La retraite fondamentale
"joyau des Foyers de Charité"

Père Bernard MICHON
Responsable des Foyers de Charité

 

Vers les années 1960, Marthe disait au Père Livragne, un prêtre de l'Oratoire qui venait prêcher ici à Châteauneuf : « Tous les chrétiens ont à participer à la Passion du Christ, à achever en leur corps ce qui manque à la Passion du Christ total. Moi je ne suis qu'un signe, un rappel pour tous les chrétiens. » Ce " rappel ", c'est ce que nous appelons maintenant la retraite fondamentale. Le Père Finet disait : " la retraite de chrétienté " pour souligner qu'elle convient à tous les chrétiens. Le sens du mot " chrétienté " a évolué et s'est rétréci. Nous préférons aujourd'hui parler de la " retraite fondamentale ", en ce sens qu'elle donne les fondements, les fondations pour toute la vie chrétienne : c'est l'équivalent de ce que la première génération chrétienne appelait le Kérygme ; c'est le contenu en cinq jours pleins du Catéchisme de l'Eglise Catholique, cet « ouvrage de référence pour les chrétiens du troisième millénaire », comme l'a présenté le Saint-Père. Parmi les Pères de l'Eglise, je considère saint Irénée comme un modèle et un maître : avec sa Démonstration de la prédication apostolique et les chapitres 3 et 4 de l'Adversus Haereses, il a su donner à l'Eglise, aux chrétiens tiraillés par la gnose, ce qu'il appelle lui-même « la symphonie du salut ». Cette retraite fondamentale, je la présente aussi aux retraitants comme la " colonne vertébrale du chrétien ", pour tenir ensemble, à la fois solides et souples, toutes les dimensions et les principales exigences d'une vie chrétienne dans le monde, en réponse à l'Evangile : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). En Afrique, plusieurs évêques proposent cette retraite à tous leurs catéchistes et aux séminaristes de Propédeutique.

C'est surtout le Père Finet que je vais laisser parler, pour qu'il présente lui-même cette retraite, qu'il a prêchée pendant plus de 53 ans, de la première en septembre 1936 à la toute dernière en janvier 1990. (Il est décédé le 14 avril 1990). Comme il y a beaucoup à dire, voici le plan :

1. Sources et développement de la retraite fondamentale
2. Ses caractéristiques
3. Le contenu et la cohérence des enseignements.

Mon souhait est de vous montrer que cette retraite est un moyen apte à répondre aux grands besoins de l'Eglise pour former des apôtres dans le monde. La mission en a besoin, et partout, et dans tous les milieux de vie et dans tous les pays. « L'annonce de l'Evangile implique une foi plus personnelle et adulte, éclairée et convaincue. Les chrétiens sont appelés à avoir une foi qui leur permette de se confronter de manière critique à la culture actuelle, résistant à ses séductions ; d'influer avec efficacité sur les milieux culturels, économiques, sociaux et politiques ; de manifester que la communion entre les membres de l'Eglise catholique et avec les autres chrétiens est plus forte que tout lien ethnique ; de transmettre avec joie la foi aux nouvelles générations ; d'édifier une culture chrétienne capable d'évangéliser la culture toujours plus vaste dans laquelle nous vivons. » (Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, n°50)

 

I - Les sources et le développement de cette retraite dite " de chrétienté "

Nous disposons de six retraites prêchées par le Père Finet, presque intégralement enregistrées, en 1965, 1968, 1973, 1976, 1978 et la dernière en 1981.
Il faut ajouter de nombreuses cassettes ou bandes magnétiques d'enseignements adressés à la communauté, aux élèves ou aux parents d'élèves.
Nous avons aussi, dès 1940, des notes de retraitantes et de pères de foyer, qui ont pu écrire pour eux-mêmes l'essentiel de ses conférences.
Par ailleurs, le Père Finet a beaucoup puisé dans ses notes personnelles de retraitant, écrites de sa belle écriture régulière, ainsi que dans ses lectures, en particulier les textes du Magistère, les enseignements des papes et des évêques. Pour lui, c'était une manière de donner un enseignement « d'Eglise, d'Eglise, d'Eglise », et pas d'abord une opinion personnelle ou celle d'un groupe. Il s'inspirait beaucoup aussi, pour détendre l'auditoire, de ses voyages, ou de détails de sa vie de famille, quitte à amplifier un peu les souvenirs Et les retraitants n'oubliaient pas la petite phrase qui résumait tout : « La joie de l'amour, c'est la joie de l'échange ». « La vérité sans la charité durcit ; la charité sans la vérité pourrit ». « Ami, n'arrête pas ton désir ». « Vivre, c'est recevoir pour donner ».

On peut dire que le Père n'a cessé de bâtir sa retraite, de toujours l'améliorer. Dès 1936, il se réfère aux retraites ignatiennes de 30 jours, qu'il a suivies, par exemple à Notre-Dame d'Ay. Et peu à peu sa retraite a pris des dimensions, des développements, dus en particulier aux questions et aux confidences de nombreux retraitants et pénitents, sans oublier ses rencontres quotidiennes avec Marthe qui elle aussi apportait ses remarques, ses accents, son adhésion ou son désaccord. Si bien qu'on peut dire que l'enseignement vient des deux, même s'il est impossible de distinguer ce qui vient de l'un et ce qui vient de l'autre.
Sur cette trame reçue des Exercices de saint Ignace, le Père Finet a construit peu à peu sa retraite. Il avait une vocation de bâtisseur. Or, pour construire, il faut des matériaux ; il faut aussi un but ; son but, nous le verrons, c'est que « les fidèles deviennent des apôtres ». Ce sont les mots de Marthe, durant leur première et décisive rencontre du 10 février 1936 :
« Dans la deuxième heure, changeant de ton, elle [Marthe] me parla des événements douloureux et heureux qui allaient se produire. Je passe sur les événements douloureux. Voici ce qu'elle me dit sur ces événements heureux. Elle m'annonçait notamment une Nouvelle Pentecôte d'Amour qui serait précédée d'un profond renouveau de l'Eglise, et marquée d'un grand élan missionnaire où de nombreux laïcs s'engageraient dans cet apostolat.
" Mais qui formera ces laïcs ? " ­ " Dans beaucoup d'endroits, me répondit-elle, notamment dans les Foyers de Lumière, de Charité et d'Amour ". Pour la première fois, j'entendais cette appellation. J'ai compris plus tard que la Lumière était l'enseignement du prêtre qui devait nous mener à Dieu Amour. Mais pour cela, il faut d'abord pratiquer la charité fraternelle. C'est ce que nous avons résumé, en les appelant : Foyers de Charité.
Il était 16 heures Marthe, me regardant avec assurance, me dit : " Monsieur l'abbé, j'ai une demande à vous adresser de la part de Dieu : c'est vous qui devez venir à Châteauneuf pour fonder le premier foyer de charité ". Dans ma surprise, je lui ai répondu : " Mais, je ne suis pas du dio-cèse ! " ­ " Qu'est-ce que cela peut faire puisque Dieu le veut ". " Ah ! excusez-moi, je n'y avais pas pensé ! Mais pour faire quoi ? " ­ " Bien des choses, me dit-elle, notamment pour prêcher des retraites ". " Je ne sais pas faire. " ­ " Vous apprendrez ". " Des retraites de trois jours ? " ­ " Non, me répondit-elle, car en trois jours on ne change pas une âme. La Sainte Vierge demande cinq jours pleins ". " Mais à qui s'adresseront ces retraites ? " ­ " Pour commencer à des dames et jeunes filles ".
" Mais, entre chaque conférence, lui ai-je répondu, j'organiserai des carrefours pour que les retraitants puissent échanger leurs impressions ? " ­ " Non, non, m'a-t-elle dit, la Sainte Vierge demande le silence complet ". " Comment pourrai-je demander à des femmes de garder le silence pendant cinq jours ? " ­ Elle me dit : " Mais puisque Dieu le demande ". " Ah ! excusez-moi, je n'y avais pas songé ". J'ai donc dû accepter.
" Où prêcherai-je ces retraites ? " ­ " Pour commencer, dans l'école de filles ". " Est-elle préparée pour cela ? " ­ " Non, m'a-t-elle dit, il faudra beaucoup l'aménager ". " Mais qui réalisera ces travaux ? " ­ " C'est vous-même ". " Mais avec quel argent ? " ­ " Ne vous tourmentez pas, la Sainte Vierge y veillera ".
" Comment pourrai-je faire venir des retraitants dans ce village inconnu ? " ­ " C'est la Sainte Vierge elle-même qui vous les enverra ". " A quelle date devrai-je prêcher cette première retraite ? " ­ " Le lundi 7 septembre (1936) pour la terminer le dimanche suivant ". " Je ne puis refuser, mais encore dois-je demander l'autorisation de mes supérieurs ". ­ " Ah oui ! vous devez vous mettre dans l'obéissance ". Sortant de la chambre de Marthe, je pensais : " Quelle aventure ! ", mais la foi n'est-elle pas souvent une aventure ? »
Jusqu'à la fin de sa vie, le Père revenait sur sa première rencontre avec Marthe, comme on revient à une source inépuisable.

Dans les retraites qu'il prêche, il a su faire son miel de tout ce qu'il recevait. On peut souligner en particulier l'apport :
1. du Père Babolat, qu'il a connu en 1925 lors d'une retraite à la Chartreuse de Sélignac, dans l'Ain. Ensemble, ils écriront un petit chef d'oeuvre : " Doctrine Catholique " en 1938, c'est-à-dire au moment où le Père Finet a commencé de prêcher ici, pendant les vacances. Je pense donc que la rédaction de cet ouvrage l'a beaucoup stimulé dans ses premières retraites.
2. du Père Monier, jésuite, qui a prêché ici de 1948 à 1968. C'était une sorte de prophète. Il avait une grande ouverture. On retrouve par-ci par-là chez le Père Finet, des phrases qui sont toujours une ouverture, du genre : « Vous ne venez pas ici pour vous ratatiner dans vos petites habitudes, vous venez ici pour respirer en plein océan, arriver à découvrir, combien large, profond, sublime est l'Amour du Christ. L'Eglise n'est pas une boutique ni une arrière-boutique. Vous n'entrez pas dans l'Eglise pour vous abriter. Vous communiez au Christ, et le Christ vous dit qu'il est la route vivante et vraie. »
Le Père Monier était très paulinien et cela a aidé le Père Finet à approfondir saint Paul, au point qu'il disait souvent : « Il faut éclairer Jean par Paul et Paul par Jean ». Le Père Monier lui apportait la radicalité du Sermon sur la montagne.
C'est durant une retraite prêchée par le Père Monier en 1952 que le Père Finet capte et va développer une intuition qui l'a beaucoup marqué. Je cite le Père Monier dans les notes du Père Finet : « Il faut rejoindre Dieu dans sa pensée, dans sa volonté divine, dans ses activités divines. Sinon on s'agite dans le vide. Il faut donc librement rejoindre la pensée de Dieu, son dessein sur le monde. Il n'y a qu'un plan, celui de Dieu, tel que saint Paul l'a exposé aux Ephésiens. » A partir de ce jour, en 1952, le Père Finet va construire et orienter toute sa retraite à partir du Dessein de Dieu ; il va commenter mot à mot, et parfois dans de longs développements, l'hymne du début de la lettre aux Ephésiens.
3. Autre grande étape, à partir de 1965, le Concile : le Père a accueilli le Concile avec joie et même enthousiasme, comme une réponse à sa prière et à celle de Marthe. Il en a suivi les travaux avec beaucoup d'intérêt. Le Concile l'a en quelque sorte conforté dans sa pensée et sur ce que vivaient les Foyers, en particulier la vocation des laïcs dans l'Eglise.
C'est pourquoi à partir de 1966, dès le mardi matin, il parlait de la vocation des laïcs d'après " Lumen Gentium " en s'appuyant sur un article " Le Peuple de Dieu " paru dans la revue Missi ; en 1967 il fait sien l'enseignement de Paul VI à un Congrès mondial pour l'apostolat des laïcs, son encyclique sur l'Evangélisation, et son Credo. En 1976, il s'est largement servi aussi d'une conférence de Mgr Honoré sur " L'esprit de Vatican II ".
4. Beaucoup d'autres prédicateurs l'ont profondément marqué, au point qu'il reprenait parfois intégralement et même longuement tel ou tel de leurs enseignements : le Père Varillon, jésuite ; le Père Livragne, oratorien ; le Père Fournier, jésuite ; le Père Marie-Dominique Philippe, o.p., professeur à l'Université de Fribourg. Le Père Finet qui était très johannique est entré à fond dans sa pensée, et lui faisait de larges emprunts. Au contact du Père Philippe, il a aussi beaucoup développé ce qu'il appelait le contexte de vie et les athéismes.

Voilà pour les sources et le développement de la retraite dite de chrétienté. Je trouve que pour nous, pères de foyer, nous avons là un bel exemple de formation continue ; je l'admire et je m'efforce d'en faire autant.

 

II - Les caractéristiques de cette retraite

Je vous cite le Père Finet, tel qu'il s'adressait aux retraitants, en novembre 1968. Nous sommes le mardi, donc au début de la retraite :
« Cette retraite a une note un peu spéciale en ce sens que nous vous y donnons une synthèse, et une synthèse doctrinale. C'est moins des points d'oraison qu'on vous demande de méditer dans la réflexion, mais c'est davantage un enseignement que nous vous donnons dans les Foyers de Charité. Car les Foyers de Charité sont d'abord des Foyers de Lumière. Et notre vocation, à la demande même du Seigneur pour tous nos Foyers de Charité, c'est d'être d'abord des Foyers de Lumière, c'est-à-dire des Foyers où l'on enseigne. On enseigne d'une double manière : d'abord par le témoignage vivant d'une communauté chrétienne de laïcs (nous sommes ici 120). Et deuxiè-mement par l'enseignement qui y est donné par le père de la communauté à ceux qui viennent chercher un approfondissement du message du Christ, et cet enseignement se donne au cours de 21 conférences, et ces 21 conférences sont des conférences qui s'enchaînent les unes les autres, l'une appelle l'autre. Vous comprenez bien que si, par exemple, je vous dis dans une conférence qu'il vous faut prier au fond de votre chambre, dans le silence, la porte fermée, il faudra que vous attendiez la suivante où je vous dirai qu'il faut prier deux ou trois assemblés au Nom du Christ pour être exaucés par le Père. Vous saisissez : on marche sur les deux pieds. De temps en temps je marcherai sur le pied gauche, de temps en temps sur le pied droit. C'est pour cela qu'il faut bien penser que c'est sur l'ensemble que vous avez la force du message du Christ. Ce que nous faisons ainsi, voyez-vous, c'est extrêmement important, et c'est très important au moment où vous avez précisément à penser votre grande vocation, j'aurai l'occasion d'y revenir.
Mais malgré tout, dès le début de cette conférence, je tiens à vous souligner votre vocation qui vous est indiquée par le Concile. Et ça c'est d'une gravité intense. Et vous savez ce que le Concile vous a dit : c'est qu'en réalité, le Peuple de Dieu ­ et vous êtes appelés le " Peuple de Dieu " par le Concile ­ doit témoigner de la foi dont il est porteur. Notez bien ce : " doit témoigner de la foi dont il est porteur ". J'insisterai là-dessus dans la conférence prochaine. Et j'ajoute tout de même, toujours dans la même ligne, ce qui est encore extrêmement important : jusqu'à présent on m'avait dit que l'Eglise, c'était l'ensemble des fidèles, sous la direction des pasteurs légitimes. Actuellement il y a un terme que le Concile d'une part, le Pape Paul VI d'autre part, nous donnent : comment vous appelez-vous ? Hier, je m'appelais un " fidèle ", et aujourd'hui vous devez vous appeler un " apôtre ". Voilà peut-être une des principales révolutions du Concile. Elle est là.
Et j'insiste sur ce point-là dans ce sens que " le principe est posé " : je suis en train de citer le discours de Paul VI aux membres de l'Apostolat des laïcs, l'année dernière (1967) :
« Le principe est posé, et c'est déjà assez dire son importance dans le texte même de la Constitution dogmatique sur l'Eglise : " Les laïcs, y lit-on, réunis dans le Peuple de Dieu et organisés dans l'unique Corps du Christ, sous une seule tête, sont appelés quels qu'ils soient (notez bien le terme : quels qu'ils soient) à coopérer comme des membres vivants au progrès de l'Eglise et à sa sanctification permanente ". Ces termes sont d'une force extraordinaire. Moi, je crois qu'il faudra à peu près un siècle pour que nous arrivions à en dégager la force. Mais dès maintenant nous devons déjà nous orienter dans ce sens. " A tous les laïcs, par conséquent, incombe la noble charge de travailler à ce que le Dessein divin de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes, de tous les temps, de toute la terre. " (Const. Lumen Gentium, n° 33). Ah ! la vision est mondiale, et le pape continue : " l'Eglise reconnaît donc le laïc non seulement comme fidèle, mais comme apôtre ". Cette phrase-là domine toute notre retraite. Vous venez ici pour découvrir votre vocation d'apôtre et pour répondre à votre vocation d'apôtre. Vous savez, nous avons beaucoup plus que cela à faire seulement des " fidèles ". Ou bien alors, donnons au mot " fidèles ", si vous le voulez, son sens plein. C'est pour cela que vous venez ici, non seulement comme fidèles mais comme apôtres. Donc, l'Eglise reconnaît le laïc, non seulement comme fidèle, mais comme apôtre.
[Reprise de l'allocution de Paul VI] « Et en ouvrant devant lui un champ presque illimité, [l'Eglise] adresse [au laïc] avec confiance l'invitation de la parabole évangélique : " Allez vous aussi travailler à ma vigne " (Mt 20,14). Ce travail sera multiple et diversifié. Le décret conciliaire sur l'apostolat des laïcs, après avoir à son tour posé fermement le principe que " la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation à l'apostolat ", (voilà encore une phrase à retenir), consacre deux chapitres entiers à détailler " les divers champs " et les " divers modes " de cet apostolat. »
(Allocution de Paul VI au 3ème Congrès mondial pour l'Apostolat des laïcs, le 15 octobre 1967).
Donc, c'est bien posé, vous venez ici pour une session d'apôtres, c'est-à-dire que vous réalisez de plus en plus votre vocation à l'apostolat, pour être des apôtres. »

 

III - Le contenu et la cohérence des enseignements

1. « Je vous donnerai une synthèse doctrinale »
J'aimerais illustrer cette affirmation du Père Finet par un témoignage :
« J'ai retrouvé cette semaine cette synthèse extraordinaire, si complète, si pleine d'équilibre et de paix, la force de votre foi, la rectitude de votre pensée et votre humour merveilleux. Bien sûr, tout cela ne vous quitte pas au long de l'année, mais ce n'est pas la même chose, c'est moins concentré.
Tous les ans, je fais une retraite organisée pour les membres du foyer, c'est toujours une lumière et un temps de ferveur, mais ce n'est pas la même chose qu'une retraite de chrétienté.
Une retraite de chrétienté, c'est beaucoup plus vaste. Vous nous donnez tout : le Père, le Fils, l'Esprit, l'Eglise, les frères, et vous totalement. Votre expérience et votre profondeur nous transpercent tellement que nous en sommes marqués à vie. »

2. Un autre accent majeur sur lequel insistait beaucoup le Père Finet : les conférences de la retraite sont un enseignement vivant, car la doctrine est pour la vie.
« Ce n'est pas une doctrine, mais c'est un esprit que vous venez chercher. Oui, c'est une vie. Le message de Jésus est très simple et peut nous aider à vivre bien. Il touche des problèmes de la vie de tous les jours. Ce n'est pas de la grande théologie, ce sont des problèmes extrêmement vivants. Vous trouverez dans l'Evangile des réponses à votre vie de tous les jours qui nous touchent profondément. Dans la catéchèse, il faut toujours enseigner les points qui touchent la vie de tous les jours, qui nous aident à vivre bien Le message de Jésus est essentiellement vivant. Approfondir le message de Jésus, ce n'est pas faire de grandes spéculations, c'est beaucoup plus simple : Jésus nous apprend à vivre le bien d'une manière filiale et fraternelle, en famille, et dans une communauté de chrétiens et de non-chrétiens. Il se résume en trois vérités inséparables :
· Dieu est amour
· Son Père est également notre Père
· La vie divine est un don réel. »

3. « Vous êtes venus pour une rencontre personnelle avec Jésus »
« Notre vocation chrétienne est la découverte d'une personne vivante. Je voudrais que vous soyez convaincus de cela dès ce soir. Vous êtes venus ici pour rencontrer l'Agneau de Dieu, dans un esprit de pauvreté et dans une rencontre personnelle. Je veux vous donner Jésus.
Vous ne venez pas ici pour une rencontre avec des substantifs. La religion n'est pas un ensemble de substantifs qui vont passer dans votre vie : la religion ce n'est pas avant tout la vertu, la piété ­ non pas que ces choses-là n'aient pas leur importance ­ mais la religion c'est une personne. C'est la Personne de Jésus qui vient se donner à nous, qui vient en contact avec nous. A vous qui êtes plus ou moins marqués par l'existentialisme, je vais vous donner la Personne qui s'est donnée à nous, la Personne de Notre Seigneur Jésus Christ. »

4. Le silence
Le Père parlait de cette nécessité du silence pour l'amour, « car aimer, c'est écouter un être, c'est être attentif à une personne, c'est faire attention à un coeur, pour l'entendre en ses moindres appels et le contenter en ses moindres désirs. Le silence de l'âme n'est pas une écoute complaisante de soi.
Je vous donne la conclusion : vous aurez à veiller sur le silence. Vous êtes venus ici pour vous mettre à l'écoute de l'Esprit Saint, à l'écoute de l'amour, alors il faut faire silence, c'est indispensable. Cette demande du silence est un vouloir du ciel. »

5. La prière
« Entre chaque conférence, vous avez une heure ou une heure et demie d'interruption. C'est à ce moment-là que se fait la retraite. Il faut " brûler du temps pour Dieu ".
Dans ces intervalles, il faudra vous réserver tous les jours un temps de prière, d'oraison. C'est-à-dire qu'il faudra reprendre une pensée ou l'autre que vous dégagerez de l'enseignement, de la Parole du Christ, de manière à en faire le point de départ de votre " rumination ", de votre oraison, c'est-à-dire de votre prière. Ceci est excessivement important. Je vous en reparlerai, je vais vous apprendre à faire oraison pendant cette retraite, car si vous voulez être des hommes et des femmes d'action, il faut que vous soyez des hommes et des femmes de contemplation. Aujourd'hui, on ne dit pas action ou contemplation, on dit contemplation et action. On met le mot " et " et non le mot " ou ". Vous n'êtes pas pour l'action ou pour la contemplation, vous, le laïcat, vous êtes pour les deux.
Une retraite est essentiellement une affaire de prière. Les instructions n'ont de valeur que dans la mesure où elles préparent à la prière. »

6. « En somme, vous êtes ici pour une re-naissance »
« Vous êtes venus ici pour glaner des " re-" : re-nouveler le dynamisme de votre pensée, de votre intelligence, de votre regard, de votre force intérieure, en somme pour re-naître. Il faut toujours renaître, c'est re-commencer. Car la vie est une série de crises qui se dénouent, des fins et des recommencements. La fameuse crise de 18 à 25 ans, la crise des 40 ans (" on se brise ou on se bronze ! "). Nous avons besoin d'être re-créés pour re-partir. »

 

Je voudrais, en terminant cette rapide présentation de notre mission première, souligner à quel point les évêques que je visite aujourd'hui dans un continent ou un autre, qui ont un foyer de charité dans leur diocèse ou plus largement dans leur pays, apprécient les fruits à long terme de toutes ces retraites. Ces fruits, ce sont des hommes et des femmes qui comme chrétiens, et chrétiens formés, sont maintenant bien présents dans leur milieu de vie, leur profession, leurs responsabilités, leur apostolat dans le monde et avec l'Eglise. C'est pour que continuent ces retraites et leurs fruits à long terme que les évêques demandent à un prêtre de venir à Châteauneuf et de découvrir, ici et dans d'autres foyers, la grâce particulière qui sous-tend tous les foyers et leurs retraites. Ces retraites fondamentales sont notre " joyau ", comme le prophète Ezéchiel qui regardait son épouse comme « le joyau de ses yeux », comme le Seigneur Dieu lui-même qui regardait Jérusalem comme « le joyau de ses yeux » (Ezéchiel 24,16 et 21).

Je termine par une prière de Marthe pour les retraitants, une semaine d'août 1937 :
« Mon Dieu, vous avez déjà répandu tant de grâces et de bénédictions sur notre retraite. Continuez, je vous prie, à répandre sur toutes ces âmes vos plus célestes faveurs. Jetez encore sur toutes ces âmes un long regard d'amour. Qu'elles comprennent combien il faut mourir souvent pour vivre tout à fait.
Ô chère Maman, emportez-les toutes avec vous dans la Trinité. Que pour comprendre pleinement, elles comprennent chaque jour un peu mieux. »

Père Bernard MICHON