|
Numéro 242-243
Octobre 2007 |
![]() ![]() ![]() |
SOMMAIRE
Actualité :
Que veut dire pour
un chrétien : « S'engager comme missionnaire »
Mgr Henryk HOSER
Dossier : Le témoignage du chrétien dans la société
Dieu
et César : repères pour un engagement chrétien
dans la cité
Père Alain BANDELIER
Témoignages :
S'investir dans la société civile
Monique VALENTIN
Appelé à
choisir la vie
Docteur Xavier MIRABEL
Participer
à la transformation de la société
Jean-Guilhem XERRI
Témoignages
Olivier
Lecerf, patron et chrétien
François
JACLOT
Etre chrétienne
dans le monde
Isabelle
Pas
une évangélisation virulente, mais un mode de vie
qui interpelle
Guillaume
Témoignage :
« Clown du Bon Dieu » une intervention originale dans
de multiples lieux
Marie-Hélène
VALDANT
De toutes nations :
Heureux anniversaire, La Flatière
!
Au Canada : Aux Foyers de Sutton et de l'Ile d'Orléans
Au Foyer de Muhito, en R.D.Congo
Au Foyer de Nana au Pérou
En Italie, camp-mission avec Pier Giorgio Frassati
Programme des retraites novembre - décembre 2007 - janvier 2008
![]() |
Dieu et César : Repères pour un engagement chrétien dans la cité |
Père Alain BANDELIER
Foyer de Combs-La-Ville
La condition du chrétien
dans le monde est par définition inconfortable. Comme son
Maître, il est dans le monde sans être du monde (Jn
17, 14-15). « Si vous étiez du monde, le monde aurait
de l'amitié pour ce qui lui appartient » (Jn 15,19).
Le choix du Christ crée une différence qui peut
aller jusqu'à l'incompréhension, l'opposition et
même la persécution. Mais, en sens contraire, les
disciples sont envoyés dans le monde pour l'aimer, le guérir,
l'illuminer, et non pour le condamner. Loin de se conduire comme
des ennemis ou des étrangers, ils épousent le milieu
où ils se trouvent : « Quelle que soit la maison
où vous pouvez entrer, dites d'abord : Paix à cette
maison. Et quelle que soit la ville où vous pouvez arriver,
mangez ce qu'on vous présente » (Lc 10,5 et 8)
Cette ambivalence n'est pas contradictoire, elle est prophétique
: « Le Royaume s'est fait proche pour vous » (Lc 10,9).
La cité des hommes est appelée à devenir
cité de Dieu. Un texte chrétien du deuxième
siècle, la lettre à Diognète, exprime magnifiquement
ce paradoxe : « Toute patrie leur est étrangère,
et toute terre étrangère leur est une patrie ».
Cela indique une voie juste pour l'engagement chrétien
dans la cité. Cette vision équilibrée renvoie
dos à dos les deux tentations chroniques que l'on retrouve
tout au long de l'histoire de l'Église. Elle éclaire
également des débats très actuels.
Première tentation
: la démission
Quand il comparaît
devant Pilate, qui lui demande s'il est Roi, Jésus répond
que son Royaume n'est pas de ce monde. De même, après
la Résurrection, il résiste à la pression
des disciples, impatients de le voir rétablir le Royaume
terrestre d'Israël (Jn 18,36 ; Ac 1,6). Ces textes lus de
façon unilatérale ont pu servir d'argument pour
justifier un désengagement de l'histoire et de ses combats.
Il est vrai que depuis toujours certains sont appelés à
se retirer du monde, comme on dit. Mais l'expression est
trompeuse. D'une part, ils demeurent présents au monde,
ne serait-ce qu'en vertu de l'hospitalité qu'ils pratiquent,
et qui est une des grandes règles du monachisme traditionnel.
En outre, ils sont nombreux ceux qui, comme saint Bernard de Clairvaux,
épris de silence et de solitude, sont pourtant conduits
à exercer une grande influence sur les mentalités
et les événements de leur époque. D'autre
part, s'ils quittent la surface des choses, c'est pour vivre davantage
au coeur des choses. À plus forte raison, des fidèles
ordinaires ne peuvent s'absenter des affaires du monde.
Certes, les disciples du Christ savent « qu'elle passe,
la figure de ce monde » (1Co 7,31) : leur espérance
déborde les frontières du temps et de l'espace.
« Mais l'attente de la nouvelle terre, loin d'affaiblir
en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le
réveiller » (Vatican II, Gaudium et Spes 39,2).
Il y a une façon d'attendre pieusement mais passivement
le Règne de Dieu qui est absolument contraire au mystère
de l'Incarnation rédemptrice. Le Verbe s'est fait chair,
il est mort, il est ressuscité non pas pour nous faire
rêver d'un autre monde, mais pour nous faire espérer
un monde autre. Or ce changement, cette conversion (de nous-même
et de l'humanité) ne se font pas sans nous.
Deuxième tentation
: la compromission
L'engagement des
chrétiens dans la vie de la cité n'est donc pas
une option facultative. Chacun, d'une manière ou d'une
autre, est appelé à être acteur et non spectateur
de l'histoire des hommes. C'est une exigence encore plus pressante
lorsque règnent l'injustice ou la violence ou les ténèbres.
Le bienheureux Frédéric Ozanam, au XIXème
siècle, en était particulièrement conscient,
cherchant à en convaincre un monde catholique trop indifférent
à la misère des bas quartiers de la capitale et
à la montée de l'athéisme. Saint Pie X exhortera
les catholiques de France au « ralliement » : plutôt
que de rester sur la défensive et dans l'expectative devant
l'évolution de la société, il fallait être
réaliste et agir dans le cadre politique du temps, à
savoir la république.
C'est surtout dans la deuxième moitié du XX°
siècle que se développera une spiritualité
de l'engagement. Ce mot deviendra un thème majeur
de la prédication et de la pastorale, en particulier dans
la mouvance de l'Action catholique. Il y a en arrière-plan
une pédagogie qui a fait ses preuves : celle de l'attention
à la vie des gens, du discernement évangélique,
de l'engagement dans des actions concrètes, en privilégiant
l'action collective (le célèbre « voir, juger,
agir »).
Centrer l'attention des fidèles sur l'action, la «
praxis », a cependant des inconvénients, éventuellement
graves. Tout d'abord, on risque de perdre de vue la source de
l'engagement et sa finalité, qui sont surnaturelles, de
l'ordre de l'Agapè : « L'amour grandit par
l'amour. L'amour est divin parce qu'il vient de Dieu et qu'il
nous unit à Dieu, jusqu'à ce que, à la fin,
Dieu soit tout en tous » (Benoît XVI, Deus Caritas
est n° 18). Hors de cette perspective, l'engagement chrétien
se dévalue en militantisme partisan, et la foi en idéologie.
Les débats autour de la théologie de la libération,
en Amérique latine et ailleurs, témoignent de ce
glissement possible.
Plus ordinaire et plus insidieuse, la tentation de l'alignement
nous guette tous. Il n'est pas toujours facile d'être cohérent
avec sa foi et avec la Loi du Christ dans un monde sans foi ni
loi. Tout en affirmant sauvegarder les principes, on acceptera
des alliances douteuses, des silences coupables, diverses formes
de cette « collusion » jadis dénoncée
par le Cardinal Decourtray. On s'excusera en s'abritant derrière
la vertu (?) de tolérance, les besoins de la cause ou le
principe d'efficacité, mais finalement on trahit cela même
que l'on prétend promouvoir.
Une réponse insuffisante
: la séparation
Les Français
ont célébré le centenaire des fameuses lois
de 1905, instaurant la séparation de l'Église et
de l'État. Il y a eu l'esquisse d'un débat, les
uns souhaitant réviser un système inadapté
aux réalités contemporaines, les autres craignant
de toucher à un équilibre précaire. En réalité
ces lois n'étaient pas applicables et ne sont pas appliquées.
La relation entre les pouvoirs publics et l'Église catholique
est régie, en fait, par des lois ultérieures et
divers accommodements réglementaires. L'idée d'un
État « pur » de toute relation avec le monde
de la religion et d'une religion interdite de présence
dans l'espace public est une vue de l'esprit totalement illusoire.
L'histoire, la géographie, la culture inscrivent le fait
religieux dans la réalité quotidienne. Les croyants
sont des citoyens comme les autres, et l'État ne peut faire
abstraction de leur foi ni de ses conséquences pratiques.
« Rendez à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21).
Attention à une interprétation trop simpliste de
cette parole de Jésus, comme si elle énonçait
un principe de séparation entre deux domaines, entre deux
Royaumes, celui de l'Empereur et celui de Dieu. Chacun chez soi
! En tant qu'homme, nous aurions deux appartenances, l'une à
la société et aux pouvoirs qui la régissent,
l'autre au Seigneur et à son Église. Mais Jésus
n'est pas venu créer une religion, il est venu sauver l'homme
! C 'est pourquoi l'Église du Christ ne peut se désintéresser
de la vie des hommes. Sa mission croise nécessairement
les question posées par le « vivre ensemble »
de la société humaine, depuis la cellule familiale
jusqu'à la planète en voie de mondialisation.
Un dialogue nécessaire
et constructif
Le mot et l'idée
de séparation font de « Dieu » et de «
César » deux entités symétriques, plus
ou moins rivales. Tôt ou tard, ceux qui servent l'un ou
l'autre (et qui sont bien sûr tentés de s'en servir)
essaieront d'élargir leur domaine et de mettre celui d'en
face sous leur contrôle et leur autorité. Selon un
proverbe chinois, il n'y a pas de place dans le ciel pour deux
soleils ! Cela produit des figures historiques bien repérables.
D'un côté il y a les régimes théocratiques,
où le pouvoir religieux absorbe le pouvoir politique. Il
faut reconnaître que les Princes de l'Église ont
parfois cédé à cette tentation, alors que
leur Maître était venu pour servir et non pour être
servi. En revanche de grands évêques ont été
« Defensor civitatis » en période de
troubles, non en usurpant un pouvoir, mais en suppléant
aux défaillances du pouvoir. On a remarqué que,
dans le même esprit, à plusieurs reprises, en Afrique,
des prélats ont été appelés à
présider des assemblées de réconciliation
ou de démocratisation.
D'un autre côté, il y a le césaro-papisme
: quand le pouvoir politique prend le contrôle de l'Église.
Le monde byzantin a une tradition de la « symphonie »
des pouvoirs spirituel et politique ; c'est un bel idéal,
mais dans les faits cela a parfois coûté cher en
indépendance, y compris à l'époque communiste.
En Occident, des enjeux de ce genre étaient sous-jacents
dans la lutte entre la papauté et l'Empire romain-germanique.
La vérité n'est donc ni dans la séparation
ni dans la confusion. Elle est dans la distinction. C'est le sens
premier et évident de la réponse de Jésus
aux hérodiens . César a une mission et un pouvoir
pour l'exercer. On ne trouvera pas dans les évangiles ou
dans les Actes ou les lettres des Apôtres une contestation
du pouvoir politique. Au contraire on invite les chrétiens
à être de bons citoyens. Jésus lui-même
affirme que le pouvoir vient d'En-Haut - même celui de Pilate
(Jn 19,11).
Cette distinction entre « Dieu » et « César
» n'est pas pour une simple juxtaposition et une ignorance
mutuelle. Elle permet au contraire une relation. C'est la condition
d'un dialogue possible et nécessaire. Car les « sujets
» de l'un et de l'autre sont identiques : les hommes, aussi
bien comme personnes individuelles que comme communautés
à géométrie variable. Ce dialogue se veut
positif et constructif. L'Église ne revendique rien, hors
le droit d'exister et les moyens d'exercer sa mission. «
Experte en humanité » - comme disait Jean-Paul II
- elle offre, sans arrière-pensées, tous les services
que ses membres peuvent apporter à la société
des hommes. Elle veut particulièrement témoigner
de la grandeur de la personne humaine, de sa vocation divine,
et servir le développement intégral « de tout
l'homme et de tous les hommes » (Paul VI). Inversement,
elle est consciente de tout ce qu'elle reçoit du monde,
à travers les étapes de l'histoire et la diversité
des cultures (Gaudium et Spes n° 44).
Un questionnement critique
Il ne faut pas
croire que Jésus dans son enseignement met sur le même
plan les devoirs à rendre à César et ceux
qu'il faut rendre à Dieu. On l'interroge, disent les évangélistes,
pour « l'éprouver » ou le « tenter ».
Aujourd'hui on dirait pour le « piéger ». Faut-il
payer l'impôt à Rome, la puissance coloniale qui
occupe le pays ? Oui ou non ? Dire oui, c'est être compté
parmi les collaborateurs. Dire non, c'est se mettre dans les rangs
des zélotes et des résistants. En demandant qu'on
lui montre une pièce de monnaie, Jésus commence
par faire avouer à ses interlocuteurs qu'ils sont de fait
sous le pouvoir de Rome et qu'ils s'en accommodent. Mais il déplace
et dépasse la question, au-delà du débat
politique. Soumission ou rébellion, ce sont des choix temporels.
Des alternatives de ce genre traversent en permanence la société
: oui ou non, droite ou gauche, indépendance ou alliance,
ouverture ou fermeture des frontières, dirigisme ou libéralisme
etc. Visiblement, Jésus n'est pas venu pour faire ces choix
à notre place, pas plus qu'il n'a mandat pour juger nos
affaires d'héritage (Lc 12,14). Il s'intéresse à
la vie des hommes. Mais qu'est-ce que vivre ?
Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est-à-dire
l'homme lui-même. Tout homme est une histoire sacrée
! Comme sur la monnaie romaine sont inscrites l'effigie et la
légende de César, l'homme porte gravés en
lui l'image et le nom divins. Il faut donc rendre l'homme à
son identité et à sa vocation foncières.
Cela met César sous le jugement de Dieu - que ce soit pour
lui inspirer des projets qui font grandir l'homme en son humanité,
que ce soit pour contester des choix finalement inhumains. C'est
pourquoi des hommes politiques catholiques doivent être
cohérents ; contrairement à ce que certains prétendent,
on ne peut dissocier une éthique de conviction et une éthique
de responsabilité.
Le dialogue de l'Église avec les pouvoirs de ce monde peut
et doit parfois être critique. En Afrique ou en Amérique
latine, les communautés chrétiennes et leurs pasteurs
ont souvent témoigné à temps et à
contre temps des exigences de l'Évangile, face à
la misère ou à la dictature. Dans les pays sous
régime communiste (ils furent nombreux, et il y en a encore)
le témoignage chrétien a été censuré
par l'intimidation et la persécution ; il n'en est que
plus impressionnant. En revanche, dans le monde occidental il
y a eu, on le reconnaît aujourd'hui, un manque de vigueur
dans la contestation d'abord du modèle communiste, ensuite
du modèle libéral et libertaire. Cela apparaît
d'autant mieux qu'en ce moment même des voix se réveillent
et nous réveillent. A propos de l'éducation, du
mariage, des médias et d'autres sujets importants, l'opinion
catholique va sans doute se mobiliser un peu plus. Enfin !
Si les mouvements d'opinion sont importants, l'action est irremplaçable.
Que ce soit pour soutenir des initiatives heureuses, ou pour oser
en prendre là où elles manquent. On dit que la politique
est l'art du possible, mais beaucoup de choses nous paraissent
impossibles tout simplement parce que nous n'avons pas essayé,
ou parce que, conscients de notre faiblesse, nous sommes partis
battus d'avance. Pourtant, c'est dans la faiblesse (de l'homme)
dit le Seigneur, que la puissance (de Dieu) donne sa mesure (2
Co 12,9).
![]() |
Témoignages |
Participer à la transformation de la société
Jean-Guilhem Xerri
Biologiste des hôpitaux et président de l'association « Aux Captifs la libération »
Mes responsabilités
professionnelles en milieu hospitalier et mon investissement dans
une association caritative chrétienne m'interrogent souvent
sur l'articulation entre ma foi et mon engagement dans la société.
Cinq points me paraissent importants.
Un chrétien n'est
pas qu'un citoyen
La société contemporaine est pluraliste, relativiste,
sécularisée et la laïcité d'aujourd'hui
met en avant la dimension citoyenne de la vie ensemble. Pour autant,
si un chrétien est pleinement un citoyen, il est aussi
un baptisé, ce qui signifie qu'il est au sein même
de cette vie citoyenne un disciple de Jésus dans son réseau
familial, amical, professionnel, et ceci le distingue dans le
paysage actuel.
Etre chrétien fait
de nous des missionnaires
En effet, on ne naît pas chrétien, on le devient,
par le baptême, et donc par grâce et pas par ses mérites.
Et être baptisé, c'est devenir un témoin de
la Résurrection et plus personnellement du Ressuscité
; et ceci nous engage. C'est pour moi être au service de
la vie, et faire connaître sa Source.
L'attention toute particulière
aux plus fragiles
L'Evangile promet un salut pour tous, et pas seulement pour moi
; sinon serait-ce vraiment une si bonne nouvelle ? C'est pourquoi
je crois important que les chrétiens s'engagent en pensant
au bien commun, pour le plus grand nombre. Il doit être
annoncé dans tous les lieux de vie : familial, sportif,
amical, et aussi, comme nous y invite Benoit XVI dans l'encyclique
« Deus caritas est », dans le monde social, politique
et professionnel ; en pratique dans les lieux où l'on peut
participer à la transformation de la société.
En outre, par ses actes (guérisons), ses paroles («
Je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les malades
»), ou ses paraboles (brebis égarée), le Christ
nous invite à avoir un souci tout particulier pour les
plus blessés. Toute la Tradition de l'Eglise et la vie
édifiante des saints nous y confirment. A nous d'identifier
les pauvres d'aujourd'hui, ceux qui nous entourent, que nous rencontrons
La gratuité de l'engagement
Dieu donne gratuitement, nous avons à faire de même.
Ce point me parait fondamental et explique pourquoi, à
côté de ma vie professionnelle, j'ai toujours eu
des engagements comme bénévole. Cette gratuité
va au-delà de la dimension pécuniaire mais dit plus
fondamentalement le coeur même de l'engagement du chrétien
qui est de l'ordre de l'amour. C'est bien cela que Dieu nous invite
à recevoir et à donner. Et dans une société
marquée par la rentabilité et l'efficacité,
la gratuité me semble être une valeur forte, comme
un signe de contradiction.
Creuser son intimité
avec Jésus
Pour s'engager dans la société afin d'y témoigner
de l'Amour de Dieu et construire un monde plus humain, il me parait
nécessaire de puiser à la source de cet Amour, de
revenir régulièrement écouter la Parole,
de se mettre, comme Marie, aux pieds du Seigneur, de partager
avec d'autres. En cela, la vie de prière et les sacrements
que nous donne l'Eglise sont indispensables. Ils constituent une
nourriture, et peuvent être aussi les lieux où le
chrétien fait résonner sa vie sociale et sa vie
en Dieu.
Les chrétiens ont à s'engager pour construire avec d'autres, une société plus conforme aux valeurs de l'Evangile : justice, solidarité, respect de la personne, attention aux plus fragiles, culture de la vie, Ils doivent aussi conduire leurs contemporains vers Celui qui les envoie. A ce sujet, frère Roger a une formule lumineuse : « Ne parler de Dieu que quand on te le demande, mais vivre de telle sorte qu'on te le demande ».
.
Pas une évangélisation virulente mais un mode de vie qui interpelle
L'engagement du chrétien dans la sociététout un programme ! Beaucoup de bonheur et d'idéaux à partager et vivre avec nos concitoyens, mais aussi un certain nombre de responsabilités à endosser.
En tant que chrétiens, Dieu nous confie une grande responsabilité : celle de veiller sur nos frères non-chrétiens, en étant des témoins actifs de Son Amour. Ce qui ne signifie pas une évangélisation virulente, mais un mode de vie en accord avec les idéaux chrétiens, et qui interpelle nos frères par sa simplicité, sa cohérence et sa joie. Notre mission est de vivre à fond notre Foi, sans complexes, mais sans imposer non plus nos façons de penser et de faire. A nous de trouver le juste compromis ! Les questions de l'entourage ne se font généralement pas attendre : souvent les mêmes interrogations ou incompréhensions qui reviennent : à quoi ça sert de croire en Dieu ? Pourquoi l'Eglise rejette-t-elle les homosexuels ? Les divorcés ? Crois-tu vraiment en la création en 7 jours ? Il est important de faire d'abord comprendre que les valeurs chrétiennes, même si elles sont souvent exigeantes, sont là pour nous aider à vivre une vie de Joie, d'Amour et de Paix, et donc de nous épanouir, et non pas de nous embêter. Il est également très important de nous informer et de nous former sur toutes ces questions, afin d'avoir des éléments de réponse. Cependant, en cas de doute, ne pas hésiter à faire appel à des personnes plus compétentes ! Il est assez formidable de constater que tous nos frères, même ceux qui semblent les plus récalcitrants, se posent des questions existentielles sur la religion. A nous de les épauler ! Pour cela, mieux vaut privilégier les discussions à deux, qui suppriment l'influence du groupe souvent contre-productive, et reflètent la pensée libre de la personne.
Nous avons également la responsabilité de nombreuses valeurs morales, qui sont actuellement un peu mises de côté par notre société qui uniformise et optimise à gogo. Restons humbles devant la Vie, ne cherchons pas à aller contre la marche normale de la nature, acceptons notre petitesse, nos différences, et cherchons les richesses de chacun. Ce qui ne veut pas dire refuser le progrès, mais avoir le bon sens de replacer les priorités à leur place normale. Pour faire respecter toutes les valeurs fondamentales de notre Foi, il est important que des chrétiens accèdent aux hautes sphères politiques, sociales, scientifiques, médiatiques, afin de faire passer des messages forts. Mais il est également indispensable que chacun de nous, sur le terrain, défende avec courage ces valeurs, par le biais d'associations, mais aussi dans la vie de tous les jours. Notre société actuelle a besoin d'entendre un message solide et fondé, qui lui donne des repères : à nous d'agir, n'ayons pas peur!
Dieu nous donne plusieurs outils pour nous aider à vivre cet engagement. D'abord, avant « de porter la lumière », il est indispensable « d'aller à la source » : sacrements, vie communautaire, grands rassemblements sont là pour nous fortifier, nous ressourcer, et nous rappeler que nous ne sommes pas tout seuls à mener ce beau « combat de l'Amour ». Et puis, n'oublions pas la prière, qui doit être notre pain quotidien qui nous rassasie, et que nous devons partager avec tous nos frères. Soyons des chrétiens intérieurs et actifs !