La Consécration à Jésus par Marie

Père Bernard MICHON
Responsable des Foyers de Charité

 

Extrait de "Retraite Fondamentale" Editions Foyer de Charité

 

Nous arrivons au sommet de cette retraite qui, évidemment, sera aussi un point de départ. Le Père Finet ne pouvait pas concevoir une retraite dans un Foyer de Charité qui ne se termine pas par cette consécration. C'est le fruit de sa propre expérience, commencée au Séminaire français de Rome, développée par les conférences mariales données à Fourvière et confirmée par sa rencontre avec Marthe Robin. De son côté, et depuis toute petite, Marthe aime beaucoup la Sainte Vierge : « J'ai toujours aimé la Sainte Vierge. Je la priais, je lui parlais surtout ». Et un jour le Père Faure, curé de Châteauneuf, lui remet un exemplaire du Secret de Marie de saint Louis-Marie de Montfort. Marthe va littéralement se laisser conduire par Marie, que ce soit dans sa vie de prière, dans ses relations, ou encore dans le soutien qu'elle apportera aux premiers Foyers de Charité.
Ainsi tous deux se rejoignent, mais chacun à sa manière : cette consécration à Jésus par Marie marque le sommet de la retraite et le début d'une vie d'apôtre.

Trois étapes dans cet enseignement :

1ère étape : Je voudrais vous laisser entrevoir tout le réalisme de cette consécration :
« On juge un arbre à ses fruits ». Je vous suggère de confier à la Vierge Marie un aspect, puis un autre de votre vie ; une difficulté, puis une autre ; une responsabilité de quelque ordre qu'elle soit ; un grand désir jusque-là en attente. Que faut-il entendre par « lui confier ? » Par exemple : pendant 10 ou 15 jours prier 5 minutes chaque jour à cette intention. Ou, en couple, ou en famille, pendant 2 à 3 semaines prier tous les soirs une prière à Marie : le Souvenez-vous de saint Bernard ou Ô Mère bien-aimée de Marthe Robin. Et après cette sorte de " contrat d'alliance " - l'expression est du Père de Montfort - entre vous et la Vierge, voyez les fruits. Peut-être pas ceux que vous aurez attendus, mais d'autres, étonnants, au-delà de ce que vous attendiez. Alors au vu d'un tel résultat, offrez-lui encore un autre aspect de votre vie quotidienne et / ou de votre vie de foi. Là aussi, faites ce que vous avez convenu, et voyez les fruits : merveilleux ! C'est ce que j'appelle une "spirale de confiance". Alors vous en viendrez à désirer vous donner, vous livrer et consacrer totalement à Jésus par Marie, au vu des progrès accomplis en si peu de temps. Il n'y a que l'expérience qui puisse vous montrer cela et vous en convaincre. De la connaissance (tout le monde connaît la Vierge), vous êtes passés à la " vraie-connaissance " - comme dit saint Paul. Alors vous La connaissez d'expérience, et vous discernez facilement ceux et celles autour de vous qui ont fait le même chemin, car vous avez la même Mère. Et si un jour vous lisez Grignion de Montfort, vous comprendrez le sens précis qu'il donne au mot "secret" : non pas le sens de confidence, mais d'une expérience à côté de laquelle vous étiez jusque-là passé : « c'est un secret inconnu de presque tout le monde [] le trésor caché » (SM n° 70). On peut aller tous les ans à Lourdes et dire tous les jours son chapelet, et n'être pas encore entré dans cette " vraie-connaissance " de Marie et de sa mission à nos côtés. Comme dit Bernadette Soubirous à son curé : « Elle ne m'a pas chargé de vous convaincre, mais de vous le dire ». La balle est donc dans votre camp ! « L'expérience t'en apprendra infiniment plus que je ne t'en dis... tu en seras surprise, et ton âme en sera toute remplie d'allégresse » (SM n° 53).

2ème étape : Qui donc est Marie pour nous être si utile, à condition de se tourner vers Elle ?
C'est à la communauté du Chemin Neuf, et en particulier à une personne protestante évangéliste, que je dois cet enseignement sur Marie, ou, plus exactement, grâce à cette personne j'ai découvert que la manière la plus sûre de parler de la Vierge, c'est de parler d'elle comme l'Ecriture : elle est la Vierge, la Femme et la Mère.


Elle est la Vierge (parthénos), comme saint Luc le dit deux fois de suite : Lc 1, 27. Cette virginité n'est pas un refus ou une peur, mais la décision d'être totalement donnée - avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis - aux affaires du Seigneur : « Me voici, pour servir le Seigneur ».
Le judaïsme ignore ce sens positif de la virginité comme don total à Dieu. Si Jérémie est resté célibataire, c'est que la confusion est telle à Jérusalem qu'il n'a ni le temps ni la liberté de se marier. Par contre, l'Esprit Saint de Pentecôte va faire jaillir dans les communautés chrétiennes ce désir de se donner entièrement à Dieu et à la mission : à Césarée-sur-Mer - le grand port construit par les Romains et équipé pour les congés des légions romaines - le diacre Philippe a quatre filles qui veulent toutes les quatre rester " parthénoi " (Ac 21, 9). Il y a un proverbe selon lequel les plus belles fleurs viennent sur le fumier A Corinthe, célèbre aussi pour ses pratiques érotiques, voilà que dans la communauté chrétienne il y a des soeurs (entendez par là des jeunes filles chrétiennes) qui ne veulent pas se marier comme les autres, pour être données « sans partage (a-peripastos) au Seigneur » (1 Cor 7, 35).
C'est pourquoi celui ou celle - vierge ou non ! - qui se tourne vers Marie, Marie, parce que Vierge, va l'entraîner vers Dieu. Sa virginité est toute théocentrique. Voilà ce qu'il faut expérimenter pour en être convaincu. Alors le raisonnement de s'adresser directement à Dieu plutôt qu'à ses saints s'effondre.

Elle est la Femme, selon le langage de l'Ecriture, c'est-à-dire celle que Dieu veut à nos côtés. Avec l'Ecriture (Gn 2, 18 à 25), la tradition juive a beaucoup à nous apprendre sur la vocation de la femme : c'est Dieu qui a pensé à la femme en premier (Gn 2, 18). S'il la voit comme une « aide » pour l'homme, cela ne signifie pas qu'elle soit moindre, car en disant à Dieu « Dieu, viens à mon aide », je ne le considère pas plus petit que moi. Et comme geste symbolique, Dieu prend le côté d'Adam. Hommes et femmes, Dieu les veut au côté les uns des autres (Gn 2, 22). Et si le Seigneur Dieu « bâtit » le femme (Gn 2, 22) avec le côté de l'homme, c'est en pensant à Salomon qui allait bâtir le Temple de Jérusalem. En effet, la femme a la même vocation que le Temple : rayonner une Présence. La femme peut recevoir, développer et donner la vie. Elle est médiatrice de vie ; et si elle l'oublie, elle devient séductrice. Bref, la vocation de la femme c'est d'être un tabernacle. « Alors, le Seigneur Dieu amena à l'homme cette femme qu'il venait de bâtir » (22). Ce n'est pas l'homme qui est allé la chercher. « Pour se marier, disent les rabbins, le païen "prend" femme (sous-entendu : et la jette quand il n'en veut plus). Par contre, pour se marier le croyant "reçoit" femme de Dieu ». Le mariage n'est pas une loterie, c'est une vocation : c'est Dieu qui nous veut les uns au côté des autres.
Si Jésus appelle sa Mère « ô Femme » à Cana et à la Croix, c'est parce que telle est sa mission : elle est à son côté, elle sera à nos côtés. Elle ne fait rien à notre place, mais nous aide en tout. A vérifier, et vous en serez émerveillés ! C'est la vraie-connaissance !

Elle est la Mère : bien sûr, celle qui transmet la vie, qu'elle a elle-même reçue, avec une note de fidélité et de tendresse : elle a des "entrailles" de mère. Mais elle est mère aussi parce qu'elle nous "élève", dans tous les sens du mot. Elle nous fait grandir et progresser à tous points de vue : dans notre humanité, dans notre devoir d'état, et jusque dans notre union à Dieu. Tout nous vient de Dieu par Jésus-Christ, et Marie est là - si nous le voulons bien - pour nous faire grandir en toutes circonstances. En particulier, comme une bonne éducatrice - en bonne " maîtresse " comme dit Grignion de Montfort -, elle est remarquable pour nous aider à tirer une leçon de nos erreurs, un progrès de nos péchés. Elle est non seulement " Mère de Miséricorde " parce qu'elle est la première à tourner la page, mais aussi avec une délicatesse exquise elle nous fait tirer un bien d'un mal. Quelle femme ! Quelle éducatrice hors pair ! Seule l'expérience t'en convaincra, cher retraitant, même si tu t'estimes grand pécheur ou sans " chromosome bleu ", c'est-à-dire peu attiré par les dévotions, apparitions et locutions mariales « A partir de cette heure, le disciple la reçut chez lui » (Jn 19, 27).

3ème étape : ce bon Père de Montfort, comme l'appelaient les femmes d'un quartier populaire de La Rochelle, qui est-il ?

- Un prédicateur de missions paroissiales. Ordonné prêtre en 1700, il a réévangélisé un grand nombre de paroisses de l'ouest de la France, de Rennes à Poitiers, avec les célèbres missions de La Rochelle : une mission aux soldats : beaucoup pleuraient le dernier jour ; et une mission aux saunières, ces femmes du peuple qui ont les mains dans la saumure, et qui n'oublieront jamais ce " bon Père de Montfort ".

- Toutes ses prédications sont centrées sur la Sagesse de Dieu, c'est-à-dire son Dessein d'Amour qui nous a créés, nous a sauvés et maintenant nous sanctifie. Autrement dit : le contenu de toute notre retraite qui s'achève. Marie est un moyen, « le moyen sûr et la voie droite et immaculée pour aller à Jésus Christ et le trouver parfaitement » (TVD 50). « Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l'union à Notre Seigneur » (TVD 152). J'ai remarqué ceci : la gêne que certains éprouvent à l'égard du Père de Montfort vient souvent de ce qu'ils n'ont pas suffisamment perçu que pour lui le but c'est la Sagesse divine, et Marie le moyen de la "garder", c'est-à-dire d'en tirer les fruits.
Je vous conseille donc de lire dans l'ordre - et non dans le désordre - les oeuvres du Père de Montfort : d'abord et avant tout L'Amour de la Sagesse (écrit vers 1703), puis le Traité de la Vraie Dévotion à Marie (pour aller à Jésus-Christ ; composé vers 1712), et son bref résumé, le Secret de Marie (c'est-à-dire Marie comme "secret" pour entrer dans la Sagesse de Dieu et porter beaucoup de fruits).

- Le Père de Montfort terminait ses retraites par une cérémonie au cours de laquelle tous renouvelaient leur " contrat d'alliance avec Jésus Christ ", et pour cela reprenaient leur double engagement baptismal : renoncer au diable et se donner à Jésus et son Père dans l'Esprit Saint. Cette base doctrinale baptismale et trinitaire, le Père de Montfort l'avait lui-même reçue et la partage avec tous ceux qui forment " l'Ecole française de spiritualité ". Cette spiritualité, plus dogmatique que sensible, connaît aujourd'hui un grand renouveau.

Pour finir, n'oubliez pas dans les jours qui viennent de confier à la Vierge Marie une difficulté, un souci, un progrès, pour que sans tarder vous puissiez vérifier que dans sa virginité elle vous tourne vers Dieu, que dans sa féminité elle est toujours à vos côtés, et que dans sa maternité elle vous fait grandir de mille manières Et ainsi la retraite portera beaucoup de fruits !