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Numéro 256 Décembre 2009 |
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SOMMAIRE
Actualité
L'Encyclique
« Caritas in veritate » de Benoît XVI (suite)
Père Yannik BONNET
Témoignage : «Amour et vérité» au coeur de notre vie de couple
Dossier : La rencontre féconde
entre l'Eglise et la société
La doctrine sociale
de l'Eglise
Le Compendium : un guide bien
structuré
Les Foyers de Charité : la doctrine sociale de l'Eglise
fait partie de notre mission
Thierry COUSTENOBLE
Tout ce qui regarde l'homme
et ses conditions de vie intéresse l'Eglise
Soeur
Henriette Thérèse
L'Amérique
Latine est prête pour une Nouvelle Pentecôte
Père François CHAUVET
Témoignage d'une communauté
paroissiale au Brésil :
Une expérience de développement intégral
des personnes
Père Bernard de VILLANFRAY
Témoignages :
Rendre l'humain « plus humain »
Philippe VERKIMPE
Vivre une présence chrétienne au coeur d'un
quartier dit sensible
Xavier et Anne Ghislaine PAYSSERAND
L'enseignement
de vie de Jésus s'applique à tous les domaines
Père FINET
Grâces et faveurs
obtenues par l'intercession
de Marthe Robin
Année sacerdotale
« Un jour je
serai prêtre »
Père Emmanuel GRANGER
De toutes nations :
A Poissy : les cinquante
ans du Foyer de Charité de la Part-Dieu
Engagement au Foyer de Tressaint
Programme des Retraites janvier-février-mars 2010
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L'Encyclique Caritas in veritate II |
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Père Yannik BONNET
Chapitre III
En introduisant ce premier
chantier, proposé aux catholiques et aux hommes de bonne
volonté, le Pape rappelle que tous les dévoiements
sociaux, politiques, économiques et éducatifs, sont
des conséquences de la rupture originelle de l'homme avec
son Créateur. L'orgueil de l'homme moderne le pousse à
refuser toute référence morale, à confondre
bonheur et bien-être matériel, à permettre
aux pires injustices de proliférer.
Au rebours, la voie de l'amour dans la vérité, en
privilégiant l'expérience du don, permet à
l'homme de réaliser sa dimension transcendante, de découvrir
l'espérance chrétienne et d'explorer la voie du
développement humain intégral, qui exige de conjuguer
l'initiative créatrice et la solidarité. La logique
du don, issu de l'amour divin, prend en considération le
principe de gratuité, dépasse la justice sans l'exclure
et permet de parvenir à une authentique fraternité.
Avec réalisme, le Pape reconnaît la nécessité du marché, lieu de rencontre des acteurs économiques, qui règle les échanges de biens et services par contrat. La justice commutative permet le respect des droits du client et du fournisseur. Le marché est bénéfique, s'il n'est pas fondé sur les seuls intérêts égoïstes, mais il ne peut produire la cohésion sociale, dont il a besoin pour bien fonctionner. La justice distributive remplit, elle, ce rôle social. La doctrine sociale de l'Eglise va néanmoins plus loin que l'exigence de justice sociale, elle estime qu'au sein même de l'activité économique normale peuvent et doivent se nouer des relations d'amitié, de solidarité, de réciprocité, fondées sur le principe de gratuité et la logique du don.
Pour ce qui concerne les exigences morales, qui doivent régir l'économie pour le service de l'homme, le Pape constate que toute décision économique a, dans ses conséquences, un caractère moral, qu'il s'agisse de découverte et d'exploitation des ressources naturelles, de leurs transformation, commercialisation et consommation, du financement de chacune des phases. Naguère, la sphère politique pouvait veiller à la justice distributive après le cycle des phases économiques, mais celles-ci ne sont plus confinées dans les limites territoriales des gouvernements. C'est à chaque étape et dès le début du cycle économique, que la justice distributive doit être respectée et que place doit être faite aux acteurs qui ne s'enferment pas dans la seule logique du profit.
Dès lors, comme l'avait
déjà remarqué Jean-Paul II (Centesimus
annus), la société civile doit prendre place
dans le système économique, car elle est plus appropriée
que l'Etat et le marché à faire régner la
fraternité et à promouvoir l'esprit de gratuité.
La solidarité ne peut être l'apanage de l'Etat seul
comme le démontre le phénomène de la mondialisation.
Trop souvent, d'ailleurs, le marché et l'Etat s'accordent
pour perpétuer le monopole de leurs « territoires
» de pouvoir au détriment du souci des citoyens et
de la solidarité. L'économie, alors, cesse d'être
facteur de civilisation.
Le monde de l'entreprise est lui-même contaminé,
perd son caractère de cellule de société
devient totalement soumis aux investisseurs par l'intermédiaire
d'une classe cosmopolite de « managers », eux-mêmes
dépendants de fonds anonymes d'investissement, qui fixent
leur rémunération. L'extrême mobilité
internationale des capitaux, la logique du seul profit et l'emploi
spéculatif des ressources financières font perdre
à ces entreprises le sens de leur responsabilité
sociale.
Et pourtant, ajoute le Pape, l'action d'entreprendre a une signification
polyvalente et non monovalente. Sa fonction est d'abord humaine,
car tout travailleur est potentiellement créateur, capable
de travailler comme « s'il était à son compte
». En outre, l'entreprise doit cultiver le sens du bien
commun, national et international. Enfin, elle doit se prêter
aux échanges entre entreprises profitables et entreprises
qui servent le bien commun sans rechercher le profit.
Quant à l'Etat, son autorité politique exige une construction juridique, administrative et constitutionnelle solide. Il ne doit pas exclure d'autres acteurs dans les domaines culturel, social, territorial et religieux. Il doit se comporter en partenaire d'une économie « civilisée. »
En conclusion, la mondialisation en soi n'est ni bonne ni mauvaise. Pas de pessimisme ni de fatalisme par rapport à son état actuel. Il faut corriger ses dysfonctionnements et favoriser une culture du respect des personnes, du sens communautaire, la garder par la charité et la vérité, l'ouvrir à la transcendance, au lieu de laisser les pays développés profiter des richesses potentielles des pays pauvres.
Chapitre IV
Dans ce deuxième chantier, le Pape aborde le développement des peuples en y incluant les problèmes d'environnement. Mais il ouvre le chapitre par une réflexion importante sur les rapports entre droits et devoirs. Il n'est pas nouveau de penser que revendiquer un droit légitime devient illusoire si personne ne s'oblige au devoir de le respecter. Ce qui est inquiétant aujourd'hui, dit le Pape, c'est que nombreux sont ceux qui prétendent ne rien devoir à personne et se montrent incapables d'assumer une responsabilité. En outre, certains droits ne relevant que de l'hédonisme sont revendiqués de façon à la fois virulente et totalement arbitraire alors que, proche des grandes métropoles, beaucoup souffrent du manque de soins élémentaires, de nourriture et d'eau potable.
Pour n'être pas arbitraires,
les droits découlent d'une anthropologie réaliste,
relèvent en vérité de la morale qu'elle sous-tend
et sont délimités par les devoirs qui constituent
un engagement en faveur du Bien. Les droits ne sauraient donc
trouver leur fondement dans les délibérations d'une
assemblée de citoyens car ils pourraient changer à
tout moment et perdre toute crédibilité. Les pays
pauvres demandent que la communauté internationale se fasse
un devoir de les aider à devenir eux-mêmes capables
d'assumer des devoirs.
« Avoir en commun des devoirs réciproques mobilise
beaucoup plus que la seule revendication de droits. »
En fait, ce qui est au centre des débats, c'est le système moral auquel on se réfère. Et le Pape de prendre comme exemple le problème de la croissance démogra-phique, que l'on présente comme cause première du sous-développement. D'une part, c'est faux du point de vue économique, d'autre part c'est un danger pour le développement humain intégral, car cela concerne les valeurs primordiales de la vie et de la famille. L'Eglise recommande à l'homme de respecter dans tous ses actes la réalité humaine authentique. La sexualité n'est pas une activité purement hédoniste et ludique et l'éducation sexuelle ne se réduit pas à l'apprentissage d'une technique. La planification forcée des naissances exerce une violence sur les personnes et relève d'une conception matérialiste. Les nations, qui ont été contaminées par ces politiques, doutent aujourd'hui d'elles-mêmes, voient leur système d'assistance sociale menacé, leurs réserves de main d'oeuvre qualifiée et de cerveaux fondre, ainsi que leur épargne et leurs ressources financières. Il est au contraire capital de promouvoir des politiques, qui fassent la promotion et assurent le soutien de la cellule familiale, fondée sur le mariage d'un homme et d'une femme.
De même, l'économie ne peut se passer d'éthique mais le mot est souvent galvaudé. La doctrine sociale de l'Eglise se fonde sur la création de l'homme à l'image de Dieu, d'où découle la dignité inviolable de la personne et la valeur transcendante des normes morales naturelles, c'est-à-dire relatives à la nature même de cet être humain créé par Dieu. L'économie est une activité humaine, donc soumise à l'évaluation morale et non aux seules règles du profit. De ce fait, la sphère économique peut et doit accueillir des entreprises qui utilisent, en partie, leur bonne santé économique pour assumer des objectifs d'utilité sociale, quitte à ce que soit aménagé le cadre juridique et fiscal qui le leur permettra. C'est à la fois une application du principe de subsidiarité et du principe du caractère central de la personne humaine.
Pour ce qui concerne les pays
pauvres, le Pape insiste sur l'importance d'aides concrètes,
adaptées aux réalités du terrain, flexibles,
mobilisant les acteurs locaux sur des microprojets. Les organisme
internationaux sont trop souvent bureaucratiques, coûteux,
peu transparents et d'une efficacité douteuse.
Quant à l'environnement naturel, il est l'expression du
dessein d'amour divin pour que l'homme satisfasse à ses
besoins légitimes en respectant les équilibres propres
à la Création. Sont donc à rejeter aussi
bien le nouveau panthéisme, qui se fie à la nature
elle-même pour le maintien de l'environnement, que la technicisation
complète qui bouleverse l'équilibre naturel. Est
au contraire à promouvoir la solidarité et la justice
intergénérationnelles en prenant en compte tous
les aspects des questions à résoudre, écologique,
économique, juridique, politique, culturel.
Le Pape aborde alors la question des ressources énergétiques
non renouvelables, dont la consommation des pays développés
met en péril celle des pays pauvres, qui n'ont pas les
moyens d'investir dans des énergies renouvelables. La solidarité,
la coopération, la concertation dans la prise de décision
s'imposent toujours davantage.
Il s'agit bien de reconsidérer
un style de vie, fondé sur le plaisir et la consommation.
Il faut changer de mentalité, donner toute sa place à
la recherche du vrai, du beau, du bien, entrer dans un processus
de communion avec les autres hommes pour une croissance de tous.
L'Eglise a une responsabilité vis à vis de la création
et doit l'affirmer publiquement. L'écologie proprement
dite exige une écologie humaine, le respect par tous de
la nature humaine voulue par Dieu. Le point déterminant
est la tenue morale de la société dans son ensemble.
Sa source ultime n'est pas l'homme mais Dieu, celui qui est Amour
et Vérité. Lui seul nous montre la route qui conduit
au vrai développement.
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L'enseignement
de vie de Jésus s'applique à tous les domaines |
Père FINET
Il nous faut faire passer la Lumière divine à tous les hommes.
Qu'est-ce donc que les hommes
ne savaient pas et qu'ils avaient besoin d'apprendre ? Quelle
est la "Lumière qu'apporte Jésus?", lumière
qui était déjà annoncée par les Prophètes
:
"Le peuple de Dieu marchant dans les ténèbres
a vu une grande lumière; sur les habitants du sombre pays,
une lumière a resplendi... Car un enfant nous est né,
un Fils nous a été donné; Il a reçu
l'empire sur les épaules, on Lui donne ce nom "Conseiller
merveilleux, Dieu fort, Père Eternel, Prince de la Paix".
(Is, 9, 1 et 5).
Mais nous bien comporter, "vivre bien" sur cette terre c'est vivre suivant la Justice. Jésus est donc venu remettre toutes choses à leur place et nous donner un enseignement de vie qui s'applique à tous les domaines et, avant tout, nous mettre dans la justice, en face de Dieu, source de toute justice véritable, hors de tous les appétits et combinaisons.
Et ce message de Lumière
et d'Amour, il faut qu'il soit répandu partout
car la Lumière ne doit pas être mise sous le boisseau.
Partout, c'est-à-dire dans tous les domaines, dans toutes
les classe sociales, dans toutes les institutions, dans les milieux
économiques et sociaux eux-mêmes.
Jésus nous a ordonné
de prêcher la Vérité toute entière.
On nous a traités de tout ? Jésus aussi, les Apôtres
aussi... Voyez-vous, nous mourrons de chrétiens bien raisonnables
... ou trop raisonneurs !
Et de la prêcher "dans le monde tout entier" a dit Jésus. En Amérique aussi bien qu'en Europe et en Afrique aussi bien qu'en Asie, oui; mais, c'est également dans le monde ouvrier aussi bien que dans le monde bourgeois. "Et vous leur enseignerez TOUT ce que j'ai dit". Mais comment vont-ils accueillir mes paroles si je leur dis TOUT ce que Jésus a dit ? Jésus a répondu ainsi:" Et je serai avec vous pour toujours". Alors, je leur prêche tout : la totalité du Message.
Et vous aussi vous serez des témoins ; et vous irez dans le monde tout entier, dans tous les milieux de vie, notamment, là où Dieu vous a placés. Et vous enseignerez, vous serez les témoins !
... Quand Jésus était sur la terre, son action était limitée en un temps, en un lieu, en un pays. Et si Jésus a emporté son Corps dans le Ciel, c'est pour prendre résidence dans les membres de Son Corps Mystique et, par eux, continuer Son action dans le monde tout entier.
Est-ce que vous avez bien compris que Jésus continue à regarder Ses frères par vos yeux de baptisés? A les écouter par vos oreilles, à les aimer par votre coeur, à aller vers eux par vos pieds ?
Nous avons là une responsabilité terrible.
Et c'est nous qui avons la charge d'être la lumière du monde. Ce n'est pas Jean-Baptiste qui est venu apporter la lumière :
"Il n'était pas la lumière, mais le témoin de la lumière. Le Verbe était la Lumière véritable qui éclaire TOUT homme" (Jn 1,8-9).
Tout homme : tous, tous. Nous devons faire en sorte de permettre à tout homme d'être éclairé.
Attention à nous qui avons reçu ce Message d'Amour, à ne pas retenir la vérité captive !
Il faudra que notre vie fasse choc, pour devenir la lumière de ces hommes. Le choc de Dieu est un choc d'Amour. Votre choc ne peut être que d'Amour, car Jésus est Amour.
Nous rendrons témoignage,
nous aussi, selon la Parole de saint Jean qui écrit dans
sa première Epître:
"Ce que nous avons entendu, vu de nos yeux, ce que nos
mains ont touché... nous vous en rendons témoignage,
afin que vous soyez aussi en communion avec nous !
Quant à notre communion, elle est avec le Père,
et avec Son Fils Jésus-Christ". (1 Jn 1,3).
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Témoignage
d'une communauté paroissiale qui vit un aspect concret de la doctrine sociale de l'Eglise |
Père Bernard de VILLANFRAY
Prêtre du diocèse de Marseille depuis 1987, j'ai été envoyé en février 2003 par Mgr Panafieu, avec une mission «fidei donum» dans une paroisse extrêmement pauvre de Salvador de Bahia au Brésil. J'ignorais que j'allais faire une expérience concrète de ce que dans le cadre de l'encyclique Populorum progressio (1967), le pape Paul VI appelait le développement humain intégral. C'est ce document que le pape Benoît XVI a voulu après Jean Paul II dans la Sollicitudo rei socialis (1987) encore reprendre et actualiser dans sa récente encyclique sociale « Caritas in veritate ».
La paroisse Notre Dame des alagados (marécages) a été construite entièrement sur une portion de mer enclavée dans la terre en périphérie de la ville de Salvador. Au départ, quand le pape Jean Paul II, lors de son tout premier voyage au Brésil, désirant visiter les plus pauvres des pauvres, est venu inaugurer l'église de Notre Dame des alagados, le 7 juillet 1980, les habitations étaient encore construites en contreplaqué de récupération aménagées sur pilotis en bois au-dessus de l'eau (palafitas) devenant un immense marécage à marée basse.
Cette population à majorité noire, descendant pour une part d'esclaves africains, est très active dans le secteur de la construction. C'est ainsi, qu'après avoir comblé progressivement les marécages avec les détritus de la ville, et ainsi peu à peu gagné sur la mer, les habitants ont construit des maisons au fur et à mesure en dur sur le remblai. Le bruit, l'insalubrité, le désordre, la violence, la circulation de la drogue, le pullulement des sectes (qui se disent) évangéliques, les commerces, les écoles, les salles internet qui ont poussé comme des champignons en quelques mois, les maisons barricadées à l'extrême qui côtoient les humbles demeures ouvertes en permanence, tout ceci décrit pêle-mêle le cadre où cohabitent environ 20.000 personnes sur le territoire bien compact de la paroisse.
La communauté chrétienne de la paroisse est exemplaire par sa foi et son courage. Elle se réunit fréquemment et cherche activement à oeuvrer pour la paix dans ce quartier ravagé par la violence et l'injustice. Tous les jours sur la colline, là même où le Pape a béni l'église de Notre Dame des alagados, les chrétiens viennent adorer Jésus Eucharistie, et fréquentent assidûment le sacrement de Réconciliation avant la messe du soir.
Après trois ans de présence sacerdotale dans ce quartier, réfléchissant avec la communauté à ce que pourrait être notre contribution pour la paix, nous avons spontanément pensé aux enfants nombreux qui vivent dans la rue sans apprendre à lire et à écrire. Ainsi est né, en février 2007, aux alagados, le « soutien scolaire » pour environ 70 enfants, âgés de 8 à 10 ans. S'ils réussissent à apprendre à lire et à écrire, ils pourront ensuite suivre une formation professionnelle, autrement ils risquent fort d'entrer dans un trafic de drogue ou de prostitution. L'année précédente, par la Providence divine, nous avions réussi à installer, dans une construction commencée au pied de l'église, une cuisine. Ainsi, chaque jour, tous les enfants peuvent être alimentés correctement grâce aux dons collectés, et au travail d'une équipe de femmes courageuses de la paroisse. C'est au premier étage de ce bâtiment, aménagé progressivement, que nous avons installé les groupes du soutien scolaire, séparés par des cloisons en tissu tendu sur des cadres en bois, et amovibles. Les professeurs, au nombre d'une douzaine environ, ont été choisis parmi les jeunes de la paroisse. Tous sont bénévoles mais ont droit à leur repas servi à la cuisine.
Pour encadrer ces jeunes professeurs
et les former, il a fallu faire appel à des compétences.
Ainsi, avec l'association « Joao de Deus », fondée
pour la mise en oeuvre de cette action sociale de la paroisse,
nous avons appelé des missionnaires laïcs qui viennent
avec des contrats fidesco de deux ans. Avec nos jeunes, ils établissent
des programmes, étudient une pédagogie adaptée
à la situation et assurent autant que possible une éducation
intégrale aux enfants, transmettant les valeurs de respect
de l'autre, d'écoute, de sens de l'effort, de persévérance,
de vérité, de partage, de justice, de dialogue.
Dans un contexte d'amour, nous éduquons aussi à
la prière.
Le défi est immense tant ces enfants sont déjà
marqués par la violence mais, avec la force de la prière
de la communauté paroissiale, et du soutien spirituel aux
missionnaires (1), nous tenons bon.
Le développement du
projet nous a amenés ensuite à proposer une formation
pour les mamans des enfants du soutien ou les femmes responsables
de leur éducation. Elles-mêmes ont besoin d'aide
et sont souvent dépourvues du minimum. Ainsi, dans un autre
local un peu plus éloigné de l'église, que
nous avons pu récupérer et aménager, nous
avons maintenant des ateliers de formation en cuisine, rudiments
d'hygiène, apprentissage de couture et de coiffure ainsi
qu'un espace informatique où nous donnons un cours basique.
Par ailleurs, un autre projet de bourse d'études vient
de commencer pour quelques jeunes capables de suivre des études
universitaires.
Ainsi, toute une chaîne de solidarité a pu naître
en faveur du développement intégral des personnes,
à commencer par les enfants. Ce travail de promotion humaine
vient de la foi vivante de la communauté paroissiale et
de sa grande confiance dans la puissance d'intercession de la
Vierge, Notre Dame des alagados.
En ce qui me concerne, je
puis témoigner avec reconnaissance que nos frères
les plus démunis ont su tirer de mon coeur de prêtre
la dimension de la paternité spirituelle que le Seigneur
a enfoui par la grâce de mon ordination, il y a vingt deux
ans. C'est pourquoi, au terme de cette mission de six ans, j'ai
répondu avec confiance, encouragé par mes supérieurs,
à la proposition qui m'a été faite d'assumer
la paternité du Foyer de Charité de «Notre
Dame de la Garde» à Mendès, près de
Rio de Janeiro, à la suite du père Marcel Constant,
prêtre du diocèse de Marseille, décédé
en 1992 et fondateur du Foyer.
(1) Chaque missionnaire bénéficie de la prière
de parrains missionnaires.
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« Amour et Vérité » au coeur de notre vie de couple |
Dominique et Marie-Claude
DAVID
Engagés
dans la communauté de l'Emmanuel
Parents de 4 enfants, dont un membre de Foyer
Nous avons reçu l'encyclique "Caritas in veritate" comme un message de bonheur, exactement ce que nous voulons répandre autour de nous, dans nos familles, dans nos lieux de travail, dans tous nos lieux d'engagement. Elle est une parole d'Eglise qui correspond vraiment à ce que nous vivons. Elle décrit une réalité profonde et spirituelle. Elle est à la fois un ouvrage de référence, un ouvrage de progrès, un moyen d'enracinement dans la vie ecclésiale et dans la vie divine.
Dès l'introduction, Benoît XVI annonce fortement ce qui nous a fait vivre depuis 36 ans de mariage : «l'amour dans la vérité est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité tout entière », et ce qui nous fait vivre aujourd'hui vis-à-vis de nos enfants et de notre entourage : « défendre la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie sont par conséquent des formes exigeantes et irremplaçables de la charité ». Pour nous, cela est réellement vital et oriente profondément nos choix de vie.
Le lien réalisé par le Saint-Père entre amour et vérité est au coeur de notre vie de couple. L'amour sans vérité est une illusion qui va s'évaporer assez vite, ou devenir prison ; la vérité sans amour peut conduire au durcissement orgueilleux et dominateur, en couple comme en sciences ou en politique ! Nous savons que celui qui veut d'abord avoir raison, envers et contre tout, celui-là ne laisse pas de place à l'amour, pas plus qu'à la vérité d'ailleurs. Et notre vie a confirmé qu'il n'y a pas de vie ensemble possible sans une véritable dynamique d'amour, et qu'il n'y a pas d'amour possible en dehors d'une attitude de miséricorde. Cela, c'est la vérité de l'homme. On ne peut pas tricher avec. Et c'est toujours à redécouvrir. C'est l'affaire de toute une vie.
Certains pensent que tout cela est vrai, mais qu'il s'agit d'une simple attitude humaine, qu'il faudrait simplement imposer par l'éducation et par la loi. Pour nous, cela vient d'une dynamique de Dieu à travers notre vie de couple. Le sacrement de mariage, c'est Dieu agissant dans notre vie à travers un signe, c'est l'amour et la vérité qui, au lieu de s'opposer, arrivent à se rencontrer. Aucune loi ne peut obtenir pareil résultat. L'encyclique ne fait pas la loi, elle ne nous dit pas ce que nous devons être sous peine de poursuites, elle décrit l'homme image de Dieu et son fonctionnement, elle est une cartographie pour le cheminement de l'homme dans l'univers d'aujourd'hui.
Pour nous, le couple est vraiment une analogie de la Trinité. L'amour donné, l'amour échangé, l'amour reçu... L'union du couple dans tous ses aspects, c'est exactement cela. Ça ne vient pas de la matière, mais de l'Esprit. Ça ne vient pas du hasard, mais d'une volonté libre. Et c'est l'amour qui est la source de la vie.
L'encyclique nous le rappelle : « il n'y a pas l'intelligence puis l'amour : il y a l'amour riche d'intelligence et l'intelligence pleine d'amour. »
Nous avons la chance l'un et l'autre d'avoir pu poursuivre une activité professionnelle satisfaisante, et compatible pour l'essentiel avec une vie de couple et de famille. Les évolutions actuelles du monde du travail donnent une actualité aigüe à cet appel aux gouvernants : «l'homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser ».
Parallèlement à notre activité professionnelle, nous avons toujours voulu participer au développement de l'Eglise. Dominique a travaillé longtemps au sein d'une grande association catholique internationale visant à rayonner la charité chrétienne. Nous travaillons aujourd'hui dans le cadre de Fidesco, avec des partenaires des pays du Sud qui reçoivent les volontaires de l'association. Nous savons avec eux, que « Dieu est le garant du véritable développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, il en fonde aussi l'unité transcendante et alimente en lui la soif d'être plus. ». Nous savons a contrario que le développement vécu dans «diverses formes d'athéisme pratique soustrait aux citoyens la force morale et vécue indispensable pour s'engager en faveur du développement humain intégral, et les empêche d'avancer avec un dynamisme renouvelé dans leur engagement pour donner une réponse humaine plus généreuse à l'amour de Dieu ». L'encyclique rappelle utilement: « un des aspects les plus évidents du développement contemporain est l'importance du thème du respect de la vie, qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples ».
Nous faisons nôtre la conclusion de l'encyclique qui cite la lettre aux Romains : «Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez -vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l'affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres ». C'était la lecture de notre messe de mariage. Nous y voyons un programme de vie en couple, en famille, en société.