Numéro 244

 

Décembre 2007

SOMMAIRE

Actualité :
1858 - 2008 : 150ème anniversaire des apparitions à Lourdes

Dossier : Ensemble, servir la Parole de Dieu

« Le Seigneur m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle »
Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE

Redonner sa place à l'initiative de Dieu
François MOOG

Rencontre avec des catéchistes
Père Patrick SEMPERE

Témoignage : le but de la catéchèse, c'est de mettre quelqu'un en intimité avec Dieu
Marie-Noëlle BOUR

Le Congrès de la responsabilité catéchétique : Ecclésia 2007 à Lourdes
Odile GAUTRON

Témoignage : Ecclésia 2007 ou la rencontre sous toutes ses formes
Cécile DEPREZ

Comment la catéchèse participera-t-ele à la mission d'évangélisation ?
Mgr Christophe DUFOUR

« La retraite fondamentale », un itinéraire au service de l'évangélisation et de la formation
Foyers de Charité à « Ecclésia 2007 »

La catéchèse aujourd'hui en Amérique Latine
P
ère Hector RODRIGUEZ

De toutes nations

Un nouveau Foyer de Charité au Congo-Brazza : N.D. du Cénacle d'Ossio-sur-Nkéni.

Célébrer 50 ans de vie au Foyer de Spa-Nivezé, en Belgique

Au Foyer de Charité de Branguier, en Provence

Programme des retraites janvier-février-mars 2008

 

 

 

 

 

"Le Seigneur

m'a envoyé

porter la Bonne Nouvelle"

 

Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE
Evêque de Valence
Membre de la Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat

 

"Le Seigneur m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle," Lc. 4, 18.

Combien de fois dans l'Ecriture trouvons-nous cet appel, ce constat. Aujourd'hui, cette parole de Vie prend une coloration particulière par la mise en oeuvre du Texte national pour l'orientation de la Catéchèse en France(1) et après le Congrès Ecclesia 2007 que nous venons de vivre à Lourdes du 27 au 29 octobre 2007.

Des temps nouveaux

Le dernier texte de référence datait de 1979. Qui d'entre nous en 27 ans n'a pas vu des évolutions radicales dans de multiples domaines (technologie, communication, éthique, économie, éducation) ? Les mentalités se sont transformées, des liens nouveaux se sont tissés, des fossés se sont creusés.
Les enfants, les adolescents, les jeunes adultes, les parents sont façonnés aujourd'hui par une ou des cultures nouvelles véhiculées par des canaux forts divers.
Toute tâche éducative, toute structuration de la personne ne peut se réaliser qu'en prenant acte d'un monde concret et présent et non rêvé ou passé.

Si la société change, le rapport à l'Eglise change. Le lien, la fidélité à la foi, les références chrétiennes sont devenues floues. Le christianisme est plus ou moins respecté, toléré. Sa voix n'est qu'une voix parmi la symphonie des voix ; le rapport à la vérité en est changé. Plusieurs sociologues français ou d'autres pays signalent une rupture dans l'acte de transmission. Sans oublier que les propositions spirituelles, religieuses de toutes sortes sont aussi nombreuses que les produits dans les grandes surfaces. Et pour beaucoup l'Eglise n'intéresse plus ou représente un vestige du passé.
Nous prenons conscience de ces évolutions qui décapent, appauvrissent, affolent mais qui ont le mérite de bousculer, de faire retourner à la source qui est le Christ, de pousser à s'engager au service de l'humanité. Le Texte national pour la catéchèse essaie de tenir compte de ces mutations.

(1) Conférence des évêques de France,Bayard, Cerf, Fleurus Mame 2006.

Trois convictions

1ère conviction : Situer la responsabilité catéchétique dans la mission de l'évangélisation que reçoit l'Eglise.
C'est une évidence que la foi chrétienne semble beaucoup moins évidente qu'auparavant et moins portée par un environnement chrétien. Mais avez-vous remarqué toutes les chances nouvelles pour l'Evangile ? Quête de sens et de vérité ? Recherche d'un nouvel art de vivre ? Qu'est-ce que l'homme ?
Pourquoi vivre et risquer sa vie ? La catéchèse est au service de ces questions : faire résonner la première annonce de l'Evangile, accompagner au coeur de la foi, appeler à la conversion. Et par le fait même la catéchèse n'est pas réservée qu'aux enfants, mais à toutes les personnes qui laissent résonner, en elle, les paroles de vie du Christ.

2ème conviction : S'inspirer de la pédagogie du Christ, catéchiste et initiateur.
Les orientations et propositions souhaitent répondre à ce but permanent de la catéchèse qui est de conduire les chrétiens à une foi connue, célébrée, vécue par une pédagogie d'initiation. Pédagogie d'initiation qui est celle de Dieu envers son Peuple, qui est celle du Christ envers ceux qui l'écoutent et le suivent. "Jésus a soigné la formation des disciples qu'il a envoyés en mission. Il s'est proposé à eux à la fois comme l'unique Maître et comme l'ami patient et fidèle, il a exercé un véritable enseignement à travers toute sa vie ; en les stimulant par des questions appropriées, il les a initiés à la prière En Jésus, l'Eglise trouve la grâce transcendante, l'inspiration permanente, le modèle convaincant de toute communication de la foi". Directoire général pour la catéchèse, 1997, n° 137.

3ème conviction : Vivre la catéchèse dans des communautés missionnaires.
La responsabilité catéchétique n'est pas le monopole des catéchistes, des accompagnateurs du catéchuménat, de quelques spécialistes patentés. La responsabilité catéchétique est celle de toute l'Eglise, de tous les baptisés. La communauté est le lieu vital, indispensable et premier de la catéchèse.
"La catéchèse est intimement liée à toute la vie de l'Eglise. Quand la communauté se nourrit de la Parole de Dieu, quand elle se laisse conduire par les itinéraires de foi que la liturgie lui fait vivre, quand elle puise sa dynamique dans la vie sacramentelle, quand elle développe en son sein des occasions de partager les questions de foi, quand elle vit la réciprocité et l'attention mutuelle par un accueil et une charité inventive, quand elle se soucie de laisser toute leur place aux petits, quand elle participe activement à la vie de la cité et y atteste concrètement l'amour de Dieu, quand elle vit le pardon mutuel et connaît la joie de la réconciliation, quand elle découvre l'Esprit à l'oeuvre dans le monde, alors ces différentes facettes de la vie ecclésiale forment comme un "milieu nourricier où s'enracine l'expérience de foi." Texte National pour l'Orientation de la Catéchèse en France de la Conférence des Evêques de France, page 31.

Et maintenant :
Comme depuis les premiers disciples, nous avons ensemble à voir et entendre ce que l'Esprit-Saint dit à l'Eglise. Déjà de partout des initiatives se prennent, des propositions catéchétiques se multiplient, la préparation au sacrement de baptême, mariage, l'accompagnement des familles en deuil se renouvellent pour mieux proposer la foi.
L'élan insufflé par le Congrès Ecclésia 2007 soutiendra la réflexion et la mise en oeuvre du Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France durant les années à venir.

Rencontre

avec des catéchistes

 

Père Patrick SEMPÈRE
Paroisse St-Christophe de Javel à Paris

La catéchèse en général


La première perspective de la catéchèse est de faire découvrir, rencontrer, mieux connaître la personne du Christ aux enfants qui nous sont confiés.

Pour nous, catéchistes, c'est donc aussi une mise en route car, pour LE faire connaître, LUI, il faut Le connaître nous-mêmes. Nous avons aussi à contempler le Christ, à mieux l'aimer, à mieux le suivre pour devenir son ami afin de pouvoir en témoigner aux enfants par nos paroles, nos gestes, notre vie.

Vous voyez ainsi que la première qualité d'un catéchiste n'est pas la connaissance intellectuelle du contenu de la foi, une connaissance « livresque », mais son désir de mettre ses pas dans ceux du Christ. Autre façon de le dire : le catéchiste, avant tout, doit vouloir être disciple du Christ. Mais nous savons aussi que le désir, même s'il est vrai, ne signifie pas la réalisation immédiate de ce que nous désirons. Heureusement, Jésus nous rappelle que c'est par notre persévérance que nous serons sauvés, pas par notre réussite (cf. Lc 21,19).

Comment alors persévérer ? Comment grandir dans cette amitié du Christ ? Quatre pistes sont proposées par l'Eglise :
- La prière
- Les sacrements, particulièrement l'Eucharistie et la Réconciliation
- L'enseignement des Apôtres
- La charité
C'est ainsi qu'est décrite la première communauté chrétienne en Ac 2,42 : « Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». Vous voyez que le Catéchisme de l'Eglise catholique « n'invente rien » quand il propose quatre parties : 1/ la profession de foi ; 2/ les sacrements ; 3/ la vie morale ; 4/ la prière. Le catéchisme doit donc s'inscrire dans cette dynamique. On ne pourrait être catéchiste s'il y avait une remise en cause radicale d'un de ces chemins de rencontre du Seigneur. Il est impossible d'être disciple en refusant la Bible, ou en refusant les sacrements : « Je ne veux pas en entendre parler. Cela est dépassé ». Ensuite, que la prière, les sacrements, la Bible ou la charité posent question, que nous ayons des difficultés à les vivre, c'est la loi de tout chemin spirituel. J'aurais même envie de dire que c'est plutôt bon signe. Chacun de ces chemins est une rencontre du Christ, « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père, par qui tout a été fait » ! Pendant l'éternité, nous poursuivrons ce cheminement, nous grandirons toujours dans l'amour !

Vivant ainsi tant bien que mal - qui peut dire vivre en plénitude l'Eucharistie, ou la prière, ou la charité ? - ces différents aspects, il est possible de témoigner du Christ. Malgré nos faiblesses, nous pouvons être disciples de Jésus. Les apôtres n'ont pas passé de doctorat en théologie avant d'être envoyés par Jésus. Eux aussi devaient se poser pas mal de questions Mais ce n'est pas sur leur capacité qu'ils partent. C'est sur l'envoi du Maître. Pour nous aussi, en faisant confiance, en disant « oui » aujourd'hui, les choses se mettront peu à peu en place. Accepter de se mettre pauvrement à la suite du Christ est une attitude profondément chrétienne. Ce qui fait notre richesse, ce n'est pas ce que nous réussissons, c'est la remise de ce que nous sommes et faisons entre les mains du Christ. « Tu es béni Seigneur, Dieu de l'univers, toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et de notre travail. Nous te le présentons. Il deviendra pain de la vie éternelle ». Ce pain que nous présentons à Dieu, aussi pauvre soit-il, peut devenir pain de la vie éternelle. Si un jeune garçon n'avait pas présenté 5 pains, il n'y aurait pas eu de multiplication. Or qu'est-ce que 5 pains pour tant de monde ?
Ces fondements étant posés, je voudrais vous donner quelques caractéristiques de la catéchèse.

Quelques caractéristiques de la catéchèse

La catéchèse doit être un enseignement non pas improvisé mais réfléchi. Pour cela, il y a les parcours que nous suivrons, les préparations des séances, et quelques temps de formations. Le parcours est là pour nous aider, non pour nous emprisonner. Si, au cours d'une séance, une question posée par un enfant ouvre à une belle discussion dans l'équipe, il ne faut pas hésiter à la poursuivre, même si elle n'était pas prévue au programme. Les enfants n'auront pas un examen de fin d'année à passer ! Le catéchisme a comme perspective de mettre en route leur intelligence et leur cur à la suite du Christ.

Cet enseignement doit porter sur l'essentiel, sans vouloir aborder tous les aspects - tout n'est pas profitable à tout le monde -, mais sans avoir peur d'aborder des questions « difficiles ». Une année de catéchisme ne reste « qu'une » année. Après le CE2, il y aura le CM1, puis le CM2, puis l'aumônerie, puis le groupe étudiant De toute manière, c'est toute notre vie qu'il faudra poursuivre et reprendre ce que nous aurons déjà entendu et « compris » de Jésus Christ.

Dans cet enseignement, ce ne sont pas sur NOS questions que nous venons réfléchir avec les enfants. Ils ne se posent pas les mêmes. La catéchèse est une annonce explicite de la foi de l'Eglise. Pas de nos convictions. Cette annonce entraînera forcément des questions personnelles, voire des remises en question. Ce sera une occasion d'échanges entre catéchistes ou avec votre aumônier.

Cet enseignement n'est pas que théorique. La foi n'est pas une théorie mais une vie, une marche à la suite du Christ. D'où l'importance de la prière, des sacrements mais aussi de l'écoute, du respect, du pardon en équipe avec cette difficulté de l'absentéisme du dimanche. Les maisons à la campagne, les familles recomposées, la perte du sens du dimanche tout cela fait que la majorité des enfants ne sont pas présents à la messe.

Dans cette perspective, la découverte de la vie paroissiale est importante. Il est difficile de connaître le Christ en solitaire. Le catéchisme ne durera pas toute leur vie. Si pendant ces années, ils ne découvrent pas un minimum leur paroisse comme lieu accueillant, comme peuple qui essaye de vivre ce que dit le Christ, qui se rassemble autour de Lui particulièrement dans l'Eucharistie, s'ils ne conservent aucun souvenir de leur paroisse, ils n'auront pas l'idée d'y venir pour nourrir leur foi une fois le catéchisme terminé.

Cet enseignement tient compte des personnes que nous avons en face de nous. Compte tenu de la différence de niveau entre les enfants, ce que nous proposons est-il suffisamment ouvert pour que chacun puisse y trouver son compte ? Trop vague et ceux qui sont déjà éduqués dans la foi s'ennuient. Trop pointu et ceux qui débarquent ne comprennent rien. Le retour à l'Ecriture est fondamental. Rappelons-nous la prédication de Jésus aux foules. Parmi elles, des docteurs de la Loi, des pharisiens, mais aussi des artisans, de nouveaux venus Il ne fait pas de grandes théories. Avec des mots simples, avec des images simples, la vérité du Royaume est annoncée à chacun. Il nous faut réapprendre le vocabulaire de la Bible, ainsi que sa façon d'enseigner.

Un dernier aspect, peut-être le plus important : Autre est le semeur, autre le moissonneur. Nous ne nous rendons pas toujours compte, ou rarement, de ce que nous semons, de ce que nous faisons dans le cur des enfants. C'est quelquefois difficile à assumer. Mais une chose est sûre: l'Esprit Saint Lui est à l'uvre. Il est le premier évangélisateur. Nous ne sommes que ses serviteurs. Cela montre la grande confiance que Dieu nous fait.

Il a beaucoup été question des enfants. Ce sont bien eux que nous aurons en priorité. Mais il ne faut pas oublier leurs parents. Il n'est pas rare maintenant que ces parents soient eux-mêmes complètement perdus vis-à-vis des « choses de la foi ». Il ne faut pas les décourager, en leur faisant porter des fardeaux trop lourds que nous-mêmes n'avons pas à porter, mais les aider à prendre en main l'éducation spirituelle de leur enfant. Qu'avons-nous à faire pour « catéchiser » aussi les parents?

Je conclus : souvent on considère la catéchèse comme un service rendu à une paroisse. C'est vrai : vous prenez du temps malgré les nombreuses autres charges qui sont les vôtres. Mais il faut aussi nous rappeler que la catéchèse est un droit pour les enfants. Tout baptisé, en vertu de son baptême, possède le droit de recevoir un enseignement et une formation qui lui permette d'affermir sa connaissance du Christ. On parle beaucoup des droits de l'homme. La catéchèse en fait intégralement partie.


 

 

 

 

Témoignage

Ecclésia 2007 ou la rencontre sous toutes ses formes

Un forum spécifique s'est tenu dans le cadre du congrès Ecclésia. Différent des autres, car permanent, il s'est voulu le témoin d'expériences vécues et partagées.
Servir la Parole de Dieu, sous toutes les formes : à tous les âges de la vie, de manière liturgique, sacramentelle, dans des milieux de vie aussi différents que la campagne ou une cité ouvrière .
Au-delà d'un mouvement, d'une paroisse, d'une congrégation, l'expérience était moteur de la rencontre.
Nous avons eu la joie de découvrir la diversité, la créativité des uns et des autres et de partager un moment sous le regard du Seigneur. La plus grande richesse du congrès a été cette rencontre : chacun ouvert à l'autre, heureux de l'échange et partageant son expérience de foi sans préjugé, au coeur même du service commun de la transmission de la Parole.

Environ 100 expériences ont été ainsi exposées sous différentes formes. Les stands étaient les plus nombreux et les plus visibles, puisqu'à demeure, mais étaient aussi proposés des spectacles de rue ou des animations en temps réel.

Quel étonnement de voir surgir un clown au milieu de la foule. Un spectacle d'improvisation reprenant des histoires d'hommes, face à leur destin. Des conteurs qui racontent la métamorphose d'une sorcière reprenant peu à peu visage humain grâce au regard d'amour de sa fille.
Expérience de la Parole de Dieu lue en commun à voix haute : chacun en travaillant le texte, le méditant, le découpe en séquences et va ainsi se l'approprier pour le proclamer à plusieurs voix.
Nous avons pu découvrir comment une initiative ecclésiale a pu s'étendre à une ville entière. Le vitrail de Noël en est l'exemple : de la conception à la réalisation du vitrail d'une église, toute la ville a fini par se sentir interpellée et a participé à cette oeuvre. L'illustration vivante et dynamique que l'église est bien au coeur du monde.

Dans le même ordre d'idées, un lycée a eu la folle ambition de « relooker » sa chapelle. Projet confié au professeur d'arts plastiques qui a oeuvré pendant trois ans avec ses élèves. L'événement le plus remarquable dans cette démarche est la totale prise en main du projet par les élèves, quitte à se faire exclure d'autres cours pour pouvoir participer à l'entreprise.
Trois ans de conception, dessin, peintures et cuisson de faïence ont été nécessaires pour arriver à la réalisation finale. Une aventure exceptionnelle, qui ne se renouvelle pas tous les ans, mais quels souvenirs et quel témoignage ! Le plus étonnant est que le professeur, venu partager son expérience à Ecclésia, s'est rendu compte à ce moment-là de l'étendue de cette démarche, de sa portée mais aussi a découvert que la transmission de la foi n'était pas l'apanage de femmes : elle a découvert que des hommes, des maçons comme des avocats, des ouvriers comme des cadres étaient eux aussi au service de la Parole de Dieu. Ce n'est donc pas seulement l'expérience qui est alors en jeu mais son « porteur » qui découvre alors ce qui lui avait été caché, enfermé qu'il était dans son univers.

Bien sûr, beaucoup d'expériences exposent une réponse à une situation pastorale particulière dont l'enjeu n'est pas la reproduction. Ce qui est présent est la dynamique des chrétiens venus témoigner et, dans le même temps, la force et l'encouragement qu'ils reçoivent dans l'enthousiasme des rencontres vécues.
Pour certains, leur « petite » expérience de vie revêt alors une dimension insoupçonnée grâce au partage qu'ils en ont fait. Le bénéfice premier est l'encouragement vécu et l'élan donné pour repartir dans leur diocèse avec plus de foi dans leur mission.

Cécile DEPREZ
Membre de la Commission du Forum permanent
Service de la Catéchèse du diocèse de Paris


 

 

 

Témoignage

Un nouveau Foyer de Charité au Congo-Brazzaville

Dans le diocèse d'Owando (CONGO-Brazzaville), un deuxième Foyer de Charité vient de naître : le Foyer N.D. du Cénacle d'OSSIO-sur-Nkéni.

Cette naissance de notre Foyer, il faut bien l'avouer, est le fruit ou le résultat du souci et de la prière de notre évêque, M,onseigneur Ernest Kombo.

En effet, le diocèse d'Owando est le plus vaste territoire ecclésial des six diocèses que compte le Congo-Brazzaville car pastoralement parlant, notre diocèse dessert trois grands départements dans la partie nord du pays (les Plateaux, la Cuvette et la Cuvette-Ouest).

La pastorale d'évangélisation dans notre diocèse

Avec 18 missions catholiques pourvues de structures pastorales admissibles, héritage des missionnaires (spiritains et autres), notre diocèse compte progressivement plusieurs paroisses naissantes regroupant en même temps beaucoup de communautés des villages, plus ou moins distantes les unes des autres.

De manière générale, les Catholiques seraient légèrement majoritaires, suivis des protestants évangéliques.
Cependant, l'on observe une forte présence des sectes d'origine pentecôtistes et une bonne présence animiste, surtout dans des zones très éloignées de centres ruraux modernes.

Trois difficultés majeures, parmi tant d'autres, affectent la pastorale d'évangélisation dans notre diocèse, à savoir l'enclavement des différentes populations, dû soit à l'absence ou au mauvais état de voies de communication, soit aux grandes étendues de vasières marécageuses des plaines le long du fleuve Congo et ses grands affluents, rendant ainsi toutes circulation et communication quasi impossibles...
Mais il y a aussi le manque de personnes pour pourvoir au besoin pastoral réel de cette vaste étendue, même si aujourd'hui, la grâce nous offre chaque année des serviteurs pour la moisson du Seigneur.
Enfin, notons aussi le nombre croissant des sectes dont les "dégâts" psychologiques et même spirituels demeurent encore des motifs d'inquiétudes et d'angoisses, quant au détournement et à la manipulation des consciences...

Avec la grâce de la présence des Catéchistes dans certains milieux, le dépôt de la foi peut encore couver sous la cendre, Dieu merci, ce qui permet aux âmes de tenir la "lampe allumée".

C'est ce souci pastoral, avec les questions qu'il pose, qui a poussé notre évêque à tant réfléchir sur la formation de catéchistes, de manière à les doter de la capacité de mieux transmettre la foi reçue.

Où former les catéchistes ?

Dès lors, le cadre adapté à ce type de formation hantait l'esprit de l'évêque et, poussant encore plus loin ses interrogations, Mgr Kombo s'est rendu compte que le vrai problème résidait plutôt dans l'absence d'un lieu de ressourcement favorable à l'écoute, la méditation et l'accueil de la Parole de Dieu qui suscite la foi, l'espérance et la charité. Ceci, aussi bien pour les laïcs que pour les consacrés.

D'où ses lointains souvenirs de Foyers de Charité, en lien avec la retraite fondamentale prêchée pendant cinq jours dans un climat de profonde méditation, soutenue par une forte attitude de silence complet et de l'attention des membres du Foyer.

Fort donc de cette profonde conviction, cinq ans après mon ministère en paroisse, alors qu'il m'avait déjà annoncé une éventuelle formation permanente en Belgique, Mgr Kombo me dit dans son bureau :" Plutôt qu'en Belgique, l'Esprit Saint me suggère de t'en détourner pour Châteauneuf-de-Galaure en France."

"Pour quelles études académiques là-bas, Monseigneur ?", lui répondis-je

"Je ne sais pas, tu me le diras une fois arrivé sur le lieu... Mais je pense que notre diocèse a plutôt besoin d'âmes formées qui deviennent, à leur tour, de vrais témoins de l'Evangile, avec la possibilité de le transmettre à leur tour. Avec la retraite fondamentale prêchée dans les Foyers de Charité, un souffle nouveau pourrait imprégner notre pastorale et notre attention spirituelle... En plus, tu vois bien combien il nous manque, même à nous consacrés, un lieu digne de ressourcement pour nous nourrir... Cela ne me laisse pas le coeur en paix... As-tu compris tout de même ?"

"Oui, père évêque, sans trop comprendre ce que c'est que Châteauneuf-de-Galaure, sur votre discernement suggéré par l'Esprit Saint, j'y vais."

"Connais-tu l'histoire de Marthe Robin ?"
"Pas trop bien, père. »
"C'est avec elle et un certain père Finet que la grâce de Foyer de Charité s'est répandue dans le monde..."

A mon retour de Châteauneuf et, après un temps d'approfondissement au Foyer du Cap des Biches (Dakar, au Sénégal), lui rapportant les grâces et les merveilles découvertes, un peu comme les 72 envoyés, deux par deux, par le Seigneur, Monseigneur me dit :"Comprends que, quelquefois, l'Esprit Saint suggère de bonnes choses aux évêques."

Un lieu de ressourcement vient de naître

Voilà comment, chez nous en 2002, a commencé cette aventure et qui est devenue une réalité le 8 septembre 2007 à 16 H à Ossio, dans le district de Gamboma.

Conçu par le Seigneur Lui-même, avec la grâce de Marthe et du père Finet, entouré de la prière de tous les Foyers et des amis, nos parents aussi, notre Foyer de Charité a été reçu dans le coeur de notre évêque pour répondre au besoin pastoral de notre peuple.

Aujourd'hui, c'est en pleine communion avec Mgr Kombo et avec la prière de chacun que Nelly Madzou et moi-même accueillons à notre tour et assumons l'enracinement de cette "Oeuvre splendide" du Seigneur, pour la faire croître aux dimensions de son rayonnement.

Ainsi, sous le signe de notre salut par la rédemption du Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, la naissance de notre Foyer a été marquée par deux signes forts :

D'abord, en ce samedi 8 septembre 2007, la solennité de la Nativité de la Vierge Marie, Reine de l'Univers et Mère du Foyer, car c'est en fait Elle qui accueille et qui règne dans le Foyer. Sous ce signe, nous lui redisons notre grande confiance en ce qu'elle nous suggérera au quotidien de cette nouvelle famille qui naît. Comme le rappelle souvent le père Michon, nous entrons, avec Marie, dans une spirale de confiance à travers notre consécration de tous les jours, à Jésus, par Marie.

Ensuite, l'implantation - au sommet d'une termitière - de la croix de la victoire et de l'espérance , témoin de l'événement, sur le terrain du Foyer. Ce fut un moment fort et sensationnel qui a vu les fidèles chrétiens de Gamboma, tout le Foyer de Charité de Pointe Noire, les amis et les consacrés présents , porter tour à tour, de l'église de Gamboma au terrain (à peu près 2 km), cette croix en fer de cinq mètres de longueur, sous un ciel clair et doux, accompagné des chants et des danses religieuses. Nous sommes nés dans le Coeur percé de Jésus sur la Croix qui, par sa Résurrection d'entre les morts, porte au monde un message de victoire et d'espérance.
Avec Nelly, nous nous sommes bien rappelé qu'avec la présence de la Croix du Seigneur, accueillie dans la foi, notre soeur Marthe est bien là qui nous assiste et nous accompagne.

Au pied de la croix plantée, nous avons vécu les cérémonies traditionnelles et religieuses de bénédiction par le chef terrien d'Ossio, Monsieur Gabriel Djbril Ndion et notre vicaire Général, Mgr Justin Singha : Le Christ s'implante dans une culture qui l'accueille, pour la transformer et la diviniser.

Père Apollinaire TOUTA MOUPANA
Foyer de Charité « N.D. du Cénacle d'Ossio »
au Congo-Brazza