Numéro 257

Février 2010


SOMMAIRE

Actualité :
L'Encyclique « Caritas in veritate » de Benoît XVI (fin)
Père Yannik BONNET

Dossier : Rédemption et fécondité
Une évocation du mystère de la Rédemption
Père Jean-François HÜE

La souffrance peut-elle devenir féconde ?
Père Bernard MICHON

Témoignage : « Offrez-vous »

Ce qui est essentiel, c'est l'offrande
Père FINET

Grâces et faveurs
Obtenues par l'intercession de Marthe Robin

Année sacerdotale
Témoignage d'un prêtre de 87 ans
Père Max DELAROCQUE

De toutes nations
Tremblement de tere en Haïti : Foyer de Charité et communauté Sainte Marie à Port au Prince
Au Foyer de Namugongo, en Ouganda
Au Foyer de Charité de Baye

Adieu au père Guy MAMET, Foyer de Charité de Souillac, à l'Ile Maurice

Programme des Retraites : mars-avril-mai

 

Une évocation
du mystère de la Rédemption
 

 

Père Jean-François HÜE
Foyer de La Flatière

« Ma foi me fait voir la Rédemption
qui couvre mes péchés comme d'un
manteau royal » 19 avril 1935.

« Dieu a librement créé l'homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse ». C'est ainsi que le Catéchisme de l'Eglise Catholique présente le dessein de « pure bonté de Dieu » qui voulait se donner des fils adoptifs en son Fils unique.

Le drame du péché de l'homme pouvait-il arrêter Dieu dans son dessein d'Amour ? C'est oublier que « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées » et qu'il est « Dieu et non point homme » (Os 11, 9). La compassion infinie de Dieu, son coeur miséricordieux multiplient les promesses de consolation et les alliances avec son peuple infidèle.

La Rédemption est le chef-d'oeuvre de la miséricorde de Dieu, dont Marthe Robin a pu dire qu'elle « surpasse toutes ses oeuvres ». Comment, en effet, sauver l'homme de la manière la plus miséricordieuse qui soit sinon en lui redonnant sa dignité ? Pour ce faire, il fallait bien que ce soit l'Homme, dans la plénitude de son humanité, qui sauve les hommes en voie d'achèvement. En un surcroît d'Amour, Dieu va envoyer son Unique pour nous sauver en assumant la condition humaine excepté le péché. Ce sont les noces de l'Agneau. Le Fils visite notre terre jusque dans les gouffres de la mort pour relever la création tombée dans l'aliénation du péché et la porter plus haut vers la gloire promise aux fils de Dieu.

Le Christ manifeste pleinement l'homme à lui-même

Quel est cet homme pécheur que Jésus vient reprendre et sauver ?

Un être inachevé, entravé par le péché, créé à l'image de Dieu pour parvenir à sa ressemblance. Le fondement de sa dignité réside dans ce qu'il est appelé à vivre : participer pleinement à la vie de Dieu.

« Le Christ se tient devant nous comme le Fils véritable qui vit, qui prie, qui obéit, qui parle, qui meurt en frère aîné, manifestant pleinement l'homme à lui-même, et lui découvrant la sublimité de sa vocation ».

Le Christ Jésus est indissolublement une parole sur Dieu et une parole sur l'homme. En assumant ainsi la condition humaine, le Christ la restaure et l'élève vers Dieu dans cet accomplissement indissociable que représentent sa Croix et sa Résurrection.

La croix glorieuse, sommet de l'Amour

Nombre d'indications évangéliques confirment la conscience que Jésus a de sa mission rédemptrice. Jésus a exercé avec la pleine contribution de ses facultés humaines sa mission de Sauveur. Son sacrifice n'a pas été accident ni fatalité, mais la voie du Salut progressivement perçue par le Coeur du Fils de l'homme : « Ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne » (Jn 10, 18). La Sainte Cène est le haut lieu de cette explicitation.

A Gethsémani, Jésus vit une angoisse indicible. Lui qui est sans péché, se voit livré pour nous aux puissances de la mort. Dans ce jardin, comme dans l'arène du monde, il livre un combat solitaire, ses amis se sont endormis et Dieu se fait absent. Tout le mal du monde, passé, présent et à venir semble se liguer contre Lui, l'Innocent. Il faut maintenir le caractère scandaleux, au sens fort du terme, de la souffrance du Fils de Dieu. L'Apôtre Paul a osé résumer, dans une formule d'une profondeur insondable, ce drame unique : « Celui qui était sans péché s'est fait péché pour qu'en Lui nous devenions justice de Dieu » (2 Cor 5, 21).

Voilà le fond de la Passion : Jésus a été fait péché, c'est-à-dire, pour prendre le langage humain, qu'il s'est senti comme coupable de tous les péchés du monde. Lui, qui demeure le Juste par excellence, vit à ce moment-là une sorte de scrupule immense, infini, inexprimable, avec la certitude, la vision infiniment claire de son innocence.

Et c'est justement cette coexistence du plus pur amour avec le sentiment d'une culpabilité totale qui a broyé le coeur du Seigneur et qui a entraîné sa mort. Selon l'Evangile de Jean, le Christ n'est pas mort d'abord de ses blessures physiques, mais il est mort d'une mort intérieure, il est mort de cette brisure, il est mort d'Amour.

Il faut donc prendre à la lettre le récit de l'agonie et cette supplication implorant le Père que ce calice s'éloigne de lui. Il faut accueillir les paroles dernières du Seigneur : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).

Jésus a vécu, autant qu'il était possible, l'enfer dans sa suprême innocence et c'est d'abord de cela qu'il est mort. En ce sens, sa mort est une mort unique, une mort où se sont confrontés, une fois pour toutes, le mal et le bien dans le Coeur du Fils de Dieu.

Il réalisait alors ces prophéties d'Isaïe : « Pourtant c'était nos maladies qu'il portait, c'est de nos douleurs qu'il s'était chargé. Mais nous, nous l'avons considéré comme frappé, maltraité par Dieu et humilié. Mais c'est pour nos forfaits qu'il a été condamné. Il a été condamné pour nos fautes » (53, 4-5).

Le « Serviteur souffrant », dans Isaïe (49), offre sa vie pour tout le peuple. Ces chants introduisent un thème nouveau dans les prophéties d'Israël : celui de la souffrance innocente qui donne à voir la figure du Messie.

Ce lien du « Serviteur » qui, « comme un agneau est mené à l'abattoir » (Is 52), avec le destin du Christ (Ac 8, 32-35) est clair. Ce n'est pas pour rien que l'Eglise nous propose la méditation des chants du Serviteur pendant le Carême.

Le Christ, homme de paix et de communion, a fait de sa mort un acte de réconciliation. La fécondité de sa mort jette sa lumière sur le problème de notre souffrance : « C'est bien par le Christ et dans le Christ que s'éclaire l'énigme de la douleur et de la mort, qui hors de son Evangile nous écrase ».

L'Eglise, épouse du Christ

Dans son Eglise, Dieu se choisit des hommes et des femmes pour continuer son oeuvre de rédemption en les conduisant à une configuration totale avec Lui. Cette conformité peut prendre une forme visible dans les stigmates

On pense spontanément à Saint François d'Assise qui, dans son désir d'imiter Jésus, comprendra progressivement que la réparation dont l'Eglise avait besoin était d'abord intérieure. S'il est vrai qu'il vivra un dépouillement total, y compris vis-à-vis de son ordre, son amour sans mesure lui fit demander de partager toutes les souffrances de Jésus crucifié.
Dans la vie de Catherine de Sienne, Jésus apparaît comme Celui qui prend visiblement toutes les initiatives. En conformité à l'appel de Jésus, elle porta les fautes de l'Eglise et de ses chefs jusqu'à sa mort : « Voici donc ce corps que je tiens de Toi, prends-le et fais-en pour eux une enclume sur laquelle tu broieras leurs péchés ».

A travers le Padre Pio, le Seigneur veut manifester la grandeur de la Messe où ce prêtre actualise dans sa chair l'événement du Salut par la croix. Tout le reste lui
apparaît secondaire : « Si c'était de moi, je ne descendrais jamais de l'autel ». Toute sa vie sera une longue Messe.

Marthe Robin, un mystère de nuptialité

Marthe est sans doute la plus proche de nous dans le temps, bien sûr, mais surtout par sa condition de malade, vécue dans le secret, qui humanisait son accueil. Elle s'intéressait à notre vie telle qu'elle était et compatissait à nos épreuves. Les phénomènes extraordinaires de sa vie ont longtemps été ignorés de ceux qui venaient la voir. Marthe, dont la maladie avait détruit les projets un à un, était une pauvre, à bien des égards. Comme son Seigneur, à certains moments, elle s'est sentie abandonnée de tous et de Dieu lui-même.

A la faveur d'une mission, un certain jour de décembre 1928, elle comprend qu'aucune vie humaine n'est stérile et que la sienne, unie à celle de Jésus, pourra être d'une grande fécondité. Elle nous dit alors avoir « osé » choisir Jésus pour « modèle unique et parfait ». Lorsque Jésus lui proposa de l'associer à son oeuvre de Rédemption : « Veux-tu être comme moi ? », Marthe n'eut plus qu'un seul désir : donner sa vie à Dieu pour l'Eglise et pour les pécheurs : « Oui, Jésus, je veux toute votre croix. Je veux continuer votre Rédemption » (03/02/1933). Dans ce mystère de nuptialité voulu par Dieu pour son Eglise et pour l'humanité toute entière, elle devint la petite épouse de Jésus portant, dans sa chair, les marques de sa Passion. De cette élection sont nés les Foyers de Charité, « la grande Oeuvre de son Amour ».

« Le Sacré-Coeur de Jésus en croix est la demeure inviolable que j'ai choisie sur la terre » (21/04/1930). « De mon Dieu, je suis le calice, l'Amour m'a tout appris ».

Les carnets du Père Faure nous redisent les mots et les phrases que Marthe prononce chaque vendredi pendant ses passions. Une fois encore nous sont révélés des aspects méconnus de sa personnalité. Ils laissent entrevoir une femme que Jésus a rendu à elle-même, libre et déterminée dans la plénitude de sa vocation d'épouse. Marthe ne vit que pour Jésus. A certains moments, on peut dire qu'elle EST Jésus, totalement configurée à Lui. Lorsqu'elle le supplie d'unir ses pauvres souffrances aux siennes pour que son sang « comme celui du Christ, soit un sang rédempteur », on peut dire que, dans l'Eucharistie, sa prière rejoint celle de son Seigneur pour toute l'Eglise devenue son propre Corps.

Souffrir avec le Christ-Jésus est pour elle, comme pour Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, une plénitude de joie : « Je souffre avec tant d'ivresse ». Elle réclame passionnément des croix. Elle appelle les pécheurs avec une charité sans limite : « Venez ô vous les égarés, les aveugles, ô vous les pauvres pécheurs, venez vous abreuver à la fontaine de vie, venez boire au calice de la charité, venez » (26/04/1935). Marthe exulte lorsqu'elle peut offrir des âmes réconciliées à Jésus : « Mais les voilà vos enfants ! Voici, Seigneur, votre breuvage. Buvez, ô Dieu d'Amour, buvez-les tous » (30/03/1934). Libre avec Jésus, elle le morigène s'il ne répond pas assez vite à sa prière : « O mon Dieu, vous ne voulez donc plus m'écouter ? Pourtant, ces âmes, vous les avez rachetées de votre propre sang. Vous qui avez tant fait pour une seule âme, refuseriez-vous de sauver celles-ci ? » (31/05/1935).

Ses intercessions sont ouvertes à tous mais surtout à l'Eglise et aux prêtres : « O Jésus, mon amour, ouvrez plus abondamment votre coeur, ouvrez votre poitrine eucharistique pour y cueillir tous vos prêtres. (03/05/1935). Faites de moi, et de Jésus en moi, l'aide fervente et toujours plus féconde du sacerdoce » (30/03/1934).

Marthe partage avec le Fils l'aspect insoutenable de sa Passion : elle devient le péché de ceux qu'elle porte : « Mon Père, écartez-vous de moi, je vous fais horreur. Je suis toute entière péché ». Associée étroitement à la vie de Jésus, elle l'est aussi à sa mort qu'elle aborde avec les mêmes sentiments. Elle est Jésus : « Mon Dieu ! Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonnée ? Père, je remets mon âme entre vos mains ».

Pour conclure

Un certain nombre de frères et de soeurs, aujourd'hui, se sentent arrêtés au seuil d'un tel modèle et s'écrient : « Ce n'est pas pour moi ! » Les chemins de Dieu sont multiples et imprévisibles. Les stigmates qui offrent à voir, pour notre conversion, le sang versé qui donne la vie, ne sont pas la preuve unique de l'union étroite d'une personne avec Jésus. Est-il un être qui ait vécu aussi intensément la Passion, dans une souffrance toute intérieure, que Marie, sa Mère au pied de la croix ? Plus près de nous, Mère Térésa a éprouvé jusqu'au martyre « l'absence de Dieu », prête à sourire à la face cachée de Jésus toute l'éternité. Et la « coquine » de sainte Thérèse, comme disait Marthe, toute donnée à la mission et à l'oeuvre de Dieu, a expérimenté, elle aussi, un autre chemin.

Jésus s'offre à porter avec nous le fardeau de nos vies. Ce peut être l'épreuve de la maladie, de la souffrance morale, d'un deuil, d'un échec ou simplement des tâches répétitives dans la monotonie des jours : « Tout sert quand on aime ! » (10/11/1930).

 

 


 

Ce qui est essentiel,
c'est l'offrande

 

 

Père FINET

Je vous ai toujours dit que l'Amour avait un fruit : c'est la Vie. L'amour et la vie ne se séparent jamais ! Dieu est Amour et Dieu est Vie ! Si donc c'est par amour que Jésus est entré dans le péché, Il va en cueillir le fruit de l'amour qui est la Résurrection et la Vie. C'est donc en entrant par amour dans le péché, en entrant par amour dans la souffrance, en entrant par amour dans la mort que Jésus leur a donné une valeur de rédemption, une valeur de salut et de vie des âmes. Comprenons bien cette leçon ! Si bien que Jésus a changé en Lui le sens de la souffrance. Alors que le péché est un fruit de l'égoïsme, Jésus l'a pris par amour. Et en même temps, c'est également par amour qu'Il est entré dans la mort. La mort de Jésus est la mort de la Mort ! Nous pouvons chanter avec Saint Paul : "O mort, où est ta victoire ?" La mort de Jésus, c'est la victoire de la mort d'amour sur la mort de péché. Jésus donc a changé en Lui le sens du péché, le sens de la souffrance et le sens de la mort. Si Jésus a fait cela, nous devons agir comme Lui. Nous qui, par notre égoïsme, sommes de pauvres pécheurs, nous devons prendre notre péché avec ses consequences : la souffrance et la mort, et nous devons l'offrir. Ce qui est essentiel dans la vie d'un chrétien, c'est l'offrande ! Offrons notre souffrance, offrons notre péché, offrons notre mort, et si nous faisons cette offrande, spécialement au cours de la messe, nous donnons à notre péché, à notre souffrance et à notre mort une valeur de Rédemption, en union avec l'offrande de la souffrance de Jésus: Commencer à dire la messe, c'est commencer à souffrir.


Dans cette lumière je comprends Lourdes :Regardez, dans ce train, les malades qui vont à Lourdes ! Beaucoup sont découragés, quelques-uns blasphèment ! Ils arrivent à Lourdes ! De temps en temps, exceptionnellement, il y a un miracle dans la chair : une guérison. Mais le grand miracle de Lourdes est intérieur : c'est la transformation des âmes et des coeurs ! Et ces âmes qui, hier encore, étaient découragées, acceptent leurs souffrances, et en font une offrande d'amour : ils changent en eux le sens du péché, le sens de la souffrance et le sens de la mort. Et quand ce train revient de Lourdes, il est chargé de cette immense offrande, c'est un train de Rédemption qui apporte tout autour de lui des valeurs de salut pour le monde tout entier. Voilà le grand miracle de Lourdes.Alors, dans cette perspective-là, soyons, nous aussi, ceux qui offrent leurs souffrances et qui offrent leur mort. Soyons de ceux qui ne restent pas, découragés, sur leurs péchés, mais qui prennent leurs pauvres péchés, qui prennent leurs souffrances, qui prennent leur mort et qui en font une offrande en union avec celle de Jésus.

Et quand nous faisons cette offrande, nous attirons l'application de la Rédemption sur le monde d'aujoud'hui. Et c'est pour cela que nous devons garder beaucoup d'espérance parce qu'il y a beaucoup de souffrances autour de nous, beaucoup de misère, c'est vrai, mais il y a tellement d'offrande ! Quand on pense à cette offrande incessante de ceux qui sont prisonniers dans tous les pays du monde. Je reçois, de temps en temps, des confidences de ces prisons qui sont bouleversantes par l'ardeur d'amour qui les porte, et, en même temps, par l'intensité de la souffrance qui les caractérise. N'ayons pas peur de penser à toutes les souffrances de ceux qui sont dispersés, pourchassés et persécutés.
Et il y en a beaucoup d'autres : quel est celui ou celle d'entre vous qui ne porte pas, dans son coeur, telle ou telle souffrance morale, physique, cachée, connue... S'il y a beaucoup de souffrance, il y a beaucoup d'offrande et beaucoup de rédemption dans l'Eglise d'aujourd'hui.
Le grain de blé tombé en terre donne beaucoup de fruits. Et pendant que je regarde la moisson, je pense que Jésus n'a pas le temps d'attendre; au moment même où le grain de blé tombe en terre, Jésus veut déjà récolter les fruits de la moisson - et c'est pour cela que j'ai beaucoup d'espérance et beaucoup de joie, car si, dans le monde d'aujourd'hui, il y a beaucoup d'occasions de voir le péché et ses effets - c'est tout de même très bouleversant de sentir monter l'amour et des âmes d'apôtres pour l'Eglise d'aujourd'hui et de demain.

Extraits d'un enseignement






 

Témoignage d'un prêtre de 87 ans
et de 64 ans de sacerdoce

 

Père Max Delarocque
Diocèse de Valence

Ce qui m'a beaucoup marqué, c'est la façon dont le Seigneur s'y est pris pour m'appeler au Sacerdoce. Il est passé d'abord par le saint Curé d'Ars. Mes parents habitaient alors à Vlilefranche sur Saône. J'avais une grande tante, religieuse du Saint Sacrement. A la naissance de ma soeur, elle a eu l'autorisation de sa supérieure de venir un mois à la maison pour aider maman. Villefranche, étant tout près d'Ars, elle a voulu faire un pèlerinage. Je n'avais que 2 ans. Je ne me rappelle plus du tout qu'elle m'avait emmené ; mais maman me l'a raconté Or, que fait une tante religieuse devant la chasse du curé d'Ars avec son petit neveu à côté d'elle sinon une prière pour qu'il devienne prêtre ?
Ensuite, le Seigneur est passé par sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. En 1929, mon père était très malade. Sainte Thérèse venait d'être canonisée. Elle était encore plus populaire que maintenant. N'avait-elle pas promis de passer son Ciel à faire du bien sur la terre ? Je me vois encore à genoux au pied du lit de mon père, faisant une neuvaine à sainte Thérèse avec maman et ma soeur pour que mon père guérisse, et mon père est mort. Or, toute vraie prière est écoutée, mais on n'est pas toujours exaucé comme on le voudrait. Maman m'a mené à la messe de funérailles de mon père. Or, là, j'ai été sûr que mon père était heureux ailleurs. Où, je n'en savais rien, mais il était heureux. Très vite, j'ai pensé que la vraie vie était ailleurs ; mais qu'on était sur la terre pour préparer cette vie ailleurs. Alors, j'ai pensé assez jeune à être prêtre. Je le devais après Dieu à mon père et à sainte Thérèse. J'en ai eu la confirmation un peu plus tard. J'allais à l'école laïque. J'ai chanté de tout mon coeur « Gloire à Jaurès, gloire à l'école laïque », un 14 juillet, sur le kiosque à Loriol où je vivais avec maman chez ma grand'mère.

Elle a voulu me mettre en pension à l'Institution Notre-Dame à Valence, mais elle n'avait pas les moyens financiers. Or, un de ses frères qui voulait être moine bénédictin avait fait ses études à l'Institution. Maman a pensé qu'en souvenir de lui on pourrait lui faire des conditions. Or, la première division de l'Institution, c'était le Petit Séminaire. Le supérieur n'a rien trouvé de mieux que de dire à maman : »Je vais mettre votre fils au Petit Séminaire, comme cela l'oeuvre des vocations le prendra en charge ». Mais maman a répondu « Mon fils n'a que 10 ans, je ne sais pas ce qu'il fera mais je ne voudrais même pas qu'on l'influence dans ce sens ». Alors, il y a eu le tout de ma vie, j'en suis sûr ; le Saint-Esprit a inspiré le supérieur qui a dit « Puisqu'il en est ainsi, en souvenir de son oncle, je veux bien l'accepter parmi les collégiens mais à l'essai » Ainsi, je suis sûr d'avoir hérité de la vocation de mon oncle qui avait été tué à 21 ans pendant la Guerre à Flirey dans un corps à corps.

Or, à l'Institution Notre Dame, il y avait une troupe scoute qui m'a marqué pour la vie. C'est avec conviction que j'ai fait ma promesse « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m'engage à servir de mon mieux Dieu, l'Eglise et la patrie ; à aider mon prochain, en toute circonstance » Or, cette troupe scoute était la troupe sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
Pour m'appeler au sacerdoce, Dieu est donc passé par ma tante religieuse, par le curé d'Ars, par mon père, par maman, par le supérieur de l'Institution Notre-Dame, par mon oncle, par sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

J'ai aussi rencontré Marthe plusieurs fois. Je me rappelle surtout ce qu'elle m'a dit la dernière fois où je l'ai vue, et particulièrement ceci que j'essaie de vivre de mon mieux : « Votre premier travail de prêtre, c'est d'éclairer la foi des gens, et des gens que vous avez encore dans votre église ». Comme elle voyait juste.

Comme j'ai été accompagné et je le suis toujours, une preuve parmi tant d'autres : l'effet produit par un long échange dans la foi avec un jeune de 18 ans, rencontré à Taizé où je vais chaque année. Personnellement, j'ai été profondément ému par ce témoignage qui prouve que, même à 87 ans, le Christ peut passer par le prêtre pour atteindre les jeunes.

Témoignage
« Voici quelques mots pour vous remercier de tout ce que vous nous avez apporté à Taizé. A vrai dire, je n'ai pas vraiment tardé, mais je souhaitais simplement que ma lettre vous parvienne aux alentours du 1er octobre, jour de la sainte Thérèse, étant donné qu'elle a pris une place particulièrement importante dans votre vie et qu'il est toujours bon de se joindre au Seigneur pour proposer quelques clins d'oeil !

Le séjour à Taizé fut comme toujours enrichissant ; et plus encore cette fois-ci, car votre rencontre comme celle de plusieurs jeunes, m'a beaucoup marqué, et la force spirituelle de ce lieu magique m'y a fait longuement réfléchir. A vrai dire, les journées me paraissaient fades lors du retour dans la vie quotidienne, et j'ai beaucoup prié pour vous. Je crois pouvoir dire qu'aucun jeune n'aurait été insensible à ce que vous avez partagé avec nous la manière de prier, accepter ce que l'on ne désirait pas forcément, discerner le cheminement de Dieu dans notre vie ; et vous avez si bien illustré votre vision du prêtre : »un homme qui offre sa vie pour aider les autres à réussir la leur ». J'aurais tellement voulu rester quelques jours de plus, mais votre rencontre a déjà été une belle avancée dans ma foi et je vous en remercie de tout coeur.
J'essaierai de poursuivre cette dynamique et d'accorder, chaque jour du temps à Dieu (la vie est un service), même si cela n'est pas toujours évident lorsqu'on quitte parents et amis, et qu'on se retrouve seul. J'avais d'ailleurs une question à vous confier à ce propos : auriez-vous quelque (s) conseil (s) pour demeurer proche de Dieu dans cette nouvelle vie ? Vous restez dans ma prière ».

Clément M.