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Numéro 245
Février 2008 |
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SOMMAIRE
Février 2008
Actualité
: Lettre encyclique de Benoît XVI
« Dans l'espérance
nous avons tous été sauvés »
Père Jacques Ravanel
Dossier : Etre femme
Etre femme : une vocation
Marie-Françoise VINCENT
Témoignages
Le choix d'une femme entre travail et famille
J'essaie de vivre avec mon temps
Qui
donc est Marie pour nous être si utile ?
Père Bernard MICHON
Témoignages
Mère et collaboratrice de mon ministère
A l'écoute réelle l'un de l'autre
La femme
avec ceux qui souffrent
Marie-Hélène MATHIEU
Témoignages
Ma vie de femme consacrée à Dieu
La pédagogie TeenSTAR
Lettre de Jean-Paul II aux femmes
De toutes nations
Au Foyer "Sainte Famille"
à Madagascar
Au Foyer de Roquefort-les-Pins
Programme des Retraites avril-mai-juin 2008
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"Dans l'espérance, nous avons tous été sauvés" |
Père Jacques RAVANEL, Foyer de La Flatière
« Dans l'espérance »
Dans son encyclique «Dans l'espérance nous avons tous été sauvés » (Rm 8/24), le Pape nous invite à goûter la joie de l'espérance chrétienne. Dans une première partie il nous rappelle, comme Saint Paul aux Ephésiens, qu'avant notre rencontre avec le Christ, nous étions dans un monde sans espérance, mais la foi nous établit dans l'espérance. Il attire ensuite notre attention sur ce que signifie « la vie éternelle ». Après un long parcours à travers la Tradition vivante de l'Eglise, les temps modernes sont abordés dans la spécificité de leur réflexion. Il termine par la description de la vraie physionomie de l'espérance chrétienne et nous encourage à la découvrir dans la prière, l'action et le jugement dernier (n.43). Il conclut dans la confiance en la Vierge : « Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi».
Foi et espérance
Benoit XVI se place résolument sur le terrain de la foi. Il ne s'agit pas de réfléchir avec notre intelligence mais en reconnaissant que nous nous appuyons sur notre raison éclairée par la lumière divine. Nous pouvons alors « croire » en l'espérance en sachant que le Seigneur lui-même nous fait le don de la foi et de l'espérance. C'est pourquoi le Pape s'appuie sur l'Ecriture, la parole de Dieu : « Dans l'espérance nous avons été sauvés » (Rm 8, 24).
Cette rencontre avec Jésus nous aide à être forts dans l'adversité « Vous ne devez pas être abattus comme les autres qui n'ont pas d'espérance » (Th 4, 13). Nous comprenons tous ce que signifie l'espérance en relisant le témoignage de l'Africaine Bakhita canonisée par Jean Paul II. Ayant vécu le drame d'une enfance douloureuse au Darfour, où elle fut vendue plusieurs fois comme esclave, elle découvre à Venise, chez son nouveau maître qu'elle est aimée de Dieu qui est le Maître au-dessus de tous les maîtres. Elle est plongée dans la foi en l'espérance : « Je suis attendue par cet Amour ».(n.3)
Nous ne sommes plus esclaves
de l'univers selon les dieux de Rome. Nous sommes libres : «
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien [] si je traverse
les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec
moi » (Ps 22, 1).
La rencontre avec le Dieu vivant transformait de l'intérieur
la vie et le monde. Une société nouvelle apparaissait
s'inspirant du chapitre II de l'Epître aux Hébreux.
Le Pape enracine ses certitudes dans la parole de Dieu : «
or la foi est la garantie des biens que l'on espère, la
preuve des réalités qu'on ne voit pas ». Benoit
XVI fait une analyse exégétique poussée :
« La foi n'est pas seulement une tension personnelle vers
les biens qui doivent venir, mais qui sont encore absents ; elle
nous donne quelque chose. Elle attire l'avenir dans le présent.
Le présent est touché par la réalité
future [n.7] La foi confère à la vie une base nouvelle
(n.8) ». Par la suite, un François d'Assise, après
les martyrs, renonçant à tous les biens du monde,
manifestera les vrais biens de l'espérance du Royaume.
D'où les vertus de patience et d'attente de l'Amour vivant
du Seigneur.
La vie éternelle
Le Pape s'exprime d'une manière
concrète. Les parents qui demandent le baptême pour
leurs enfants souhaitent plus qu'une entrée dans l'Eglise,
ils demandent la foi, la communion avec les croyants, la «
vie bienheureuse », la vie avec Jésus. Nous ne savons
pas ce que nous demandons, mais nous savons que cette réalité
doit exister. «Cette chose inconnue est la véritable
espérance » (n.12), moment d'immersion dans l'océan
d'amour infini où nous sommes comblés de joie :
« Je vous reverrai et votre coeur se réjouira
; et votre joie personne ne vous l'enlèvera » (Jn
16, 22).
Evidemment, l'espérance chrétienne ne saurait
être individualiste. S'appuyant sur les écrits du
père de Lubac, le Pape nous rappelle, avec les Père
de l'Eglise, que nous sommes des êtres de communion, que
nous ne pouvons pas vivre seuls. Le péché détruit
l'unité des chrétiens : « Que tous soient
uns » priait Jésus (Jn 17, ). Le Pape nous montre
comment à travers Bernard de Clairvaux et d'autres moines,
les contemplatifs attirent les hommes dans l'espérance
joyeuse de Jésus et de son Royaume.
L'espérance dans les temps modernes.
Au plan spirituel, le Pape
se sent responsable de « tous » les hommes que Dieu
veut sauver (1Tm 4, 10). Il s'efforce de répondre aux objections
des athées ou déistes par des raisonnements logiques
et ne peut s'appuyer sur l'intelligence éclairée
par la lumière de la Foi car ils ne connaissent pas l'espérance
miséricordieuse de la tendresse de Dieu. Il termine en
encourageant les chrétiens à vivre leur mission
dans leur prière pour le salut du monde et en agissant
concrètement pour endiguer le mal sur cette terre par la
recherche de la paix et le partage des biens.
La déchristianisation, de nos jours, tend à transformer
l'espérance en recherche de progrès humains. Dans
notre vie nous constatons une évolution continue de notre
personne. Nous découvrons peu à peu que le présent
est sans cesse dans l'attente d'un avenir, d'une nouvelle année,
qui nous permettra de réaliser ce que nous n'avons pas
pu faire dans le passé. Enfant, nous rêvons de devenir
adulte, adulte il nous semble normal de transformer l'instant
présent en un monde meilleur qui devrait être source
de joie. La science fait sans cesse des découvertes qui
nous apparaissent comme un progrès. Nous nous prenons à
rêver d'un monde utopique où tout serait merveilleux.
Le progrès remplace la foi.
La restauration du «
paradis » perdu n'est plus à attendre de la foi mais
des découvertes de la science (n. 18 et 19). Le Pape fait
une analyse des penseurs des deux derniers siècles qui
ont conduit à la synthèse Marxiste. Il démontre
facilement qu'après l'effondrement du mur de Berlin les
promesses proposées par les marxismes divers n'ont pas
été tenues (n.20).
Quant au jugement dernier, le Saint Père le perçoit
principalement comme « source d'espérance »
Comment peut-il s'exprimer ainsi alors que la majorité
des hommes nourrissent une angoisse profonde devant cette perspective
: « L'image du Jugement final est en premier lieu non pas
une image terrifiante, mais une image d'espérance »
(n.44).
Nous sommes dans un monde où le mal et l'injustice l'emportent.
Combien les humbles demeurent écrasés par les puissants.
Au coeur de l'homme, la soif de la vérité exige
que soit dénoncé le mensonge et que la lumière
luise dans les ténèbres (Jn 1, 5).
Le scandale de la mort de Jésus est dépassé
par la Miséricorde Divine : « Pardonne-leur, ils
ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23, 34). En Dieu,
la lumière de la miséricorde éclaire les
ténèbres. La justice Divine nous ouvre la voie de
la conversion et de la purification par le purgatoire qui rend
possible une éternité dans la joie et dans l'Amour.
Le chemin de la Résurrection est déjà commencé
sur cette terre. (Eph. 1, 10).
« La vie éternelle, c'est de te connaître,
toi le seul Dieu, le vrai Dieu et de connaître celui que
tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3).
Le Pape termine en nous invitant à la prière,
école de l'espérance. Il évoque la situation
du Cardinal Nguyên van Thuan (13 années de prison
dont 9 en isolement) : « si personne ne m'écoute
plus, Dieu m'écoute encore », cette pensée
fut pour lui une source d'espérance. (n.32).
Agir et souffrir deviennent des lieux d'apprentissage de l'espérance.
Le règne de Dieu est un don, et c'est justement pour cela
qu'il est grand et beau et constitue la réponse à
l'espérance (n.35). Il m'a délivré de ces
maux (camps de concentration) et il me les convertit en douceur,
parce que dans tous les siècles est sa miséricorde
» dira un martyr vietnamien Paul le-Bao-Tinh (mort en 1857).
« Dieu ne peut pas souffrir mais compatir » précisera
Bernard de Clairvaux (n.39).
« Mère de l'Espérance [] indique-nous le chemin
vers son Règne, Etoile de la mer brille sur nous et sconduis-nous
ur notre route » (n.50).
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"Qui donc est
Marie,
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Père Bernard MICHON
La manière la plus
sûre de parler de la Vierge, c'est de parler d'elle comme
le fait l'Ecriture : elle est la Vierge, la Femme et la Mère.
Elle est la Vierge (parthénos), comme saint Luc le dit deux fois de suite : Lc 1, 27. Cette virginité n'est pas un refus ou une peur, mais la décision d'être totalement donnée - avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis - aux affaires du Seigneur : « Me voici, pour servir le Seigneur ».
Le judaïsme ignore ce
sens positif de la virginité comme don total à Dieu.
Si Jérémie est resté célibataire,
c'est que la confusion est telle à Jérusalem qu'il
n'a ni le temps ni la liberté de se marier. Par contre,
l'Esprit Saint de Pentecôte va faire jaillir dans les communautés
chrétiennes ce désir de se donner entièrement
à Dieu et à la mission : à Césarée-sur-Mer
- le grand port construit par les Romains et équipé
pour les congés des légions romaines - le diacre
Philippe a quatre filles qui veulent toutes les quatre rester
" parthénoi " (Ac 21, 9). A Corinthe,
célèbre aussi pour ses pratiques érotiques,
dans la communauté chrétienne il y a des soeurs
(entendez par là des jeunes filles chrétiennes)
qui ne veulent pas se marier comme les autres, pour être
données « sans partage (a-peripastos) au Seigneur
» (1 Cor 7, 35). Sans-partage : voilà la virginité
évangélique.
C'est pourquoi celui
ou celle - vierge ou non! - qui se tourne vers Marie, parce que
Vierge, Marie va l'entraîner vers Dieu. Sa virginité
est toute théocentrique. Voilà ce qu'il faut expérimenter
pour en être convaincu. Alors le raisonnement de s'adresser
directement à Dieu plutôt qu'à ses saints
s'effondre.
Elle est la Femme, selon le langage de l'Ecriture, c'est-à-dire celle que Dieu veut à nos côtés. Avec l'Ecriture (Gn 2, 18 à 25), la tradition juive a beaucoup à nous apprendre sur la vocation de la femme : c'est Dieu qui a pensé à la femme en premier (Gn 2, 18). S'il la voit comme une « aide » pour l'homme, cela ne signifie pas qu'elle soit moindre, car lorsque je dis à Dieu « Dieu, viens à mon aide », je ne le considère pas plus petit que moi. Et comme geste symbolique, Dieu prend le côté d'Adam. Hommes et femmes, Dieu les veut au côté les uns des autres (Gn 2, 22). Et si le Seigneur Dieu « bâtit » la femme (Gn 2, 22) avec le côté de l'homme, c'est en pensant à Salomon qui allait bâtir le Temple de Jérusalem. En effet, la femme a la même vocation que le Temple : rayonner une Présence. La femme peut recevoir, développer et donner la vie. Elle est médiatrice de vie ; et si elle l'oublie, elle devient séductrice. Bref, la vocation de la femme c'est d'être un tabernacle. « Alors, le Seigneur Dieu amena à l'homme cette femme qu'il venait de bâtir » (22). Ce n'est pas l'homme qui est allé la chercher. « Pour se marier, disent les rabbins, le païen "prend" femme. Par contre, pour se marier le croyant "reçoit" femme de Dieu ». Le mariage n'est pas une loterie, c'est une vocation : c'est Dieu qui nous veut les uns au côté des autres.
Si Jésus appelle sa Mère « ô Femme » à Cana et à la Croix, c'est parce que telle est sa mission : elle est à son côté, elle sera à nos côtés. Elle ne fait rien à notre place, mais nous aide en tout. A vérifier, et vous en serez émerveillés ! C'est la vraie-connaissance !
Elle est la Mère : bien sûr, celle qui transmet la vie, qu'elle a elle-même reçue, avec une note de fidélité et de tendresse : elle a des "entrailles" de mère. Mais elle est mère aussi parce qu'elle nous "élève", dans tous les sens du mot. Elle nous fait grandir et progresser à tous points de vue : dans notre humanité, dans notre devoir d'état, et jusque dans notre union à Dieu. Tout nous vient de Dieu par Jésus-Christ, et Marie est là - si nous le voulons bien - pour nous faire grandir en toutes circonstances. En particulier, comme une bonne éducatrice - en bonne " maîtresse " comme dit Grignion de Montfort -, elle est remarquable pour nous aider à tirer une leçon de nos erreurs, un progrès de nos péchés. Elle est non seulement " Mère de Miséricorde " parce qu'elle est la première à tourner la page, mais aussi avec une délicatesse exquise elle nous fait tirer un bien d'un mal. Quelle femme ! Quelle éducatrice hors pair ! Seule l'expérience t'en convaincra, cher retraitant, même si tu t'estimes grand pécheur ou sans " chromosome bleu ", c'est-à-dire peu attiré par les dévotions, apparitions et locutions mariales « A partir de cette heure, le disciple la reçut chez lui » (Jn 19, 27).
Pour finir, n'oubliez pas dans les jours qui viennent de confier à la Vierge Marie une difficulté, un souci, un progrès, pour que sans tarder vous puissiez vérifier que dans sa virginité, elle vous tourne vers Die,u, que dans sa féminité elle est toujours à vos côtés, et que dans sa maternité elle vous fait grandir de mille manières Et ainsi la retraite portera beaucoup de fruits !
Extraits de l'enseignement
du père Michon
sur « Notre Consécration à Jésus par
Marie », à la fin de toutes ses retraites.
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La femme avec ceux qui souffrent |
Marie-Hélène MATHIEU, fondatrice de l'Office chrétien des personnes handicapées et cofondatrice, avec Jean Vanier, de "Foi et Lumière"
Qu'attendent ceux qui
souffrent ? Y a-t-il un rôle spécifique de la femme
auprès d'eux ? Quelle est cette compassion dite «
féminine » ?
Voici quelques
réflexions à partir de la souffrance dont j'ai été
proche depuis une trentaine d'années : celle des parents
dont l'enfant est handicapé et ne sera jamais comme les
autres. Quand une telle épreuve arrive, c'est une rupture
totale dans la vie d'une famille ! On a tendance, à ce
moment-là, à se recroqueviller, à ne plus
voir personne. Nos proches ne savent pas toujours que faire :
féliciter pour la naissance ? Apporter des fleurs ? Ce
qui devrait être un moment de fête se transforme en
moment de deuil.
Il n'est pas si facile de répondre à l'attente de
ceux qui souffrent.
Qu'attendent-ils de nous ?
Il y a d'abord le soulagement
immédiat de la douleur, bien sûr. « J'avais
faim, tu m'as donné à manger, j'étais nu,
tu m'as vêtu ».
Mais même lorsque ce soulagement matériel est
réalisable, la personne en souffrance a besoin du sourire
de celui qui donne le pain, autant que du pain. La présence
amie rassure et console ! La maman dont l'enfant pleure parce
qu'il s'est fait mal, le sait bien : il suffit qu'elle le prenne
dans ses bras, déjà, il se sent mieux ! En dehors
du secours immédiat parfois possible, c'est vraiment de
présence et d'amitié dont on a besoin quand on souffre
: la présence aimée atténue la souffrance.
Face à la souffrance l'homme et la femme réagissent différemment
Or face à la souffrance,
la présence féminine apporte quelque chose de spécifique.
Malgré une égalité de nature et de dignité,
l'homme et la femme réagissent différemment devant
la douleur ; leurs comportements sont, en général,
complémentaires. Par vocation naturelle toute femme, qu'elle
ait connu ou non une maternité physique, a vocation à
la vie, à porter l'enfant, à le nourrir de sa propre
chair. Chaque mois, la nature le lui rappelle
Cette aptitude à la maternité physique lui donne
une aptitude particulière à la maternité
spirituelle. Toute femme, même si elle n'est pas appelée
au mariage, est faite pour donner vie, en comprendre la fragilité,
l'entourer quand elle défaille.
La nature de l'homme ne l'appelle pas à porter, en sa chair,
une vie nouvelle ; il est plus désemparé face aux
blessures sans solutions immédiates et demandant d'abord
une aptitude silencieuse du « souffrir avec ». Son
coeur est capable de grande compassion (cf le bon Samaritain de
l'Evangile !), mais cela vient plutôt chez lui de la raison
que de la spontanéité. J'ai vu des pères
d'enfants handicapés, se comporter avec une compassion
toute maternelle. De fait, l'homme a en lui ces qualités
affectives, dites féminines -que Jung appelle l' «
anima »-, comme la femme possède ces qualités,
dites masculines, de rationalité, l' « animus »
; mais les proportions varient (on constate hélas, aujourd'hui,
une tendance chez la femme à développer l'animus
alors que l'anima n'est pas assez encouragé que ce soit
chez l'un ou chez l'autre).
« Souffrir avec », ce rôle si spécifiquement féminin
C'est là ce qui rend
difficile l'exercice de la compassion. Car même si la nature
féminine est portée naturellement au soulagement
de la souffrance, aller à la rencontre de ceux qui sont
atteints de façon grave, voir irrémédiable,
est une épreuve. Souvent, même chez la femme, le
premier mouvement est la fuite : on se trouve devant la porte
d'une famille endeuillée soudain par la perte d'un enfant
et l'on n'ose frapper, la tentation est de fuir : « que
vais-je dire ? Alors qu'il n'y a pas à dire ni à
faire, simplement à être là, à «
souffrir avec », compatir (« pâtir avec »)
« Compatir » c'est-à-dire aller au-delà
de la présence, entrer dans la souffrance de l'autre, la
deviner. La femme a plus naturellement cette faculté de
savoir « se mettre à la place de l'autre ».
Elle devine ce qui se passe. Aux noces de Cana, alors que personne
ne s'est aperçu de rien, Marie devine qu'il n'y a plus
de vin...
Ce n'est pas par hasard si le nombre des infirmières est
trois fois plus élevé que celui des infirmiers ou
si la compassion féminine est chantée depuis toujours
par la sagesse populaire, ne serait-ce que dans les contes pour
enfants : Blanche Neige auprès des sept nains, La Belle
et la Bête, et tant d'autres !
Parce qu'elle devine, la femme possède un don propre pour
soulager, inventer les solutions de l'amour là où
le raisonnement ne suffit pas. Elle voit et agit avant même
de raisonner. Elle a cette capacité de présence,
même lorsqu'il n'y a plus rien à faire.
Pour en avoir la force, c'est auprès de Marie que nous
pouvons la puiser. Demeurée au pied de la Croix où
son Fils est cloué, elle ne peut rien faire mais elle est
là, offrande avec Lui ; elle n'est pas repliée sur
sa douleur à elle, elle encourage, soutient, pour que l'oeuvre
du Père s'accomplisse... Dans ces trois terribles heures
du Golgotha, Marie, au moment où son Fils lui est repris,
nous apprend la compassion, la force de « souffrir avec
», en donnant.
Accepter de « souffrir avec » celui qui souffre, cette
aptitude de la femme forte, transforme le monde.
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Merci
à toi, femme, pour le seul fait d'être femme ! |
Lettre de Jean-Paul II
aux femmes - 29 juin 1995
pour la quatrième Conférence mondiale sur la femme
à Pékin, organisée par l'ONU, en septembre
1995
Le merci adressé au Seigneur pour son dessein sur la vocation et la mission de la femme dans le monde devient un merci concret et direct aux femmes, à chacune des femmes, pour ce qu'elles représentent dans la vie de l'humanité.
Merci à toi, femme-mère, qui accueilles en ton sein l'être humain dans la joie et dans la peine d'une expérience unique par laquelle tu deviens sourire de Dieu pour l'enfant qui vient au monde, tu deviens le guide de ses premiers pas, le soutien de sa croissance, puis le point de repère sur le chemin de sa vie.
Merci à toi, femme-épouse, qui unis d'une façon irrévocable ton destin à celui d'un homme, dans une relation de don réciproque, au service de la communion et de la vie.
Merci à toi, femme-fille et femme-soeur, qui apportes au foyer familial puis dans le complexe de la vie sociale les richesses de ta sensibilité, de ton intuition, de ta générosité et de ta constance.
Merci à toi, femme-au-travail, engagée dans tous les secteurs de la vie sociale, économique, culturelle, artistique, politique, pour ta contribution irremplaçable à l'élaboration d'une culture qui puisse allier la raison et le sentiment, à une conception de la vie toujours ouverte au sens du « mystère », à l'édification de structures économiques et politiques humainement plus riches.
Merci à toi, femme-consacrée, qui, à la suite de la plus grande des femmes, la Mère du Christ, Verbe incarné, t'ouvres en toute docilité et fidélité à l'amour de Dieu, aidant ainsi l'Église et l'humanité entière à donner à Dieu une réponse « sponsale » qui exprime merveilleusement la communion qu'il veut établir avec sa créature.
Merci à toi, femme, pour le seul fait d'être femme! Par la perception propre à ta féminité, tu enrichis la compréhension du monde et tu contribues à la pleine vérité des relations humaines.