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"joyau des Foyers de Charité"
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Vers les années 1960, Marthe disait au Père Livragne, un prêtre de l'Oratoire qui venait prêcher ici à Châteauneuf : « Tous les chrétiens ont à participer à la Passion du Christ, à achever en leur corps ce qui manque à la Passion du Christ total. Moi je ne suis qu'un signe, un rappel pour tous les chrétiens. » Ce " rappel ", c'est ce que nous appelons maintenant la retraite fondamentale. Le Père Finet disait : " la retraite de chrétienté " pour souligner qu'elle convient à tous les chrétiens. Le sens du mot " chrétienté " a évolué et s'est rétréci. Nous préférons aujourd'hui parler de la " retraite fondamentale ", en ce sens qu'elle donne les fondements, les fondations pour toute la vie chrétienne : c'est l'équivalent de ce que la première génération chrétienne appelait le Kérygme ; c'est le contenu en cinq jours pleins du Catéchisme de l'Eglise Catholique, cet « ouvrage de référence pour les chrétiens du troisième millénaire », comme l'a présenté le Saint-Père. Parmi les Pères de l'Eglise, je considère saint Irénée comme un modèle et un maître : avec sa Démonstration de la prédication apostolique et les chapitres 3 et 4 de l'Adversus Haereses, il a su donner à l'Eglise, aux chrétiens tiraillés par la gnose, ce qu'il appelle lui-même « la symphonie du salut ». Cette retraite fondamentale, je la présente aussi aux retraitants comme la " colonne vertébrale du chrétien ", pour tenir ensemble, à la fois solides et souples, toutes les dimensions et les principales exigences d'une vie chrétienne dans le monde, en réponse à l'Evangile : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). En Afrique, plusieurs évêques proposent cette retraite à tous leurs catéchistes et aux séminaristes de Propédeutique.
C'est surtout le Père Finet que je vais laisser parler, pour qu'il présente lui-même cette retraite, qu'il a prêchée pendant plus de 53 ans, de la première en septembre 1936 à la toute dernière en janvier 1990. (Il est décédé le 14 avril 1990). Comme il y a beaucoup à dire, voici le plan :
1. Sources
et développement de la retraite fondamentale
2. Ses caractéristiques
3. Le contenu et la cohérence des enseignements.
Mon souhait est de vous montrer que cette retraite est un moyen apte à répondre aux grands besoins de l'Eglise pour former des apôtres dans le monde. La mission en a besoin, et partout, et dans tous les milieux de vie et dans tous les pays. « L'annonce de l'Evangile implique une foi plus personnelle et adulte, éclairée et convaincue. Les chrétiens sont appelés à avoir une foi qui leur permette de se confronter de manière critique à la culture actuelle, résistant à ses séductions ; d'influer avec efficacité sur les milieux culturels, économiques, sociaux et politiques ; de manifester que la communion entre les membres de l'Eglise catholique et avec les autres chrétiens est plus forte que tout lien ethnique ; de transmettre avec joie la foi aux nouvelles générations ; d'édifier une culture chrétienne capable d'évangéliser la culture toujours plus vaste dans laquelle nous vivons. » (Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, n°50)
I - Les sources et le développement de cette retraite dite " de chrétienté "
Nous disposons
de six retraites prêchées par le Père Finet,
presque intégralement enregistrées, en 1965, 1968,
1973, 1976, 1978 et la dernière en 1981.
Il faut ajouter de nombreuses cassettes ou bandes magnétiques
d'enseignements adressés à la communauté,
aux élèves ou aux parents d'élèves.
Nous avons aussi, dès 1940, des notes de retraitantes et
de pères de foyer, qui ont pu écrire pour eux-mêmes
l'essentiel de ses conférences.
Par ailleurs, le Père Finet a beaucoup puisé dans
ses notes personnelles de retraitant, écrites de sa belle
écriture régulière, ainsi que dans ses lectures,
en particulier les textes du Magistère, les enseignements
des papes et des évêques. Pour lui, c'était
une manière de donner un enseignement « d'Eglise,
d'Eglise, d'Eglise », et pas d'abord une opinion personnelle
ou celle d'un groupe. Il s'inspirait beaucoup aussi, pour détendre
l'auditoire, de ses voyages, ou de détails de sa vie de
famille, quitte à amplifier un peu les souvenirs Et les
retraitants n'oubliaient pas la petite phrase qui résumait
tout : « La joie de l'amour, c'est la joie de l'échange
». « La vérité sans la charité
durcit ; la charité sans la vérité pourrit
». « Ami, n'arrête pas ton désir ».
« Vivre, c'est recevoir pour donner ».
On peut dire
que le Père n'a cessé de bâtir sa retraite,
de toujours l'améliorer. Dès 1936, il se réfère
aux retraites ignatiennes de 30 jours, qu'il a suivies, par exemple
à Notre-Dame d'Ay. Et peu à peu sa retraite a pris
des dimensions, des développements, dus en particulier
aux questions et aux confidences de nombreux retraitants et pénitents,
sans oublier ses rencontres quotidiennes avec Marthe qui elle
aussi apportait ses remarques, ses accents, son adhésion
ou son désaccord. Si bien qu'on peut dire que l'enseignement
vient des deux, même s'il est impossible de distinguer ce
qui vient de l'un et ce qui vient de l'autre.
Sur cette trame reçue des Exercices de saint Ignace, le
Père Finet a construit peu à peu sa retraite. Il
avait une vocation de bâtisseur. Or, pour construire, il
faut des matériaux ; il faut aussi un but ; son but, nous
le verrons, c'est que « les fidèles deviennent des
apôtres ». Ce sont les mots de Marthe, durant leur
première et décisive rencontre du 10 février
1936 :
« Dans la deuxième heure, changeant de ton, elle
[Marthe] me parla des événements douloureux et heureux
qui allaient se produire. Je passe sur les événements
douloureux. Voici ce qu'elle me dit sur ces événements
heureux. Elle m'annonçait notamment une Nouvelle Pentecôte
d'Amour qui serait précédée d'un profond
renouveau de l'Eglise, et marquée d'un grand élan
missionnaire où de nombreux laïcs s'engageraient dans
cet apostolat.
" Mais qui formera ces laïcs ? " " Dans
beaucoup d'endroits, me répondit-elle, notamment dans les
Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour ".
Pour la première fois, j'entendais cette appellation. J'ai
compris plus tard que la Lumière était l'enseignement
du prêtre qui devait nous mener à Dieu Amour. Mais
pour cela, il faut d'abord pratiquer la charité fraternelle.
C'est ce que nous avons résumé, en les appelant
: Foyers de Charité.
Il était 16 heures Marthe, me regardant avec assurance,
me dit : " Monsieur l'abbé, j'ai une demande à
vous adresser de la part de Dieu : c'est vous qui devez venir
à Châteauneuf pour fonder le premier foyer de charité
". Dans ma surprise, je lui ai répondu : " Mais,
je ne suis pas du dio-cèse ! " " Qu'est-ce
que cela peut faire puisque Dieu le veut ". " Ah ! excusez-moi,
je n'y avais pas pensé ! Mais pour faire quoi ? "
" Bien des choses, me dit-elle, notamment pour prêcher
des retraites ". " Je ne sais pas faire. "
" Vous apprendrez ". " Des retraites de trois jours
? " " Non, me répondit-elle, car en trois
jours on ne change pas une âme. La Sainte Vierge demande
cinq jours pleins ". " Mais à qui s'adresseront
ces retraites ? " " Pour commencer à des
dames et jeunes filles ".
" Mais, entre chaque conférence, lui ai-je répondu,
j'organiserai des carrefours pour que les retraitants puissent
échanger leurs impressions ? " " Non, non,
m'a-t-elle dit, la Sainte Vierge demande le silence complet ".
" Comment pourrai-je demander à des femmes de garder
le silence pendant cinq jours ? " Elle me dit : "
Mais puisque Dieu le demande ". " Ah ! excusez-moi,
je n'y avais pas songé ". J'ai donc dû accepter.
" Où prêcherai-je ces retraites ? "
" Pour commencer, dans l'école de filles ". "
Est-elle préparée pour cela ? " "
Non, m'a-t-elle dit, il faudra beaucoup l'aménager ".
" Mais qui réalisera ces travaux ? " "
C'est vous-même ". " Mais avec quel argent ? "
" Ne vous tourmentez pas, la Sainte Vierge y veillera
".
" Comment pourrai-je faire venir des retraitants dans ce
village inconnu ? " " C'est la Sainte Vierge elle-même
qui vous les enverra ". " A quelle date devrai-je prêcher
cette première retraite ? " " Le lundi
7 septembre (1936) pour la terminer le dimanche suivant ".
" Je ne puis refuser, mais encore dois-je demander l'autorisation
de mes supérieurs ". " Ah oui ! vous devez
vous mettre dans l'obéissance ". Sortant de la chambre
de Marthe, je pensais : " Quelle aventure ! ", mais
la foi n'est-elle pas souvent une aventure ? »
Jusqu'à la fin de sa vie, le Père revenait sur sa
première rencontre avec Marthe, comme on revient à
une source inépuisable.
Dans les retraites
qu'il prêche, il a su faire son miel de tout ce qu'il recevait.
On peut souligner en particulier l'apport :
1. du Père Babolat, qu'il a connu en 1925 lors d'une
retraite à la Chartreuse de Sélignac, dans l'Ain.
Ensemble, ils écriront un petit chef d'oeuvre : "
Doctrine Catholique " en 1938, c'est-à-dire au moment
où le Père Finet a commencé de prêcher
ici, pendant les vacances. Je pense donc que la rédaction
de cet ouvrage l'a beaucoup stimulé dans ses premières
retraites.
2. du Père Monier, jésuite, qui a prêché
ici de 1948 à 1968. C'était une sorte de prophète.
Il avait une grande ouverture. On retrouve par-ci par-là
chez le Père Finet, des phrases qui sont toujours une ouverture,
du genre : « Vous ne venez pas ici pour vous ratatiner dans
vos petites habitudes, vous venez ici pour respirer en plein océan,
arriver à découvrir, combien large, profond, sublime
est l'Amour du Christ. L'Eglise n'est pas une boutique ni une
arrière-boutique. Vous n'entrez pas dans l'Eglise pour
vous abriter. Vous communiez au Christ, et le Christ vous dit
qu'il est la route vivante et vraie. »
Le Père Monier était très paulinien et cela
a aidé le Père Finet à approfondir saint
Paul, au point qu'il disait souvent : « Il faut éclairer
Jean par Paul et Paul par Jean ». Le Père Monier
lui apportait la radicalité du Sermon sur la montagne.
C'est durant une retraite prêchée par le Père
Monier en 1952 que le Père Finet capte et va développer
une intuition qui l'a beaucoup marqué. Je cite le Père
Monier dans les notes du Père Finet : « Il faut rejoindre
Dieu dans sa pensée, dans sa volonté divine, dans
ses activités divines. Sinon on s'agite dans le vide. Il
faut donc librement rejoindre la pensée de Dieu, son dessein
sur le monde. Il n'y a qu'un plan, celui de Dieu, tel que saint
Paul l'a exposé aux Ephésiens. » A partir
de ce jour, en 1952, le Père Finet va construire et orienter
toute sa retraite à partir du Dessein de Dieu ; il va commenter
mot à mot, et parfois dans de longs développements,
l'hymne du début de la lettre aux Ephésiens.
3. Autre grande étape, à partir de 1965, le Concile
: le Père a accueilli le Concile avec joie et même
enthousiasme, comme une réponse à sa prière
et à celle de Marthe. Il en a suivi les travaux avec beaucoup
d'intérêt. Le Concile l'a en quelque sorte conforté
dans sa pensée et sur ce que vivaient les Foyers, en particulier
la vocation des laïcs dans l'Eglise.
C'est pourquoi à partir de 1966, dès le mardi matin,
il parlait de la vocation des laïcs d'après "
Lumen Gentium " en s'appuyant sur un article " Le Peuple
de Dieu " paru dans la revue Missi ; en 1967 il fait
sien l'enseignement de Paul VI à un Congrès mondial
pour l'apostolat des laïcs, son encyclique sur l'Evangélisation,
et son Credo. En 1976, il s'est largement servi aussi d'une conférence
de Mgr Honoré sur " L'esprit de Vatican II ".
4. Beaucoup d'autres prédicateurs l'ont profondément
marqué, au point qu'il reprenait parfois intégralement
et même longuement tel ou tel de leurs enseignements : le
Père Varillon, jésuite ; le Père Livragne,
oratorien ; le Père Fournier, jésuite ; le Père
Marie-Dominique Philippe, o.p., professeur à l'Université
de Fribourg. Le Père Finet qui était très
johannique est entré à fond dans sa pensée,
et lui faisait de larges emprunts. Au contact du Père Philippe,
il a aussi beaucoup développé ce qu'il appelait
le contexte de vie et les athéismes.
Voilà pour les sources et le développement de la retraite dite de chrétienté. Je trouve que pour nous, pères de foyer, nous avons là un bel exemple de formation continue ; je l'admire et je m'efforce d'en faire autant.
II - Les caractéristiques de cette retraite
Je vous cite
le Père Finet, tel qu'il s'adressait aux retraitants, en
novembre 1968. Nous sommes le mardi, donc au début de la
retraite :
« Cette retraite a une note un peu spéciale en ce
sens que nous vous y donnons une synthèse, et une synthèse
doctrinale. C'est moins des points d'oraison qu'on vous demande
de méditer dans la réflexion, mais c'est davantage
un enseignement que nous vous donnons dans les Foyers de Charité.
Car les Foyers de Charité sont d'abord des Foyers de Lumière.
Et notre vocation, à la demande même du Seigneur
pour tous nos Foyers de Charité, c'est d'être d'abord
des Foyers de Lumière, c'est-à-dire des Foyers où
l'on enseigne. On enseigne d'une double manière : d'abord
par le témoignage vivant d'une communauté chrétienne
de laïcs (nous sommes ici 120). Et deuxiè-mement par
l'enseignement qui y est donné par le père de la
communauté à ceux qui viennent chercher un approfondissement
du message du Christ, et cet enseignement se donne au cours de
21 conférences, et ces 21 conférences sont des conférences
qui s'enchaînent les unes les autres, l'une appelle l'autre.
Vous comprenez bien que si, par exemple, je vous dis dans une
conférence qu'il vous faut prier au fond de votre chambre,
dans le silence, la porte fermée, il faudra que vous attendiez
la suivante où je vous dirai qu'il faut prier deux ou trois
assemblés au Nom du Christ pour être exaucés
par le Père. Vous saisissez : on marche sur les deux pieds.
De temps en temps je marcherai sur le pied gauche, de temps en
temps sur le pied droit. C'est pour cela qu'il faut bien penser
que c'est sur l'ensemble que vous avez la force du message du
Christ. Ce que nous faisons ainsi, voyez-vous, c'est extrêmement
important, et c'est très important au moment où
vous avez précisément à penser votre grande
vocation, j'aurai l'occasion d'y revenir.
Mais malgré tout, dès le début de cette conférence,
je tiens à vous souligner votre vocation qui vous est indiquée
par le Concile. Et ça c'est d'une gravité intense.
Et vous savez ce que le Concile vous a dit : c'est qu'en réalité,
le Peuple de Dieu et vous êtes appelés le "
Peuple de Dieu " par le Concile doit témoigner
de la foi dont il est porteur. Notez bien ce : " doit témoigner
de la foi dont il est porteur ". J'insisterai là-dessus
dans la conférence prochaine. Et j'ajoute tout de même,
toujours dans la même ligne, ce qui est encore extrêmement
important : jusqu'à présent on m'avait dit que l'Eglise,
c'était l'ensemble des fidèles, sous la direction
des pasteurs légitimes. Actuellement il y a un terme que
le Concile d'une part, le Pape Paul VI d'autre part, nous donnent
: comment vous appelez-vous ? Hier, je m'appelais un " fidèle
", et aujourd'hui vous devez vous appeler un " apôtre
". Voilà peut-être une des principales révolutions
du Concile. Elle est là.
Et j'insiste sur ce point-là dans ce sens que " le
principe est posé " : je suis en train de citer le
discours de Paul VI aux membres de l'Apostolat des laïcs,
l'année dernière (1967) :
« Le principe est posé, et c'est déjà
assez dire son importance dans le texte même de la Constitution
dogmatique sur l'Eglise : " Les laïcs, y lit-on, réunis
dans le Peuple de Dieu et organisés dans l'unique Corps
du Christ, sous une seule tête, sont appelés quels
qu'ils soient (notez bien le terme : quels qu'ils soient) à
coopérer comme des membres vivants au progrès de
l'Eglise et à sa sanctification permanente ". Ces
termes sont d'une force extraordinaire. Moi, je crois qu'il faudra
à peu près un siècle pour que nous arrivions
à en dégager la force. Mais dès maintenant
nous devons déjà nous orienter dans ce sens. "
A tous les laïcs, par conséquent, incombe la noble
charge de travailler à ce que le Dessein divin de salut
parvienne de plus en plus à tous les hommes, de tous les
temps, de toute la terre. " (Const. Lumen Gentium, n°
33). Ah ! la vision est mondiale, et le pape continue : "
l'Eglise reconnaît donc le laïc non seulement comme
fidèle, mais comme apôtre ". Cette phrase-là
domine toute notre retraite. Vous venez ici pour découvrir
votre vocation d'apôtre et pour répondre à
votre vocation d'apôtre. Vous savez, nous avons beaucoup
plus que cela à faire seulement des " fidèles
". Ou bien alors, donnons au mot " fidèles ",
si vous le voulez, son sens plein. C'est pour cela que vous venez
ici, non seulement comme fidèles mais comme apôtres.
Donc, l'Eglise reconnaît le laïc, non seulement comme
fidèle, mais comme apôtre.
[Reprise de l'allocution de Paul VI] « Et en ouvrant devant
lui un champ presque illimité, [l'Eglise] adresse [au laïc]
avec confiance l'invitation de la parabole évangélique
: " Allez vous aussi travailler à ma vigne "
(Mt 20,14). Ce travail sera multiple et diversifié. Le
décret conciliaire sur l'apostolat des laïcs, après
avoir à son tour posé fermement le principe que
" la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation
à l'apostolat ", (voilà encore une phrase à
retenir), consacre deux chapitres entiers à détailler
" les divers champs " et les " divers modes "
de cet apostolat. »
(Allocution de Paul VI au 3ème Congrès mondial pour
l'Apostolat des laïcs, le 15 octobre 1967).
Donc, c'est bien posé, vous venez ici pour une session
d'apôtres, c'est-à-dire que vous réalisez
de plus en plus votre vocation à l'apostolat, pour être
des apôtres. »
III - Le contenu et la cohérence des enseignements
1. «
Je vous donnerai une synthèse doctrinale »
J'aimerais
illustrer cette affirmation du Père Finet par un témoignage
:
« J'ai retrouvé cette semaine cette synthèse
extraordinaire, si complète, si pleine d'équilibre
et de paix, la force de votre foi, la rectitude de votre pensée
et votre humour merveilleux. Bien sûr, tout cela ne vous
quitte pas au long de l'année, mais ce n'est pas la même
chose, c'est moins concentré.
Tous les ans, je fais une retraite organisée pour les membres
du foyer, c'est toujours une lumière et un temps de ferveur,
mais ce n'est pas la même chose qu'une retraite de chrétienté.
Une retraite de chrétienté, c'est beaucoup plus
vaste. Vous nous donnez tout : le Père, le Fils, l'Esprit,
l'Eglise, les frères, et vous totalement. Votre expérience
et votre profondeur nous transpercent tellement que nous en sommes
marqués à vie. »
2. Un autre accent majeur
sur lequel insistait beaucoup le Père Finet : les conférences
de la retraite sont un enseignement vivant, car la doctrine
est pour la vie.
« Ce n'est pas une doctrine, mais c'est un esprit que vous
venez chercher. Oui, c'est une vie. Le message de Jésus
est très simple et peut nous aider à vivre bien.
Il touche des problèmes de la vie de tous les jours. Ce
n'est pas de la grande théologie, ce sont des problèmes
extrêmement vivants. Vous trouverez dans l'Evangile des
réponses à votre vie de tous les jours qui nous
touchent profondément. Dans la catéchèse,
il faut toujours enseigner les points qui touchent la vie de tous
les jours, qui nous aident à vivre bien Le message de Jésus
est essentiellement vivant. Approfondir le message de Jésus,
ce n'est pas faire de grandes spéculations, c'est beaucoup
plus simple : Jésus nous apprend à vivre le bien
d'une manière filiale et fraternelle, en famille, et dans
une communauté de chrétiens et de non-chrétiens.
Il se résume en trois vérités inséparables
:
· Dieu est amour
· Son Père est également notre Père
· La vie divine est un don réel. »
3. «
Vous êtes venus pour une rencontre personnelle avec Jésus
»
«
Notre vocation chrétienne est la découverte d'une
personne vivante. Je voudrais que vous soyez convaincus de cela
dès ce soir. Vous êtes venus ici pour rencontrer
l'Agneau de Dieu, dans un esprit de pauvreté et dans une
rencontre personnelle. Je veux vous donner Jésus.
Vous ne venez pas ici pour une rencontre avec des substantifs.
La religion n'est pas un ensemble de substantifs qui vont passer
dans votre vie : la religion ce n'est pas avant tout la vertu,
la piété non pas que ces choses-là
n'aient pas leur importance mais la religion c'est une personne.
C'est la Personne de Jésus qui vient se donner à
nous, qui vient en contact avec nous. A vous qui êtes plus
ou moins marqués par l'existentialisme, je vais vous donner
la Personne qui s'est donnée à nous, la Personne
de Notre Seigneur Jésus Christ. »
4. Le silence
Le
Père parlait de cette nécessité du silence
pour l'amour, « car aimer, c'est écouter un être,
c'est être attentif à une personne, c'est faire attention
à un coeur, pour l'entendre en ses moindres appels et le
contenter en ses moindres désirs. Le silence de l'âme
n'est pas une écoute complaisante de soi.
Je vous donne la conclusion : vous aurez à veiller sur
le silence. Vous êtes venus ici pour vous mettre à
l'écoute de l'Esprit Saint, à l'écoute de
l'amour, alors il faut faire silence, c'est indispensable. Cette
demande du silence est un vouloir du ciel. »
5. La prière
«
Entre chaque conférence, vous avez une heure ou une heure
et demie d'interruption. C'est à ce moment-là que
se fait la retraite. Il faut " brûler du temps pour
Dieu ".
Dans ces intervalles, il faudra vous réserver tous les
jours un temps de prière, d'oraison. C'est-à-dire
qu'il faudra reprendre une pensée ou l'autre que vous dégagerez
de l'enseignement, de la Parole du Christ, de manière à
en faire le point de départ de votre " rumination
", de votre oraison, c'est-à-dire de votre prière.
Ceci est excessivement important. Je vous en reparlerai, je vais
vous apprendre à faire oraison pendant cette retraite,
car si vous voulez être des hommes et des femmes d'action,
il faut que vous soyez des hommes et des femmes de contemplation.
Aujourd'hui, on ne dit pas action ou contemplation, on dit contemplation
et action. On met le mot " et " et non le mot "
ou ". Vous n'êtes pas pour l'action ou pour la contemplation,
vous, le laïcat, vous êtes pour les deux.
Une retraite est essentiellement une affaire de prière.
Les instructions n'ont de valeur que dans la mesure où
elles préparent à la prière. »
6. «
En somme, vous êtes ici pour une re-naissance »
«
Vous êtes venus ici pour glaner des " re-" : re-nouveler
le dynamisme de votre pensée, de votre intelligence, de
votre regard, de votre force intérieure, en somme pour
re-naître. Il faut toujours renaître, c'est re-commencer.
Car la vie est une série de crises qui se dénouent,
des fins et des recommencements. La fameuse crise de 18 à
25 ans, la crise des 40 ans (" on se brise ou on se bronze
! "). Nous avons besoin d'être re-créés
pour re-partir. »
Je voudrais, en terminant cette rapide présentation de notre mission première, souligner à quel point les évêques que je visite aujourd'hui dans un continent ou un autre, qui ont un foyer de charité dans leur diocèse ou plus largement dans leur pays, apprécient les fruits à long terme de toutes ces retraites. Ces fruits, ce sont des hommes et des femmes qui comme chrétiens, et chrétiens formés, sont maintenant bien présents dans leur milieu de vie, leur profession, leurs responsabilités, leur apostolat dans le monde et avec l'Eglise. C'est pour que continuent ces retraites et leurs fruits à long terme que les évêques demandent à un prêtre de venir à Châteauneuf et de découvrir, ici et dans d'autres foyers, la grâce particulière qui sous-tend tous les foyers et leurs retraites. Ces retraites fondamentales sont notre " joyau ", comme le prophète Ezéchiel qui regardait son épouse comme « le joyau de ses yeux », comme le Seigneur Dieu lui-même qui regardait Jérusalem comme « le joyau de ses yeux » (Ezéchiel 24,16 et 21).
Je termine
par une prière de Marthe pour les retraitants, une semaine
d'août 1937 :
« Mon Dieu, vous avez déjà répandu
tant de grâces et de bénédictions sur notre
retraite. Continuez, je vous prie, à répandre sur
toutes ces âmes vos plus célestes faveurs. Jetez
encore sur toutes ces âmes un long regard d'amour. Qu'elles
comprennent combien il faut mourir souvent pour vivre tout à
fait.
Ô chère Maman, emportez-les toutes avec vous dans
la Trinité. Que pour comprendre pleinement, elles comprennent
chaque jour un peu mieux. »
Père
Bernard MICHON