Les Foyers de Charité

Rassemblés par le Seigneur

 

 Les Statuts des Foyers de Charité :

L'esprit et la vie

I - L'esprit qui anime les Foyers de Charité
 
1/ La famille de Dieu sur la terre
2/ Laïcs et prêtres dans l'unique Sacerdoce du Christ
a - Les laïcs
b - Les prêtres
3/ Pour la mission
4/ Marie notre Mère : la vie mariale dans les Foyers de Charité

II - La vie des Foyers de Charité

1/ Notre vocation
a - Enracinés dans le mystère trinitaire
b - La vie de Nazareth
c - La communauté apostolique
d - Communauté née de la croix de Jésus pour une nouvelle Pentecôte d'Amour
2/ Les Foyers de Charité sont dans l'Église pour la régénération du monde tout entier
a - Finalité : Foyer de lumière, de Charité et d'Amour
b - Les Moyens
3/ La vie en Église
a - Dans l'Église locale
b - En lien avec la mission universelle de l'Église
4/ La vie de famille
a - Vie consacrée à Jésus par Marie
b - Vie de prière et d'offrande
c - Vie de travail
d - Vie de partage et de communion fraternelle
e - Vie de famille accueillante à tous dans la simplicité
5/ Vocation et mission du père de Foyer
a - La mission du père de Foyer dans la communauté
b - Père et membres : co-responsables
c - Liens fraternels des pères de Foyers avec le père du Foyer-centre, et entre eux
d - Choix, nomination, engagement et succession d'un père de Foyer
6/ La croissance des Foyers dans l'unité entre tous
a - La croissance de chaque Foyer
b - L'unité entre les Foyers
c - Ouverts aux appels de l'Esprit
 
 
 

I - L'esprit qui anime les Foyers de Charité

Ce que nous vivons dans les Foyers de Charité s'enracine dans le Mystère du Christ et de l'Église, tel que Marthe l'a vécu. Par vocation, nous sommes appelés à vivre de ce mystère dans chacun de nos Foyers.

1/ La famille de Dieu sur la terre

Pour exprimer cette nouveauté que sont les Foyers de Charité, nous pouvons retenir la définition proposée par le père Georges Finet en novembre 1971, après des années d'expérience et de réflexion :

"Les Foyers de Charité sont des communautés de baptisés, hommes et femmes, qui, à l'exemple des premiers chrétiens, mettent en commun leurs biens matériels, intellectuels et spirituels, vivent dans le même Esprit leur engagement, pour réaliser avec Marie comme Mère la famille de Dieu sur la terre, sous la conduite d'un prêtre, le père, dans un incessant effort de charité entre eux et portent par leur vie de prière et de travail dans le monde, un témoignage de Lumière, de Charité et d'Amour, selon le grand message du Christ, Roi, Prophète et Prêtre".

Hommes et femmes, clercs et laïcs, de toutes races et de toutes cultures, les communautés de Foyer sont ouvertes à toutes les nations et à toutes les catégories sociales. Dans le respect de leurs différences, elles annoncent l'unité restaurée dans le Christ. Cette unité retrouvée est une espérance pour le monde.

2/ Laïcs et prêtres dans l'unique sacerdoce du Christ

Les Foyers de Charité sont dans l'Église une association de fidèles dans laquelle des baptisés vivent ensemble la plénitude de leurs vocations de laïcs et de prêtres au service de l'évangélisation :

"Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu'il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre : l'un et l'autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ" (LG 10, § 2). (voir aussi PO 2).

A l'exemple de Marthe Robin et du père Georges Finet depuis 1936, nous cherchons à vivre cette nouveauté : oeuvrer ensemble prêtres et laïcs dans ce que nous appelons "la famille du Foyer".

Cette nouveauté s'inscrit dans la complémentarité entre laïcs et prêtres voulue par le Concile Vatican II :

"(...) quant à la dignité et à l'activité commune à tous les fidèles dans l'édification du Corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité. Car la différence même que le Seigneur a mise entre les ministres sacrés et le reste du peuple de Dieu comporte en soi union, étant donné que les pasteurs et les autres fidèles se trouvent liés les uns aux autres par une communauté de rapports : aux pasteurs de l'Église qui suivent l'exemple du Seigneur, d'être au service les uns des autres et au service des autres fidèles ; à ceux-ci de leur côté d'apporter aux pasteurs et aux docteurs le concours empressé de leur aide. Ainsi, dans la diversité même , tous rendent témoignage de l'admirable unité qui règne dans le Corps du Christ (...)" (LG 32 § 3).

Le père Georges Finet nous encourageait en évoquant la grande diversité des membres de Foyers qui " sans aucun noviciat vivent la vie communautaire et arrivent avec tous les caractères, tous les tempéraments, tous les âges...", ajoutant afin de mieux souligner que l'unité est un don du Seigneur : "Nous sentons bien que nous sommes soutenus tout le temps, par la grâce du Seigneur... Cherchons donc à donner à notre vocation ses vraies dimensions. Remettons nous bien en face du Seigneur, et voyons ce qu'il attend de nous" (père Finet ).

a - Les laïcs

Dès l'origine Marthe Robin avait souligné devant le père Georges Finet que les Foyers de Charité auraient à préparer, en particulier par la catéchèse fondamentale des retraites, des laïcs qui soient missionnaires. A l'intention des membres de Foyers, il évoquait en ces termes notre vocation :

"Je vous rappelle donc la grande vocation à laquelle vous avez été appelés, comme dit saint Paul aux Éphésiens : vivre de par votre baptême, en toute douceur, humilité et patience, cette vie de Lumière, de Charité et d'Amour. C'est une très grande vocation dans le plan de Dieu" (père Finet 28-01-72).

Cette vocation fait partie de la mission confiée à l'ensemble du peuple de Dieu :

"Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Tête le devoir et le droit d'être apôtres.(...) S'ils sont consacrés sacerdoce royal et nation sainte, c'est pour faire de toutes leurs actions des offrandes spirituelles, et pour rendre témoignage au Christ sur toute la terre" (AA 3, § 1).

Une des principales caractéristiques de notre vocation est le témoignage de notre unité ; par ce témoignage, nous participons à l'annonce de la Parole et notre offrande porte les retraitants.

"C'est certainement une grande grâce d'être reçu dans un Foyer de Charité, (...) mais, en même temps, c'est une grande responsabilité" (père Finet 25-06-84).

b - Les prêtres

Suscités, portés, soutenus, accompagnés par une laïque exerçant son sacerdoce de baptisée, les Foyers ont été fondés par un prêtre que Marthe a appelé "père". Aucun Foyer ne peut être pensé sans un prêtre qui en est le père, vivant de façon stable au sein de la communauté. Tel est un trait caractéristique des Foyers de Charité.

"Le sacrement de l'Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le Peuple de Dieu : celle de pères et de docteurs . Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur, que la grâce de l'appel de Dieu a fait participer à son Royaume. Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l'unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous" (PO 9, § 1).

C'est le témoignage de saint Augustin cité dans Vatican II : "Si ce que je suis pour vous m'épouvante, ce que je suis avec vous me rassure. Pour vous en effet je suis l'Évêque ; avec vous je suis un chrétien. Évêque, c'est le titre d'une charge qu'on assume ; chrétien, c'est le nom de la grâce qu'on reçoit" (LG 32, dernier §).

Les pères de Foyer ont reçu vocation et mission de vivre un ministère de paternité spirituelle avec la famille du Foyer et avec tous ceux qui y sont accueillis.

"Cette paternité spirituelle mais réelle a une dimension universelle qui se concrétise particulièrement vis-à-vis de la communauté qui lui est confiée" (Directoire pour le ministère et la vie des prêtres n. 58).

Par leur ministère - en particulier la prédication des retraites, l'accueil de tous et l'écoute - les pères de Foyers participent à la mission universelle de l'Église .

"Le don spirituel que les prêtres ont reçu à l'ordination les prépare, non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d'ampleur universelle, "jusqu'aux extrémités de la terre" (Ac 1,8)" (PO 10, § 1).

"Ne réduisons pas les dimensions du Foyer à un père et sa communauté. Nos Foyers s'étendent dans le monde entier par tous ceux qui viennent à nous" (père Finet).

A l'image du Bon Pasteur, les pères de Foyer sont appelés à être des témoins permanents de la miséricorde divine : "La première vocation des pères, c'est la miséricorde" (père Finet 3/11/75).

Ministres de la communion, ils "sont placés au milieu des laïcs pour les conduire tous à l'unité dans l'amour "s'aimant les uns les autres d'un amour fraternel, rivalisant d'égards entre eux" (Ro 12,10). Ils ont donc à rapprocher les mentalités différentes, de telle manière que personne ne se sente étranger dans la communauté des chrétiens. Ils sont défenseurs du bien commun, dont ils ont la charge au nom de l'Évêque (PO 9, § 4).

3/ La mission

Les Foyers de Charité veulent proposer à tous la Bonne Nouvelle de l'Évangile. Tout Foyer doit être rayonnant et attirant. Chacun doit s'y sentir accueilli tel qu'il est. La mission appartient radicalement à l'Esprit Saint qui anime les Foyers ; elle est sans cesse renouvelée par les appels de l'Église et des besoins du monde.

4/ Marie notre Mère : la vie mariale dans les Foyers de charité

Marie est notre Mère, elle est Mère de toute l'Église; C'est au "disciple" que Jésus s'adresse du haut de la croix en lui disant : "Voici ta Mère" (Jn 19, 27). Chacun de nous, comme le disciple que Jésus aimait, est appelé à la recevoir chez lui comme mère.

Cette présence mariale dont se nourrit l'Église, nous voulons la vivre d'une façon toute spéciale dans les Foyers de Charité.

En chaque Foyer, qui est une famille, Marie est la Mère : Mère de chacun des membres qu'elle enfante et fait grandir chaque jour dans le Christ, Mère de la Communauté qu'elle rassemble autour de son Fils et au milieu de laquelle elle se tient pour appeler l'Esprit de Pentecôte.

Les Foyers de Charité cherchent donc à la connaître et à la faire connaître, à l'aimer et à la faire aimer. Les pères de Foyers ont un lien tout spécial avec Marie. "(...) Mère du Grand Prêtre éternel, Reine des Apôtres, soutien de leur ministère, Elle a droit à la dévotion filiale des prêtres, à leur vénération et à leur amour" (PO 18, § 2).

Les pères de Foyers s'inspirent volontiers de cette recommandation du père Georges Finet : "Nous, prêtres des Foyers de Charité, nous plaçons notre ministère et nous le confions à la Sainte Vierge, puisque nous faisons notre consécration tous les jours. Et puisque je vous ai parlé du sacerdoce des laïcs, tous, il nous faut vivre notre consécration à Jésus par Marie. C'est très important, aussi bien pour les membres de nos Foyers que pour les prêtres, pères des Foyers. Ce n'est pas tout de la répéter : il faut la vivre et la vivre profondément".

Cette relation filiale à la Vierge Marie est vécue dans les Foyers selon la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Elle s'exprime dans la consécration à Jésus par Marie, qui est la forme même de notre engagement et de notre don. Nous la renouvelons chaque jour. Dans cette consécration nous lui donnons tous nos biens et tout notre être, nous lui abandonnons toute notre vie pour qu'Elle nous rassemble dans le Christ.

C'est toute la vie qui est peu à peu transformée par cette présence maternelle de Marie. Elle nous enseigne la délicatesse de l'accueil sous toutes ses formes, la joie des plus humbles services, l'écoute des autres, la compassion profonde et discrète, la disponibilité à la Parole de Dieu, le courage au travail, l'obéissance filiale, l'acceptation aimante de la Croix.

Elle nous mène à Jésus et le fait grandir en nous, selon la parole de saint Louis-Marie Grignion de Montfort :

"C'est par la très Sainte Vierge que Jésus-Christ est venu au monde et c'est aussi par Elle qu'il doit régner dans le monde (...) Quand le Saint-Esprit a trouvé Marie dans une âme, Il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment" (TVD n°1 et 36).

II - La vie des Foyers de Charité

 

1/ Notre vocation

"Il y a une sorte d'audace d'oser s'appeler : le Foyer de Charité" (père Finet).

"Il faut que vous viviez dans l'unité, mais pas n'importe laquelle, celle qui unit le Fils et le Père et qui est réalisée par le Saint-Esprit" (père Finet).

a - Enracinés dans le mystère trinitaire

La source de toutes nos communautés jaillit de la vie même de Dieu, du Père et du Fils dans l'Esprit. Dans cette vie trinitaire, chaque communauté et chaque membre de Foyer trouve sa vie, son unité, son élan et son renouveau.

Notre mission dans l'Église participe à celle du Christ, qui jaillit de l'Amour du Père pour toute sa création : "Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique" (Jn 3,16). Et Jésus nous dit : "Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie" (Jn 20,21). C'est donc l'Esprit Saint qui met aujourd'hui au monde les Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour dans le sein de la Vierge Marie pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle du salut.

Ainsi comme le dit Vatican II : "L'Église universelle apparaît comme un Peuple qui tire son unité de l'unité même du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" (LG 4).

b - La vie de Nazareth

La première famille de Dieu sur la terre fut la famille de Nazareth : celle de Jésus, Marie et Joseph. Elle est notre modèle. Nous aimons vivre avec Marie et Joseph, près de Jésus et pour Lui, les travaux quotidiens, la prière, le silence, l'offrande, les relations fraternelles, la paix du coeur, l'accueil, dans une grande simplicité de vie qui nous permet d'être proches de tous et ouverts à tous. A l'école de Nazareth, Dieu nous donne de découvrir les richesses inépuisables de la vie cachée selon les paroles de l'apôtre : "Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu" (Col 3,3), comme celle de Marthe à la Plaine.

c - La communauté apostolique

Jésus a toujours vécu en communauté ; il a quitté la communauté familiale de Nazareth pour fonder la communauté apostolique, qui est pour lui une nouvelle famille. Dès le début de son ministère Jésus rassemble ses disciples autour de Lui. Des femmes aussi ont tout quitté pour le suivre et se joindre aux disciples qui accompagnaient le Seigneur (cf. Lc 8,1-3).

Nous sommes de cette famille que l'Esprit de Pentecôte rassemble maintenant en Église. Les Foyers de Charité désirent vivre cette grâce de la première communauté apostolique (cf. Actes des Apôtres).

"Si nous fortifions notre vie de communauté nous attirerons beaucoup plus d'âmes" (père Finet).

"Cela nous montre mieux cette nécessité de faire ce qu'ont fait les premiers chrétiens : montrer Jésus à travers son visage communautaire" (père Finet).

d - Communauté née de la Croix de Jésus pour une nouvelle Pentecôte d'Amour

* Communauté née de la Croix de Jésus
L'Église est née du mystère de l'Alliance nouvelle accomplie sur la Croix par la mort et la résurrection de Jésus. "Un des soldats , d'un coup de lance, le frappa au côté et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau" (Jn 19, 34). C'est du côté de Jésus transpercé par la lance que naît l'Église. Des eaux du baptême et de la coupe eucharistique, l'Agneau immolé est devenu le Sauveur du monde.
 
Au coeur de l'Église, les Foyers de Charité sont nés sur la Croix. Durant de longues années Marthe a été unie à la Passion de Jésus, avec Marie sa mère. Avec l'apôtre Paul elle pourrait dire : "Avec le Christ, je suis crucifié" (Ga 2,19), afin "de Le connaître, Lui, et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances" (Phi 3,10). C'est ainsi qu'elle a donné sa vie pour l'Oeuvre des Foyers de Charité et pour la régénération du monde tout entier.
 
* Communauté de Pentecôte
Après la résurrection de Jésus "quittant alors la colline appelée Mont des Oliviers, ils regagnèrent Jérusalem... A leur retour, ils montèrent dans la chambre haute où ils se retrouvèrent... Tous, unanimes étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie la Mère de Jésus, et avec ses frères" (Ac 1, 12-14). C'est sur eux que va descendre l'Esprit qui fait l'Église.
 
Les Foyers de Charité vivent de cette grâce de Pentecôte. Ils sont rassemblés dans la joie fraternelle, pour être témoins de Jésus Christ et apôtres de l'Évangile dans l'espérance d'une "Nouvelle Pentecôte d'Amour", expression chère à Marthe Robin selon l'enseignement constant du père Finet.

2/ Les Foyers de Charité sont dans l'Église pour la régénération du monde tout entier

a - Finalité : Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour

"Entre l'Amour que nous voulons et la Lumière, il y a ce trait d'union : la Charité, qui est le service théologal du prochain. Notre but c'est l'Amour, mais pour marcher vers l'Amour, il nous faut la Lumière du Christ et l'exercice de la charité" (père Finet).

* Les Foyers sont d'abord des Foyers de Lumière
Dans les retraites, le Christ Lumière du monde est révélé : lumière enseignée et lumière vécue par toute la communauté, pour porter ensemble témoignage.
La tâche est immense et les besoins pressants. Beaucoup d'hommes n'ont pas encore entendu l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Un grand nombre de jeunes et d'adultes, dans tous les pays, ont perdu le sens et parfois le goût de la vie, parce qu'ils manquent de la Lumière du Christ.
 
* Foyers de Charité
C'est la communauté elle-même qui est témoin du Christ. La diversité des membres et leur unité dans la foi et dans l'amour doivent être un témoignage de la présence du Christ Ressuscité qui nous rassemble. Nous devons annoncer l'Évangile avec les moyens de l'Évangile.
 
* Foyers d'Amour
L'enseignement donné dans les Foyers de Charité et le témoignage des membres donnés à chacun et à tous dans un don total à Dieu révèlent le vrai visage de Dieu : Dieu est Amour.

b - Les moyens

* Les retraites
Le moyen privilégié de cette annonce de la Parole de Dieu est la retraite : retraite silencieuse de cinq jours pleins où tous reçoivent dans un climat de prière l'enseignement de la Parole de Dieu. Ces retraites sont marquées par des temps forts de célébration eucharistique, d'adoration, de prière mariale. Elles s'achèvent par la Consécration à Jésus par Marie, selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
 
Deux sortes de retraites sont proposées : des retraites fondamentales, synthèses de la foi et de la vie chrétienne, et des retraites dites "d'approfondissement".
 
La Parole est donnée par le père du Foyer et ceux qu'il invite à apporter leur enseignement et leur témoignage, spécialement par les prêtres qui vivant dans le même Foyer participent habituellement à sa mission.
La communauté participe activement à la retraite et porte dans sa vie, par la gratuité du service et la prière, la fécondité de la Parole qui transmet la lumière et la grâce. Communauté et retraitants forment ainsi une grande famille unie autour du Christ.
 
L'enseignement donné vise à ne pas séparer la Parole de la vie. Il renouvelle la foi en éclairant la Personne du Christ Sauveur. Il révèle le visage du Père et sa miséricorde infinie sur le monde. Dans cette lumière il renouvelle l'amour fraternel entre tous. Il éclaire le Dessein d'amour de Dieu sur les hommes, qui appelle chacun d'eux à devenir ses enfants, et ouvre une espérance à toute l'histoire du monde par le Mystère Pascal de la mort et de la Résurrection du Seigneur. La retraite vécue dans le rayonnement de l'Esprit et de Marie s'accomplit dans la rencontre personnelle du Christ.
 
Les Foyers accueillent et reçoivent sans distinction de nations, de races ou de situation sociale tous ceux qui, valides ou handicapés, croyants ou incroyants, viennent chercher la lumière du Christ et recevoir l'enseignement de l'Église. Tous ensemble hommes et femmes, jeunes et adultes, laïcs, religieux, prêtres forment le Peuple de Dieu, une assemblée chrétienne unie dans la prière, à l'écoute de la Parole de Dieu, en quête des lumières répandues par l'Esprit Saint.
 
La retraite est un lieu d'éveil de toutes les vocations particulières dont l'Église a besoin. Elle encourage chacun dans ses responsabilités et sa présence au monde.
 
* Les autres formes de rayonnement apostolique
Les retraites silencieuses de cinq jours pleins sont le cadre habituel de la transmission de la Parole de Dieu et de la rencontre du Christ dans les Foyers. Cependant on peut proposer d'autres formes de rencontres : des récollections pour des jeunes, pour des catéchistes, ou d'autres groupes selon les besoins. Ces récollections peuvent être pour certains un acheminement vers les retraites ou un temps de ressourcement pour les anciens retraitants.
 
Les Foyers peuvent développer une branche d'activité plus spécialisée selon les besoins locaux et les compétences des membres.
Parmi ces branches d'activité des Foyers, le développement des Écoles est privilégié. Les Écoles sont liées à l'origine même du Foyer et font partie de son rayonnement. Sous des formes diverses, elles peuvent être le lieu de rassemblement et d'activité d'une nouvelle communauté. L'École n'est pas seulement une oeuvre sociale, mais un centre d'apostolat : c'est une oeuvre d'évangélisation. Dans le monde de l'enseignement et de l'éducation chrétienne on éveille et on forme, avec le concours des parents, la diversité des vocations qui feront grandir l'Église de demain, en particulier des vocations de laïcs prêts à devenir témoins du Christ et à s'engager dans la transformation du monde.
Depuis l'origine des Foyers, la prière des enfants est source de grâce.
 
Un membre qui travaillerait en dehors de la communauté pour des raisons de service professionnel ou apostolique, est toujours envoyé par le Foyer. Il vit avec la communauté. Sa mission est portée dans la prière de celle-ci, partagée dans ses rencontres, dans le même souci d'évangélisation. Cette mission de certains membres au dehors ne doit pas devenir dispersion, soit par la marginalisation de certains, soit par éclatement d'un Foyer qui ne pourrait plus assurer sa vie de prière et ses rencontres communautaires.

3/ La vie en Église

Les Foyers de Charité sont reconnus officiellement au sein de l'Église catholique par le Conseil Pontifical pour les laïcs, comme Association privée de fidèles de caractère international.

"Dans l'Église, il existe des associations distinctes des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, dans lesquelles des fidèles, clercs ou laïcs, ou encore clercs et laïcs ensemble, tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d'autres activités d'apostolat, à savoir des activités d'évangélisation, des oeuvres de piété ou de charité, et l'animation de l'ordre temporel par l'esprit chrétien" (Canon 298, § 1).

A l'écoute de l'Esprit Saint, avec leur vocation propre, les Foyers de Charité sont soumis aux lois de l'Église, et leur enseignement veillera à garder toujours une grande fidélité aux orientations données par les Papes et le Magistère universel, ainsi qu'aux orientations pastorales du diocèse.

"Si nous sommes fidèles à l'Église nous serons de plus en plus éclairés" (père Finet).

a - dans l'Église locale

Le père de Foyer fait partie du presbyterium diocésain. Il participe, autant qu'il le peut, à la vie diocésaine, à ses rencontres et à ses recherches. Entre l'Évêque et le père de Foyer existent des liens tels que les a définis le Concile Vatican II :

"En raison de cette participation au sacerdoce et à la mission de leur Évêque, les prêtres doivent reconnaître en lui leur père et lui obéir respectueusement. L'Évêque, lui, doit considérer les prêtres ses coopérateurs, comme des fils et des amis," (LG 28, § 2).

Aucun Foyer ne peut être fondé à la demande du père du Foyer-centre sans l'approbation explicite de l'Évêque du lieu (cf. Canon 3O5, § 2). Le père du Foyer, comme les autres prêtres, reçoit ses pouvoirs de l'Évêque.

Dans sa sollicitude pastorale, l'Évêque veille sur le Foyer de Charité implanté dans son diocèse pour qu'il soit fidèle à sa vocation propre (cf. Canon 3O5, § 2) ; il accueille la mission du Foyer et son lien vital avec le Foyer-centre.

Le père et la communauté du Foyer ont à coeur de maintenir des liens fraternels avec le diocèse (cf. LG 27 dernier §).

b - En lien avec la mission universelle de l'Église

L'Esprit anime l'Église pour que la Bonne Nouvelle du salut soit annoncée à tous jusqu'aux extrémités du monde "Pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom" (Jn 20,32).

C'est ce même Esprit qui anime les Foyers de Charité. Dès l'origine leur visée est universelle.

Cette ouverture universelle des Foyers est une marque caractéristique de leur dynamisme, dans la mission de l'Église. L'amour de Dieu nous invite à une perpétuelle recherche d'expressions nouvelles, pour répondre aux besoins immenses de notre humanité.

Cet universalisme de la mission appelle les différences. Ce n'est pas un modèle unique de Foyer de Charité qui peut être implanté à travers toutes les parties du monde et dans tous les milieux humains. Comme l'Église locale elle-même, chaque Foyer a sa physionomie selon les pays et leur culture. Le Concile Vatican II l'écrit au sujet des Jeunes Églises :

"Elles empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leurs arts et à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur et ordonner comme il faut la vie chrétienne" (A.G. 22).

Le Christ est le Sauveur du monde : cette grande perspective de la régénération du monde dans le Christ oriente notre action. Nous ne pouvons instaurer un monde humain sans en changer la vie, les relations et les structures, dans le rayonnement de l'Évangile.

Attirer les hommes au Christ pour qu'ils se laissent transformer en Lui, c'est le plus grand service que nous puissions rendre à nos frères pour ouvrir un avenir plus humain au monde tout entier.

4/ La vie de famille

Les Foyers de Charité sont des communautés d'hommes et de femmes de toutes races et de toutes nations, assemblées en Jésus Christ par l'Esprit Saint ; communautés nouvelles, qui ont pour mission d'annoncer Jésus Christ au monde et de révéler l'Amour infini du Père par ce qu'elles vivent et par ce qu'elles disent.

Chaque jour nous nous efforçons de "faire le Foyer". Nous voyons dans les Actes des Apôtres l'Esprit Saint mettre au monde l'Église du Christ dans des communautés vivantes. Elles sont pour nous exemplaires :

"Ils étaient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les Apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de coeur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut" (Ac 2, 42-47).

a - Vie consacrée à Jésus par Marie

Tous les membres des Foyers de Charité veulent vivre la plénitude de la grâce baptismale par une consécration totale à Jésus par Marie, selon la formule de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Ce don total consenti dès l'entrée dans les Foyers sera célébré sous la forme d'un engagement définitif.

Un tel engagement se fait dans les Foyers après un temps assez long d'expérience et de discernement. Il est le fruit de la libre décision de celui qui s'engage. Il suppose le consentement du père du Foyer et l'assentiment de l'ensemble de la communauté. Il est un engagement vis-à-vis de la communauté à accepter les exigences et les joies de la vie et de la mission des Foyers de Charité. Engagement réciproque, il est célébré avec la communauté du Foyer.

Cet engagement, toujours prononcé dans un Foyer déterminé, peut cependant se vivre dans un autre Foyer avec le consentement de celui qui l'a prononcé, pour des raisons d'opportunité ou par un appel missionnaire.

Chacun renouvelle sa consécration baptismale selon son état de vie :

-Ceux qui entrent au Foyer et qui ont choisi de vivre dans un état de virginité, s'offrent pour toujours de corps, de coeur et d'esprit pour être tout entiers au Seigneur. Ils font confiance à sa grâce et se mettent sous la protection de la Vierge Marie, pour vivre cet engagement comme une union indéfectible au Christ et une disponibilité plus grande à tous.

-Ceux qui entrent dans la communauté du Foyer comme veufs ou veuves consacrent leur veuvage au Seigneur.

-Des personnes mariées peuvent aussi être admises dans les communautés de Foyer : elles vivent leur consécration de baptisées, selon la grâce du sacrement de mariage.

La présence d'un couple ou d'une famille dans un Foyer demande de part et d'autre réflexion et discernement, mûris dans le temps et dans la prière. Les époux qui demanderaient leur entrée dans un Foyer ne pourraient être admis que si l'un et l'autre membre du couple étaient d'accord pour y reconnaître librement leur vocation personnelle et celle de leur foyer.

Il faudra toujours leur aménager des conditions de logement, une certaine indépendance financière, des modalités de participation à la vie communautaire, qui permettent l'épanouissement de leur vie conjugale, de leurs relations familiales et de leur responsabilité envers leurs enfants.

Ainsi chacun, par son état de vie, apporte à tous un témoignage de pureté et de générosité dans le Christ.

b - Vie de prière et d'offrande

* Prière personnelle

Il n'y a pas de sainteté sans des temps forts de rencontre personnelle avec le Seigneur : Le coeur à coeur avec Jésus, comme le recommandaient Marthe et le père Finet. Temps de rencontre, temps d'adoration, temps d'intercession, écoute de la Parole de Dieu jusqu'à ce qu'elle transforme la vie.

Chacun veille à introduire des temps forts de prière dans l'organisation de sa vie et de son travail : "Il faut coûte que coûte défendre la prière personnelle" (père Finet).

Les responsables de la communauté doivent tout faire pour permettre à chacun de trouver le temps de la prière.

* Prière communautaire

La prière communautaire s'enracine dans la prière personnelle. L'union des coeurs se réalise dans un climat de prière : "Tous d'un même coeur étaient assidus à la prière" (Ac. 1, 14). "La prière personnelle permet de développer nos sentiments d'amour ; la prière communautaire les met en commun" (père Finet).

La prière est une activité essentielle de la vie communautaire : elle en est l'expression, le renouvellement, la respiration. Cette prière communautaire est nourrie de la Parole de Dieu, unie à la grande prière liturgique de toute l'Église dans la célébration de ses fêtes ; elle est aussi partage de foi, expression de chacun et accueil de l'autre, communion dans la réconciliation, dans l'adoration, dans l'intercession.

Les prières du matin et du soir nous rassemblent autour du Seigneur, pour vivre chaque jour en sa présence. Nous favorisons des temps forts d'adoration du Saint Sacrement et d'intercession, ainsi que des jours de récollections et de retraite annuelle.

La prière mariale a une place privilégiée. Chaque jour nous redisons ensemble notre consécration à Jésus par Marie, nous méditons le chapelet en famille et nous confions l'uvre des Foyers à saint Joseph.

Les Foyers de Charité sont dans le monde des lieux d'adoration, faisant de nous des contemplatifs dans l'action.

* Prière eucharistique

"Ils étaient assidus à la fraction du Pain" (Ac 2,42). L'Eucharistie est le centre et le sommet de notre vie de prière et la plus haute expression de notre vie communautaire.

L'offrande de chacun, en union avec toute l'Église, rejoint par le ministère du prêtre l'offrande du Christ au Père en sa Pâque, pour le salut du monde. "Vous avez à vous apporter dans l'offrande du Christ à la messe" (père Finet).

C'est là que se renouvelle la communauté. La célébration eucharistique nous unit aux retraitants, aux amis et à tous les autres Foyers.

"La liturgie eucharistique est le sommet auquel tend l'action de l'Église et en même temps la source d'où découle toute sa force " (S.L. 10).

c - Vie de travail

"Le Foyer de Charité vit du travail de ses membres" (père Finet). Marthe invitait les premiers membres de Foyer à vivre les recommandations qu'elle avait faites siennes :

"Ne vous lassez jamais de bien faire, de toujours mieux faire pour faire très bien et toujours plus parfaitement tout ce que vous faites. Ne quittez pas votre travail par caprice, pas plus que le Seigneur n'a quitté la Croix. Ce sont des âmes de bonne volonté qui le servent avec amour, non par caprice ou indifférence, qu'Il appelle à son Oeuvre". "Vous êtes les serviteurs et les servantes de l'Amour... Laissez Dieu disposer de vous-même à chaque instant".

Le travail appartient à la condition humaine. Il nous situe dans le plan de Dieu, qui nous fait à sa ressemblance, et nous appelle à achever sa création selon son Dessein d'amour au service des hommes.

Le travail est une forme de participation active à la vie de la communauté. Chacun, selon ses forces et ses dons, contribue à sa vie, à son développement, à son rayonnement. Le travail est le lieu du don de soi et de la rencontre des autres ; il exige détachement, patience et amour. Tout travail fait ensemble est source de grâces.

Bien plus, le travail est communion au mystère du Christ, de Nazareth à la Croix.

Les travaux sont répartis en fonction des possibilités et des dons de chacun. Ils sont organisés en fonction du bien commun de la communauté. Chacun remplit sa tâche fidèlement et jusqu'au bout, sans toutefois se l'accaparer. Le travail sera maîtrisé pour favoriser l'équilibre de vie, respecter les temps de détente, de formation et de prière.

Ceux qui, à cause de l'âge ou des infirmités, ne peuvent plus apporter une pleine part d'activité dans le travail communautaire continuent à y participer selon leurs forces, se souvenant que la prière et l'offrande de notre vie en union à Jésus crucifié sont la plus profonde contribution à la fécondité du Foyer.

d - Vie de partage et de communion fraternelle

"Nul ne considérait comme sa propriété l'un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun" (Ac 4,32).

Chacun apporte au Foyer tout ce qu'il a et tout ce qu'il est. Tenant compte des besoins de sa propre famille, il fait don de ses biens au Foyer au moment de son engagement ; ce qu'il gagne s'il est salarié et ce qu'il reçoit comme don, il le met à la disposition de l'uvre.

Le partage ne concerne pas seulement les biens matériels. On s'engage à partager aussi les biens intellectuels et spirituels : son expérience, ses connaissances et ses découvertes. Les grâces reçues peuvent être partagées avec discrétion.

La vie en communauté est très exigeante. Étant tous différents d'origine, d'âge et de caractère, vivant ensemble et travaillant ensemble, il est inévitable qu'il y ait des tensions, parfois des oppositions, voire des affrontements. La communauté ne peut vivre qu'au prix de continuels dépassements "dans un incessant effort de charité". Elle est le lieu du pardon quotidien.

"Je vous exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu : en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix" (Eph 4, 1-3).

La communion fraternelle permet la spontanéité dans la rencontre, dans la prière et dans l'action. Elle permet aussi des moments de détente et de fête. Chacun y apporte sa part suivant ses dons. Selon chaque pays et chaque culture, la communauté exprime sa joie et l'affection entre tous. Les fêtes sont des temps de renouvellement et jalonnent la vie du Foyer. Nous devons être aussi témoins de la joie des Béatitudes.

e - Vie de famille accueillante à tous dans la simplicité

"Un des grands aspects de notre vocation, c'est l'accueil " (père Finet) : accueil des retraitants qui doivent tous être reçus dans la famille du Foyer ; accueil des amis, des voisins, des familles, de ceux qui sont dans la peine, marqués par toutes les formes de la détresse humaine, ou des responsables de la vie publique, selon l'exemple que Marthe nous a donné, elle dont la petite chambre était ouverte à tous. Cet accueil doit rester dans la ligne de notre vocation ; c'est pourquoi il ne peut être pratiqué sans discernement.

L'accueil et le partage avec tous appelle une simplicité de vie. Cette simplicité permet à tous, même aux plus démunis, de se sentir en famille chez nous.

5/ Vocation et mission du père de Foyer

La prière de Marthe a préparé et soutient encore la vocation de chaque père de Foyer. Entre chaque père de Foyer et Marthe, il y a une union d'âme qui soutient son ministère de prêtre et toute la vie du Foyer : "Je veux établir entre lui et toi, entre son âme et la tienne, l'union la plus parfaite" (texte fondateur).

Depuis les origines, les Foyers sont des communautés de laïcs avec un prêtre : c'est la nouveauté de l'Oeuvre. Le père de Foyer vit donc de manière stable avec la famille du Foyer, et ensemble ils donnent un témoignage de lumière, de charité et d'amour.

Comme le dit Jean-Paul II dans l'audience générale du 22/09/93 : "Dans le Concile Vatican II, l'Église a cherché à raviver chez les prêtres cette conscience d'appartenance et de participation, pour que chacun d'eux ait à l'esprit que, bien qu'étant pasteur, il continue à être un chrétien qui doit se conformer à toutes les exigences de son baptême et vivre comme un frère de tous les autres baptisés, au service "de l'unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous" (PO 9)" (cf. également LG 28).

a - La mission du père de Foyer dans la communauté

Le père de Foyer n'est pas au-dessus ni à côté de la communauté, il en fait partie comme membre à part entière. Il ne fait pas qu'y passer ; normalement il y demeure. Vivant dans la communauté du Foyer et avec elle, il y exerce une mission qui découle de son sacerdoce ministériel.

* Comme prêtre, le père de Foyer a une mission d'enseignement et d'annonce de la Parole dans la communauté, dans les retraites et les activités apostoliques du Foyer.
"Les prêtres, comme coopérateurs des Évêques, ont donc pour première fonction d'annoncer l'Évangile de Dieu à tous les hommes ; ainsi, (...) ils font naître et grandir le peuple de Dieu" (PO 4, § 1).
 
* Comme prêtre, le père de Foyer a une mission sacerdotale : au nom du Seigneur il transmet à tous la grâce des sacrements, en particulier la miséricorde infinie de Dieu. A la source et au sommet de chaque journée, il préside l'Eucharistie qui fait grandir tous et chacun en un seul Corps dans l'Amour du Seigneur.
"Par le ministère de l'Évêque, Dieu consacre des prêtres qui participent de manière spéciale au sacerdoce du Christ, et agissent dans les célébrations sacrées comme ministres de Celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale (...) Chaque fois qu'ils célèbrent un de ces sacrements,(...) les prêtres sont, de diverses manières, hiérarchiquement rattachés à l'Évêque, assurant ainsi en quelque sorte sa présence dans chacune des communautés chrétiennes" (PO 5, § 1).

Comme prêtre, le père de Foyer donne le sacrement de Réconciliation à ceux qui le lui demandent (cf. canon 630), chacun conservant la liberté de s'adresser pour ce sacrement à un autre prêtre.

* Comme prêtre, le père de Foyer a une mission d'autorité qui est service :
- service de la croissance de chacun des membres dans le respect de ses dons et de ses capacités
- service de l'unité du Foyer et de son dynamisme.
"Exerçant, pour la part d'autorité qui est la leur, la charge du Christ Tête et Pasteur, les prêtres, au nom de l'Évêque, rassemblent la famille de Dieu(...). Comme éducateurs de la foi, les prêtres ont à veiller, par eux-mêmes ou par d'autres, à ce que chaque chrétien parvienne dans le Saint-Esprit à l'épanouissement de sa vocation personnelle selon l'Évangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés,(...) (à) mettre au service des autres le don reçu par chacun" (PO 6).

"Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cur ; non pas en faisant les seigneurs, mais en devenant les modèles du troupeau" (1 P 5, 2-3).

Tous ont avec le père de Foyer des relations de confiance filiale, notamment dans des rencontres régulières avec lui. Il les aide à discerner les appels de Dieu, à être fidèles à la vocation du Foyer dans leur vie personnelle et communautaire et à vivre leur consécration à Jésus par Marie.

Ainsi le père de Foyer permet aux autres membres d'accomplir leur propre vocation dans l'Église et pour le monde. C'est toute la communauté qui exerce son rôle prophétique, sacerdotal et royal :

" La mission de l'Église concerne le salut des hommes, qui s'obtient par la foi au Christ et par sa grâce. Par son apostolat, l'Église et tous ses membres doivent d'abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui communiquer sa grâce. Cela s'accomplit principalement par le ministère de la Parole et des sacrements. Confié spécialement au clergé, il comporte pour les laïcs un rôle propre de grande importance qui fait d'eux "les coopérateurs de la vérité" (3 Jn 8). Dans ce domaine surtout, l'apostolat des laïcs et le ministère pastoral se complètent mutuellement " (AA 6, § 1).

b - Père et membres de Foyer : co-responsables

Tous les membres contribuent à la croissance et à la mission du Foyer et sont responsables de sa vie : en tout il y a partage de vie et de responsabilités. Nous sommes au service les uns des autres : la responsabilité des uns n'enlève rien à la responsabilité des autres, mais leur permet au contraire de mieux la remplir.

"Dans la mesure de leurs connaissances, de leurs compétences et de leur rang, ils (les laïcs) ont la faculté et même parfois le devoir de manifester leur sentiment en ce qui concerne le bien de l'Église. (...)

Les pasteurs, de leur côté, doivent reconnaître et promouvoir la dignité et la responsabilité des laïcs dans l'Église ; ayant volontiers recours à la prudence de leurs conseils, leur remettant avec confiance des charges au service de l'Église, leur laissant la liberté et la marge d'action, stimulant même leur courage pour entreprendre de leur propre mouvement. Qu'avec un amour paternel ils accordent attention et considération dans le Christ aux essais, voeux et désirs proposés par les laïcs (...)

"De ce commerce familier entre laïcs et pasteurs, il faut attendre pour l'Église toutes sortes de biens (...) et c'est toute l'Église qui pourra ainsi, renforcée par tous ses membres, remplir plus efficacement sa mission pour la vie du monde" (LG 37).

C'est en communion avec la famille du Foyer que le père de Foyer exerce ses différentes activités. Plus la communion grandit dans une atmosphère familiale et plus s'approfondit la vie spirituelle et apostolique de tous. L'union des pères et membres de Foyer au service de l'évangélisation prolonge, d'une certaine manière, ce que le Seigneur a voulu, dès l'origine, établir entre Marthe et le prêtre qui devait oeuvrer avec elle.

"A la tête de la communauté, les prêtres doivent donc faire en sorte de ne pas rechercher leurs propres intérêts, mais ceux de Jésus Christ, en unissant leurs efforts à ceux des laïcs chrétiens (...). Ils doivent écouter volontiers les laïcs, tenir compte fraternellement de leurs désirs, reconnaître leur expérience et leur compétence dans les différents domaines de l'activité humaine, pour pouvoir avec eux lire les signes des temps" (PO 9, § 2).

"Mais de leur côté les chrétiens doivent être conscients de leur devoir envers les prêtres, entourer d'un amour filial ceux qui sont leurs pasteurs et leurs pères, partager leurs soucis, les aider autant que possible par leur prière et leur action : ainsi les prêtres seront mieux en mesure de surmonter les difficultés et d'accomplir leur tâche avec fruit" (PO 9 dernier §).

En communion avec le père de Foyer, pour la bonne marche et l'harmonie de la famille, le (ou la) responsable laïc exerce un rôle indispensable qui s'étend à tous les aspects de la vie quotidienne. C'est la grâce du Seigneur qui lui permet de remplir ce ministère important et délicat, dans le respect de la mission du père, pour le bien de la communauté et de chacun des membres.

Pour le bien de la communauté, la présence d'un Conseil est nécessaire. En plus du (ou de la) responsable, suivant l'importance du Foyer, 2 à 5 membres représentent l'ensemble de la famille. Par des réunions régulières, ce Conseil aide le père à prendre les décisions importantes.

Le père d'un Foyer peut vivre son ministère en collaboration avec d'autres prêtres, membres de la même communauté. Il sont pour lui des frères et des amis. Ils sont au service du même ministère pour enseigner, conseiller, absoudre, accueillir. Ils apportent l'enrichissement précieux de leurs charismes ; ils accueillent le ministère propre du père du Foyer et vivent en union fraternelle avec lui.

c - Liens fraternels des pères de Foyer avec le père du Foyer-centre, et entre eux

Les pères des différents Foyers sont fraternellement unis entre eux et au père du Foyer-centre. Cette fraternité a pour fondement le même sacerdoce ministériel, le même engagement au service de l'Oeuvre des Foyers de Charité, et le même attachement au mystère de Marthe Robin et au charisme du fondateur, le père Georges Finet.

Le père du Foyer-centre assure la communion entre tous et favorise l'esprit de famille : il est principe d'unité. Il aide les autres pères de Foyer dans leur vocation, et dans leurs relations fraternelles. Il les éveille aux appels des autres Foyers. Il suscite et préside les rencontres entre les Foyers.

Les pères de Foyer ont le souci de porter ensemble l'Oeuvre par leur prière, leur ministère et leur entraide. Ils ont le désir et un profond besoin d'établir des contacts, et de créer entre eux des liens fraternels.

"Du fait de leur ordination qui les a fait entrer dans l'ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle (PO 8, § 1).

"Cette communion dans le sacerdoce doit amener les prêtres à se sentir spécialement responsables de ceux d'entre eux qui ont des difficultés : ils sauront, au bon moment, leur apporter leur soutien. (...) (Ils) veilleront sans cesse à être vraiment à leur égard des frères et des amis" (PO 8 dernier §).

Que les prêtres s'efforcent d'être partout, et avec tous, signes et sacrements d'unité.

d - Choix, nomination, engagement et succession d'un père de Foyer

Un père de Foyer vit son ministère en réponse à un appel de Dieu, avec l'accord d'une communauté, de son Ordinaire (Évêque ou Supérieur) et du père du Foyer-centre et le Conseil central. Chacun à sa place discerne cet appel, qui est ainsi vécu en Église.

* Le choix d'un père de Foyer intervient :
- pour la création d'un nouveau Foyer de Charité,
- à la suite du décès d'un père de Foyer jusque là en exercice,
- en raison de la démission ou du changement d'un père de Foyer pour des motifs d'âge, de santé ou d'autres raisons, qui seront examinés par le père du Foyer-centre et le Conseil central.

Quelle que soit l'initiative de ce choix, la proposition doit être acceptée par la communauté dans laquelle il vivra son ministère, ainsi que par le père du Foyer-centre et le Conseil central. Des stages à Châteauneuf et dans d'autres Foyers lui seront demandés.

* La nomination est faite d'un commun accord entre le père du Foyer-centre et l'Évêque du diocèse.

* L'engagement définitif dans l'Oeuvre des Foyers de Charité se fait après quelques années de discernement, de vraie vie de famille dans la communauté, et l'arrivée si possible de nouvelles vocations. Cet engagement est reçu par le père du Foyer-centre.

* La succession est toujours envisagée dans le respect de la communauté existante, de telle sorte que l'oeuvre commencée puisse se poursuivre dans la fidélité à la grâce des origines. Elle se fait selon les modalités explicitées pour le choix et la nomination d'un père de Foyer.

 

6/ La croissance des Foyers dans l'unité entre tous

a - La croissance de chaque Foyer

La communauté vivante est appelée à grandir : "Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés" (Ac 2,47).

Si une communauté est fraternelle et vivante, elle est accueillante. C'est le rayonnement de la communauté qui suscite les vocations dans les Foyers, mais toute vocation est un don de Dieu ; il faut donc appeler les vocations dans la prière.

Ceux qui se présentent avec le désir de participer à la vie du Foyer sont accueillis par la communauté en vue d'un discernement progressif de leur vocation. Ce discernement demande du temps. Il comporte des séjours successifs au Foyer, une retraite, un dialogue spirituel avec le père du Foyer et un partage avec la communauté. Il faut que la personne ait une certaine maturité, une santé suffisante, un équilibre psychologique qui lui permettent de s'intégrer dans la vie de communauté.

Le moment venu, le père du Foyer, après consultation de la communauté et avec l'accord du Conseil, décide de son admission au Foyer.

Dès son entrée au Foyer, le nouveau membre est admis à participer à part entière à la vie de la communauté. Il participe à la vie de prière, au travail, aux rencontres communautaires, à l'accueil et au service apostolique. Cependant il consacre un temps plus long à une formation adaptée : temps d'initiation à la vie de prière, à la vie eucharistique, au sacrement de réconciliation, introduction à la Parole de Dieu et à la connaissance de la Bible, éléments de doctrine chrétienne sur le Mystère du Christ, le Mystère du salut vécu en Église, la spiritualité mariale selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort, le caractère propre des Foyers à travers la vie et les écrits de Marthe et du père Georges Finet.

La réflexion sur la vie communautaire et le dialogue spirituel avec le père du Foyer sont des éléments majeurs de cette croissance spirituelle.

Après l'engagement, cette formation se poursuivra pour la croissance de la communauté au service de la mission.

b - L'unité entre les Foyers

"Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'ils soient en nous, eux aussi, afin que le monde croie" (Jn 17,21).

Un seul Foyer : De même qu'il y a diversité des membres dans l'unité du corps, de même il y a une grande diversité de Foyers. Tous les Foyers ne forment cependant qu'une seule grande famille, vivant la même mission selon le même Esprit : Un seul Foyer aux dimensions du monde, la grande oeuvre confiée par Jésus à Marthe.

Centre d'unité à Châteauneuf : Le Foyer-centre à Châteauneuf est lien d'unité et lieu de ressourcement pour tous. C'est là que Marthe a vécu pendant cinquante ans, assistée par le père Georges Finet, sa communion intime au Mystère de Jésus dans sa Passion, source de toutes grâces. Les pères et les membres laïcs viennent, lors des rencontres familiales et des Assemblées générales, se rassembler sur les lieux mêmes où a jailli la grâce qui les unit.

C'est un appel pour le Foyer de Châteauneuf à embrasser dans une immense charité, sans distinction de race ou de nation, tous les membres de cette grande famille et à les accueillir dans un climat communautaire, qui leur permette de découvrir ce que sont les Foyers de Charité.

C'est un appel pour tous les Foyers à rester en grande unité avec le Foyer-centre et à venir puiser en sa source la tradition vivante des Foyers.

Communion entre tous les Foyers : Il y a entre les Foyers des liens d'entraide et d'amitié, un esprit de famille élargi aux dimensions du monde.

Ces liens se traduisent aussi par une aide matérielle, spécialement en faveur des nouveaux Foyers en fondation, par un envoi de membres là où il y a nécessité et par un soutien spirituel dans la prière.

"Il s'agit de tenir plus que jamais dans l'unité, unité entre nous tous, et unité avec Châteauneuf" (père Finet).

c - Ouverts aux appels de l'Esprit

Il ne s'agit pas simplement pour nous de rester fidèles aux inspirations des origines, mais de le devenir davantage, pour découvrir l'immensité du Dessein de Dieu exprimé par ces mots : Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour.

Nous devons être porteurs dans ce que nous sommes, dans ce que nous vivons, dans ce que nous disons, de l'infinie tendresse de Dieu pour toute sa création et pour toutes ses créatures.

Dans ce monde transformé par le progrès de la science et de la technique et qui a trop souvent perdu la signification même de l'existence, nous devons être la Lumière du Christ, qui révèle le sens et renouvelle l'espérance.

Dans un monde divisé, dominé par la peur, les ambitions et les haines, il nous faut être témoins de la réconciliation entre tous.

Dans un monde structuré par l'injustice, dans lequel la richesse des minorités se fonde sur l'exploitation des masses qui s'enfoncent dans la misère, nous devons être et former partout des chrétiens conscients de cette détresse du monde et engagés dans le combat pour la justice et la charité.

Dans un monde ou l'argent règne en maître, nous devons instaurer, avec l'Église et tous les hommes de bonne volonté, le règne de l'Amour au service de tous, spécialement des plus démunis. Ce programme est immense. Il dépasse totalement nos forces. Pour l'entreprendre nous voulons annoncer l'Évangile avec les moyens de l'Évangile, assurer le renouvellement du monde par le rayonnement des communautés fraternelles mises au monde en Jésus Christ par la puissance de l'Esprit dans le sein de Marie.

L'oeuvre du salut ne peut s'accomplir dans le monde par une autre voie que celle que nous a tracée Jésus, et sur laquelle Marthe l'a suivi : le chemin de la Croix. Mais la Croix du Christ est passage vers la Résurrection, et sa Pâque s'achève en Pentecôte. Seule la puissance du Ressuscité peut transformer le monde.

Au-delà de toutes les vicissitudes de l'histoire, son Amour vaincra. Cela seul demeure.

"Seigneur, envoyez votre Esprit et tout sera créé,
et vous renouvellerez la face de la terre."
"Seigneur, renouvelez votre première Pentecôte.
Emplissez la terre entière de vos lumières,
de vos consolations et de votre amour" (Marthe Robin).