre les mains du Père avec celle de son Fils Jésus. C'est ce que Marthe avait bien compris en s'abandonnant et en s'offrant. En ce jour où nous sommes venus auprès d'elle, refaisons ou faisons cette offrande de nous-même. Ainsi nous serons dans l'Amour et nous nous laisserons aimer par Dieu qui est Amour.
L'Amour compassion
Benoît XVI parle de « l'Amour
passionné de Dieu pour l'homme, pour son peuple ».
Un amour où le mystère de la Croix apparaît.
Marthe, en se donnant totalement à son Seigneur, a vécu
une vraie compassion avec le Christ sur la Croix. Elle
a répondu à Jésus qui lui demande : Veux-tu
être comme moi ? C'est devenu sa vocation : être comme
Jésus dans sa Passion, et cela pour participer à
l'oeuvre rédemptrice de Dieu par son Fils Jésus.
Etre comme Jésus dans un Amour sans limite pour son Seigneur
et pour les autres. La Croix apparaît alors pour Marthe,
ce qu'elle a été pour Jésus : le sommet
de l'Amour.
Les croix, liées souvent à quelques renoncements,
à quelques souffrances ou à quelques événements
de nos vies peuvent être aussi des sommets dans notre Amour.
Cela peut se produire dans la paix ou la souffrance. Je ne veux
pas dire par là qu'il faut chercher la souffrance pour
elle-même. Mais lorsque la souffrance se présente,
physique ou morale, il faut lui trouver un sens, sinon c'est le
désespoir. Nous savons que tout ce qui nous arrive est
porteur de sens, car Dieu accompagne tout ce qui fait notre vie.
Comme Marthe il faut ajouter à la Passion du Christ, nos
petites passions. Il faut s'offrir. Marthe n'a jamais glorifié
la souffrance, mais elle l'a prise et en a fait quelque chose
de grand. Marthe à la suite de Jésus trace un chemin
de vie à travers tout ce qui lui arrive : joie ou souffrance,
angoisse ou espérance. L'Amour transfigure tout.
Amour et contemplation
Le chrétien, le disciple de Jésus, doit être un passionné d'Amour en toutes choses. Marthe en témoigne avec la force de Dieu qui se manifestait dans sa petitesse, sa faiblesse, son humilité. Elle a fait de sa vie un « je t'aime ». Et son Amour pour Celui qui est l'Amour, notre Dieu, l'a conduite à l'Amour des autres. C'est parce que Marthe a contemplé le Christ dans sa Passion, dans son Amour jusqu'au bout qu'elle a aimé les autres avec la même passion.
L'Amour qui naît ou qui se transforme en contemplation est souligné par notre Pape. Il cite le Cantique des Cantiques pour nous conduire encore plus loin dans cette rencontre de notre Dieu qui est Amour. Dans ce livre biblique, il s'agit de chants d'amour entre un homme et une femme. Ces chants « décrivent en définitive la relation de Dieu avec l'homme et la relation de l'homme avec Dieu ». Ainsi l'Amour de Dieu pour nous crée une unification de l'homme avec Dieu. Et dès lors la façon dont Dieu aime devient notre manière d'aimer. Autrement dit, si nous entrons pleinement dans l'Amour dont Dieu nous aime, nous trouvons là tout ce qui peut nous permettre d'aimer vraiment les autres. C'est ainsi que Marthe a puisé dans la contemplation de l'Amour du Seigneur, à travers sa Passion, la force d'aimer sans mesure les autres. Et les autres étaient nombreux pour Marthe. Depuis sa famille humaine, sa famille spirituelle qui s'est constituée autour d'elle et du Père Finet, les Foyers de Charité à travers le monde et jusqu'aux milliers de visiteurs qu'elle accueillait toujours avec une immense disponibilité.
L'accueil de Marthe
Les visiteurs de Marthe ont été
innombrables. Sur son petit divan, toute recroquevillée
par son handicap et sa souffrance, Marthe passait des heures à
recevoir, à écouter, à encourager. Elle le
faisait avec une attention extrême. A ce moment, le visiteur
était tout pour elle. C'est pourquoi ses interventions
ou parfois ses réponses étaient précises.
Beaucoup de témoignages ont été donnés
sur Marthe accueillant ceux et celles qui venaient chez elle.
Quelqu'un dit : « Quand on ne l'avait vue qu'une fois, ce
qui était mon cas, on avait l'impression qu'elle vous connaissait
comme une maman ». Une fondatrice de communauté nouvelle
témoigne : « Elle ne m'a rien dit d'extraordinaire,
mais nous avons parlé sans arrêt de l'Amour du Seigneur
». Et lorsque des difficultés surgissaient dans cette
communauté nouvelle, elles étaient confiées
à Marthe. Elle reçoit des personnes toutes simples
et des personnalités : une vice-présidente du Sénat,
un scientifique athée, une mère de famille, un jeune
qui cherche Dieu, des militants chrétiens, parfois des
anonymes ou des cardinaux et je pourrais continuer une liste qui
montrerait que d'innombrables personnes sont venues. De ce fait,
Marthe connaissait beaucoup de choses des hommes de ce temps.
Elle n'était pas enfermée dans ses idées.
C'était une mystique, oui, mais avec les deux pieds sur
terre, ou plutôt avec son corps handicapé et souffrant
dans son petit canapé, bien vivante et très ouverte
à Dieu et aux autres.
Il faut remarquer ici son accueil pour les retraitants. On peut
imaginer l'attention qu'il lui fallait pour recevoir 10, 20 ou
plus de retraitants dans une journée. Il ne faut pas oublier
aussi le courrier auquel elle répondait. Souvent cela conduisait
ses interlocuteurs à découvrir une orientation pour
leur vie. Au moment où j'ai ouvert l'enquête en vue
de la béatification, j'ai reçu plus de trente témoignages
me disant : j'ai trouvé ma vocation de prêtre dans
la chambre de Marthe.
Les Foyers de Charité, fruits de l'Amour.
Dans la contemplation du Christ aimant
jusqu'à la Croix, Marthe s'est laissé guider par
l'Esprit Saint. Les Foyers de Charité sont les fruits de
cette contemplation d'Amour.
Les Foyers de Charité. Marthe portait dans son coeur
ce qui lui avait été révélé
par Jésus : faire les Foyers, ces communautés de
baptisés, hommes et femmes, qui mettraient tout en commun,
comme les premiers chrétiens. Ecoutons Marthe révélant
ce qu'elle avait reçu du Seigneur : « C'est alors
que (Jésus) me parla de l'Oeuvre splendide qu'il voulait
réaliser ici à la Gloire du Père, pour l'extension
de son Règne dans toute l'Eglise et pour la régénération
du monde tout entier, par l'enseignement religieux qui y serait
donné et dont l'action surnaturelle et divine s'étendrait
dans tout l'univers » La mission de Marthe était
de faire aimer le Seigneur. La mission des Foyers est de même
: « De mon Dieu, je suis le calice : ma mission est de
Le faire aimer en débordant d'amour ; il faut donc que
je saisisse toutes les occasions pour répandre lumière
et vérité ». (8/10/30) Laissant parler
le Seigneur par sa bouche, Marthe dit : « Je veux que
tous les membres de l'Oeuvre soient des saints, qu'ils rayonnent
par l'exemple d'une vie profondément surnaturelle, par
l'exercice incessant de la charité, leur dévouement
à toute épreuve et enfin par le don de soi à
chacun et à tous dans un don total à Dieu ».
C'est donc un amour concret qui est demandé à
chaque membre des Foyers et à chaque communauté.
Un peu plus loin, Marthe continue d'exprimer ce que le Seigneur
a mis dans son coeur : « Je veux que cette Oeuvre soit
un Foyer éclatant de Lumière, de Charité
et d'Amour », et pour tout dire, « l'oasis
vivifiante aux âmes de bonne volonté, aux âmes
anxieuses et découragées, aux pécheurs endurcis
et sceptiques », et finalement, « la Maison
de mon Coeur ouvert à tous »
On pourrait dire que les Foyers doivent être des maisons
du Dieu Amour.
Les statuts des Foyers, reconnus officiellement par l'Eglise,
en parlent comme d'une « vie de famille », une «
vie consacrée à Jésus par Marie »,
une vie « de prière et d'offrande », une vie
«de travail », une vie « de partage et de communion
fraternelle », une vie « de famille accueillante à
tous dans sa simplicité ». N'est-ce pas là
un beau programme pour une vie de communauté ecclésiale
?
Le Père Finet parlant des Foyers disait : « Nous
avons dans les Foyers à vivre le silence de la Sainte Vierge.
La vocation des Foyers de Charité, c'est d'appeler le Saint-Esprit
sur le monde.. » (1973). En 1976, le même P. Finet
disait : « Ne demandons pas du merveilleux, ce n'est pas
ce que le Seigneur a demandé pour les Foyers. La vocation
de Marthe est de prier et souffrir et non pas d'émerveiller
».
L'exercice de l'Amour dans l'encyclique
Nous venons de parler des fruits de l'Amour chez Marthe. Benoît XVI parle de la charité comme tâche d'Eglise. Cela se rejoint, les fruits ou une tâche pour l'Eglise, voilà deux manières de dire l'Amour concret. Notre Pape rappelle les premières communautés chrétiennes où tout était mis en commun : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Actes II. 42) La différence entre riches et pauvres n'existait plus : « La multitude des croyants n'avait qu'un coeur et qu'une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Actes IV.32-37). Notre Pape dit alors que « l'Eglise ne peut négliger le service de la charité, pas plus que les sacrements et l'annonce de l'Evangile » (N°22) Cela fait tout un. On mesure un peu mieux la place de la charité, dont on avait souvent fait un à-côté, qu'on appelait avec un certain dédain : les bonnes oeuvres. On en arrivait à dire que les pauvres n'avaient pas besoin de charité, mais de justice. C'est vrai qu'il faut une justice sociale et l'Eglise sur ce point n'est pas en retard. Il suffit de repenser aux nombreuses prises de position des Papes, depuis Léon XIII avec « Rerum Novarum », en passant par Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II jusqu'à Benoît XVI dans cette encyclique où il rappelle aux politiques leur devoir pour établir un ordre juste dans la société. Mais ajoute-t-il « l'Amour sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Celui qui veut s'affranchir de l'amour, s'affranchit de l'homme ». Si bien que le Pape peut affirmer que « le devoir d'agir pour un ordre juste dans la société est le propre des fidèles laïcs et les organisations caritatives de l'Eglise sont son oeuvre propre » (N°29) Puis Benoît XVI définit le profil spécifique de l'activité caritative de l'Eglise au N° 31
L'importance de la prière.
L'action concrète demeure insuffisante si, en elle, l'amour pour l'homme n'est pas perceptible, cet amour dit encore le Pape qui se nourrit de la rencontre du Christ. Cette insistance mise sur l'intimité avec Jésus, devient un leitmotiv dans cette encyclique. Et c'est bien toute la densité de l'Amour vécu qui en résulte. Ce service de l'Amour qui doit être le nôtre comme celui de toute l'Eglise n'est pas un mérite, dit encore le Pape, ni un titre d'orgueil, mais une grâce. La prière est alors le moyen de puiser à nouveau la force du Christ. « Celui qui prie ne perd pas son temps » Comme j'aime cette phrase de Benoît XVI. On ne perd jamais son temps quand on prie. La prière se situe alors comme un contrepoids face à l'activisme qui nous guette tous et au sécularisme où Dieu n'a plus de place. La prière nous met dans l'Amour de Dieu. Elle nous pousse à aimer.
La charité et la prière de Marthe
J'ai déjà parlé de l'accueil de Marthe, de son écoute, de sa patience. De nombreux témoignages ont été donnés sur la délicatesse de Marthe qui ne froissait jamais personne, qui « ne disait jamais du mal de personne ». Elle avait un grand souci des pauvres, des prisonniers à qui elle expédiait des lettres ou des colis. Mais elle avait aussi une vision précise des choses sociales. Ainsi au sujet des constructions de logements, elle conseillait à un chef d'entreprise de faire des logements « humains ». « En ce moment les logements manquent, aussi les personnes sont prêtes à accepter n'importe quoi, mais dans quelques années, elles ne pourront plus supporter d'habiter ce signe extérieur qui les empêche de sortir de leur milieu pauvre, malgré leur désir de s'élever dans la hiérarchie sociale ». C'était une parole prophétique car nous voyons bien le mal qui ressort de ces cités inhumaines des banlieues aujourd'hui. Ce petit exemple nous montre une Marthe ouverte aux misères et soucieuse de cette justice sociale dont on parle tant. Elle le faisait avec amour, n'ayant d'autres préoccupations que de vivre d'amour et de rayonner l'amour de Dieu. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples ; mais je voudrais m'arrêter un instant sur la prière de Marthe.
On peut dire que Marthe est une priante
et que toute sa vie a été prière. Déjà
dans son enfance : « J'ai toujours énormément
aimé le Bon Dieu comme petite fille. Mes soeurs ne voulaient
pas que je prie tout le temps, mais je priais dans mon lit surtout.
Je priais la Ste Vierge. Je lui parlais surtout quand j'allais
au village faire des commissions, j'avais toujours mon chapelet
dans ma poche et en route je le disais »
Sa vie est prière. Elle le dit elle-même : «
Ma vie est une prière, un doux rosaire d'amour et si les
mystères douloureux sont les mystères de tous les
jours, elle n'est pas moins divinement embaumée des mystères
joyeux et glorieux » (24/02/1930). Sa prière,
c'est son union intime avec Dieu. Elle a dit un oui total à
Dieu, comme Marie avec qui elle conversait souvent dans sa prière.
Et ce oui remplissait sa vie. Sa prière c'était
son Amour pour Dieu qui rejoignait l'Amour de Dieu pour elle.
Ste Thérèse d'Avila parlant de la prière
dit : « C'est la rencontre de deux amours, l'amour de Dieu
pour l'âme et l'amour de l'âme pour Dieu » Marthe
a vécu sa prière comme la rencontre de ces deux
amours. Et c'est un exemple pour nous. « L'amour me mène
et me conduit, je n'ai que la douceur de me laisser mener par
ce chemin lumineux, si peu suivi, parce que si peu connu »,
dictait-elle en 1930.
« Il suffit d'aimer ». La prière est dans l'amour,
l'expression de l'amour. C'est ce que Marthe a vécu. C'est
ce que nous avons à vivre chaque jour dans la vie qui est
la nôtre, avec l'amour que nous avons dans le coeur et qu'il
faut sans cesse faire grandir. Alors nous comprenons mieux pourquoi
Benoît XVI dit : « Celui qui prie ne perd pas son
temps »
Marie, une femme qui aime.
Benoît XVI dit de Marie qu'elle est une femme qui aime. « Marie, la Vierge, la Mère nous montre ce qu'est l'Amour et d'où il tire son origine, sa force toujours renouvelée » (N° 42). C'est dans le don d'elle-même sans faille que Marie a accueilli le Verbe de Dieu. Elle a accueilli l'Amour. Marie, « pleine de grâce », comme nous le disons dans le je vous salue, est remplie d'Amour, puisque Dieu habite en elle et va devenir son Fils en Jésus. Dieu est Amour et lorsqu'on laisse Dieu habiter en nous, on est aussi « pleins d'amour », comme Marie.
Marthe a vécu une grande intimité toute filiale avec Marie. Son chemin vers Jésus est passé par Marie. Ecoutons ce qu'elle dit : « O Jésus, je m'abandonne humblement à vous, par Marie, ma bien-aimée Maman. O Jésus, ô ma Voie, ma Lumière et ma Vie, je vous aime, je vous adore, je vous bénis, je m'abandonne à vous, je me confie à vous. Marie, ô ma mère chérie, donnez-moi vous-même à Jésus »
Restons dans l'Amour et la Tendresse de Marie qui nous conduit au Dieu Amour.
Je termine cet entretien par la prière que Benoît XVI fait à la fin de son encyclique :
« Sainte Marie, Mère de
Dieu, tu as donné au monde la vraie lumière, Jésus
ton Fils, Fils de Dieu.
Tu t'es abandonnée complètement à l'appel
de Dieu, et tu es devenue ainsi la source de la bonté qui
jaillit de Lui.
Montre-nous Jésus. Guide-nous vers Lui. Enseigne-nous à
Le connaître et à L'aimer,
afin que
nous puissions, nous aussi, devenir capables d'un amour vrai
et être sources d'eau vive au milieu d'un monde
assoiffé »
« Je n'ai qu'un désir : aimer toujours mieux » (Marthe - 25/01/31)
Ce 6 février 2006-
+dlm
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10 février 1936 : quelle aventure ! |
Extraits du récit du Père Finet
A 11 heures et demie, nous montions à la petite ferme où
habitait Marthe, avec mon auto, mon tableau et mon curé.
Arrivés chez elle, l'abbé Faure entra directement
dans la chambre de Marthe.
Pendant ce temps, assise devant la grande table de la cuisine,
je voyais Mme Robin, la maman de Marthe, qui préparait
le repas de midi. Son père était assis sur une chaise
avec un orteil blessé : accident du travail. Le curé
tardant à sortir, j'enlevai les ficelles, puis les papiers
qui enveloppaient le tableau.
Enfin, sortant de la chambre de Marthe, l'abbé Faure m'a
dit : « Marthe demande que vous apportiez vous-même
ce tableau ». J'ai cru que j'amenais la Sainte Vierge. En
fait, c'est elle qui m'amenait auprès de Marthe. Celle-ci
admira beaucoup le tableau et nous fîmes ensemble une prière.
Je suis alors descendu déjeuner à la cure, étant
bien convenu que je remonterai la voir, à 2 heures de l'après-midi.
Je remontais tout seul auprès de Marthe pour « ma visite », à 14 heures, aux premières Vêpres de Notre-Dame de Lourdes. Notre conversation devait durer trois heures de suite. Pendant la première heure, Marthe me parla uniquement de la Sainte Vierge. J'ai dû constater qu'elle connaissait bien mieux la Sainte Vierge que moi qui, cependant, la faisait connaître au Cénacle depuis plusieurs années. Dans la deuxième heure, changeant de ton, elle me parla des évènements douloureux et heureux qui allaient se produire. Je passe sur les évènements douloureux. Voici ce qu'elle me dit sur ces évènements heureux. Elle m'annonçait notamment une Nouvelle Pentecôte d'Amour qui serait précédée d'un profond renouveau de l'Eglise, et marquée d'un grand élan missionnaire où de nombreux laïcs s'engageraient dans cet apostolat.
« Mais qui formera ces laïcs
? »
« Dans beaucoup d'endroits, me répondit-elle, notamment
dans les Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour
».
Pour la première fois, j'entendais
cette appellation. J'ai compris plus tard que la Lumière
était l'enseignement du prêtre qui devait nous mener
à Dieu Amour. Mais pour cela, il faut d'abord pratiquer
la Charité fraternelle. C'est ce que nous avons résumé,
en les appelant : Foyers de Charité.
Il était 16 heures... Marthe, me regardant avec assurance, me dit
:
« Monsieur l'abbé, j'ai une demande à vous
adresser de la part de Dieu : c'est vous qui devez venir à
Châteauneuf pour fonder le premier Foyer de Charité
».
Dans ma surprise, je lui ai répondu :
« Mais je ne suis pas du diocèse ! »
« Qu'est-ce que cela peut faire puisque Dieu le veut ».
« Ah ! excusez-moi, je n'y avais pas pensé !
Mais pour faire quoi ? »
« Bien des choses, me dit-elle, notamment pour prêcher
des retraites ».
« Je ne sais pas faire ».
« Vous apprendrez ».
« Des retraites de trois jours ? ».
« Non, me répondit-elle, car en trois jours on ne
change pas une âme. La Sainte Vierge demande cinq jours
pleins ».
« Mais à qui s'adresseront ces retraites ? »
« Pour commencer à des dames et jeunes filles ».
« Mais entre chaque conférence, lui ai-je répondu,
j'organiserai des carrefours pour que les retraitants puissent
échanger leurs impressions ? »
« Non, non, m'a-t-elle dit, la Sainte Vierge demande le
silence complet ».
« Comment pourrais-je demander à des femmes de garder
le silence pendant cinq jours ? »
Elle me dit : « Mais puisque Dieu le demande ».
« Ah ! excusez-moi, je n'y avais pas songé ».
J'ai donc dû accepter.
« Où
prêcherai-je ces retraites ? »
« Pour commencer, dans l'école de filles ».
« Est-elle préparée pour cela ? »
« Non, m'a-t-elle dit, il faudra beaucoup l'aménager
».
« Mais qui réalisera ces travaux ? »
« C'est vous-même ».
« Mais avec quel argent ? »
« Ne vous tourmentez pas, la Sainte Vierge y veillera ».
« Comment pourrai-je faire venir des retraitants dans ce
village inconnu ? »
« C'est la Sainte Vierge elle-même qui vous les enverra
»
« A quelle date devrai-je prêcher cette première
retraite ? »
« Le lundi 7 septembre pour la terminer le dimanche suivant
».
« Je ne puis refuser, mais encore dois-je demander l'autorisation
de mes supérieurs ».
« Ah oui ! vous devez vous mettre dans l'obéissance
».
Sortant de la chambre de Marthe, je pensais : « Quelle aventure ! », mais la foi n'est-elle pas souvent une aventure ? »
(Extraits)
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La Vierge Marie dans le plan de Dieu |
Père Amand KANA
Foyer de Bujumbura, au Burundi
Le Seigneur a fait toutes choses selon
un plan merveilleux, ordonné au bien et au salut de l'homme.
Dans ce plan, chaque personne a une place et un rôle que
le Seigneur lui a assignés pour le bien de l'ensemble.
Quelle est donc la place de Marie ? Quel est son rôle dans
le plan éternel de Dieu?
La réponse nous est donnée
dans l'épisode des noces de Cana Jn. 2,1-11. Découvrons
cela en méditant sur
Marie et les noces
Marie et le vin
Marie et la foi
Marie et les noces
Or, le 3ème jour, il y eut des noces à Cana de Galilée. La Mère de Jésus était là. Jésus, Lui aussi, fut invité à la noce ainsi que ses disciples.
La manière dont l'évangéliste Jean présente l'événement et les personnages est très significative :
- L'événement : ce sont les noces.
Il est surprenant de remarquer que, contrairement à la
présentation des noces, l'évangéliste ne
nous dit rien du jeune homme et de la jeune fille qui se mariaient
à Cana. Pourquoi? Parce que les noces ne sont pas centrées
sur eux mais sur Jésus. En effet, dans la Bible, les noces
symbolisent le lien qui unit Yahvé à son peuple.
Depuis l'alliance du Sinaï, Yahvé est devenu l'Epoux
d'Israël, son épouse. (Cfr. Os 2,21 ; Ez16, 8 ; Is62,4-5)
Aussi, Jean ne sent aucun besoin de parler du jeune homme et de
la jeune fille qui se mariaient, car dans les noces de Cana, c'est
Yahvé qui, en Jésus-Christ, vient épouser
son peuple. L'époux, c'est Jésus.
- Les personnages : Et pourtant, Jésus n'est pas mis au
premier plan. C'est sa Mère qui est présentée
la première.
La Mère de Jésus était là. Jésus
Lui aussi fut invité... Pourquoi Marie est-elle mise
au premier plan alors que c'est Jésus qui est au centre
de l'événement ? C'est que l'évangéliste
présente les personnages conformément au plan de
Dieu pour notre salut.
Pour que les noces de Dieu avec son
peuple aient lieu, il faut d'abord que la Mère de Jésus
soit là. Sans la Mère de Jésus, il n'y a
pas de noces de Dieu avec son peuple. En effet, au commencement,
quand le premier homme a péché, l'Alliance avec
Dieu fut rompue. Yahvé annonça qu'elle serait rétablie
par le fils d'une femme (Marie) qui écraserait la tête
du tentateur. (Gn 3, 15) A la plénitude des temps, quand
Dieu voulut s'unir totalement à l'homme dans une Alliance
nouvelle et éternelle par l'Incarnation-Rédemption,
il a fallu cette femme (Marie). (Lc 1, 26-38). De même à
Cana, pour que les noces aient lieu, il faut la présence
de cette femme, la Mère de Jésus. Voilà pourquoi
Jean la met au premier plan: La Mère de Jésus
était là. Elle était là pour préparer
les noces de son Fils, et veiller à leur accomplissement.
C'est pourquoi elle sera la première à remarquer
le manque de vin et à intercéder auprès de
Jésus en faveur des époux et des convives.
Comme la Mère de Jésus était là,
Jésus Lui aussi fut invité à la noce avec
ses disciples car, là où est la Mère
de Jésus, Jésus aussi est invité, ainsi que
ses disciples.
Là où la Mère de Jésus est reçue,
honorée, aimée, Jésus aussi est reçu,
honoré, aimé, ainsi que ses disciples ... Préparer
et veiller au bon accomplissement des noces de son Fils, cela
signifie pour Marie, tout disposer pour favoriser la rencontre
et la communion de toute âme avec son époux Jésus.
Telle est sa place, tel est son rôle dans le plan de Dieu.
Marie et le vin
Comme le vin manquait la Mère
de Jésus lui dit : "Ils n'ont pas de vin." (...)
La Mère de Jésus dit aux serviteurs : "Quoi
qu'il vous dise, faites-le"
Dans les noces, il faut du vin pour
réjouir les convives car « vinum gaudium dat »
(le vin donne la joie).
Parlant des temps messianiques, le prophète Isaïe
avait prédit que le Seigneur donnerait à tous les
peuples des vins capiteux et bien décantés. (Is.
25, 6)
Dans la Bible, le vin symbolise la joie
que donnent la rencontre et la communion avec Dieu ; l'allégresse
du coeur qui accueille Jésus. Aux noces de Cana, Jésus
donne du vin en surabondance (plus de 600 litres) pour signifier
la joie surabondante qu'il donne au coeur qui l'accueille. Et
c'est parce que la Mère de Jésus était là
que ce miracle se fait.
Qui d'autre aurait pu le demander?
En outre, il est important de remarquer
que les serviteurs qui ont puisé de l'eau ont été
formés à une totale obéissance par Marie,
la Mère de Jésus.
Auraient - ils accepté de puiser plus de 600 litres d'eau,
sans savoir pourquoi? Et lorsqu'ils avaient rempli les jarres,
auraient- ils accepté de puiser et de porter au maître
du repas ce qu'ils croyaient être de l'eau, sans protester
contre cet ordre apparemment insensé?
Le miracle de l'eau changée en vin a répondu au
miracle de l'obéissance des serviteurs envers Jésus.
Mais ce miracle de l'obéissance est l'oeuvre de Marie,
la Mère de Jésus qui a formé les serviteurs.
L'Eglise a raison de lui donner le titre de « Maîtresse
» (Mater et Magistra).
Enfin, il est étonnant que l'eau,
destinée à devenir du vin, soit versée dans
des récipients servant de bains de purification.
Conformément à l'usage des Juifs, il fallait se
purifier, c'est-à-dire faire un lavement des mains avant
d'entrer dans une fête. Jésus va exploiter ce symbolisme.
Il demande aux serviteurs de remplir d'eau ces récipients
qui contiennent déjà une partie de l'eau usée.
Il donne ensuite l'ordre de puiser et d'en porter au maître
du repas.
Ce qui contenait de l'eau destinée
à purifier les souillures extérieures est désormais
rempli de vin destiné à être bu pour purifier
les souillures intérieures, car, c'est là que Jésus
veut rendre pur.
Ainsi ce vin annonce la coupe du vin que, lorsque son Heure sera
venue, Jésus donnera aux disciples en disant : " Buvez
en tous, car ceci est la coupe de l'alliance nouvelle et éternelle
qui sera versée pour vous et pour la multitude en rémission
des péchés. (Mt 26,28)
L'eau usée des bains de purification
changée en vin capiteux,
c'est la pauvreté changée en richesse,
c'est la fragilité changée en force,
c'est la misère changée en gloire,
c'est l'impureté changée en sainteté,
c'est le péché changé en grâce
par la puissance de Jésus Christ, l'époux, parce
que la Mère de Jésus était là.
Marie et la foi
"Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta ainsi sa gloire et ses disciples crurent en lui."
L'objectif des signes de Jésus, c'est toujours de susciter la Foi en Lui et en son Père. A Cana de Galilée, le fruit du signe accompli, c'est la foi des disciples et des convives. Mais pour que le signe s'accomplisse, il y a eu d'abord la foi de Marie. La première en chemin, chemin de la foi, Marie a cru que dans la désolation causée par le manque de vin, Jésus pouvait faire un miracle. Elle l'a demandé puis elle a averti les serviteurs : "Quoi qu'il vous dise, faites-le"
Ainsi la foi de Marie obtient l'accomplissement
d'un signe éclatant qui suscite
la foi du maître du repas
la foi du marié et de la mariée
la foi des convives
la foi des disciples de Jésus
la foi de tous ceux qui étaient là
et qui, étonnés et ravis de la qualité et
de la quantité de ce vin nouveau, ont été
informés ou ont dû enquêter sur l'origine et
la circonstance de ce signe. C'est ainsi que Marie, la première
en chemin entraîna, sur le chemin de la foi, les serviteurs,
le maître du repas, les mariés, les convives, les
voisins et nous-mêmes.
Jésus avait bien raison de dire au disciple qu'Il aimait
: "Voici ta Mère." Jn 19, 27
Dans le plan éternel de Dieu,
Marie a la place et le rôle de Mère. Mère
de Jésus Christ, le Fils de Dieu, Mère de toutes
les filles et de tous les fils de Dieu pour qu'il y ait toujours
les noces, le vin et la foi en Jésus-Christ.
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Témoignages |
Vivre avec Marie et Joseph
Vivre avec Marie et Joseph, pour moi, c'est d'abord une attitude de vie intérieure. Marie est la toute vierge. Tous ceux qui se tiennent près d'elle, comme St Jean, mais surtout comme Joseph, sont virginisés par elle, elle les prend sous son voile. En Marie, Dieu met sa toute puissance à virginiser les coeurs.
Vivre avec Marie et Joseph, c'est mettre de la gratuité dans la relation à Dieu et dans la relation avec les frères et les soeurs qu'Il me donne. C'est renoncer à inclure Dieu, ou le prochain, dans ma propre volonté pour que 'ma volonté soit faite'. C'est accepter que Dieu soit libre, infiniment libre, et à cause de Dieu, que le prochain soit libre, à l'image et la ressemblance de Dieu, et que moi aussi je sois libre. On est libre autant qu'on aime. C'est pourquoi Dieu ne se laisse pas vaincre en liberté, car « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8) !
Il y a une question qui a éclairé
ma vocation à son éclosion, et encore aujourd'hui
dans sa croissance : « Où est pour moi le plus
grand amour ? »
C'est comme cela que je comprends l'annonciation à Marie
et à Joseph : leurs interrogations, leurs réflexions
portaient sur « le plus grand amour » :
En Lc 1, 34 : Marie dit à l'ange : « Comment cela
se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme ? »,
alors que l'évangéliste nous précisait au
v 27 qu'elle était fiancée à un homme du
nom de Joseph. Sa question signifie donc : « puisque nous
avons choisi de ne pas nous connaître selon la chair »,
« puisque Joseph et moi avons choisi la virginité
»
En Mt 1, 20-23 : « Comme il y avait réfléchi
», Joseph avait formé le projet de renoncer à
son amour, pour laisser les promesses de Dieu s'accomplir en Marie
: « la Vierge concevra et enfantera un Fils : Dieu avec
nous »
C'est comme cela que j'aime répéter le premier verbe de notre prière de consécration : « je vous choisis, Marie, pour ma mère et ma reine », je choisis, c'est-à-dire j'adhère librement.
Dans cette lumière, la liberté se fait service : Marie répond « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole »(Lc 1,38). Et Joseph « fit ce que l'ange lui avait prescrit » (Mt 1,24). D'ailleurs, quand on nous parle de Joseph au début de l'évangile de St Matthieu, on nous parle de ses réflexions, de ses actions, pas de ses paroles. Et à chaque fois, Joseph fait exactement et aussitôt ce que l'ange lui prescrit. Les verbes sont dans le même ordre. Dans la fuite en Egypte, par exemple, l'ange dit : « Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère et fuis en Egypte » « Il se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère et de nuit se retira en Egypte » (Mt 2, 13-14) (voir aussi Mt 1, 24, Mt 2, 20-21) Joseph est un homme de conscience, et un homme d'action.
Dès lors vivre avec Marie et Joseph, c'est aussi une attitude dans l'activité extérieure. C'est agir comme ont agi Marie et Joseph. Ils ont accepté les contretemps, les contradictions aussi, pour Jésus, pour que les promesses de Dieu s'accomplissent. Qui mieux que Joseph et Marie a travaillé pour Jésus ? Marie l'a mis au monde, Joseph lui a donné son nom, ensemble ils l'ont nourri, éduqué. C'est à l'atelier de Joseph que Jésus a appris son 'métier de sauveur'. Il y a appris la fidélité et l'exigence du devoir d'état. C'est à Nazareth que Jésus a appris à porter sa croix. J'aime bien la définition du Père Finet : « Offrir, c'est accepter librement ». Vivre avec Marie et Joseph, c'est accepter librement les contretemps et les contradictions de la vie quotidienne, vivre dans la foi, dans la certitude intérieure de l'appel de Dieu.
C'est vivre enfin dans la reconnaissance que Dieu est assez puissant pour accomplir ses promesses, pour achever ce qu'il a commencé. C'est chanter avec Marie que « le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom ».
Un membre de Foyer
J'ai pris le risque
de tout Lui confier
« Comme une biche qui désire
l'eau vive, ainsi mon âme te désire, toi, mon Dieu
» Ps 42
Le Père Finet aimait dire et redire : « Soyez des
âmes de désir ». En ce premier soir de retraite,
je suis arrivée avec beaucoup de désirs dans le
coeur et, aussi, avec beaucoup de soucis, de fardeaux.
La Parole de Dieu du lundi soir était tout à fait
pour moi :
« Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais :
tu sais quand je m'assieds, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées.
Quand je marche ou me repose, tu le perçois,
Tu es familier de tous mes chemins »
(Ps 138).
En ce début de retraite, j'avais besoin de faire une pause, de goûter au silence, de me « retrouver », de retrouver la paix et la joie intérieure des enfants de Dieu.
Dans ce lent et long chemin de « reconstruction », j'ai osé, j'ai accepté de prendre la main toute maternelle, aimante et puissante de Marie. A la Nativité, la Vierge Marie enfanta son Fils premier-né » (Lc 2,7) et puis ensuite il y a tous les « second »-nés, moi, nous tous.
Marie, à tous les moments de
sa vie, s'est offerte pleinement à Dieu. Dans la retraite,
il me reste présent au coeur et dans les yeux l'image de
Marie, debout au pied de la croix, aux côtés de Jésus.
C'est riche de sens.
Marie, malgré le glaive qui lui perce le coeur, est là,
sa foi ne vacille pas, elle ne doute pas ; elle compatit, intercède
et espère au-delà de toute espérance et nous
reçoit comme ses enfants.
Dans tous nos déserts, nos chutes, nos épreuves,
Marie se tient à nos côtés elle nous aide
à reprendre pied, à retrouver le chemin qui mène
vers le Fils ; chemin de petitesse et d'abandon.
J'ai
pris le « risque » de tout lui confier ; elle seule
peut « rassembler » tout ce qui touche à ma
personne, mes aspirations, mes difficultés, et les offrir
au Médiateur, son Fils.
La mise en pratique se révèle plus simple que je ne l'imaginais En quelques jours seulement, beaucoup de problèmes se sont simplifiés et j'ai confiance. Marie me guide, me soutient, me fortifie
Marie, toi qui a toujours dit oui, je
te confie ma vocation : aide-moi à dire oui, tous les jours,
même quand c'est dur.
Et garde-moi humblement sous le regard de Dieu Que je puisse dire
avec toi : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté
».
Une retraitante