Par le père Bernard Michon
préparation à la JMJ de Rio juillet 2013

Pour nous préparer à être missionnaires, j’ai pensé regarder ce que Jésus reproche à ses disciples. En bon maître, il les aide à grandir à partir de “leurs gaffes”.

J’ai repéré 3 reproches ponctuels, et un autre qui revient 4 fois. Je complèterai par une recommandation de Jésus au Cénacle et son ultime promesse avant son Ascension.

  1. Sur la route, ils ont été mal accueillis par les Samaritains et ont souhaité que le feu du ciel leur tombe dessus. Alors, Luc 9, 53-54 : « il les réprimanda sévèrement », v.55. Pourquoi ? Parce que Jésus venait tout juste de leur dire (Lc 9,50) : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous. »

    En fait, il y a deux reproches en un seul : C’est un appel à mieux écouter. 2. Vous cherchez à exclure les Samaritains plutôt qu’à vous approcher, de ceux qui vous ont mal accueillis. Ayez un réflexe de bien-veillance. Au lieu d’un réflexe d’opposition, ayez un réflexe de rapprochement. Nous verrons bientôt pourquoi. « Sois vite bienveillant », Mt 5,25 (et non malveillant).

  2. En route, les disciples se sont disputés pour savoir qui d’entre eux était le plus grand ? Le soir, à la maison, Jésus clôt le débat en plaçant un petit enfant au milieu d’eux, le serre dans ses bras et déclare solennellement : « Le plus grand, ce n’est pas celui qui commande, mais celui qui sert ». Marc 9, 33-37 ; Mt 18, 1-5.
    Pourquoi un petit enfant ?
    Exigence de disponibilité. Passer d’une attitude de domination à la recherche : comment faire plaisir ? Comment servir ? Arrêter de vouloir être le premier pour vouloir être un bon second.

  3. 3ème reproche ponctuel : à Pierre, Jacques et Jean, à Gethsémani : « Il les trouva endormis : "Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi !" » (Mt 26, 40 et Mc 14, 37). N.B. Jésus ne leur reproche pas d’avoir sommeil, mais d’avoir oublié la première dimension de leur vocation : « Il fit les Douze pour qu’ils soient avec lui », Marc 3, 14. La première mission de tous les consacrés, ce n’est pas de courir le monde, ni même de faire des miracles, c’est de chercher à être toujours « avec Lui ». Compris ? Voilà qui coupe court à tout activisme et à toute recherche du "religieux" avant tout.

  4. Un reproche de fond, qui revient au moins 4 fois : « Hommes de peu de foi », de petite confiance, Mt 6, 30. Oligo – pistos : votre confiance en Jésus est toute petite, de petit calibre. A la première difficulté, elle laisse la place à la peur, à la fuite en avant, au rêve religieux.
    • Dans la tempête sur le lac : Mt 8, 26 • Pierre a peur en voyant Jésus marcher sur le lac : Mt 14, 31. • Quand les disciples constatent qu’ils ont oublié de prendre des pains, en traversant le lac : Mt 16, 8.
    Le point commun : Jésus est physiquement avec eux ; mais ils ont quand même peur. Qu’est-ce qui domine : la peur ou la confiance en Jésus avec eux ?

  5. Avant de partir à Gethsémani pour entrer dans sa Passion et sa mort, Jésus, au Cénacle, donne une dernière et forte recommandation à ses disciples : « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais tenez bon, j’ai déjà vaincu le monde ». Jn 16, 33. A retenir, ce « tenez bon ». Le verbe grec est un terme de navigation : tenez bon au milieu des vagues et des tempêtes.

  6. Une ultime promesse absolue de Jésus ressuscité : « Voici : Je avec vous Suis tous les jours, jusqu’à la fin de ce monde » (Mt 28, 20). On dirait que Jésus écarte les bras : Je... Suis, pour les embrasser tous, et les garder ainsi dans ses bras.

Reprise : comment les reproches de Jésus vont stimuler les disciples : On peut tout résumer à partir de la fin :

(6) Je suis et serai chaque jour avec vous.
(5) Alors, dans toutes les difficultés, qui ne manqueront pas, tenez bon.
(4) Ce qui vous manquera le plus : une confiance toute simple et totale en Jésus.
(3) Même quand vous aurez sommeil, vous chercherez à être avec Jésus, près de lui : c’est le point de départ / la base constante de votre vocation : être avec lui.
(2) Alors votre réflexe ne sera plus de vouloir commander, dominer, mais de chercher à servir les autres.
(1) Et vous n’aurez plus le réflexe d’exclure, mais, au contraire, de vous approcher de ceux qui ne font pas, ou ne voient pas, comme vous.
Pourquoi ? Parce que c’est ce que fait constamment Jésus : il ne cherche pas à exclure les pécheurs (« Je ne suis pas venu pour condamner le monde, mais le sauver » Jn 12, 47), mais à s’approcher d’eux : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux s’est fait proche » Mt 4, 17. Autrement dit : Faites comme moi !


Encore 2 remarques sur Jésus et sur la paternité :

  1. Au milieu de ses disciples, Jésus est vraiment leur père : il marche avec eux, il dort avec eux, il revient sur leurs discussions, il les reprend et corrige leurs réflexes. Il est vraiment leur Maître, leur Père. C’est admirable : quel pédagogue ! quel maître ! quel père !

  2. Qu’est-ce que la paternité ? C’est le talent de faire grandir quelqu’un, toute une famille, toute une communauté chrétienne, toute une entreprise aussi. Engendrer, c’est facile. Mais faire grandir, c’est autre chose, c’est un talent à développer. La miséricorde de Dieu, c’est de nous faire grandir à partir de nos points faibles et même de nos péchés. La sagesse chrétienne, c’est de chercher, comme Marthe Robin, quelles leçons, quels appels tirer de quelque chose qui a été négatif, comment quelque chose de négatif, de douloureux, peut devenir un chemin pour progresser. « Car les difficultés ne sont plus obstacles, mais des moyens pour mieux aimer Jésus », sa femme, ses enfants, son métier, son pays, sa vocation.