Numéro 254-255

Octobre 2009

SOMMAIRE

Actualité :

L'encyclique « Caritas in veritate » de Benoit XVI
Père Yannik BONNET

Dossier : Paroisses et Foyers de Charité

Réchauffés par la flamme d'amour du Foyer
Père FINET

Nos retraitants ne quittent pas le Foyer sans quelque engagement d'Eglise
Père FINET

La retraite en Foyer de Charité : les fruits dans nos paroisses
Père Michel PIERRON

Témoignages :
Je me suis engagé davantage
Mon investissement dans la vie de la paroisse m'a conduit à vivre plusieurs retraites

Paroisse et Foyer de Charité au service de l'évangélisation
Père Stéphane ESCLEF

Témoignages :
Un nouveau départ personnel et paroissial
J'ai grandi dans l'amour de l'Eglise et le désir de la servir

Grâces et faveurs
obtenues par l'intercession de Marthe Robin

Anne sacerdotale
Un appel enraciné dans le scoutisme
Père Damien Warnan

De toutes nations :
Inauguration et bénédiction du Foyer de Charité «Haus am Sonntagberg» en Autriche
Engagements au Foyer de Charité de La Flatière
Inauguration et engagements au Foyer de Charité de Rebero, au Rwanda
La Semaine Missionnaire 2009
Programme des Retraites novembre-décembre 2009- janvier 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Encyclique Caritas in veritate

 

 

Père Yannik BONNET

Cette troisième Encyclique de Benoît XVI est un véritable monument, une construction que, seule, peut bâtir une intelligence pétrie d'amour de Dieu et de profonde humilité. Pour un familier de la doctrine sociale de l'Eglise, elle confirme cet enracinement dans la théologie morale qui en fait un champ d'action de la vertu théologale de charité. Elle rappelle à tous les catholiques que participer à l'édification de la civilisation de l'amour n'est pas facultatif mais obligatoire en conscience, particulièrement pour les laïcs. Elle leur en donne les raisons, les motifs, les principes directeurs de l'action et en actualise les domaines à mettre en chantier.

Introduction

La longue introduction de l'Encyclique est tout entière consacrée à montrer qu'il ne faut jamais séparer Amour et Vérité. La référence fondamentale réside en la personne du Christ qui dit : « Je Suis la Vérité » et qui témoigne par sa vie et par sa mort en croix qu'Il est Amour. L'homme en prend conscience en contemplant l'humanité du Christ mais également en découvrant le projet d'amour de Dieu sur lui, en y adhérant, en prenant conscience que son bonheur est dans l'abandon à la volonté divine.
L'amour donne le vrai sens de la relation de l'homme avec Dieu et avec le prochain. Il inclut les exigences de la vie morale et implique un discernement du bien et du mal. Il implique donc la quête permanente de la vérité pour authentifier la charité et ceci aussi bien dans les relations de proximité (famille, amis) que dans les « macro-relations » politiques, écono-miques et sociales.
L'amour sans la vérité se corrompt dans la sentimentalité et le tout-affectif. Il devient une coquille, qui se remplit arbitrairement au gré des modes, des émotions, des ressentis, des conditionnements culturels de l'époque.
L'amour donné est un amour reçu, celui qui jaillit du Père pour le Fils dans l'Esprit. Le Fils est venu nous donner cet amour et Il est répandu dans l'Eglise par l'Esprit Saint. Les hommes, enfants et sujets de cet amour, en deviennent les promoteurs en se mettant dans la société humaine au service de la charité dans la vérité. Sans la vérité, affirme Benoît XVI, et nous le constatons, l'agir social devient la proie d'intérêts privés, soumis à des logiques de pouvoirs, ce qui désagrège la solidité dans la voie de la mondialisation actuelle. Benoît XVI rappelle, (comme « Fides et ratio » l'Encyclique de Jean-Paul II), que la vérité provient de la foi mais qu'elle implique la raison humaine et qu'Elle lui est accessible.
La charité dépasse la justice mais elle ne peut exister sans elle. Ce qui confirme les exigences morales de la doctrine sociale de l'Eglise. Les droits légitimes des personnes et des peuples doivent être satisfaits au nom de la justice, ce qui permet à l'amour d'y ajouter don, gratuité, pardon, compassion, miséricorde et profonde communion.
Dès lors, s'impose la notion de « bien commun », qui inclut tous les besoins réels des personnes, biens spirituels, moraux, culturels, économiques, écologiquesetc. agir pour le bien commun favorise l'édification de la cité de Dieu en même temps qu'elle procure paix et unité à la cité des hommes.
Cette longue introduction se termine par un hommage appuyé à Paul VI et à son Encyclique « Populorum progressio » qu'il publie deux ans à peine après la fin du Concile de Vatican II. Benoît XVI considère « Populorum progressio » comme la nouvelle « Rerum Novarum », nécessitée par les changements intervenus entre le milieu du 19ème siècle et celui du 20ème siècle. Son prédécesseur Jean-Paul II a d'ailleurs fêté en 1987, pour son 20ème anniversaire, cette Encyclique (Populorum progressio) par la publication de « Sollicitudo Rei socialis » avant de clôturer en 1991, en quelque sorte pour son centenaire, l'ère « Rerum novarum », la première Encyclique de la doctrine sociale de l'Eglise. Autrement dit, la doctrine sociale de l'Eglise a traité 100 ans de l'époque « moderne » et depuis Paul VI et « Populorum progressio » elle s'est attaquée à ce qu'on appelle parfois la période « post moderne ». Et, de fait, c'est à la fin des années 60 que peu à peu l'économie des pays développés sort du « rationnement » des biens matériels pour entrer dans la société de consommation et cela coïncide avec une mondialisation des échanges qui croît après la 2ème Guerre mondiale. L'Eglise n'a pas de solution à donner pour permettre d'atteindre des objectifs de développement et elle ne veut pas s'immiscer dans la politique des États mais elle veut remplir sa mission de vérité, garantie de la vraie liberté et donc d'un développement humain intégral, en accueillant les savoirs et les compétences, d'où qu'ils viennent.
Ainsi se termine l'introduction de l'Encyclique dont les 6 chapitres peuvent se traiter en 2 fois. Les deux premiers chapitres font reprendre « Populorum Progressio » pour en rappeler le message souvent prophétique, puis le réactualiser quarante ans plus tard. Les quatre chapitres suivants montreront les chantiers à traiter, qui découlent de cette analyse.

« Populorum progressio », hier et aujourd'hui.

« Populorum progressio » (1967) est dans la ligne de la constitution pastorale « Gaudium et Spes » du Concile (1965). Désormais, dit Paul VI, la question sociale est mondiale et les institutions ne prennent pas en compte le développement de « tout l'homme ». Il dénoncera d'ailleurs en 1971 (Octogesimo Adveniens) les courants technocratiques et idéologiques qui mutilent le développement. Les uns absolutisent la technique, les autres la discréditent abusivement (la pseudo-écologie qui éliminerait volontiers l'homme pour préserver la déesse nature !)
Benoît XVI, à l'inverse, montre que Paul VI a lié au développement l'ouverture à la vie (Humanae Vitae 1968) et l'annonce de l'Evangile (Evangelii nuntiandi 1975). Le développement intégral est un appel de Dieu, une vocation pour l'homme, ce qui suppose un régime de liberté et de responsabilité. De ce fait, le développement implique une exigence de vérité et d'amour, sinon on constate un déficit de fraternité.
Tout cela, dit Benoît XVI, n'a pas vieilli mais quarante ans après il faut le réactualiser et treize points vont être abordés.
1 - « L'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître ». Autrement dit, le profit est utile comme moyen mais ce n'est pas une fin. Quand le profit devient la fin, cela conduit à la spéculation financière, au gaspillage des ressources financières et naturelles, à l'inflation des flux migratoires provoqués mais mal gérés.
2 - Le développement est mondial mais multipolaire. La richesse croît mais les inégalités augmentent. Elles font coexister dans les pays les plus pauvres la surconsommation de certains avec la misère des plus nombreux dans un climat de gaspillage, de corruption et de non-respect des lois. Les scandales viennent tant des multinationales que des entreprises locales, les aides internationales sont détournées dans l'irresponsabilité des donateurs comme des bénéficiaires.
3 - Les états n'ont plus toutes les clés en main (Pie XI en 1931 dans Quadragesimo Anno avait déjà soulevé la question). Il faudra donc réévaluer leur rôle et mobiliser davantage les citoyens au-delà des frontières.
4 - Les systèmes de protection sociale sont à bout de souffle et la délocalisation favorise la non-protection. Quant aux syndicats leur force de contrepoids est en baisse, ce qui est favorisé par l'individualisme issu de la société de consommation.
5 - La mobilité du travail, le chômage et la dérégulation, engendrent l'instabilité psychologique, la peur, la difficulté à construire sa vie tant dans le domaine professionnel que dans le domaine personnel (précarité des unions, baisse du mariage)
6 - Dans le domaine de la culture, c'est pire : nivellement par le bas, absence d'esprit critique, relativisme, conformisme, priorité au commercial !
7 - Les ressources naturelles ne manquent pas mais la faim fait de nombreuses victimes en raison des carences sociales, politiques et institutionnelles. Tous les hommes ont droit à l'eau, à l'alimentation, à la terre pour cultiver, etc.
8 - L'expérience montre que l'accueil de la vie rend dynamique et créatif. Or c'est une mentalité antinataliste, qui s'est souvent répandue, avec l'incitation de certaines ONG, qui facilitent contraception et stérilisation. Certains pays légalisent l'euthanasie et l'avortement, instaurent le contrôle des naissances. Parallèlement, la mortalité infantile n'est pas éradiquée.
9 - Le droit à la liberté religieuse est fondamental. Son non-respect déclenche des conflits inutiles et détourne des ressources de leur utilisation. Et le Pape de dénoncer les prétextes religieux qui couvrent des motivations économiques ou politiques et de fustiger le terrorisme fondamentaliste, le fanatisme et l'athéisme car, seul le vrai Dieu garantit le vrai développement.
10 - La complexité des savoirs exige la coopération et la charité favorise cette coopération. De plus, les exigences de l'amour ne contredisent jamais celles de la raison : il y a un amour riche d'intelligence et une intelligence pleine d'amour.
11 - la doctrine sociale est par nature pluridisciplinaire. Elle réclame des relations entre théologie, métaphysique et sciences humaines. Le dialogue entre la science et la théologie est difficile et les sciences humaines se sont fermées à la métaphysique
12 - à moyen et long terme, l'économique et l'humain sont toujours convergents. Les solutions neuves ne peuvent se confiner dans le profit de court terme, qui engendre gaspillage, chômage, inégalités, insécurité et érosion du capital humain.
13 - depuis « Populorum progressio », le progrès reste en suspens et certains pays ont régressé cependant que d'autres émergeaient. La mondialisation et l'interdépendance planétaire, annoncées par Paul VI, ont pris une dimension nouvelle et une force surprenante, risquant de provoquer des dommages nouveaux et des fractures douloureuses. L'amour et la vérité nous provoquent à une tâche inédite, créatrice, vaste et complexe : il s'agit d'élargir la raison et de la rendre capable de comprendre et d'orienter ces nouvelles dynamiques.
Benoît XVI va, dans les quatre chapitres suivants, ouvrir des chantiers.

A suivre.





 


 

Les retraitants ne quittent pas le Foyer
sans quelque engagement d'Eglise

 

Foyer de Lumière - Foyer de Charité - Foyer d'Amour

Père FINET

FOYER DE LUMIERE : En six jours de silence et de prières, il donne à nos retraitants groupés en chrétienté une forte synthèse doctrinale. Au cours des quatre longues conférences de la journée, il nous fait croire, à la suite de l'Apôtre saint Jean, à l'Amour, et découvrir avec émerveillement ce plan de famille, longtemps tenu caché en Dieu, qui nous donne, avec son exigence d'amour filial et d'amour fraternel, dans la maternité efficace de Notre-Dame, la hardiesse de dire à Dieu : Notre Père.

FOYER D'AMOUR : il accueille le don de Dieu, la piété, qui s'incarne dans l'âme des retraitants, sous l'action du Saint-Esprit, pour remonter en louange, à chacune de nos Messes, sur l'autel sublime, jusqu'au coeur du Père.

FOYER DE CHARITE : il nous met dans l'action au service de nos frères, dans un don constant à chacun et à tous, dans un don total à Dieu.
En contact avec les paroisses, il aime lancer ses membres dans les multiples efforts de l'apostolat : catéchismes des enfants et des adultes, soins donnés aux malades, rééducation patiente des paralysés, emplois sociaux auprès des familles, aide aux prêtres.
Portés par l'exemple et la prière des membres de nos communautés et des enfants de nos écoles, convaincus par l'exposé exigeant du message de charité, nos retraitants ne quittent pas le Foyer sans quelque engagement d'Eglise, soit dans l'Action catholique, soit dans l'action missionnaire, mais toujours en travail d'unité, pour réaliser ces foyers paroissiaux de charité que nos Evêques, en assemblée plénière, nous ont demandé dans l'un de leurs messages. Chaque retraite se voit couronné par une magnifique éclosion de vocations religieuses et sacerdotales.

Tels voudraient être nos Foyers de Charité. Je dis bien, nos, car au cours de ces années, des prêtres, pour moi des frères, des amis, se sont levés, et en pleine union avec Châteauneuf, d'accord avec leurs Evêques, ils ont essayé à leur tour de vivre notre expérience.
Entourés d'un laïcat engagé, hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles, ils ont constitué ce qui nous caractérise, des communautés vivantes, à l'image des premiers chrétiens, mettant tout en commun, biens spirituels, intellectuels, matériels, vaquant ensemble à la prière, gagnant leur pain dans le travail, portant devant le monde divisé d'aujourd'hui le témoignage de leur unité. - Si nos Foyers de Charité ne réalisaient pas l'unité entre leurs membres, ils perdraient leur efficacité. Pourrions-nous, nous les pères des Foyers, prêcher ce message d'unité du Christ, si nous ne commencions par le vivre : "Sint unum ut" avait dit saint Jean :"Qu'ils soient un, de façon que le monde croie".

Leur consigne, ils la reçoivent de l'Apôtre Paul : "O Timothée, avec l'aide de l'Esprit Saint, qui sans cesse le rajeunit, garde le bon dépôt; confie-le à des hommes sûrs qui soient capables d'en instruire d'autres à leur tour". Ah! l'homme sûr ! Dès lors, toutes les audaces d'apostolat sont permises ; aux retraites suivantes nous arrive cet homme sûr : catholique, protestant, juif ou musulman, il est blanc, il est noir, - il vit en Europe, en Afrique, en Amérique - il a la foi, il ne l'a pas, - il est ouvrier, il est rural, intellectuel ou manuel, marié ou ecclésiastique.
Chacune de nos retraites offre ainsi le spectacle le plus disparate possible dans son recrutement : un vrai message ne doit-il pas chausser tous les pieds, disait le cher père Monier. Mais le même Esprit d'Amour finit par intensément unir entre elles, dans le Christ Jésus, ces âmes ouvertes par la même Espérance.

Extraits d'une allocution du père Finet, à l'occasion du 25e anniversaire du Foyer, le 11 Février 1961.






 

La retraite en Foyer de Charité :
les fruits dans nos paroisses

 

Père Michel PIERRON

J'ai toujours considéré comme une grâce particulière et providentielle, le fait d'avoir pu, chaque année depuis mon ordination sacerdotale en 1966, venir en retraite en Foyer de Charité, accompagné de paroissiensdes centaines sans doute depuis cette époque.

Dans les premières années, nous participions à une retraite destinée aux personnels d'entreprises, prêchée par le père Finet car, à cette époque, le groupe paroissial était constitué dans sa majorité par des employés d'une importante usine locale.

Dès le début, j'étais frappé par l'importance que le père Finet et Marthe accordaient à la « vie paroissiale ». Chaque fois nous repartions avec le désir missionnaire de partager dans nos différents groupes paroissiaux ce que nous avions découvert dans les enseignements de la retraite.

Quarante ans après, la même expérience spirituelle se renouvelle. Chaque année, en effet, nous venons en « paroisse » vivre une retraite au Foyer de Charité. Et c'est là, pour une part que nous avons puisé, dans la spiritualité des Foyers, dans l'enseignement reçu, avec la prière de Marthe ce qui, aujourd'hui, est une des richesses pastorales de nos paroisses : l'adoration eucharistique, la mise en place des « cellules paroissiales d'évangélisa-tion », l'engagement des laïcs dans la vie de l'Eglise et de la Cité, l'ouverture mission-naire

Les « fruits spirituels » produits à la suite du passage en Foyer de Charité seraient nombreux à évoquer : ils appartiennent à l'histoire sainte et personnelle de chaque paroissien mais le pasteur que je suis et qui a exercé son ministère successivement dans trois paroisses peut attester que l'expérience de la retraite a toujours eu un retentissement dans la vie paroissiale.

Comme les Apôtres après la Transfiguration, nous gardons le souvenir lumineux de ce qu'il nous a été donné de contempler tant à Châteauneuf qu'à la Flatière et lorsque nous nous retrouvons dans la plaine, le coeur reste marqué et reconnaissant

Parmi les souvenirs liés à notre passage en Foyer, je conserve tout particulièrement celui d'avoir eu dans notre groupe paroissial deux familles de gitans. Ces familles vivaient dans leurs caravanes, sur le parking près du Foyer, pour le temps des repas et la nuit, et suivaient ensuite les conférences et la vie communautaire avec les autres retraitants durant la journée. Lorsque je revois ces familles, elles évoquent le temps de la retraite comme une grande grâce qui les a profondément touchées.

Qu'à la prière de Marthe et par l'intercession de Marie il nous soit donné, de nombreuses années encore, de pouvoir vivre de telles expériences spirituelles avec les « retombées » dans la vie paroissiale !