TÉMOIGNAGE DE DIANE RWANGA

Je m’appelle Rwanga Diane, membre du Foyer de charité de Bujumbura au Burundi. Je suis venue à Châteauneuf pour un an, tout d’abord dans le but de me ressourcer auprès de Marthe Robin afin de m’imprégner de nouveau de sa spiritualité et de ses écrits pour mieux connaître sa vie et son message.  Ensuite, vivre avec la communauté du Foyer centre de Châteauneuf de Galaure et rencontrer les membres qui l’ont connue.

Je suis venue aussi pour suivre une formation sur Amoris Laetitia à Lyon qui a pour objectif de développer l’art de l’accompagnement et du discernement. Ceci pourra m’aider à accompagner des personnes, plus spécialement les couples et les familles, quelle que soit leur situation. Cette formation était répartie sur 3 modules en trois sessions, de trois jours.

Pouvez-vous présenter brièvement le contenu de cette exhortation apostolique ? (Pour ceux qui la ne connaissent pas)

Un petit rappel :  à l’invitation du Pape François, un synode des Évêques s’est tenu à Rome  en 2014 et 2015, à propos du mariage et de la famille. Une large consultation (les linéamenta) l’a précédé afin d’avoir une vue plus claire sur les multiples questions et défis qui se posent dans ce domaine et ce dans les différentes parties de l’Église universelle. Après ces deux temps synodaux, le Pape a condensé l’ensemble des données récoltés dans son Exhortation Apostolique Amoris Laetitia.

Il ne s’agit pas d’une encyclique qui est un enseignement personnel du Souverain Pontife, mais d’une exhortation apostolique, fruit du travail de cette énorme consultation des participants au synode.

Ce texte est particulièrement inspirant et interpelant pour relever des défis de notre monde d’aujourd’hui. En effet, le texte ne parle pas du mariage en général, mais d’abord de la vie conjugale et la famille, de l’homme et de la femme dans l’Écriture Sainte, de l’amour dans le mariage, de la préparation au mariage, de la spiritualité conjugale, de la paternité et de l’éducation, du bonheur et de la fragilité des familles, de la joie de l’amour.

Cette Exhortation est dense et ne peut être lue hâtivement.

Dans le chapitre 1, le pape regarde la famille à la lumière de la parole de Dieu, à partir de la Genèse : la relation féconde du couple est à l’image du mystère de Dieu Trinité. La famille est comme une maison et une Eglise domestique où grandiront les enfants (§14-18).  Le mariage inaugure pour le couple un chemin de travail de maturation et don de soi dans la joie et dans la souffrance, où la parole de Dieu sera leur compagne de voyage.  (§27-30).

Au chap. 2, il s’agit de regarder les réalités concrètes des familles car elles sont autant d’appels de l’Esprit (§31) :

Sont notés les changements anthropologiques : la culture individualiste (§32), les rythmes de vie effrénés, l’ambiguïté de la liberté (§33)

Proposer la beauté du mariage chrétien sans imposer des normes qui ne tiennent pas compte du vécu des personnes (§3-5). Ce qui nécessite une autocritique ecclésiale, parce qu’elle a mis un accent trop exclusif sur la procréation, parce qu’elle vise un idéal théologique trop abstrait (§36). Il faut donc présenter le mariage comme un idéal dynamique de développement et d’épanouissement.

Le Ch.3 présente  le regard de Jésus sur la famille. Ce chapitre donne  quelques éléments essentiels de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille. Il fait la synthèse de la vocation de la famille selon l’Évangile et selon la compréhension que l’Église en a tirée tout au long des siècles. C’est dans cette perspective que sont abordés les sujets de l’indissolubilité et de la sacramentalité du mariage, la transmission de la vie et l’éducation des enfants, en s’appuyant sur  Gaudium et spes de Vatican II, Humanae vitae de Paul VI, Familiaris consortio de Jean- Paul II.

Les Ch. 4 et 5 concernent plus les familles :

Le quatrième chapitre traite de l’amour dans le mariage à partir de l’hymne à l’amour de saint Paul (cf. 1 Cor 13, 4-7). C’est le plus beau des chapitres car au milieu de l’exhortation, il montre en quelque sorte que le quotidien de l’amour a peu à voir avec l’idéalisme. Il ne faut pas exiger des conjoints la charge d’avoir à reproduire de manière parfaite l’union qui existe entre le Christ et son Église parce que le mariage implique un processus dynamique, qui avance petit à petit, grâce à l'intégration progressive des dons de Dieu. (Familiaris consortio, 9) (AL 122).

Le 5ème chapitre est centré sur la fécondité et l’importance des générations. Il y est question des implications spirituelles et psychologiques liées à l’accueil d’une nouvelle vie, de l’attente propre à la grossesse, de l’amour de la mère et du père. On parle aussi de l’adoption, de la famille au sens large et des amis qui peuvent prendre le relais en cas de grossesse non désiré. Dans cette exhortation, la famille apparaît comme un vaste réseau de relations puisque le sacrement de mariage a en lui-même un profond caractère social (cf. AL 186). Le pape souligne le rôle spécifique des relations entre jeunes et anciens, entre frères et sœurs, qui permettent de grandir en relation avec autrui.

ch. 6 : il s’adresse plus aux agents pastoraux. Le pape esquisse quelques voies pastorales pour construire des familles solides et fécondes, selon le dessein de Dieu. Il cite abondamment les conclusions des deux synodes sur la famille, où « il a été souligné qu’il manque souvent aux ministres ordonnés la formation adéquate pour traiter les problèmes complexes actuels des familles” (AL 202). Il faut ainsi améliorer la formation psycho-affective des séminaristes et impliquer davantage les familles dans leur formation au ministère (cf. AL 203).

ch. 7 Ce septième chapitre est consacré à l’éducation des enfants, à leur formation éthique, à la valeur de la sanction encourageante, au réalisme patient, à l’éducation sexuelle, à la transmission de la foi et plus généralement à la vie familiale en tant que contexte éducatif. La sagesse pratique imprègne chaque paragraphe ainsi que l’attachement à la gradualité et aux petits pas « qui peuvent être compris, acceptés et valorisés » (AL 271).

ch. 8 Ce huitième chapitre est une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral face à des situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur propose. Accompagner, discerner et intégrer, sont les trois attitudes conseillées pour faire face aux situations de fragilité complexes ou irrégulières. De même, le pape évoque l’importance de ce qu’il appelle « la logique de la miséricorde pastorale ». Ce huitième chapitre est très délicat. Il faut le lire en se rappelant que « souvent la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne » (AL 291).  

Ch. 9.  Il expose la spiritualité matrimoniale et familiale, « faite de milliers de gestes réels et concrets » (AL 315). Il est clairement dit que « ceux qui sont animés de profonds désirs de spiritualité ne doivent pas croire que la famille les éloigne de la croissance dans la vie de l’Esprit, mais qu’elle constitue un chemin que le Seigneur choisit pour les conduire aux sommets de l’union mystique (AL 316).  Les moments de joie, le repos ou la fête, et même la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de la Résurrection (AL 317). Il évoque la grâce de la prière en famille, de la spiritualité de l’amour exclusif et libre dans le défi et le vœu de vieillir ensemble, en reflétant la fidélité de Dieu (AL 319), et, pour finir, la spiritualité de l’attention, de la consolation et de l’encouragement.

L’Exhortation se conclut par une prière pour les familles.

2. En quoi cette exhortation est-elle adaptée à la situation générale des familles chrétiennes aujourd'hui ?

L’Exhortation en premier s’adresse à toutes les familles. Elle est comme une guide pratique du mariage et de la famille.Au-delà de ces thèmes controversés, Amoris Laetitia, est un document éminemment pastoral qui approfondit la vocation de la famille chrétienne, offrant une part belle à l’éducation des enfants. Le pape François se fait conseiller conjugal et prodigue des conseils sages et concrets aux époux chrétiens.

Un long passage encourage fortement l’éducation sexuelle des enfants, vue comme un défi, tout en souhaitant que celle-ci “préserve une saine pudeur“, mettant en garde aussi contre l’invitation à se protéger, en cherchant du ‘sexe sûr’(…)  Comme si un éventuel enfant était un ennemi dont il faut se protéger.

L’exhortation apostolique invite à approfondir la préparation au mariage et à accompagner les jeunes époux autant que ceux qui vivent un échec matrimonial. Les mariages civils et les cohabitations, par ailleurs, sont regardés avec plus de bienveillance, en particulier ceux qui ont atteint « une stabilité visible à travers un lien public ». Concernant l’attitude de l’Eglise vis-à-vis des homosexuels, le document pontifical est plus que prudent en réaffirmant simplement qu’ils doivent être accueillis “avec respect“ et sans “discrimination “. Cependant ce document met l’accent sur la difficulté pour les familles, d’avoir en leur sein des personnes manifestant une tendance homosexuelle. Sans surprise, le pape assure en citant le synode qu’il ne peut y avoir ‘’ d’analogie, même lointaine, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille“.

Concrètement, pouvez-vous donner un ou deux exemples d'aide que ce document apporte aux familles ?

L’Église a vraiment travaillé et mis en œuvre des choses très intéressantes. Je donnerai un exemple dans l’Eglise de France par exemple.

  • Dans le cadre de la préparation au mariage, les diocèses ont vraiment réfléchi à un accueil des couples qui ont déjà des enfants, et à un accompagnement de ces enfants par des catéchètes. Il y a aussi de nombreuses recherches et pratiques pour inscrire l’amour de ces couples dans l’amour de Dieu, à travers sa Parole.

De même, Il y a toute une recherche autour des couples qui vivent des difficultés et des crises. J’ai vu qu’en France, il y a de nombreuses initiatives pour les personnes séparées, divorcées, remariées, pour trouver des chemins d’intégrations. Comme par exemple « le parcours Bartimée » ou la maison Familia que j’ai pu visiter à Lyon.

Le diocèse de Valence a organisé, au Foyer de Charité un week-end « Ephata » pour les familles qui ont entre 25- 40 ans. Quelle belle joie familiale.

 

  • Au Burundi, il y a eu des initiatives pour l’évangélisation de la famille, notamment la semaine Saint Valentin qui rassemble plusieurs catégories de gens durant une semaine : couples, veuves, divorcés, jeunes adolescents, fiancés, sur la joie de l’amour qui est une bonne nouvelle pour les familles, pour tous. Ce que font les diocèses permettent à des personnes de se remettre debout et de vivre à nouveau en Église. Je crois que c’est magnifique.

Mon travail final porte sur ce thème d’écoute et d’accompagnement des couples et des familles. Ce sera une aide précieuse dans mon pays. Certes, il existe aujourd’hui des initiatives d’aide pour les familles qui se mobilisent pour prendre soins d’elles dans les paroisses, les communautés à travers des rencontres sur des thématiques différentes selon les besoins et des récollections en famille.

 

Qui sommes-nous ?

Les Foyers de Charité sont une Œuvre catholique internationale qui propose des retraites spirituelles de formation chrétienne, ouvertes à tous, croyants ou non. Nés en 1936 sous l'impulsion de Marthe Robin et du père Georges Finet, les Foyers sont présents dans une quarantaine de pays et accueillent plus de 50 000 personnes par an.

L'aventure a commencé à Châteauneuf, lieu où a vécu Marthe Robin. Ainsi, vivre une retraite à Châteauneuf, dans le cadre paisible du Foyer, est une expérience spirituelle unique et fondatrice !

Le Foyer de Charité de Châteauneuf est appelé "Foyer-Centre" : il est un lieu de ressourcement  et de formation pour tous les membres des Foyers de Charité.

"...Un Foyer éclatant de Lumière, de Charité, d'Amour, l'oasis vivifiante aux âmes découragées (...)la maison de mon coeur ouvert à tous." Paroles de Jésus à Marthe Robin. Extrait du " texte fondateur "

 

 

 

Le Foyer de Charité de Châteauneuf de Galaure est situé dans la Drôme des Collines, lieu où a vécu Marthe Robin.

 

Au sud de Lyon et au nord de Valence, la Drôme des collines est une terre de vergers, de fleurs, de roches, de galets et de rivières.

 

La Communauté

La Communauté d'un Foyer de Charité rassemble des hommes et des femmes autour d'un prêtre, le père du Foyer. Répondant à l'appel de Dieu, les membres du Foyer s'engagent à vie pour l'annonce de l'Evangile et partagent une véritable vie de famille en mettant en commun leurs biens matériels, intellectuels et spirituels.

Particularités du Foyer de Châteauneuf :

. La Communauté du Foyer de Châteauneuf est composée de 127 membres d’âges et d’horizons différents : hommes, femmes, prêtres et laïcs, et un couple marié.

 . Châteauneuf est le Foyer-Centre, là où Marthe Robin a vécu, là où l’aventure des Foyers de Charité a pu commencer et se développer. Pour tous les Foyers du monde, c’est le lieu de ressourcement, de rencontres et de formation, ce qui implique l’accueil des membres des autres Foyers.

 . Le Foyer ayant commencé par la création d’une école, quatre établissements scolaires regroupant plus de 1000 élèves sont aujourd’hui rattachés au Foyer. Plusieurs membres de la Communauté participent à l’éducation et à l’enseignement des enfants et des jeunes, en lien avec les communautés éducatives.

« Je compris à ce moment ce que je n'avais pas osé, ou plutôt ce que je m'étais refusé de croire jusqu'alors, c'est-à-dire que c'était dans la Paroisse même que devait s'accomplir cette Œuvre que le Seigneur appelait : la grande Œuvre de son Amour, dont il m'avait déjà parlé tant de fois, et pour laquelle Il montrait actuellement tant d'insistance, demandant même que l'on fasse sans tarder la première fondation par la création d'une école pour enfants et jeunes filles, qu'il promettait, avec la Très Sainte Vierge, de combler de son Amour et de leur divine protection, en disant que l'école serait un jour une des branches de l’Œuvre, d'un rayonnement efficace. » (Extrait du ‘Texte fondateur des Foyers de Charité)

 

 

Vie de prière

La vie d’un membre de Foyer est enracinée dans sa relation d’amour personnelle avec Dieu.

"Dieu, Tu es mon Dieu, je Te cherche dès l’aube.”(ps 62)

L’Eucharistie quotidienne, la prière personnelle et communautaire (adoration, chapelet) nourrissent toute notre vie de l’intérieur. Chaque membre est appelé à "rayonner par l’exemple d’une vie profondément surnaturelle." (Extrait du texte fondateur)

Vie de travail

Le travail quotidien rythme notre vie de membre de Foyer .

Celui-ci s’exerce au service des retraitants, des pèlerins et des personnes de passage, au service des élèves et de leurs familles, ou encore au service de la dimension internationale de l’Oeuvre des Foyers de charité.

Qu’il soit en pleine activité, malade ou âgé, le membre de Foyer est appelé à offrir comme Marthe joies et peines dans le travail et la vie de chaque jour, pour la fécondité de la mission d’évangélisation de la Communauté.

" Que tous les jours de notre vie, chaque instant de notre vie soient offerts avec Jésus et en Jésus, au salut des âmes."  (Marthe Robin)

Vie fraternelle

La vie du Foyer est une vie de famille où Marie est la Mère à qui, chaque matin, on confie toute sa journée.

Des temps de formation et des temps de détente rassemblent régulièrement la Communauté.

A Châteauneuf, cette vie de famille est élargie et enrichie par la présence de membres de divers pays et continents, de passage au Foyer-Centre. Ainsi, la dimension internationale de l’Oeuvre est ici une réalité quotidienne.

"La joie de l’amour, c’est la joie de l’échange." (Père Finet)