27 novembre 2016

Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent

Du Père Patrick Sempère 

Le temps de l’Avent est le temps de l’attente. Temps de l’attente pour se préparer à la fête de Noël. Temps de l’attente qui est là pour creuser notre désir de la venue du Christ à la fin des temps. Car il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts.

 L’une de ses venues est donc déjà révolue : elle s’est déroulée il y a un peu plus de 2000 ans dans une crèche de Bethléem. L’autre est encore à venir. Et nul n’en connaît, ni le jour, ni l’heure. « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ».

 Mais entre les deux, entre Bethléem et la venue du Christ dans la gloire, que se passe-t-il ? N’y a t-il plus rien à attendre ? Non ! Car à chaque instant le Christ continue de se présenter à notre porte. Selon un adage de St Bernard, « il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; il viendra dans la gloire et la majesté ; dans l’entre deux, il vient en esprit et en puissance ».

 Mais attention à bien comprendre cette puissance. L’expression « Fils de l’Homme » va le permettre. Dans les évangiles, c’est par cette expression que Jésus se désigne lui-même le plus souvent. Il est le Fils de l’Homme qui vient dans le monde.

 A l’époque, en Israël, le Fils de l’Homme est perçu comme un personnage mystérieux venant d’auprès de Dieu, à la fin des temps, pour rétablir le Royaume de Dieu. Cette venue était attendue comme une libération politique. Le Fils de l’Homme allait venir avec puissance pour chasser les envahisseurs romains et ainsi rétablir le royaume de Dieu en Israël.

Jésus va radicalement renverser cette compréhension. La plupart des fois où il emploie cette expression pour parler de sa mission, il l’associe à sa Passion. Le « Fils de l’Homme » va effectivement venir rétablir le Règne de Dieu, non par la force des armes, mais par la puissance de la croix.

 C’est dans l’abaissement, dans la discrétion, sous le voile, que Jésus aujourd’hui vient à notre rencontre. Des exemples ? Il vient par sa Parole : « louange à TOI Seigneur Jésus » avons-nous dit après la lecture de l’évangile.

 Il vient dans ses sacrements. Tout sacrement, particulièrement l’eucharistie, est présence du Seigneur, vie du Seigneur qui se donne ainsi au monde pour faire de chacun qui le reçoit, un envoyé, comme lui-même est l’envoyé du Père.

 Il vient par les plus pauvres. « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Ce que vous n’avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait ». Et ainsi, il vient par les membres de son Eglise qui est son corps.

 Il vient aussi par les ministres de son Eglise. « Celui qui vous rejette, c’est moi qu’il rejette. Et qui me rejette, rejette Celui qui m’a envoyé ». Ainsi nous ne manquons pas de moyens pour rencontrer le Seigneur : la Parole, les sacrements, l’Eglise.

 Bien sûr, selon St Bernard, ces venues manifestent toujours la puissance du Seigneur. En effet, chacun de ces moyens ne donne rien de moins que la vie même du Ressuscité. Mais ils se manifestent dans l’Esprit. Car ce n’est que dans la foi que nous pouvons percevoir la vie du Ressuscité.

 Dans la foi mais pas en dehors de notre vie. Père dans un Foyer, il est certain que je vois la nécessité de prendre un temps de retraite pour mieux découvrir le Seigneur dans notre vie. Mais le Seigneur se donne aussi dans les évènements de notre vie la plus quotidienne.

 On mange, on boit, on prend femme ou mari, on est au champ, on est en train de moudre, la vie la plus quotidienne quoi, et c’est à ce moment que le Seigneur vient. Plus ou moins consciemment, nous cherchons le Seigneur dans l’extraordinaire. Et comme notre vie, pour la grande majorité d’entre nous, n’a rien d’extraordinaire, on pense que le Seigneur en est absent.

 Voilà peut-être une lumière que veut nous rappeler ce temps de l’Avent : Dieu qui s’est fait homme vient toujours dans la vie des hommes, dans notre vie. Et la manière de nous préparer à sa venue passe tout simplement par l’attention à notre vie.

 Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, dit St Paul, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ». Pour revêtir le Christ, il ne s’agit donc pas seulement de ne pas tomber dans l’orgie ou la beuverie ou la luxure. Il s’agit aussi, de ne pas tomber dans la rivalité ou la jalousie.

 Que St Paul mettent dans une même liste la débauche, la luxure avec la rivalité et la jalousie est fort intéressant. Les unes comme les autres empêchent de revêtir le Christ. Tant l’une que l’autre empêche la rencontre. Occasion pour chacun de s’examiner avant de regarder les autres.

 C’est ce que veut signifier l’évangile en mentionnant les deux hommes aux champs, l’un pris, l’autre laissé ou les deux femmes en train de moudre, l’une prise, l’autre laissée. Il ne s’agit pas de croire que la moitié de la population mondiale sera ainsi laissée. Un sur deux !

 Ce n’est pas le % de réussite que veut montrer Jésus mais plus simplement que les hommes ne sont pas capables de juger. Même si ce qui est fait n’est pas mauvais en soi, être aux champs ou moudre, l’un sera pris, l’autre laissé.