Numéro 251

Février 2009

SOMMAIRE


Actualité :
VIe Rencontre Mondiale des Familles à Mexico
Père François CHAUVET

Dossier : Jubilé 2009 -Saint Curé d'Ars

Parole du Curé d'Ars
Le Curé d'Ars et l'évangélisation
Mgr Guy BAGNARD
Le Prêtre
Marthe Robin
L'enfance du Curé d'Ars, les fondements d'une vocation
Père Jean-Philippe NAULT

Témoignages :
Le Curé d'Ars nous parle par son témoignage vie et par sa pensée
Père Marcel MINLO AHANDA
Le Saint Curé d'Ars dans ma vocation de prêtre
Père Emmanuel AINE

La vocation du Père Finet à Ars
Père FINET

Témoignages :
Action de grâce et invitations
Père Laurent BOUCLY
Vocation et missions des laïcs dans la Société Jean-Marie Vianney

De toutes nations :
Au Foyer de Charité de Remera, au Rwanda
Au Foyer de Charité du « Buisson Ardent au Burkina Faso
Au Foyer de Binh Trieu, au Vietnam
Au Foyer de Vellore, en Inde
Adieu au père Michel Rochefeuille, père du Foyer de Charité de La Réunion

Programme des Retraites mars-avril 2009



 


Le monument de la Rencontre
Photo Ro Melkers

Le Curé d'Ars
et l'évangélisation

 

Mgr Guy BAGNARD, évêque de Belley-Ars

Jean-Marie Vianney est mort le 4 août 1859 ; il s'est éteint dans une profonde sérénité, entouré de ses familiers, au pied de son lit. Quand on vient en pèlerinage à Ars, on peut voir encore sa chambre telle qu'elle était au moment de sa mort. Il avait 73 ans. Cette année 2009, il y aura donc 150 ans qu'il nous a quittés. Depuis sa mort, de nombreux événements ont eu lieu, qui ont contribué à étendre son rayonnement dans le monde entier. J'en énumère quelques uns, parmi les plus importants : Il a été béatifié le 8 janvier 1905 par le Pape saint Pie X qui, le 12 avril suivant, le déclare "patron de tous les prêtres ayant charge d'âmes en France et dans toutes les contrées soumises à la France." Le 31 mai 1925, il a été canonisé par le Pape Pie XI qui l'a déclaré patron de tous les curés de l'univers catholique, le 23 avril 1929. A l'occasion du centième anniversaire de la mort du Saint Curé, le pape Jean XXIII lui a consacré une encyclique entière. Rares sont les saints qui ont fait l'objet d'une encyclique de la part d'un pape. Enfin, le 6 octobre 1986, Jean-Paul II est venu comme pèlerin à Ars. Au cours de la Messe qu'il a célébrée sur une grande prairie, à proximité du village, il a dit dans son homélie : "Le Christ s'est bien arrêté ici, à Ars, au temps où Jean-Marie Vianney y était curé. Oui, il s'est arrêté. Il a vu les foules des hommes et des femmes du siècle dernier qui "étaient fatiguées", comme des brebis sans berger. Le Christ s'est arrêté ici comme le Bon Pasteur."

Qu'est-ce qui a amené l'Eglise à entourer cet obscur prêtre de campagne d'une telle considération ?
Qu'est-ce qui a conduit les foules à le couvrir d'éloges, à venir se presser autour de lui, à le considérer comme un saint dès son vivant ? On peut répondre sans hésiter et sans risque de se tromper : c'est parce que ce prêtre a été un grand évangélisateur ; c'est parce que ses paroles et sa vie, touchaient les curs à une grande profondeur. C'est parce que, comme l'a dit Jean-Paul II dans son homélie du 6 octobre 1986, toute sa vie rappelait celle de Jésus. Elle en était comme le miroir : "Le Christ s'est arrêté à Ars !"

Comment ce prêtre, apparemment sans grande capacité, a-t-il évangélisé ? Quel sont les moyens dont il s'est servi ?
A la différence des missionnaires qui partent au loin, pour faire connaître l'Evangile à des populations qui n'ont jamais entendu parler du Christ, Jean-Marie Vianney, lui, est resté sur place ; durant 41 ans, il a été curé de la même paroisse.

Le premier enseignement qu'il nous donne, c'est bien celui-là : l'évangélisation ne consiste pas d'abord à partir au loin. On peut rester sur place ! Mais, quel que soit l'endroit où l'on se trouve, il faut y demeurer, à la manière de Jésus. C'est-à-dire que la vie du véritable évangélisateur est une route qui conduit vers Jésus. Le grand tourment de Mère Térésa était justement celui-là : "J'ai peur, disait-elle, qu'on ne regarde que moi et que l'on oublie Jésus." Quel que soit le lieu où nous sommes, notre vie peut conduire à Jésus. Mais elle peut aussi ne pas faire penser à Lui, ou même, parfois, elle peut Lui faire écran. C'est l'enjeu de toute vie chrétienne.

Peu importe donc le lieu ! Mais, par contre, ce que l'on "est" est capital. Jean-Marie Vianney "était" prêtre ; il s'est mis progressivement à l'être, pleinement, totalement, si bien qu'il n'y avait plus de distance entre le Christ et lui. L'un des pèlerins disait, après avoir rencontré le Curé d'Ars : "J'ai vu Dieu dans un homme." Jean-Marie Vianney faisait penser au Christ, Bon Pasteur.

Les moyens qu'il a utilisés sont extrêmement simples : ce sont ceux qui sont à la disposition de tout prêtre : la prière, les sacrements, la catéchèse, le service des pauvres. Bref, la charité pastorale, partout et toujours ! D'une certaine façon, il a fait tout ce que font les prêtres sans rien y ajouter, mais il l'a fait avec un tel élan, un tel engagement de toute sa personne, que les moyens les plus ordinaires ont produit des fruits exceptionnels. Comme le dit Bernanos, à propos de saint François d'Assise, sous sa main, ses actions se sont mises à fleurir comme une haie de printemps.

Par exemple, la prière. Quoi de plus naturel pour un prêtre que de prier ! Mais chez Jean-Marie Vianney, la prière était devenue la respiration de son âme. C'était l'horizon sur lequel se détachait la moindre de ses activités. Une prière constante ! Elle fut le premier signe qui révéla aux paroissiens d'Ars qu'ils n'avaient pas accueilli chez eux un curé comme les autres. Les paysans qui partaient tôt le matin dans les champs voyaient briller déjà une petite lumière à travers les fenêtre de l'église. On s'interrogeait ! Et bien vite, on comprit que le curé était debout avant tout le monde ; dès 3-4 heures du matin, il se tenait au pied du tabernacle comme "un petit chien aux pieds de son maître", ainsi qu'il aimait à le dire. Et les gens disaient : on a un curé qui vit dans l'église. Et que demandait-il dans sa prière ? Par certaines de ses confidences, on sait qu'une ardente et fréquente supplication montait de ses lèvres : "Seigneur, convertissez ma paroisse." Il savait que la clé de la fécondité de son ministère était entre les mains de Dieu et non pas entre le siennes. L'évangélisateur peut bien apporter l'eau, l'engrais qui va faire grandir les plantes, mais "c'est Dieu qui donne la croissance". Sa foi en la puissance de Dieu irradiait son ministère. C'est ce qui frappait les gens du village ! Eux-mêmes, à son contact, se transformèrent progressivement. La foi du curé passait dans le cur des paroissiens. Beaucoup d'entre eux prirent l'habitude, au cours de la journée, de venir prier dans l'église !

A la prière du prêtre s'ajoutait sa pauvreté. Celle-ci impressionnait. En vivant détaché de tout, il montrait que Dieu était sa vraie, sa seule richesse ! La pauvreté voulait dire, chez lui : "Je suis tout à Dieu !" Comme la prière, sa pauvreté conduisait vers Dieu.

De tous les sacrements qu'un curé célèbre dans sa paroisse, il en est un auquel Jean-Marie Vianney a donné une place considérable : c'est celui du Pardon ! Au cours des 25 dernières années de son ministère à Ars, il a passé en moyenne 12 heures par jour au confessionnal. Ce n'est pas que Jean-Marie Vianney avait programmé à l'avance qu'il en irait ainsi dans son ministère. C'est plus simplement l'arrivée de plus en plus nombreuse de pénitents qui voulaient s'adresser à lui. Il s'est alors rendu disponible. Il s'est littéralement laissé envahir ! Dès quatre heures du matin, il accueillait les pénitents. S'il acceptait de se rendre ainsi disponible, c'était parce qu'il avait compris - à une grande profondeur - que c'est dans le cur de l'homme que se livrent les combats les plus violents entre le Bien et le Mal, entre l'accueil de la volonté de Dieu et son refus ! C'est dans son cur que l'homme joue sa destinée ! Pour rendre la paix à celui qui s'est détourné du chemin de l'Evangile, il faut que la grâce de Dieu le rejoigne là où il est tombé ; il faut que lui soit offerte la possibilité de remettre lui-même sa faute sous le regard de la miséricorde de Dieu. Cela suppose une rencontre personnelle dans laquelle le péché est avoué et où le pécheur s'entend clairement pardonné.

Le temps passé au confessionnal n'a pourtant jamais supprimé celui qu'il consacrait au catéchisme. Car le Curé d'Ars avait compris l'importance de l'enseignement pour faire grandir la foi. Cet homme sans grande instruction s'était mis à enseigner les enfants et les adultes par des catéchèses quotidiennes. Il touchait les intelligences par son vocabulaire simple, par ses images expressives ; la force de persuasion avec laquelle il parlait atteignait les curs. Surtout, on sentait qu'il faisait ce qu'il disait. Sa parole était remplie par sa vie ! Elle opérait alors comme le feu !

Dans ces conditions, il était inévitable que ce curé tout donné à Dieu soit sensible, non seulement à la misère spirituelle, mais aussi la misère matérielle de ceux qu'il côtoyait. Il y avait bien sûr ceux qui venaient mendier leur pain à la porte du presbytère ; ceux à qui il donnait parfois, ses chaussures, le vêtement chaud qu'on venait de lui acheter, voire même sa propre chemise, etc. Mais il prit des initiatives hardies également dans le domaine social. La plus spectaculaire, venant de lui le curé sans ressources, ce fut la construction d'un orphelinat pour les jeunes filles qui étaient abandonnées, jetées à la rue, dans cette terrible période qui suivit la Révolution. Il y abrita jusqu'à quarante pensionnaires, avec la charge de nourrir et d'éduquer tout ce monde. Il faut ajouter la construction de deux écoles, l'une de garçons et l'autre de filles. Ces enfants et ces adolescents, parce qu'ils étaient pauvres, occupés déjà aux travaux des champs, ne pouvaient pas aller à l'école. La fréquentation scolaire était réservée aux riches. Bref, ce curé pauvre et sans moyens, fit face sur tous les fronts ! Comment ne pas prier aujourd'hui, dans son intercession, pour que chacun d'entre nous, nous trouvions les chemins de l'évangélisation pour notre temps ! Ce simple curé de campagne nous apprend que la vie chrétienne est une marche en constante progression. Nous ne sommes jamais arrivés au but ! Aussi nous aide-t-il à relever le défi que signalait Jean-Paul II dans son exhortation sur l'Eglise en Europe : "Un tel défi consiste souvent non pas tant à baptiser les nouveaux convertis qu'à conduire les baptisés à se convertir au Christ et à son Evangile." (n. 47)

 


 

La vocation du père Finet à Ars


Extraits d'une allocution du Père Finet aux élèves des Ecoles de Châteauneuf à l'occasion de ses Noces d'Or sacerdotales 23 mai 1973

Le 29 Mai 1915, une trentaine de jeunes gens étaient assemblés ici à Ars. Ils étaient arrivés le mercredi pour faire leur retraite de fin d'études, car un mois après ils devaient se présenter à leur baccalauréat de philosophie.
Et voici que la retraite a commencé le mercredi soir, sous la direction de Mgr Saint Clair (un grand spécialiste des retraites pour les jeunes gens), pour se dérouler le jeudi, le vendredi, le samedi et se clôturer le dimanche.
Je ne vous retrace pas les étapes de cette retraite, mais ce qui m'a beaucoup impressionné c'est que, dès le début de la retraite, Mgr Saint Clair avait orienté toutes nos âmes vers une purification totale par l'absolution que nous devions recevoir le samedi matin. Et ce fut un cheminement progressif vers cette immense purification de toutes nos âmes et un véritable épanouissement des coeurs dès que nous avons reçu la grande grâce de l'absolution, c'est à dire le samedi vers 11h et demie du matin.

Voici que le programme était chargé pour l'après-midi du samedi qui se partageait entre un certain nombre d'adorations profondes devant le Saint Sacrement et également de conférences, lesquelles étaient orientées, d'après les Exercices spirituels de saint Ignace, vers le choix d'une vocation. Et nous étions ainsi un peu anxieux à l'heure si grave de l'orientation d'une vie Il y avait en moi cette incertitude du coeur du jeune homme qui ne sait pas si le Seigneur va lui demander d'épanouir sa vie dans le mariage ou s'Il lui demandera de l'épanouir dans la vocation sacerdotale.
En fait c'est entre 4h et 5h de l'après-midi que nous avons eu une visite au Saint Sacrement qui, dans ma vie, a orienté toutes mes décisions. Le Saint Sacrement était exposé dans la petite chapelle de la Providence. Providence qui avait été fondée par le Curé d'Ars, c'était l'école libre de filles du pays à laquelle il avait annexé un accueil d'orphelines. Providence qui avait été marquée par de nombreuses grâces, y compris de véritables miracles du Curé d'Ars puisque parfois lorsque la nourriture venait à manquer : d'un signe de croix le Saint Curé multipliait la farine, voire même le pain.

Et c'est dans cette petite chapelle de la Providence, où vous irez peut-être prier, que le Saint Sacrement était exposé. Et pour être plus sûr que nous soyons bien pleinement sous le regard de Jésus, Mgr Saint Clair nous avait dit : "Vous vous mettrez à genoux sur les marches même de l'autel, tout à côté de l'ostensoir, près de Jésus". Et c'est comme ça que nous nous sommes approchés : je vois encore l'endroit où j'étais agenouillé, vers le tournant de la première marche ; à ma gauche un de mes camarades qui, lui, nous avait toujours dit qu'il se préparait pour succéder à son père à la tête d'importantes usines qui concernaient la teinture et la soierie. Et moi-même je faisais également ma prière.

Et c'est à l'issue de cette rencontre profonde d'une demi-heure avec notre Seigneur que, sortant de la Providence, les deux jeunes gens, tout surpris, se sont fait l'un à l'autre leur confidence en se disant que c'était fait, qu'ils s'étaient sentis appelés dans l'intériorité même de leur coeur par un appel de Dieu, et un appel pour la vie sacerdotale, et que cette fois le OUI était donné, et qu'il était définitif. Toutefois dans leur émotion, l'un et l'autre voulaient être sûrs de ne s'être pas trompé, et c'est à 6 h et demie du soir exactement qu'ils sont allés trouver le bon prédicateur qui dirigeait ainsi tous les Exercices. Et j'ai noté la réponse qu'il m'a faite: "Oui, soyez un bon prêtre". Et il a même ajouté une chose qui a marqué mes résolutions de retraite de terminale. Et cette résolution peut paraître un peu étonnante et cependant, quand on avait entendu les prédications on comprenait le sens de cette résolution : "Soyez un prêtre qui ait beaucoup d'ambition!" Et c'est cela qui a dicté ensuite ma vie : être un prêtre avec beaucoup d'ambition, qui se laisse traverser tout au long de son sacerdoce par l'ambition même de Dieu. Ce grand plan de Dieu porte sur le monde tout entier, c'est le salut des âmes, et l'appel de toutes les âmes.





 

Le Curé d'Ars nous parle
par son témoignage de vie
et par sa pensée

 

Témoignage du père Marcel Minlo Ahanda
Foyer de Charité l'Horeb
Mbalmayo au Cameroun

 

Le Curé d'Ars, dont chacun connaît l'histoire, n'a pas laissé d'oeuvre littéraire, mais son témoignage de vie, et ses sermons nous parlent plus que tous les livres de spiritualité et nous touchent encore par leur simplicité familière.
« Veritas ex corde » : on entend ici une vérité qui vient du coeur.

Il est certain que la seule chose que nos éducateurs du séminaire nous ont dit de Jean Marie Vianney, c'est qu'il a eu beaucoup de difficultés dans ses études, qu'il avait mauvaise mémoire et qu'il a passé plus de huit ans à essayer d'apprendre la langue latine. Il m'a fallu du temps pour détruire, une fois pour toutes, cette légende qui veut que le saint Curé d'Ars ait été un « minus habens ». C'est pendant la retraite fondamentale, prêchée par le père Michon à Châteauneuf, que j'ai goûté pour la toute première fois les délices de la pensée du Curé d'Ars. A la fin de cette retraite, et après un pèlerinage au sanctuaire d'Ars, j'ai pris l'habitude de nourrir ma prière quotidienne par les pensées du Curé d'Ars que j'ai retrouvées dans les écrits de l'abbé Bernard Nodet.

Lorsque je médite sur la vie et les sermons du Curé d'Ars, je me rends compte que ce mauvais élève a eu le don de parler simplement de Dieu et de toucher plus les coeurs que les cerveaux. Et c'est la grâce que je demande à Dieu chaque fois que je dois prêcher une retraite.

Le Curé d'Ars me parle par sa manière d'être prêtre et surtout par sa manière de parler de la grandeur du prêtre : « Le prêtre est un homme qui tient la place de Dieu, un homme qui est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu. »

En méditant sur cette pensée, je ne cesse de rendre grâce à Dieu qui m'a choisi, sans mérite de ma part, pour servir en sa présence comme prêtre.
Par ailleurs, lorsque la routine et la tiédeur m'empêchent de faire oraison, je lis les méditations de saint Jean Marie Vianney sur la prière, et, du coup, je retrouve la force et le désir de prier car, dit-il, « Si nous reprenons la prière, nous sentons renaître en nous la pensée et le désir des choses du ciel. »

Le Curé d'Ars me parle aussi par sa relation filiale avec la très Sainte Vierge Marie. Il parle d'elle avec une telle confiance et un tel amour, qu'on a l'impression qu'il l'a vue. « Elle est encore meilleure que la meilleure des mères ». Pour lui, la Sainte Vierge est toute proche de la Trinité et participe plus que personne à son rayonnement : « Aussitôt créée, la Sainte Vierge a la plénitude et se promène dans le grand océan de la grâce ».

Le Curé d'Ars me parle par la qualité de ses prédications Il avait une très haute idée de l'annonce de la Parole de Dieu Il disait, en effet : «Notre Seigneur, qui est la Vérité même, ne fait pas moins de cas de sa Parole que de son corps. Je ne sais pas si c'est plus mal faire d'avoir des distractions pendant la messe que pendant les instructions ; je ne vois pas de différence. Pendant la messe, on laisse perdre les mérites de la mort et de la passion de notre Seigneur, et pendant les instructions, on laisse perdre sa parole. »

J'admire aussi la manière dont le Curé d'Ars a joué son rôle de conseiller spirituel. Car, comme confesseur, le Curé d'Ars a très bien saisi la valeur de ce grand sacrement de pénitence. L'abbé Bernard Nodet nous dit que l'attitude de ce célèbre confesseur a été pleine de douceur et de compassion. Il avait le souci de découvrir aux pénitents la grandeur de la bonté de Dieu : « La miséricorde de Dieu est un torrent débordé, elle entraîne tout sur son passage ». Et il ajoute : « Nos fautes sont comme des grains de sable en face de la grande montagne des miséricordes de Dieu ».

Par son apostolat auprès de l'Orphelinat de la « Providence », le Curé d'Ars m'invite à être davantage attentif et généreux en faveur de couches sociales défavorisées. Sa confiance en l'Eglise, ses soucis quotidiens de « gagner des âmes au Bon Dieu », son silence devant les injures et les menaces, sa foi en la présence eucharistique sont autant de leçons que ne cesse de nous donner le Saint Curé d'Ars.

Pour terminer, le Curé d'Ars, que j'aime, que je respecte et que je cherche à imiter, me parle autant par sa vie que ses paroles. Ses paroles sont d'ailleurs le reflet de son coeur et expriment ce qui l'habite en profondeur. Lorsque je médite sur les paroles du saint Curé, je puise à la source de la simplicité, de la foi, de l'espérance et de la charité qui l'habitaient. Sa vie et sa pensée sont une lumière qui éclaire ma vie de prêtre.